• Etape 11 : le tour de Maj…ka.

Pau-Cauterets (188km)
Abandons : Dominik Nerz (BOA, malade), Rui Costa (LAM, malade ?), Daniele Bennati (TCS, chute), Ben Gastauer (ALM, malade) et Johan Van Summeren (ALM, conséquence de chutes antérieures), Rein Taaramäe (AST).

Etape_11.jpg On a pu assister à un début d’étape comme on les aime. La montagne, et particulièrement les Pyrénées, c’est ça ! Une grosse bataille pour être dans l’échappée, pour prendre les points de la montagne, ceux du sprint intermédiaire, et se jouer la victoire. Cette journée était particulièrement chaude, elle faisait suite à la première arrivée au sommet, il y avait des côtes et de grands cols mais relativement loin de l’arrivée, probablement trop, on pouvait difficilement en attendre des conséquences au général. Autrement dit, ceux qui allaient pouvoir s’extraire du peloton assez loin de l’arrivée avaient une grande chance de franchir la ligne avant les leaders.

C’est allé très vite dès le début. Un premier quatuor s’est détaché avec Edvald Boasson Hagen (MTN), Michal Kwiatkowski (EQS), Lieuwe Westra (AST) et Bob Jungels (TFR). Le peloton n’a pas accepté de les laisser partir, Lampre, Cannondale-Garmin et FDJ ont roulé à grande vitesse pour les empêcher de prendre ne serait-ce qu’une minute d’avance. Ils ont été repris à 1km du sommet de la première difficulté comptant pour le prix de la montagne, la Côte de Loucrup (3e C.) où Thomas Voeckler (EUC) a devance Dan Martin (TCG). La 2e phase de lutte pour être devant a débuté dans cette montée, beaucoup ont tenté de contre-attaquer, alors qu’à l’arrière, certains galéraient déjà.

Le sprint intermédiaire avait lieu seulement quelques kilomètres plus loin, ça a donc encore accéléré, la tête du peloton a pu prendre le maximum de points, Matteo Trentin (EQS) a gagné devant Peter Sagan (TCS) et John Degenkolb (TGA), André Greipel (TLS) s’est fait avoir, il a terminé 9e et a de nouveau cédé le maillot vert à Sagan (sous réserve que le Slovaque finisse l’étape).

Un bon gros groupe d’une quinzaine d’homme a de nouveau tenté de prendre la fuite, on y trouvait notamment Thibaut Pinot (FDJ) et Romain Bardet (ALM), d’autres ont pu rejoindre cette échappée. Elle a fait long feu. Au passage, Steve Morabito (FDJ) a pris le point de la Côte de Bagnères-de-Bigorre (4e C.).

Une nouvelle contre-attaque à 11 avec des Mikaël Chérel (ALM), Laurens Ten Dam (TLJ), Daniel Teklehaimanot (MTN) ou encore Voeckler a échoué (néanmoins l’Erythréen a pris les 2 points de la Côte de Mauvezin devant Voeckler, il s’agissait d’une côte de 3e catégorie), on a alors enfin pu assister à la création du coup du jour.

Voeckler et Rafal Majka (TCS), qui ont tous les 2 remporté le maillot à pois (respectivement en 2012 et 2014), ont été à l’origine de cette échappée, ils ont été rejoints par Serge Pauwels (MTN), 14e de l’étape de la veille, puis par Morabito accompagné d’Emanuel Buchmann (BOA). Ils ont plus tard reçu le renfort de Julien Simon (COF) et d’Arnaud Démare (FDJ), venu prêter main forte à Morabito. Le peloton, fatigué par 70km parcourus à grande vitesse, a ENFIN laissé faire. Se rendant compte qu’elles étaient passées à côté, 2 équipes ont réagi à retardement. Dan Martin s’est lancé avec un gros temps de retard, environ 3’45, il a été rejoint un temps par Andriy Grivko (AST), incapable de le suivre une fois dans l’ascension du Col d’Aspin (1ère C.), où l’Irlandais a fourni un gros effort pour tenter de rejoindre le groupe de tête.

Martin est longtemps resté en chasse-patate, il avait intérêt à revenir très vite afin de se donner un maximum de temps pour récupérer dans les roues, car par cette chaleur particulièrement intense, avec alternativement vent de face et vent dans le dos, son effort très intense allait lui coûter énormément d’énergie. Devant, on roulait plutôt tranquillement. J’en veux pour preuve que Démare a craqué peu de temps avant la jonction, opérée dans les derniers kilomètres d’Aspin. Ayant pu se faire oublier dans les roues, Dan Martin a attaqué pour prendre les points au sommet. Il y est parvenu, même si Voeckler ambitionnait aussi de les prendre. Il y a ensuite eu relance dans la descente.

