• Etape 13 : la fête des losers.

Muret-Rodez (198,5km)

Etape_13.jpg Il devait s’agir d’une étape de transition accidentée plutôt propice aux échappés. D’où l’offensive lancée dès le premier kilomètre avec Cyril Gautier (EUC), Wilco Kelderman (TLJ), Pierre-Luc Périchon (BSE), Nathan Haas (TCG), Thomas De Gendt (TLS) et Alexandre Géniez (FDJ), le local de l’étape. Perrig Quémeneur (EUC) et Andriy Grivko (AST) ont réagi à retardement, ils ont navigué en chasse-patate quelques minutes avant d’être repris.

Les 6 hommes de tête ont rapidement compris ce qui les attendait : le peloton a décidé de les laisser partir pour ensuite jouer avec eux. Il ne leur a pas accordé plus de 4’ de marge. Une belle journée de m*rde s’annonçait, d’autant que le soleil tapait extrêmement fort. Même au Tour du Sahara[1] il ne fait pas si chaud !

Au sprint intermédiaire, De Gendt a remporté un duel acharné contre Périchon. En tête du peloton les équipiers de John Dengenkolb (TGA) menaient le train, ils ont décidé de s’effacer, Peter Sagan (TCS) s’est complètement fait enfermer en ayant au passage mis un petit coup d’épaule à André Greipel (TLS) qui est passé et a gagné facilement devant Degenkolb, Cavendish (EQS) et le Slovaque, dépossédé – au moins virtuellement ou provisoirement – de son maillot vert.

De Gendt est un vrai rapace, il a encore pris la prime à la Côte de Saint-Cirgue (3e catégorie) en passant en tête au prix d’une micro-accélération en loucedé. Tinkoff-Saxo a décidé d’accélérer avec les Giant-Alpecin de Degenkolb, imposant ainsi le train plus soutenu à plus de 65km de l’arrivée, peut-être dans l’espoir de créer des cassures (il y en a eu une), peut-être pour fatiguer ou lâcher certains sprinteurs afin d’augmenter les chances de Sagan de l’emporter à Rodez. Pendant cette période, Jean-Christophe Péraud (ALM) est tombé seul et violemment en plein sur le bitume, a pris cher sur le côté gauche (cuisse, hanche, coude, épaule, bras et main en sang). Le vétéran français est reparti dans un triste état environ 3’ après son accident. Lors des minutes suivantes, Vincenzo Nibali (AST) a crevé 2 fois et s’est retrouvé attardé avec le groupe lâché dans la bosse et l’accélération. Du coup une grande partie d’Astana est venue prêter main forte aux Lotto-Soudal présents à l’arrière, dont Greipel semble-t-il. Ils sont rentrés.

Péraud s’est battu pour réintégrer le peloton. Aidé par les voitures, il y est parvenu.

La Côte de la Pomparie (4e C.) a fourni à Géniez une occasion de mettre un peu d’argent dans la cagnotte de la FDJ. Le peloton était encore à environ 3’, la situation a fait réagir les MTN-Qhubeka désormais volontaires pour prêter main forte aux équipiers de Degenkolb et Sagan. Edvald Boasson Hagen avait une grande chance de jouer la gagner dans une étape comme celle-ci.

Le terrain étant extrêmement vallonné, il ne défavorisait pas réellement les échappés, l’usure due à la chaleur et aux nombreux kilomètres passés en tête était leur gros handicap. Fatigué, tout le monde l’était. Greipel a craqué, abandonnant ainsi ses chances de récupérer le maillot vert en fin de journée, Sagan allait forcément prendre des points et récupérer sa première place à ce classement annexe. On a encore perdu pas mal de monde, le peloton roulait très vite dans des conditions toujours aussi difficiles. Il fallait se battre pour rester dans les roues d’un peloton mené à tour de rôle par plusieurs équipes.

Kelderman s’est adjugé la prime de la Côte de la Selve (4e C.), le peloton y est passé 2’ plus tard, il restait 32km, c’était donc assez mal embarqué pour les 6 hommes de tête. Il devenait nécessaire de relancer l’allure, l’avance ne cessant de diminuer pour attendre 1’30 à 23 ou 24km de l’arrivée. Haas est alors parti seul, piégeant ses anciens compagnons de route. Aucun n’a réagi. L’Australien a repris du temps au peloton, néanmoins le quintette toujours à sa poursuite n’était pas irrémédiablement distancé, il demeurait à quelques dizaines de mètre. Cette initiative a donc échoué et a mis en danger les chances de tout le groupe. Désormais, tout le monde se méfiait des contre-attaques, l’engagement n’était plus le même.

