Les conditions estivales – grosse chaleur – laissaient plutôt imaginer une profusion de MPM et autres records dans les disciplines demandant le plus d’explosivité, nettement moins dans celles qui requièrent de l’endurance. Le premier concours de la réunion allait dans ce sens. Le lancer du poids masculin a en effet vu le triomphe de Joe Kovacs. Le Ricain a battu le record de la Diamond League en réalisant la MPM : 22m56 ! Ceci fait de lui le 8e meilleur lanceur de tous les temps. Personne n’avait lancé si loin depuis 12 ans. Bien sûr, les autres ont pris une bran-bran, le 2e a lancé 1m32 moins loin.

En avant-programme, le public – rarement aussi nombreux à Louis II – a pu assister notamment à des relais 4x100m. Allyson Felix était venue exprès pour le courir avec English Gardner, Jenna Prandini et Kaylin Whitney. Elles ont réalisé la MPM (41"96), c’est mieux que le temps de la Jamaïque lors des World Relays à Nassau. Il n’y avait que 3 équipes au départ, USA B a pris la 2e place avec un bon chrono.

Chez les hommes, un quatuor formé de Ben Bassaw, Jeffrey John, Guy Anouman et Emmanuel Biron a terminé 3e derrière les Etats-Unis de Trayvon Brommell, Justin Gatlin, Tyson Gay, Michael Rodgers – rien que ça ! – vainqueurs en 37"87, et le Portugal.

Il y avait aussi un petit concours du lancer du disque féminin. Petit car les Cubaines qui ont fait forte impression à Lausanne étaient absentes pour cause de Jeux Panaméricains. Du coup, seules 5 concurrentes ont affronté Sandra Perkovic, qui a retrouvé le goût de la victoire avec une marque à 66m80. Elle a déjà remporté la Diamond League, personne ne peut plus aller la chercher. Mélina Robert-Michon sortait d’une grosse semaine d’entraînement après les Championnats de France, elle a du mal à lancer très loin en ce moment, ici elle a plafonné à 62m39, espérons qu’elle retrouve son meilleur niveau à Pékin car elle ne pense qu’à ça et a bien du mal à être concentrée sur ces concours à l’enjeu très relatif…

Comme à peu près partout sauf à Lausanne où il était réservé pour plus tard car une des vedettes locales y participait, le 400m haies a ouvert le programme des courses comptant pour la Diamond League.

Si le niveau a été bon, il n’a pas crevé le plafond. Bershawn Jackson s’est adjugé la victoire en 48"23. Le plus intéressant est sans doute la 2e place du Polonais Patryk Dobek (48"62, PB), qui s’invite parmi les candidats au podium mondial. On ne peut en dire autant du Français Mickaël François, dernier en 50"01. Quand on est en recherche de minimas, affronter des adversaires de ce niveau peut aider. Seulement, si on vous refile le couloir 1, peut-être vaut-il mieux aller dans un meeting moins prestigieux où le couloir sera moins un frein à la performance. Le débat est lancé.

Très rapidement, et c’est le cas de le dire, on est entré dans une autre dimension. La première course de demi-fond a donné le ton de la suite. Le 1500m masculin ne comptait pas pour la Diamond League, aucun des participants ne regrettera d’y avoir participé tout de même. Tous remercieront Asbel Kiprop d’avoir ouvert la voie à une incroyable série de records personnels (10 sur les 14 dont un record d’Océanie pour Nick Willis, 5e, et 3 SB). 6 hommes en moins de 3’30 (6 de plus que depuis le début de l’année^^)… 4 en moins de 3’29… le vainqueur en 3’26"69, 3e meilleure performance de tous les temps derrière les 3’26"00 d’Hicham El Guerrouj et les 3’26"34 de Bernard Lagat.