Le peloton a fait l’ascension peinard. Malgré tout, quelques coureurs comme Bardet, malade, ont eu beaucoup de mal à s’accrocher, d’autre ayant déjà dû lâcher, notamment un Sky plutôt à son avantage la veille, Wout Poels. La tête du – gros – peloton est passée au sommet 7’50 après les échappés.

Pour une raison indéterminée, la Sky a décidé d’accélérer. Un peu.

Un premier gruppetto s’est formé assez rapidement dans le Col du Tourmalet (H.C.). Thibaut Pinot a bâché rapidement, Jean-Christophe Péraud (ALM) pas beaucoup plus tard. Il faut dire qu’Astana, absente de l’avant, a décidé de rouler en tête pour tenter de jouer la victoire d’étape. Les échappés avaient 7’ d’avance au pied, la descente du Tourmalet étant impressionnante, Vincenzo Nibali étant un grand descendeur, il y avait un coup à jouer.

L’avance des hommes de tête a décru assez rapidement, il était temps de relancer l’allure pour éviter de tout gâcher. Sans doute averti de la situation, Majka a accéléré, Morabito a craqué, la plupart des autres aussi, seul Pauwels a essayé de repartir. Martin et Voeckler ont tenté de revenir tranquillement.

Les Astana n’étaient déjà plus très nombreux en tête de peloton, il en restait un seul devant Nibali, et derrière, quelle galère ! Romain Bardet n’a pu tenir le rythme, Warren Barguil (TGA) a fait l’élastique en fin de peloton. Sale journée…

Majka allait plus vite que le seul Astana encore capable de faire le travail pour Nibali… qui a fini par se retrouver complètement seul en tête d’un groupe de leaders dans lequel Pierre Rolland (EUC) et Tony Gallopin (TLS) parvenaient à s’accrocher, mais plus Warren Barguil, tout de même en meilleure forme que Rigoberto Uran (EQS). Nibali a couru n’importe comment, pourquoi faire rouler ses hommes sans but ? Tactiquement, ça n’a pas de sens, il a juste cramé ses équipiers pour rien. Le minimum était de tenter une attaque pour conclure cette manœuvre. L’Italien n’a pas bougé. Richie Porte (SKY) a donc pris la tête et on est reparti pour du classique… Dès lors que personne n’attaque, la Sky est dans un fauteuil. Ça n’allait pas très vite, 4 lâchés ont pu réintégrer le groupe maillot jaune, un groupe de 18.

Entre l’attaque de Majka et le sommet, le réalisateur n’a pas donné une seule fois la moindre information concernant l’écart entre le Polonais et ses anciens compagnons d’échappée. Majka a pris les 25 points au sommet (avec une très grosse prime). Ensuite ? On n’a rien vu, jusqu’à la bascule de la tête du peloton. Pauwels est passé 2e, Buchmann 3e, Martin 4e, Voeckler 5e, Simon 6e et Morabito 7e. Au sommet, Chris Froome (SKY) n’a pas voulu laisser Pierre Rolland passer, il a pris les points de la 8e place. Le gars veut aussi le maillot à pois… Et bah…

Majka a pris des risques dans la descente, ses ex-compagnons de route ont probablement fait de même, ils ont été complètement ignorés pas un réalisateur incompétent. Il semble que son avance sur Pauwels était assez conséquente, assez nettement supérieur à 1’, peut-être même 1’30 ou 1’40 (les écarts restaient mystérieux). Morabito a vite été repris par le groupe maillot jaune, les autres restaient intercalés mais n’y croyaient plus, sauf 3 : Martin, Pauwels et Buchmann. Le Belge s’est ensuite trouvé seul chasseur, il a bien réduit son retard.

Barguil a fait une démonstration dans la descente, il a envoyé du très lourd dans l’espoir de recoller à la tête de peloton, il a d’ailleurs rencontré un troupeau de vaches qui traversait la route. Largué à une grosse minute au sommet, il est parvenu à rejoindre le groupe ! Impressionnant ce garçon, il a du cœur ! Il en fallait pour oser ainsi et ne rien lâcher après sa chute de la veille.