Malgré le gros effort des Tinkoff-Saxo, l’écart restait assez stable, supérieur à 1’30. Gautier et De Gendt tentaient de restaurer la cohésion de l’échappée, entrée dans une portion défavorable. Les Orica-GreenEdge – ou ce qu’il en reste – ont aussi participé à la chasse.

A l’avant, De Gendt a relancé, Périchon a craqué, Géniez aussi, Gautier est revenu, il est reparti pour aller chercher Kelderman après un nouveau contre avorté d’Haas. Le duo Gautier-Kelderman ensuite renforcé par De Gent, très fort, possédait encore une grosse minute d’avance à 13 bornes de l’arrivée. Rien n’était joué, c’était encore à peu près du 50/50 entre le trio ou le peloton, ou peut-être du 55-45 en faveur du peloton qui avait désormais les hommes de tête en point de mire. Gautier a cessé de prendre les relais, ou alors un symbolique de temps en temps, c’était donc du 2 contre… beaucoup, car les équipes décidées à collaborer pour les rejoindre étaient trop nombreuses. La balance a donc commencé à pencher très nettement en faveur du peloton. Périchon puis Géniez ont été repris juste avant la banderole des 10km. Il restait à peine 45 secondes à combler pour que la meute puisse de disputer la victoire au sprint.

De nouveau sur la même longueur d’ondes, les échappés ont résisté jusqu’aux derniers hectomètres, profitant d’une fin de parcours très tortueuse et d’un peloton pas formidablement organisé, pour ne pas dire très mal organisé… avant la mise en action de Katusha, jusqu’ici invisible.

Il restait quelques dizaines de mètres d’écart à la flamme rouge, on finissait en montée, Kelderman a attaqué avec Gautier sur le porte-bagage, Arnaud Demare (FDJ) est parti de trop loin, Greg Van Avermaet (BMC) est remonté dans sa roue et la attaqué, seul Sagan a pu y aller et revenir dans son aspiration… mais n’a jamais pu doubler le Belge, enfin vainqueur sur le Tour. Sagan encore 2e… Incroyable ! Jan Bakelants (ALM) a pris la 3e place à 3 secondes, Degenkolb a réglé le peloton, classé à 7 secondes du vainqueur. Les cadors du général étaient presque tous dans les roues de l’Allemand.

Van Avermaet a profité du travail des autres équipes, il a été le plus fort dans ce sprint en montée en partant de loin. Bien joué ! Jusqu’ici, il était habitué aux déceptions sur le Tour.

Gautier a encore échoué, c’est un essayeur professionnel, un chercheur, mais pas un trouveur. Il n’a même pas été élu combatif du jour, prix encore donné à De Gendt, qui l’avait obtenu injustement lors de son échappée à 2 avec Fédrigo il y a quelques jours. Le pauvre n’arrivera jamais à gagner son étape.

Ceci dit, même si Sagan a fait une bonne opération pour le maillot vert, son côté loser est ce qui ressortira encore de cette énième 2e place, sa 4e de cette édition.

La tunique verte est la seule à avoir changé de titulaire, car pour le reste, R.A.S. ou presque, car il y a eu de petits écarts au général. Le premier groupe de cadors du général (Froome, Contador, Nibali, Valverde, Van Garderen, Gallopin, Quintana, Gesink, Thomas) a été classé à 7 secondes du vainqueur, soit 10 secondes devant Barguil, Rolland ou encore Frank. D’autres ont laissé plus de temps en route (Bardet à 28" de Van Avermaet, Pinot et Talansky à 42", etc)

Péraud est arrivé avec pas mal de retard, il a fini dans la douleur en ayant mis le clignotant à quelques kilomètres du but. L’important pour lui était de franchir la ligne. Pas sûr qu’il puisse repartir. S’il repart, il risque de traverses des heures très difficiles sur son vélo. Bon courage !

Demain, le Tour se rend à Mende, célèbre pour sa montée vers l’aérodrome, une ascension nommée ou surnommée "montée Laurent Jalabert". Je suis sûr que Froome, en bisbille avec France Télévisions, aimerait y gagner pour régler quelques comptes personnels. Je suis encore plus sûr que quelques Français ont coché cette étape, particulièrement ceux qui ont besoin de se racheter après des journées de galère. Ne vous étonnez pas si vous retrouvez plusieurs grimpeurs français à l’attaque dès les premiers kilomètres. Et réjouissez-vous si l’un deux réussit son coup.

Note

[1] Epreuve qui n’existe probablement pas.