• Etape 14 : à Mende amers.

Rodez-Mende (178,5km)
Abandons : Steve Morabito (FDJ), Ramon Sinkeldam (TGA).
Hors-course : Eduardo Sepulveda (BSE).

Etape_14.jpg Le parcours pouvait être divisé en 3 parties. La première, accidentée, était propice à la création d’une échappée, on y trouvait une côte de 4e catégorie.
La deuxième, suite à une descente de col, était non pas plate mais globalement en léger faux-plat montant, l’échappée devait soit y obtenir de la marge, soit être contrôlée par le peloton. Le sprint intermédiaire y a été logiquement placé.
La troisième et dernière débutait pas une première côte de 2e catégorie, puis continuait dans cette veine avec une autre côté de 4e catégorie avant l’arrivée sur le plateau de l’aérodrome de Mende un gros kilomètre après l’ascension de la célèbre "montée Laurent Jalabert", côte de 2e catégorie avec de forts pourcentages (son nom officiel est la Côte de la Croix Neuve).

Comme prévu, le début de course a été très animé, beaucoup de coureurs ont tenté la fuite. Il y a eu beaucoup trop de mouvement pour être exhaustif. Commençons donc par évoquer la chute suite à laquelle Morabito a dû abandonner. Elle s’est produite rapidement et impliquait aussi Jérémy Roy (FDJ), mais également Robert Gesink (TLJ). D’autres ont été retardés

Les échappées maintenant. Alors… Un premier groupe d’une grosse douzaine d’hommes a tenté le coup mais a été repris rapidement, Cyril Gautier (EUC) est reparti, suivi par Ruben Plaza (LAM), seulement le peloton ne laissait pas faire. Ce rythme effréné a fait des dégâts. André Greipel (TLS) – manifestement tombé à un moment ou l’autre – s’est fait lâcher avec d’autres coureurs dont pas mal de sprinteurs, ainsi, semble-t-il, que Peter Kennaugh et Richie Porte, les gros lieutenants de Chris Froome chez Sky.

Au kilomètre 17, le duo a été repris, Peter Sagan (TCS) a alors contré, sentant le bon coup : il visait le sprint intermédiaire pour distancer Greipel au classement du maillot vert, l’Allemand étant encore derrière. Bartosz Huzarski (BOA) a pris le point de la Côte du Pont-de-Salars (4e C.). A l’avant, on trouvait notamment Warren Barguil (TGA), puis d’autres coureurs sont revenus jusqu’à former un groupe de 24 parmi lesquels Pierre Rolland (EUC) et toujours Cyril Gautier, mais aussi Andrew Talansky et Ryder Hesjedal (TCG), Rigoberto Uran (EQS), ou encore 2 des derniers Orica-GreenEdge rescapés. Mikaël Chérel n’est pas parvenu à les rejoindre, mais de toute façon, malgré la dimension de l’échappée et le nombre d’équipes représentées (17), le peloton n’était toujours pas décidé à laisser faire. Le IAM ont tout donné pour recoller, ils n’avaient personne à l’avant. Le vent de face n’aidait pas.

Résultat, certaines ont pris l’initiative de relancer en abandonnant les "boulets". Andriy Grivko (AST), Matthieu Ladagnous (FDJ), Rigboberto Uran, Ruben Plaza et Andrew Talansky – disparu par la suite à cause d’une crevaison, il n’y avait aucune voiture pour le dépanner car le peloton était trop près, il a donc été repris – ont creusé un petit écart, Bob Jungels (TFR) a pu les rejoindre avec l’aide de Jarlinson Pantano (IAM) et de… Peter Sagan. En revanche, les autres ont été avalés par le peloton, d’où une nouvelle contre-attaque. Elle a échoué. La suivante a fonctionné, plusieurs hommes ont réagi juste à temps pour s’y joindre, il était temps car le peloton a soudain coupé son effort, l’écart allait grandir très rapidement.

Dans ce groupe on avait 13 coureurs dont des cadors : Jan Bakelants (ALM) épaulait Romain Bardet, Jérémy Roy (FDJ) a fait de même pour Thibaut Pinot, les autres n’avaient aucun coéquipier, il s’agissait de Michal Golas (EQS), Jonathan Castroviejo (MOV), Greg Van Avermaet (BMC), Kristian Koren (TCG), Koen De Kort (TGA), Simon Yates (OGE), Stephen Cummings (MTN), Pierre-Luc Périchon (BSE) et... Cyril Gautier. Sans Luis Angel Maté (COF), manifestement incapable de suivre, ils ont rejoint le groupe Sagan après le sprint intermédiaire. Le maillot vert a pu tranquillement prendre ses points à Millau mais y a ensuite vu Plaza Molina se tailler tout seul pendant quelques centaines de mètre. L’Espagnol a probablement été calmé par son directeur sportif, son initiative n’avait aucun sens, seule contre une vingtaine d’hommes, toujours par une chaleur écrasante, il était infiniment trop tôt pour s’esseuler.