Les lièvres sont partis plus vite que prévu, Asbel Kiprop a réussi à suivre le second lièvre jusqu’aux 450m, il était loin devant tout le monde, des coureurs extrêmement forts étaient engagés dans cette course, une seule question se posait alors : allait-il tenir ? Il fallait qu’il explose en vol pour que les autres aient une chance de le battre, car son avance était considérable, il était impossible de revenir sur lui autrement, même en sprintant comme un dingue. Mo Farah n’a jamais pu réduire l’écart, il s’est fait doubler par Taoufik Makhloufi à l’entrée du dernier virage, le Britannique a servi de lièvre au peloton tant l’homme volant de tête avait d’avance.

Kiplagat a conservé sa foulée gigantesque, presque magique tant elles sont fluides. On dirait un échassier tant ses jambes sont longues et fines. Derrière, tout le monde s’arrachait, le Kenyan ne s’est crispé qu’à 10 mètres de la ligne. Abdalaati Iguider a été battu au sprint par Makhloufi (3’28"75 contre 3’28"79), Farah (3’28"93) a approché son record d’Europe établi sur cette même piste, Willis a suivi en 3’29"66, 1 centième devant Elijah Manangoi.

Quant à Morhad Amdouni[1], il a bien fait de se battre jusqu’au bout car même largué à 60 ou 70 mètres du vainqueur, il a pu obtenir ce qu’il était venu chercher, à savoir sa qualification pour Pékin. Il a battu son record personnel (3’34"05) et réalisé les minimas.

On n’a même pas eu le temps de se remettre, il était déjà l’heure du 400m féminin, qui promettait d’être une super course avec notamment Floria Gueï… au couloir 2. Ils auraient pu mieux la placer ! Il y avait du lourd dans les starting-blocks : Francena McCorory (détentrice de la MPM) était entourée de 3 autres filles ayant déjà bouclé leur tour de piste en moins de 51 secondes cette saison. Tout était réuni pour assister à une course rapide au cours de laquelle la championne de France allait pouvoir à son tour casser cette barrière approchée un peu plus à chaque sortie ou presque depuis le début de la saison (51"06 dimanche dernier). Marie Gayot a aussi eu droit à son couloir, elle a hérité de l’extérieur et suit elle aussi une belle progression puisque sans le sillage de sa coéquipière du 4x400m, elle a battu son record personnel en finale des Championnats de France (51"27).

Le point commun des 2 Françaises est d’être parties très lentement par rapport à leurs adversaires, elles n’ont jamais pu revenir, pourtant elles avaient encore du jus semble-t-il. En effet, si visuellement la 5e place de Floria et la dernière de Marie ne donnaient pas l’impression que la performance était bonne, l’une a battu son record en réussissant ce qu’elle espérait, passer sous les 51" (50"90), l’autre a approché son PB de 4 centièmes (51"31). On peut donc évoquer une double confirmation. Il faut dire que McCorory – seulement 4e des sélections US et dont la qualification pour Pékin dépend du choix d’Allysson Felix d’y disputer le 200 ou le 400, sachant que le programme rend incompatible la participation aux 2 épreuves – a servi à toutes les concurrentes en les tirant vers le haut. Sa propre MPM a été améliorée d’un petit rien (49"83), elle a devancé les 2 Jamaïcaines (Stephenie Ann McPherson en 50"41 et Christine Day en 50"66). La seule petite contrariété est la 4e place de Christine Ohuruogu (50"82) qui après un début de saison très moyen a pris à Floria la première place aux bilans européens. Elle est 18e mondiale actuellement derrière 9 Américaines, 3 Jamaïcaines, une Bahaméenne, 3 Nigérianes dont 1 devenu britannique et une bahreïnie, et enfin une Zambienne. Il y aura seulement 3 Américaines aux Mondiaux, néanmoins en principe les Françaises doivent s’arrêter en demi-finale (surtout s’il y en a 3^^). Ceci dit, compte tenu de leur progression constante et du potentiel affiché (moins de 50"50 pour Floria, moins de 51" pour Marie), pourquoi ne pas rêver à une finale ? Sachant que le plus important sera malgré tout le relais, où il y aura un véritable coup à jouer non pas pour la gagne mais pour le podium.

