• Etape 15 : à la fin, c’est l’Allemand qui gagne au sprint.

Mende-Valence (183km)
Abandons : Sebastian Langeveld (TCG)

Etape_15.jpg En regardant le profil de la fin de l’étape, difficile de ne pas s’attendre à un sprint massif. Mais en regardant le reste, difficile d’y croire. En effet, on débutait par une côte de 3e catégorie avant une succession de montées et de descente avec 2 difficultés classées en 4e catégorie, puis une grande partie en descente avec le sprint intermédiaire puis un col de 2e catégorie avant cette dernière portion d’une trentaine de bornes relativement plates. Autrement dit, c’est surtout la composition de l’échappée du jour qui allait déterminer ses chances de succès. Plus il y aurait d’équipes représentées, plus les hommes seraient nombreux, moins on trouverait de formations pour emmener le peloton, d’autant que pas mal de sprinteurs risquaient de ne pouvoir passer ces difficultés.

Comme prévu, c’est parti dans tous les sens avec des attaques et des contre-attaques en séries. Plusieurs groupes ont successivement occupé la tête de la course. Le peloton allait à une vitesse folle en raison de ces relances très nombreuses. Serge Pauwels (MTN) est passé en tête devant Lieuwe Westra (AST) au sommet de la Côte de Badaroux (3e C.), ils figuraient dans une de ces échappées avec notamment Jean-Christophe Péraud (ALM), qui n’a pu tenir le coup très longtemps et s’est retrouvé quelques minutes plus tard dans un gruppetto de galériens. A un moment, 27 hommes étaient en tête, le groupe était chassé par le peloton, 9 sont repartis dont plusieurs qui insistaient depuis le début ou presque.

Ces 9 hommes étaient Thibaut Pinot (FDJ), déjà échappé sur la route de Mende et très frustré par sa 2e place, Adam Yates (OGE), dont le jumeau accompagnait Pinot vers Mende, Ryder Hesjedal (TCG), Simon Geschke (TGA), Lars Bak (TLS), et les 2 hommes forts en cas d’arrivée au sprint, Peter Sagan (TCS) et Matteo Trentin (EQS), chacun étant accompagné d’un équipier grand rouleur, respectivement Michael Rogers et Michal Kwiatkowski. Au général, il n’y avait aucun danger pour Chris Froome, mais la Katusha ne voulait pas laisser faire, espérant bien faire gagner Alexander Kristoff à Valence. IAM a aidé un moment puis a laissé se débrouiller la formation russe.

Tout le monde roulait très vite, au grand damne des groupes de lâchés qui ont fini par fusionner. On y trouvait entre autres Cavendish, Péraud, Renshaw, Démare, Coppel, Kennaugh, l’autre Yates et encore beaucoup de coureurs très fatigués, malades ou victimes de chutes lors des précédentes étapes. Ce gruppetto à 23 avait déjà beaucoup de retard, mais en restant tous ensemble, ils étaient certains d’éviter l’élimination. Langeveld a abandonné assez tôt, il a donc peu vécu cette galère.

Pinot a pris le point du Col de Bez (4e C.). D’ailleurs ce point est particulier, il a un nom : le point G… (^^) Personne ne le lui a contesté, tout le monde collaborait… sauf Bak, dont le prétexte pour ne pas rouler était évident, il ne pouvait aider Sagan à distancer André Greipel au classement du maillot vert. Au Col de la Croix de Bauzon (4e C.), le point est revenu à Rogers, toujours en passant un simple relais.

La Katusha perdait du temps petit à petit, ça roulait plus vite en tête. Elle a fini par rendre son tablier pour refiler le bébé à la Sky. Kwiatkowski, Sagan et Trentin ont fait une descente d’équilibristes, on n’en attendait pas moins d’eux. L’écart s’est alors stabilisé juste sous les 2’. Il s’agissait d’une descente longue et assez difficile car par endroits la route était mouillée. Même si Pinot a fait de gros progrès dans cet exercice, il n’a pu suivre le quatuor formé par les 2 Etixx-Quick Step et les 2 Tinkoff-Saxo. Mais la route était encore trio longue pour qu’ils insistent, le groupe de 9 s’est reformé. Le peloton a quant à lui décidé de temporiser une fois arrivé dans le bout de vallée qui précédait le dernier col du jour. L’écart est passé à 3’, puis Rogers a crevé, il a été attendu, les échappés ont donc perdu un peu de terrain. Peut-être est-ce ce qui a décidé les Katusha à refaire leur apparition en tête de peloton. En quelques kilomètres, on a retrouvé ces 2’ d’avance.