La situation est donc devenue limpide : 20 coureurs à l’avant, un peloton reformé à la tête duquel la Sky roulait tranquillement, et un homme intercalé provisoirement en attendant d’être repris. Compte tenu de la situation, Thibaut Pinot (accompagné de 2 équipiers) semblait être le favori.

Supérieur à 8’ à 90km de Mende, l’écart a commencé à décroitre. Le mieux classé, Bardet, était 15e à 17’ de Froome, néanmoins il n’était pas question de laisser trop d’avance à ces 20 hommes. Ils avaient toujours 6 grosses minutes de marge au début de la Côte de Sauveterre (2e C.). Ladagnous et Roy ont beaucoup roulé en tête.

Sans être à fond, les Sky n’amusaient pas le terrain, le peloton a donc perdu du monde par l’arrière. L’écart est toutefois resté assez conséquent, 5’30, les échappés allaient donc très certainement se disputer la victoire. Notons qu’au sommet, Ladagnous est passé devant Roy, Bakelants et Pantano, autrement dit Pinot n’est pas intéressé par le maillot à pois.

Ladagnous a décidé d’attaquer dans une partie en descente, peut-être une façon de relancer l’allure, peut-être une façon de tester ou de fatiguer les autres membres du groupe de tête. S’il avait insisté, j’aurais pu penser à une volonté de la FDJ d’envoyer un équipier à l’avant dans le but de le récupérer un peu plus tard. Seulement, il n’a pas persévéré et Golas a contré. Il restait environ 27km et pas mal de difficultés. Le Polonais n’était pas très lucide, il a pris un peu d’avance mais en fournissant énormément d’efforts, on l’a vu manquer de justesse un beau gadin.

Sagan a aussi profité de la descente pour tenter de s’extraire du groupe, Pinot et les AG2R le surveillaient. L’entente entre poursuivants était moyenne, néanmoins ils restaient assez nombreux à rouler, et même si Golas gardait ses 25 secondes d’avance à 15km de l’arrivée, le terrain ne lui était pas du tout favorable. Koren est parti seul en chasse-patate, le FDJ qui le suivait a décidé d’attendre les autres. Seuls, ils se dépouillaient mais avaient encore pas mal de chemin à faire, ils étaient en train de se griller alors que Pinot était emmené par ses hommes, tous les autres profitant de l’aspiration. La formation d’un duo de tête n’allait probablement pas suffire contre des hommes frais.

Signalons qu’à l’arrière, Porte est allé chercher des bidons et semble être tombé ou avoir eu un problème technique qui l’a relégué loin du peloton où les Tinkoff-Saxo et les Movistar accéléraient l’allure. Suite à une nouvelle temporisation, Nicolas Edet (COF) est sorti du peloton. Euh… Tactiquement, je ne vois pas où il voulait en venir.

Le duo de tête a souffert dès la Côte de Chabrits (4e C.), notamment parce que Ladagnous a tout donné avant de se garer. Roy s’est mis à plat ventre, il était seul à rouler pour les poursuivants, il y avait du vent défavorable, quand il y a eu accélération au sommet (où Koren a pris le point), Roy a lâché prise. Mais très vite, tout le monde s’est regardé au lieu de poursuivre l’effort pour rejoindre le duo de tête qui continuait bien à s’entendre. Roy est donc revenu pour tenter une dernière fois de relancer. Etre à 2 de la même formation et ne pas aider les FDJ – et là je pense aux AG2R – était idiot. Heureusement que Roy a eu du cœur et que le duo Koren-Golas était cuit. Il a eu jonction à moins de 4km de l’arrivée. Bardet a attaqué très tôt, personne n’y est allé, Bardet a lâché Golas. C’est dans un 2e temps que certains coureurs ont fait la jonction. Pinot est revenu au train. L’écrémage était fait.

Gautier a attaqué à son tour, Bardet l’a contré, Yates a pu sauter dans sa roue. Il a fallu que Pinot prenne les choses en main, mais il n’était pas question de faire le travail seul, il a demandé à Uran de prendre un relais, sans être réellement entendu. Devant, Bardet mettait des à-coups pour lâcher Yates, plus capable de suivre. Les pourcentages étaient élevés, Pinot grimpait assis sur sa selle, comme tout le monde, et revenait progressivement sur Yates avec toujours Uran sur le porte-bagages. L’écart creusé par Bardet n’était pas immense. Uran a fini par aider Pinot, ils n’étaient plus que 2 à pouvoir contester la victoire à Bardet, poussé par une foule importante.

L’accélération de Nairo Quintana (MOV) en tête de peloton a fait craquer Barguil, Vincenzo Nibali (AST) et Alejandro Valverde (MOV) y sont allés, Chris Froome n’avait plus d’équipier, il est revenu au train avec Rafal Majka (TCS) dans la roue. Contador (TCS) était lâché. Nibali a tenté d’en remettre une. Tejay Van Garderen (BMC) et Valverde étaient toujours avec Froome.