Pas le temps de souffler, tout de suite, le 800m masculin. Et là, malgré un plateau énorme où ne manquait que David Rudisha, on a eu droit à la fois à une énorme perf et à une énorme surprise. Amel Tuka… Non mais sérieusement… Qui est ce Bosnien ? Il a 24 ans, l’an dernier son record personnel était encore supérieur à 1’46, et là, d’un coup, il explose 3 fois son record national en quelques jours (il avait déjà couru moins de 1’44 à Madrid et en moins de 1’45 le 1er juillet). Hormis une médaille de bronze aux Championnats d’Europe U23 il y a 2 ans et une 6e place en finale des ChE l’an dernier à Zürich, il n’a aucune référence. Là, il nous a fait un énorme 1’42"51. Pour vous donner quelques indications, c’est 2 centièmes de mieux que le record de France de Pierre-Ambroise Bosse établi lors de l’édition 2014 d’Herculis, et 6 centièmes moins rapide que la MPM de l’année passée (toujours lors de cette course à Monaco). Je crois que ça fait de lui le 9e meilleur performeur de tous les temps ! C’est juste hallucinant, même si après le 1500m vécu un peu plus tôt, on s’attendait à une course hyper rapide.

PAB aurait pu réussir une nouvelle perf en courant autrement. Il a refait la course de Rome au lieu de refaire celle de New York, où il avait bénéficié de la présence de Rudisha. Forcer pour se rabattre en 2e position derrière le lièvre dans une course partie super vite était manifestement une mauvaise idée, car quand le lièvre s’est écarté après 500m, le Français s’est retrouvé… à jouer les lièvres pour les autres. Il a dû tout donner beaucoup trop tôt pour résister à ses adversaires et n’a pu tenir au moment où on l’a attaqué en sortie de virage. Pourtant les 3 hommes qui l’ont attaqué ont dû passer assez loin à l’extérieur. Personne n’a vu Tuka arriver comme une balle au couloir 3 (!) et doubler à la fois Nijel Amos (1’42"66) et Ayanleh Souleiman (1’42"97), obligés de puiser dans leurs réserves, donc en train de s’arracher. Tuka n’a jamais paru dans le dur, il ne souffrait manifestement pas. D’où ce gars sort-il ? Le 4e est l’Américain Boris Berian (1’43"34), inconnu au bataillon avant sa 2e place à New York. On assiste vraiment à des trucs invraisemblables en athlétisme cette saison ! Retrouver le 2 Polonais 5e et 6e est plutôt normal. Mohammed Aman a explosé en vol dans la dernière ligne droite, comme à Lausanne la semaine passée, son temps restant cette fois plus que correct (juste au-dessus de 1’44). Alors que PAB s’est raté, 10e en 1’45"30 en finissant complètement bouilli… Arf. Il faut se remobiliser au plus vite. Et arrêter de jouer les lièvres !!!

Le 200m féminin aurait sans doute été remportée par Allyson Felix si elle avait décidé d’y participer. En son absence, la victoire a été obtenue de façon très surprenante par Candyce McGrone, 26 ans, dont la progression est… fulgurante. Avant cette saison, son meilleur chrono sur 200m était 22"81, elle plafonnait ou régressait depuis 2010 (pas mieux que 23"43 la saison passée). Sur 100m, c’était un peu mieux, 10"08 en 2011, mais aucune perf de ce niveau jusqu’à cette saison (11"00 avec pas mal de vent favorable). Et là, après avoir pris la 2e place des sélections US en 22"38, nouvelle claque à son record. Encore 3 dixièmes de moins. A New York elle en était seulement 6e en 23"10. Ce vendredi, elle courait à l’extérieur, en aveugle, ce qui n’est pas toujours un désavantage, on se souvient notamment du titre européen de Myriam Soumaré, aussi au 8, elle avait fait sa course sans se préoccuper des autres. Sauf que là, McGrone a fait 22"08 (-0,3m/s) après un virage relativement quelconque, elle a surtout été impressionnante en début de ligne droite puis a résisté au retour de Dafne Schippers, battu d’1 centième. Jeneba Tarmoh (22"23, PB) a pris la 3e place.

