Ce succès a conclu la seconde session de la première journée de natation course. Et je suis déjà excédé par la façon de faire de France 2. J’ai déjà bien taillé France Télévisions pour son absence d’engagement sur la natation. Elle se contente de nous diffuser le minimum : uniquement les demi-finales et finales d’une seule des disciplines de ce sport. Comme je le craignais, la natation n’est qu’un prétexte. La façon dont les consultants VEDETTES ont été introduits à l’écran et mis en valeur pendant toute la session ne trompe pas. Laure Manaudou et Philippe Lucas ont clairement été recrutés pour faire le buzz, on met en avant le people, le sport passe en second.

Rendez-vous compte que pendant longtemps, on n’entendait quasiment pas parler l’ancienne championne qui a manifestement pour principal argument d’être la sœur de Florent Manaudou, la star actuelle de l’équipe de France. Sa voix ne porte pas… Et si on ne la relance pas, c’est le mutisme le plus total. Le pauvre Alexandre Boyon s’est offert quelques séquences d’aviron – une sport qu’il commente de temps en temps, notamment aux JO – en étant contrait de sortir les rames pour meubler un blanc interminable en début de session. Quant à Lucas, dont les jugements bien arrêtés et la connaissance de la natation sont des atouts dans ce rôle, il s’est montré vêtu de la tenue… des Pays-Bas car il est l’entraîneur de Sharon Van Rouwendaal, est arrivé en retard et s’est absenté un moment pour aller donner les dernières consignes à son athlète.

Rendez-vous compte que même les questions des interviews de Nelson Monfort et les interventions d’Alex Boyon entre les courses sont orientées pour mettre en valeur Laure ! C’est infernal.

Si seulement ça s’arrêtait là… Mais non ! La réalisation interne à France Télévisions n’hésite pas à faire des doubles fenêtres pour nous montrer la trombine des consultants pendant les courses ! Au moment du départ du "petit" frère en demi-finale du 50m papillon, on voyait la tête de la grande sœur sur une bonne partie de l’écran. Et bien sûr, au lieu de nous montrer la présentation des nageurs, au lieu de nous montrer les tableaux de résultats avec le classement de la course, les temps et les qualifications, on a droit soit à un plan sur le trio de commentateurs, soit à… une pub. C’est comme si pendant une soirée électorale on nous montrait David Pujadas, Laurent Delahousse et Marie Drucker sans jamais diffuser la moindre infographie avec les résultats.

Je vais insister sur les courses, moi…

Les demi-finales du 100m papillon – sans Française, les 2 ayant échoué en séries – ont lancé la session de l’après-midi. Janette Ottesen est partie vite puis a contrôlé tranquillement sur le retour, à moins qu’elle n’ait un peu coincé (victoire en 57"04). Sarah Sjöström a confirmé la supériorité démontrée lors des séries en envoyant la sauce sur le retour… assez pour battre le record du monde (55"74). Elle a encore zlatané la course. La Suédoise n’a aucune concurrente à sa mesure. Il y a eu des ex-aequo au 8e rang donc besoin d’un swim-off pour départager Inge Dekker (P.-B.) et Noemie Thomas (Canada), on l’aurait su en voyant un tableau de résultat, rien n’a été dit sur France 2… Nous l’aurait-on montré si Dekker n’avait pas décidé de se retirer sans le disputer ? J’ai comme un doute…

La finale du 400m NL masculin était promise à Sun Yang, néanmoins une surprise est toujours possible dans la mesure où tout le monde ne gère pas de la même façon les séries. Quelqu’un avait peut-être caché son jeu. James Guy, est parti vite, sous les bases du record du monde. Le Chinois n’a pas laissé partir, il a contrôlé en restant dans la vague, quasiment à hauteur du Britannique. Les 2 hommes se détachaient mais dans la 5e longueur, ça semblait revenir légèrement de l’arrière, même si le trou était fait. Guy nageait alors toujours plus vite que lors du record du monde de Paul Biedermann. Le Chinois a accéléré au moment du pénultième virage, il est réellement parti après 325m de course, lâchant irrémédiablement et irrésistiblement le Britannique pour finir avec une bonne longueur à son seul adversaire et une MPM (3’42"48). On dirait que sa suspension pour dopage – notamment – lui a fait du bien… Guy a décroché l’argent (3’43"75). Ryan Cochrane a apporté une médaille de bronze au Canada (3’44"59) en devançant Conor Jaeger de 22 centièmes.