Pinot rest revenu sur Bardet à 2km de l’arrivée, mais Cummings n’était pas très loin, il ne fallait pas se regarder, du moins pas tout de suite, car la ligne était trop loin et l’écart incertain. En s’entendant jusqu’aux 500m, ils allaient se jouer la victoire en duel. Pinot a d’ailleurs pris la tête… mais ils ont commencé à s’observer… et Cummings est revenu comme une balle en essayant d’immédiatement les lâcher. Le Britannique a tout de suite pris une petite avance… piégeant aisément les 2 Français…

Nibali a craqué quand Quintana a de nouveau accéléré, mais Froome a pu revenir, toujours en tournant les jambes. Il y en avait partout, Van Garderen a explosé, il a même été lâché par Nibali. Quintana a de nouveau accéléré, Froome a eu du mal à suivre, il est néanmoins revenu. Plus loin, Contador et Valverde étaient ensemble mais ne s’aidaient pas, Valverde a flingué.

Froome (20e à 4’15) en a mis une petite à l’arrivée pour gratter encore 1" à Quintana, nouveau 2e au général, et 4. Contador, Nibali puis Van Garderen ont fini tour à tour (respectivement à 19, 30 et 40" de Froome) devant un groupe avec Tony Gallopin (TLS), Bauke Mollema (TFR), Mathias Frank (IAM), Geraint Thomas (SKY) – qui a enfin disparu du top 5 puisqu’il est désormais 6e – et Rolland (le groupe à 51" du maillot jaune). Barguil a fini encore un peu plus loin (à 1’10 de Froome).

Quintana est 2e, Van Garderen 3e, Valverde 4e, Contador 5e, Gallopin 9e et premier Français, mais hormis la victoire de Froome sauf chute, personne n’a pris assez d’avance ou trop de retard par rapport aux concurrents classés juste derrière ou juste devant lui pour que sa situation n’évolue pas très bientôt.

François Hollande avait choisi cette étape pour rendre visite au Tour. L’effet Hollande… Non mais sérieusement, quelle débilité de se regarder si près de l’arrivée ! Pinot était plus fort, il devait tout de suite en mettre une ou alors pousser Baret à tourner avec lui, ou au pire sauter immédiatement dans la roue de l’Anglais, beaucoup plus fort sur le plat et impossible à rejoindre dès lors qu’on lui laissait de l’avance. A vrai dire, le leader de la FDJ s’est bien mis dans la roue de Cummings avant d’en sortir en prenant moins bien un virage. Les 5 ou 10 mètres de retard pris à ce moment lui ont été fatals.

Pinot 2e, comme plusieurs fois l’an dernier, Bardet 3e comme il y a 2 jours. Quel gâchis ! Tactiquement, ils ont été nuls ! Bardet s’est cramé en attaquant trop tôt, Pinot s’est laissé avoir comme un bleu alors qu’il savait ce qui l’attendait (il a déclaré ne pas savoir que Cummings revenait, on ne peut qu’en douter)… Mais en réalité, Bardet a avoué qu’il ne connaissait pas l’arrivée, qu’il pensait cette fameuse montée Laurent Jalabert plus courte et n’était pas au courant de la présence d’une descente avec des virages. Il a dit avoir pensé se faire Pinot au sprint, mais il le laisse devant lui dans une descente. C’est ridicule ! Surtout que cette arrivée est un grand classique du Tour, tout le monde la connaît, on ne peut pas se laisser surprendre !

Si Périchon a remporté le prix du combatif du jour. Bretagne-Séché a connu une mésaventure assez dingue. Son leader, Eduardo Sepulveda, a été mis hors course. Pourquoi ? Victime d’un bris de chaîne au sein du peloton, il s’est arrêté en attendant sa voiture… qui est passée sans s’arrêter, masquée par une autre voiture. Comme Périchon était à l’avant, il n’y avait pas d’autre voiture BSE pour le dépanner. La voiture AG2R l’a vu et s’est arrêtée en croyant qu’il s’agissait d’un souci de roue. Mais face à ce problème, seule sa propre équipe aurait pu apporter une solution, cette proposition d’assistance généreuse n’était d’aucun secours. L’Argentin était coincé, car avec un bris de chaîne, il n’y avait pas moyen de pédaler. Qu’a-t-il fait ? Dépité et en panique, il a sauté dans une voiture d’AG2R en demandant de rattraper la voiture BSE. Pris au dépourvu, Vincent Lavenue l’a fait sur une distance très courte en n’ayant pas réfléchi aux conséquences de la chose. Mais du coup, ayant fait quelques dizaines de mètres en voiture, Sepulveda a été mis hors course… Lavenue s’en est voulu de ne pas avoir réagi en le mettant dehors. L’Argentin – qui était dans le top 20 – est un jeune coureur, il n’a pas compris qu’il commettait une faute rédhibitoire… Enorme boulette !

Froome dit avoir reçu une tasse de pisse en se faisant insulter de dopé. Est-ce vrai ? Difficile à dire, d’autant que sur un maillot jaune…