En regardant la vidéo, gardez l’œil sur les couloirs 6 et 7… Shaunae Miller a dû finir en roue libre parce que Blessing Okagbare s’est rabattue devant elle ! La Nigériane a été logiquement disqualifiée pour cette erreur assez ridicule, a fortiori pour une fille aussi expérimentée. Elle avait fini en 22"25 chez sa voisine.

Le 3000m plat est une petite escroquerie. Il figure au programme de la Diamond League, pourtant il est très peu couru, faute d’être au programme des grandes compétitions internationales. Autrement dit, aucun athlète ne s’oriente réellement vers cette épreuve, sauf si les organisateurs d’un meeting en contactent pour en monter un, ou alors si l’athlète en question veut se servir de cette course pour travailler en vue d’une autre distance. Dès lors, comment s’étonner que les 5 premiers aient réussi les 5 meilleures performances mondiales de l’année et que les concurrents aient presque tous réussi un PB ou un SB ? On s’attendait à la MPM, elle a été réalisée par le Kenyan Caleb Ndiku (7'35''13), devant l'Ethiopien Yenew Alamirew (7'36"39). Ces temps ne sont pas exceptionnels si on les compare aux meilleurs chronos réalisés par le passé. Il faut dire que les lièvres ont effectué un travail approximatif… ou alors n’ont pas été suivi. Ils ont été payés pour rien ou c’est tout comme.

La course suivante était le 100m haies. Jasmin Stowers et Dawn Harper-Nelson occupaient à égalité la tête du classement de la Diamond League. Après la course, une 3e Américaine s’est hissée à leur hauteur. Elles étaient 5 au départ avec une Britannique et une Biélorusse, plus Cindy Billaud, dont le couloir 1 est resté vide. Ayant ressenti une douleur à l’échauffement, elle a préféré se retirer, peut-être aurait-elle pris le risque de courir si elle avait toujours été en recherche de minimas (réussis pour 1 centième aux ChF).

La densité de cette course est évidente quand on consulte les résultats : Sharika Nelvis a gagné en 12"46 (-0,3m/s), ses 4 compatriotes se sont classées aux 4 places suivantes avec des temps compris entre 12"52 et 12"58. Et les 2 moins bonnes du lot ne sont autres que Stowers (4e) et Harper-Nelson (5e), qui aurait dû être éliminée pour un faux-départ. Certes, on ne peut lui reprocher d’avoir quitté les starting-blocks, mais son mouvement vers l’avant était clairement fautifs et trop net pour ne pas avoir été accompagné d’une pression au niveau des pieds. Elle a reçu le carton rouge et noir de la disqualification, a protesté et obtenu gain de cause, on lui a montré le carton vert. En championnats, on lui aurait opposé une fin de non-recevoir. Peut-être le responsable a-t-il fait preuve d’énormément d’indulgence pour éviter d’avoir seulement 6 filles au départ… Pas très sérieux tout ça !

Souvent, dans ce genre de situation, celui qui passe tout près de l’élimination gagne, ou n’est pas loin d’y parvenir. Pas cette fois. En devançant les 2 leaders de la Diamond League, Kendra Harrison (12"52) et Brianna Rollins (12"56) ont permis à Nelvis de les rejoindre. Bien malin celui qui peut deviner qui décrochera la timbale.