Siobhan O’Connor (2’08"45) a sjöströmisé la première demi-finale du 200m 4 nages, une course dans laquelle le record du monde juniors a été battu par une jeune Turque, Viktoria Zeynep Günes[1] (2’11"46), 4e de cette demi-finale. Katinka Hosszu a nagé encore plus vite que la Britannique, 2’06"84, battant son record d’Europe établi en séries. Les suivantes ont pris une grosse claque… mais France 2 ne daigne pas nous montrer les tableaux de résultats… Donc il a fallu que j’aille sur le site de la compétition pour avoir les temps (1"61 de marge par rapport à la 2e, 2"77 par rapport à la 3e, 2"98 sur la 3e, et 4"55 sur la dernière qualifiée, Ye Shiwen, la Chinoise qui à Londres ressemblait plus à un hors-bord qu’à un être humain). Ça m’insupporte.

On enchaînait avec les demi-finales du 50m papillon. César "furosémide" Cielo participait à la première sur une ligne extérieure, il s’est très vite fait lâcher mais est revenu pour finir 5e (23"29). Le vieux Nicholas Santos a gagné en 23"05, beaucoup plus vite que le matin. Laszlo Cseh a pris la 2e place en nageant 1 centième moins vite, Konrad Czerniak suivant encore 1 centième derrière. C’est normal, la distance réduite favorise les écarts très réduits.

Florent Manaudou a fait sa course avec un départ monstrueux, il a mis une demi-longueur à tout le monde sur un 50m : 22"84, record de France de Fred Bousquet égalé. Bien sûr, France 2 nous a plus montré sa sœur que sa course, mais on s’en doutait. Il est énorme, car impressionnant de maîtrise et de relâchement. De surcroît, il avait en tête la finale du relais prévue environ ¾ d’heure plus tard. Mettre plus de 2 dixièmes à ses poursuivants sur un 50m, c’est fort, très fort. Enfin… Dans sa série, il a mis 4 dixièmes à son dauphine. Notons qu’un Singapourien s’est qualifié, tout comme Cielo, sauvé in extremis avec le 8e temps, seulement 1 centième devant Santo Condorelli, le nouveau phénomène canadien. Tout peut arriver sur un 50m, mais là, on a vraiment l’impression que Florent Manaudou est seul maître de son destin.

Championne en titre, Katie Ledecky ne pouvait pas ne pas gagner le 400m NL, on attendait même un record du monde (elle le détenait déjà). Le jeune phénomène américain a fait sa course en solo, loin devant les autres et les bases de son record du monde. Les autres faisaient leur course entre elles quelques mètres derrière. L’avance de Ledecky par rapport à la ligne rouge matérialisant le temps de passage lors de son record augmentait presque à chaque longueur, du moins jusqu’à mi-course (plus de 11 centièmes de mieux), car ensuite, elle a commencé à coincer. Elle s’est montrée trop ambitieuse en partant trop vite. Bien sûr, elle a gagné sans jamais avoir été embêtée (3’59"13, record des championnats). Sharon Van Rouwendall a encore été très bonne, elle a pris la 2e place en 4’03"02, il s’agit de sa 3e médaille des championnats après 2 en eaux libres. La 3e est l’Australienne Jessica Ashwood (4’03"34). Jazmin Carlin a échoué au pied du podium (4’03"74), Lauren Boyle a aussi nagé en moins de 4’05 (4’04"38).

Les demi-finales du 100m brasse n’ont donné lieu à aucune surprise : Cameron Van der Burgh a remporté la première, Adam Peaty a remporté la 2e en améliorant le record des championnats (58"18) battu juste avant par le Sud-Africain (58"49).

La finale du 4x100m féminin était surtout pour les Française une occasion de gagner en expérience. Il n’y avait rien à espérer hormis un bon temps, et pourquoi pas un record de France. Le podium n’était pas à la portée de cette jeune équipe, d’autant que certains relais recevaient du renfort, à l’image de l’Australie qui récupérait les sœurs Bronte Campbell et Cate Campbell.