La Côte de Cauterets (3e C.), située à environ 3km de l’arrivée, a seulement vu Martin lâcher Buchmann. Plus tard, l’Irlandais a doublé Pauwels, cramé. Les autres écarts étaient faits (on a vu quelques "bidons collés" et "rétro-poussettes" qui, au final, n’ont pas eu de réelle incidence sur l’issue de la course). Porte menait toujours le groupe maillot jaune. Je crois qu’après l’étape il est resté sur son vélo pour escorter un convoi exceptionnel jusqu’à Bordeaux et rentrer à l’hôtel, toujours sur son vélo, afin de prendre sa douche et d’avoir droit au massage. Il semble increvable ! Je vous l’accorde, contrairement à sa performance à La Pierre-Saint-Martin, son travail sur la route de Cauterets ne soulève pas de question, elle n’a rien d’exceptionnel dans la mesure où il a économise de l’énergie en première semaine en finissant les étapes pépère et où le rythme imprimé en cette fin d’étape était relativement tranquille (Majka continuait à creuser l’écart, et des coureurs ont encore pu recoller au groupe des leaders).

Majka a donc gagné en solitaire, comme l’an passé lors de la 14e étape puis à nouveau lors de la 17e, déjà dans les Pyrénées. Le Polonais a devancé l’idiot du jour, Dan Martin, arrivé à 1’ après avoir bien chié dans la colle tactiquement. Buchmann a fini 3e, Pauwels a explosé en vol, néanmoins il a devancé Voeckler et Simon, absents de l’écran depuis la moitié du Tourmalet.

Miraculeusement, il s’est passé quelque chose sur la fin de la montée, Bauke Mollema (TFR) a attaqué, Robert Gesink (TLJ) a essayé d’y aller, ça a fait exploser Porte et une partie du groupe maillot jaune. Tony Gallopin a posé sa mine au kilomètre pour gratter quelques secondes, c’était très malin, mais Geraint Thomas (Sky) a roulé à fond pour défendre sa 6e place au général… pfff… Pour finir, Alejandro Valverde (MOV) a réussi à creuser quelques mètres d’écart entre lui et le peloton maillot jaune, à qui il a pris 2 secondes, Mollema ayant fini 10 secondes avant le gros des leaders, et 5’11 après Majka.

L’attaque de Valverde a provoqué la réaction de Froome, premier d’un groupe de 10 comptant Alberto Contador (TCS), Nairo Quintana (MOV), Tejay Van Garderen (BMC), mais aussi Gesink, Thomas, Rolland, Gallopin et Mathias Frank (IAM). Andrew Talansky (TCG) et Barguil ont concédé un peu plus (arrivés 32" perdues par rapport au groupe Froome), Nibali a encore eu beaucoup de mal à fini, il a lâché 50" supplémentaires à ceux qui devaient être ses principaux concurrents pour la victoire. Le tenant du titre est largué. Bardet a pris un éclat énorme (il a fini à 13’50 du vainqueur), la journée était très mauvaise pour AG2R-La Mondiale, qui a perdu 2 coureurs et a vu ses leaders perdre pied. Péraud a terminé tranquillement dans un groupe avec beaucoup de compatriotes – dont Pinot – et d’équipiers, une sorte de premier gruppetto. Pinot tentera très certainement des coups ces prochains jours, il recule pour mieux sauter, se refait une santé.

Zakkari Dempster (BOA) est arrivé hors-délais pour quelques secondes, il a été repêché. Il faut dire que 6 coureurs avaient déjà quitté le Tour pendant la journée. 6 abandons, la plupart pour cause de maladie, d’autres à cause de chutes, c’est beaucoup. La chaleur n’aide pas.

Le classement général a très peu évolué, et seul le maillot vert a changé d’épaules, ce qui fait 2 récompenses pour Tinkoff-Saxo lors de cette journée;

Finissons avec la désormais traditionnelle blague du jour du jury du prix du combatif du jour : Dan Martin a été élu ! Bah voyons… En fait il faut mal courir tactiquement ou être aux fraises – selon les étapes – pour remporter ce prix. Majka devait recevoir le dossard rouge, même s’il a déjà été récompensé par le gain de l’étape.

L’arrivée de la 3e et dernière étape pyrénéenne sera jugée au Plateau de Beille. L’occasion d’un nouveau remake du Parain avec Froome dans le rôle de Don GrosBras ?