Depuis le début du meeting, les performances exceptionnelles s’enchaînaient. Il était très probable que le 1500m féminin nous en offre une nouvelle grâce à Genzebe Dibaba, auteur il y a eu peu d’une perf énorme, 3’54"11. Les organisateurs ont flairé le bon coup, ils ont fait de leur mieux pour permettre l’exploit. Aucun lièvre habituel de 1500m n’est capable d’emmener assez vite, il a donc fallu recruter une spécialiste du 800m en la personne de Chanelle Price, qui a récemment couru en 1’59"10 (PB) à Paris sur le double tour de piste. Elle était lièvre – ou plutôt hase – pour la première fois de sa carrière. Lièvre personnel de surcroît, car une autre fille a été recrutée pour emmener le reste du peloton. On lui a demandé 2’03 aux 800m mais en évitant de partir comme sur un 800, sinon elle aurait asphyxié l’Ethiopienne. Si possible, il lui avait été demandé d’aller jusqu’au kilomètre en 2’35. La première inconnue était l’attitude de de Sifan Hassan, la Néerlandaise (ex-Ethiopienne) qui domine la Diamond League. Après quelques secondes d’hésitation, elle a décidé de suivre Dibaba, donc d’adopter un rythme très élevé. L’autre lièvre n’a donc servi à rien.

Price a fait les 400 premiers mètres en 1’00"31, le suivant a été plus lent, on lui avait demandé 2’03, elle est passée en 2’04"52 et s’est garée dans la foulée, laissant Dibaba terminer seule. Malgré l’accélération de cette dernière, Hassan tenait encore le coup. L’écart se creusait par rapport aux suivantes. Le 3e tour a été couru presque aussi vite que le 1er (officiellement 1’00"10, mais en réalité quelques dixièmes ou centièmes de plus car le temps avait été pris sur Price). L'Ethiopienne a été monstrueuse du milieu du 3e tour jusqu'aux 1300m, et s’est détachée de façon irrémédiable pendant que la cloche sonnait pour elle puis pour les autres concurrentes larguées assez loin derrière (la cloche a donc sonné longtemps). Hassan tentait de limiter la casse, elle avait 300 ou 350 mètres pour tester sa capacité de résistance. L’écart se creusait encore et encore, Dibaba ne lâchait rien, on aurait dit qu’elle jouait sa vie, chassée par un lion affamé. Hassan n’en pouvait plus, dans la ligne droite les rares personnes qui la regardaient ont vu une fille à l’agonie, presque à l’arrêt. A vrai dire, tous les yeux étaient tournés vers Genzebe Dibaba, en train de réussir l’exploit de l’année : 3’50"07 ! Le record du monde est tombé pour 39 centièmes. Beaucoup croyait la chose impossible, même après la performance réalisée à Barcelone en courant seule. Les Chinoises à la soupe de tortue sont oubliées[2], on retiendra désormais autre chose de bien plus joyeux, la démonstration de la petite sœur d’une grande championne. Tirunesh doit être fière d’elle. Du moins jusqu’au jour où elle lui piquera son record du monde du 5000m. La tentative de Genzebe de le lui prendre ce record à Paris a tourné au fiasco faute d’entente avec qui elle devait se battre pour y parvenir. Celle fois, même sans être spécialiste du 1500m, elle a pu réussir grâce à des conditions presque parfaites. Le vent était quasi nul, la piste est réputée rapide pour le demi-fond, le travail de Price a beaucoup plus à la star de la soirée qui a chaudement remercié l’Américaine… J’ajoute que l’atmosphère générée par les perfs précédentes a sans doute apporté le petit plus qui fait la différence. Et il n’y avait pas d’Almaz Ayana, donc de rivalité pour lui faire oublier son objectif. Le plus fou est que son potentiel maximal n'est même pas connu. Elle ne s'entraîne qu'avec des hommes, a une capacité de résistance et un finish énormes (la Chinoise avait couru les 2 premiers tours 4 secondes plus vite).

Comme souvent, quand on trouve une telle locomotive dans une course, ça motive tout le monde, d’où une série d’autres records battus. Même à l’agonie, Hassan a éclaté son record national (3’56"05). 6 filles ont couru en moins de 4’, on a aussi eu droit à un record d’Amérique pour Shannon Rowbury (3’56"29) et non pour Jennifer Simpson (3’57"30), qui a seulement réussi un SB, c’est la seule des 9 premières, toutes les autres ont battu leur record.