Sagan n’a eu aucun mal à prendre ses 20 points au sprint intermédiaire. Sa journée était déjà en partie réussie. Il espérait sans doute aussi gagner l’étape, mais la marge était trop faible pour réellement y croire.

Il faisait très chaud dans l’ascension du Col de l’Escrinet (2e C.), l’échappée avait toujours moins de 2’ d’avance, le peloton roulait toujours à fond, mais Katusha n’était plus la seule équipe à se montrer à l’avant, on a vu Europcar puis Tinkoff-Saxo… sans raison. Quand tu as Sagan et Rogers à l’avant, tu ne roules pas ! Thomas Voeckler (EUC) a donc repris la tête pour faire le travail dans l’intérêt de Bryan Coquard. Thibaut Pinot a pris les quelques points au sommet, ça peut toujours servir dans l’avenir. Le peloton n’était plus qu’à 1’25. Je ne sais pas pourquoi Movistar a aussi décidé de participer à la chasse.

Toujours est-il que Trentin a tenté de repartir seul en profitant de la descente car de toute façon, en l’état, ce coup était voué à l’échec. Geschke a voulu aller le rejoindre. Derrière, Bak a pris l’initiative de rouler pour empêcher ces 2 hommes de se retrouver seuls devant, quitte à ramener tout le groupe dans sa roue. Quand Hesjedal est parti à son tour chasser l’Italien, les autres sont restés spectateurs, ils savaient que ça ne servait à rien. Ils ont décidé de se relever. Le job était alors fait par les Europcar.

Trentin a attendu Hesjedal, c’était déjà cuit, Europcar et Lotto-Soudal envoyaient du lourd même s’il restait plus de 35km. Katusha est même revenu les aider. Le duo de tête a donc fini par lâcher l’affaire. Il restait 29km de plat avec 3 équipes de sprinteurs pour mener le peloton jusqu’à l’arrivée. Il s’agissait de leur dernière chance avant les Champs Elysées, elles ont su en profiter.

La BMC a roulé à moins de 10 bornes de l’arrivée, a priori pour protéger leur leader au général, car dans un sprint massif sur le plat, Greg Van Avermaet n’est en principe pas invité. Jan Barta (BOA) puis Michal Kwiatkowski ont tenté de sortir ou de ressortir à environ 6km de l’arrivée. Echecs. Les Cofidis sont remontés, BMC mentait toujours à grande vitesse, les autres équipes semblaient moins bien organisées, mais les Lotto-Soudal n’étaient pas loin. Daniel Oss (BMC) a essayé de sortir, Zdenek Stybar (EQS) a tenté un coup à plus de 3 bornes à la façon de celui réussi au Havre, mais il y avait vent de face, ce n’était donc pas idéal pour lui. Il fallait que le peloton réagisse, les Lotto-Soudal ont bougé un peu tard, ça n’allait pas très vite, d’autres formation sont donc venues se joindre à la chasse sous la banderole des 2km, notamment Katusha. Le Tchèque a coincé, c’était trop dur, on ne peut que saluer son initiative. Le contre d’un Bora-Argon a fait long feu… et on a eu droit à un sprint tout en puissance.

Greipel a résisté jusqu’au bout à Degenkolb (TGA), Kristoff a terminé 3e (tout près), Sagan 4e. Europcar a beaucoup roulé pour Coquard mais il n’a même pas pris part au sprint. Greipel a gagné 3 étapes, est largué au classement par points, même s’il en a pris 17 de plus que le Slovaque grâce à cette victoire (l’idée d’aller prendre des points au sprint intermédiaire était bonne mais si c’est pour ne terminer que 4e à l’arrivée, ça ne sert pas à grand-chose). Sagan ne gagne pas, il est beaucoup plus régulier. Le Slovaque a aussi été élu combatif du jour. Chaque membre du jury qui décerne le dossard rouge a dû recevoir un nez rouge. Je ne vois pas d’autre explication à ce sketch récurrent. Concernant les autres classements et distinctions, R.A.S.

Le gruppetto a fini 15’40 plus tard.

Pour l’anecdote, une des voitures de Tinkoff-Saxo a été suspendue pour une journée parce que le boss de l’équipe (pas Oleg Tinkov, Sean Yates) a jeté un bidon sur un caméraman… Tendu le garçon !

Demain, le peloton devra fournir un dernier effort avant la journée de repos. Il s’agira de la célèbre arrivée à Gap, toujours spectaculaire et ouverte à plusieurs profils de coureurs (les baroudeurs, les grimpeurs, les cadors, les puncheurs, les bons descendeurs). Le scénario sera probablement plus décisif que la force de chacun des protagonistes. Qui sera le plus opportuniste ? Réponse demain.

Mais d’abord, revenons sur la 2e semaine du Tour avec cette vidéo.