Avec tout ça, le 100m est presque passé au second plan ! Il ne s’agissait plus vraiment la course phare du jour malgré la présence de Jimmy Vicaut, nouveau co-recordman d’Europe et récent vainqueur des Championnat de France en confirmant sa performance du Stade de France avec un très beau 9"92 à Villeneuve-d’Ascq (devant Christophe Lemaitre en 10"07, son meilleur temps depuis un long moment, synonyme de minima pour Pékin).

Outre Vicaut, on trouvait un trio d’Américains dont les 2 dont les suspensions pour dopage ont défrayé la chronique : Justin Gatlin, dont je pense le plus grand mal, vous le savez, Tyson Gay, l’homme en cause dans l’affaire qui a valu à la France – et donc à Vicaut et Biron – de récupérer la médaille de bronze du 4x100m des JO de Londres avec 3 ans de retard, et Trayvon Bromell, la nouvelle sensation venue de NCAA qui faisait ses débuts sur le circuit européen (3e performeur mondial de l’année avec vent régulier). Ou plutôt DEVAIT faire, car il a été éliminé pour faux-départ. Malgré le bruit qui a pu le gêner, il n’a pas bénéficié de la même indulgence que Dawn Harper-Nelson, ce qui est bien dommage, j’avais très envie de le voir. Dégagé direct avant d’avoir pu montrer quoi que ce soit, hormis lors du relais disputé plus tôt sans être diffusé. Il n’a donc pas complètement fait le voyage pour rien.

Emmanuel Biron était au couloir 8, Jimmy Vicaut au 4, il y avait aussi Keston Bledman au 2, il est 4e ex-aequo avec Jimmy aux rankings mondiaux. On s’attendait donc à un bon test avec un vent à -0,3m/s. On l’avait deviné, c’était exactement le même lors du 200m puis du 100m haies.

Le résultat est plutôt bon, contrairement à ce que certains vont dire et écrire. Si Gatlin a gagné en 9"78, ce dont je me fous royalement, l’important est derrière : après un départ dégueulasse, il s’est accroché derrière Gay pour finir 3e en 10"03, devancé de seulement 6 centièmes. Bien sûr, désormais, dès qu’il courra en plus de 10 secondes, Jimmy sera critiqué par ceux qui ne suivent et ne comprennent pas l’athlé. En l’occurrence, compte tenu de son temps de réaction moisi (198 millièmes, soit un temps de réaction de coureur de 400m, le minimum est 1 dixième), de la mise en action et phase de poussée très moyennes pour ne pas dire ratées (il s’est relevé trop vite), et du léger vent défavorable, la performance est plus qu’honorable, surtout en étant fatigué par l’enchaînement des courses de Paris puis de Villeneuve-d’Ascq (5 courses entre le 100 et le 200m). Si on enlève les 4 centièmes perdus par rapport à presque tous les autres concurrents avant sa première foulée, si on met 1m/s de vent favorable, on arrive vite à 9"95 ou 96 – voire mieux – malgré la mauvaise mise en action. Sans parler de la crispation due au fait de sentir le retard dû à ce mauvais départ.

Et que dire des 10"17 de Biron ? Il a encore amélioré son record personnel. Ça nous promet un super relais… et là je croise les bois en touchant du bois pour que tout le monde soit épargné par les soucis physiques. Je ne suis pas superstitieux, mais mieux vaut prendre ses précautions !

La dernière course était un 3000m steeple, auquel participait Maeva Danois, qui vient d’être médaillée d’argent aux championnats d’Europe espoirs (U23). Elle a pris la dernière place avec un temps très en-dessous de ses capacités, mais ça restera anecdotique. La Tunisienne Habiba Ghribi a remporté l’épreuve très facilement en 9'11"28, améliorant largement la MPM (de quasiment 4 secondes), ce qui constitue aussi un record du meeting. Elle a devancé 2 Kenyanes, Hyvin Kiyeng Jepkemoi (9'1251) et Virginia Nyambura (9'1385), qui reste très nettement en tête de la Ligue de Diamant. En plus de la MPM, il y a aussi eu 6 records personnels (dont un record du Maroc) et SB.

Ghribi débutait sa saison… Pour être honnête, quand je la vois, je suis incapable d’oublier sa performance d’il y a 4 ans à Daegu et les interrogations nées de l’interview post-finale… Je ne peux l’accuser de rien, mais personne ne peut m’interdire d’être perplexe à son sujet.

Quid des concours pas encore évoqués ? Outre le disque et le pois dont il a déjà été question, il y avait un autre lancer, le lancer du javelot masculin, et 4 sauts : saut en longueur et saut en hauteur féminins, triple saut et saut à la perche masculins. Ces 2 derniers concours étaient les plus attendus.

Au javelot, Tero Pitkämäki a dominé 2 Tchèques grâce à un jet à 88m87. Vitezslav Vessely, 2e, est toujours en tête de la Diamond League. Un Finlandais et des Tchèques, c’est un peu un retour aux fondamentaux dans une discipline où Walcott (de Trinité-et-Tobago) et Yego (du Kenya) bousculent de plus en plus l’ordre établi avec chacun une marque à plus de 90m cette saison.

La longueur féminine a été assez hyper décevante. Gagner à 6m87 dans une réunion de cette importance est devenu assez rare. Ivana Spanovic l’a fait grâce à son premier essai. Surtout, aucune autre fille n’a dépassé 6m76 (la meilleure marque de Tianna Bartoletta, qui domine la DL).

A la hauteur, Mariya Kuchina a tout réussi avant la barre à 2m00. Elle a alors eu besoin de 2 essais et a passé en touchant, égalant son record personnel. Ce saut lui a permis de remporter le concours car sa compatriote Anna Chicherova (3e) et l'Espagnole Ruth Beitia (2e) ont échoué à cette hauteur, en restant toutes les 2 à 1m97. Par rapport au niveau des dernières saisons, c’est un bon concours. Avec ce saut à 2m00, Kuschina est n°2 aux bilans mondiaux à égalité avec Beitia, la n°1 étant Chicherova grâce à son saut à 2m03 à Lausanne. On est dans une période assez creuse, il y a quelques années le record du monde de Kostadinova (2m09) – dont l’apparence était celle d’un bonhomme à l’époque où la Bulgare multipliait les sauts en haute altitude – était régulièrement en danger (Vlasic a sauté 2m08 en 2009, Chicherova 2m07 en 2011).

Renaud Lavillenie devait absolument gagner. Il lui fallait absolument remettre les pendules à l’heure après 2 défaites consécutives en DL puis une victoire aux ChF face à une adversité moins impressionnante. C’était nécessaire pour ne pas enclencher une spirale de doute. Les autres perchistes doivent comprendre qu’ils se battent pour la 2e place. Une nouvelle défaite leur aurait donné beaucoup d’espoirs et de confiance. Sans parler du classement de la Diamond League, auquel il tient pour l’avoir remporté chaque année depuis sa création.

Malheureusement, le séjour à Monaco a pris un mauvais tournant avec la blessure à la main de son petit frère, Valentin Lavillenie, qui a été victime d’un bris de perche. Il en a pour plusieurs semaines et manquera Pékin.

Pour Kevin Ménaldo, ça ne s’est pas très bien passé, il a été éliminé très vite. Restait donc Renaud contre les étrangers. Il nous a fait un concours de guedin ! Débuter par une barre à 5m82 était particulièrement osé, beaucoup de bons perchistes s’attaquent rarement à ces hauteurs, alors débuter à ce niveau… Remarquez, attendre la barre à 5m82 pour commencer son concours, n’importe qui peut le faire. Réussir son coup en mettant une valise, un seul homme en est actuellement capable. Et avec lui, qui dit valise dit… impasse à la barre suivante. Il a attendu 5m92 pour s’y coller de nouveau… Encore une valise ! La victoire était déjà en poche. Que faire ? Demander 6m02. Il n’est pas passé, ce n’était pas très loin, on sent qu’il les avait dans les jambes, surtout avec ces très bonnes conditions, d’où une pointe de frustration.

Konstadinos Filippidis a pris la 2e place (5m82), Sam Kendricks la 3e (même hauteur en égalant son PB), Pawel Wojciechowski la 4e (dernier hommes à 5m82). Ils sont 7 à avoir passé 5m72, c’est un bon concours avec de la densité… mais un patron retrouvé qui a désormais 3 points d’avance en tête de la DL (13pts contre 10 pour le Grec).

Le triple saut s’est terminé après tout le reste. Quand Pedro Pablo Pichardo et Christian Taylor sont engagés dans le même concours, on s’attend désormais à en voir au moins un atterrir à plus de 18 mètres. Pas cette fois… Ils ont allés moins loin que d’habitude. Leur duel a pris un tournant intéressant. Manifestement, le Nord-Américain a pris un avantage psychologique sur le Cubain en gagnant à Lausanne. On a en effet l’impression que P.P.P. a du mal quand un adversaire vient le concurrencer sérieusement. Aux Championnats du monde 2013, Teddy Tamgho l’a mangé, notamment sur le plan psychologique. A Monaco, Taylor a été très régulier en enchaînant 6 essais validés à 17m33 et plus (33, 75, 33, 43, 74, 64). Du lourd ! Le Cubain a connu beaucoup plus de soucis. Déséquilibré lors de sa première tentative, il s’est posé à 17m66 lors de la 2e, a raté la 3e (moins de 17m), puis a répondu avec 17m73 (avec une planche très limite, le juge aurait pu lever le drapeau rouge, ça semblait mordu), seulement 2cm de moins que nécessaire pour prendre la tête. Ensuite… rideau ! 2 sauts inaboutis. Le dernier a carrément avorté en raison d’une crampe subie pendant sa course d’élan. S’est-il mal hydraté dans cette chaleur azuréenne ou a-t-il été victime d’une crispation née de cette situation ? Il n’a pas su ou pas pu se sortir les tripes pour emporter le morceau au dernier essai. C’était déjà le cas à Lausanne où il avait manqué l’opportunité de reprendre la tête en concluant le concours juste après les 18m06 de Taylor. Il a donc perdu pour 3cm (avec seulement 2cm de plus, il était devancé à la 2e meilleure marque), soit presque rien dans le bac à sable, mais beaucoup dans la tête. 2 défaites de suite, pour un garçon aussi solide mentalement et expérimenté que Lavillenie, c’est déjà difficile à encaisser, alors pour un jeune que certains disent friable, les répercussions pourraient être d’une autre ampleur. Il a intérêt à vite se remettre à gagner.

2 Français participaient à ce concours, Benjamin Compaoré est toujours en recherche de minimas, il a terminé 5e avec 16m97, devancé par Omar Craddock (17m35) et Nelson Evora (17m11). La situation du champion d’Europe en titre se complique sérieusement, il risque de ne pas voir Pékin. Quant à Harold Correa, champion de France mais 7e à Monaco avec 16m58, espérer sa qualification semble illusoire.

La Ligue de Diamant continue la semaine prochaine avec le meeting de Londres, étalé sur 2 jours, où beaucoup de Français sont au programme, notamment Vicaut face à Bolt, enfin de retour sur 100m.



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Notes

[1] Dont le prénom est Mourad ou Morhad selon les sources, mais Morhad semble être l'écriture correcte.

[2] Il en reste 9 parmi les 20 plus rapides de tous les temps, dont 6 dans le top 10 et 4 dans le top 5.