Charlotte Bonnet, complètement à l’extérieur, a eu un peu de mal à finir, réussissant néanmoins une perf très correcte (54"10), moins rapide toutefois que le matin (53"95). Les USA ont pris la tête au 2e relais devant l’Australie et le Canada. Les Néerlandaises ayant ensuite repris la 2e place avant de se balader avec leurs sœurs fantastiques. Béryl Gastaldello a mal terminé son relais (54"89 contre 54"76 en série), Cloé Hache est restée à la lutte pour éviter la dernière place pendant que ça bataillait pour les médailles d’argent, de bronze et en chocolat. Elle a à peine progressé entre le matin et l’après-midi (54"84 contre 54"89). Anna Santamans n’a pu gagner le moindre rang (54"63, 12 centièmes de mieux que lors des séries). Le temps est très moyen (3’38"46), mais elles nageaient dans les vagues à l’extérieur. Il aurait pu y avoir entre 6 et 9 dixièmes de gagnés en prenant des risques sur les prises de relais.

Classement final : Australie (3’31"48), Pays-Bas (3’33"67), USA (3’34"61), Suède (3’35"71). Parmi les relayeuses parties lancées, Femke Heemskerk est allée très vite (51"99), mais pas aussi vite que Bronte Campbell (51"77), qui a gratté tout ce qu’il y avait à gratter au départ (0"03 de temps de réaction). Sa sœur aussi a envoyé du lourd (52"22). La seule autre à avoir effectué son relais en moins de 53 secondes est Sarah Sjöström (52"38). Les Américaines auraient peut-être pu gagner une place si Margo Greer ne s’était manquée en bouclant son aller-retour quasiment 8 dixièmes moins vite que le matin.

Enfin, il était l’heure du grand moment. La médaille française du jour devait venir du 4x100m NL masculin. Florent Manaudou – en grande forme – et Jérémy Stravius, grand spécialiste des relais et champion de France en titre du 100m NL, ont été intégrés aux places de Lorys Bourelly et de Clément Mignon. Il s’agissait donc de la même équipe qu’à Berlin aux Europ’ 2014 mais ordre différent.

Même champions de tout, les Bleus n’étaient pas favoris contre la Russie chez elle. Les locaux ont effectué un seul changement, ils ont mis Andrey Grechin en premier, Nikita Lobintsev en 2e à la place de Danila Izotov, Vladimir Morozov en 3e et Alexander Sukhorukov pour conclure. J’ai appris une chose assez incroyable, les Russes auraient effectué une sorte de test de sélection en faisant nager leurs 10 relayeurs potentiels après les séries pour ne garder que les 4 meilleurs. Cette façon de faire est pour le moins étrange.

La 4e place de la France a fait que le Brésil se trouvait à la ligne 5 entre la Russie et la France, qui du coup n’allaient pas pouvoir jouer avec la vague de l’autre, chacun allait plus ou moins faire sa course de son côté. L’absence des Australien et des Américains, sortis piteusement en séries, a transformé cette finale en véritable duel.

Le Canadien Santo Condorelli est parti à une vitesse folle (22"67 au virage), Mehdy Metella était 4e avant un énorme retour qui lui a permis de toucher 2e ex-aequo avec le Chinois Zetao Ning, ceci quasiment à égalité avec la jeune révélation canadienne de ces dernières semaines (48"33, seulement 4 centièmes devant le Guyanais, auteur d’un nouveau record personnel). La Russie pointait au 5e rang, Grechin s’est manqué (48"60, 18 centièmes perdus par rapport au matin).

Florent Manaudou m’a donné l’impression de partir comme un malade, en fait non, son temps de réaction a été correct sans plus, il n’a pas pris un gros risque (0"27). En réalité, il en a un peu gardé pour le retour, il savait que le plus difficile allait être de tenir jusqu’au bout. L’aller lui a permis de se détacher en tête assez nettement, il s’est décalé très près des bouées pour ne pas offrir sa vague au Brésilien. On sentait qu’il avait du mal à finir, il était en train de se faire rejoindre aux 85m environ, néanmoins il a puisé dans ses réserves pour remettre quelques coups de bras surpuissants afin de bien terminer et de reprendre 2 dixièmes de marge au moment de lancer Fabien Gilot. Malgré tout, au moment de la touche, le champion olympique du 50m était à l’arrêt, ce qui a failli créer un drame. Gilot avait prévu de prendre le risque habituel dans la prise de relais, sans plus, mais en arrivant plus lentement, Manaudou a failli lui faire anticiper le départ. 0"00 de temps de réaction alors que la limite autorisée est de -0"02… C’était chaud !

Mine de rien, Florent Manaudou a réussi un bon chrono, 47"93 départ lancé, c’est bien pour un garçon qui ne travaille pas le 100m NL.

Fabien Gilot affrontait Vladimir Morozov, la terreur russe. Le sort de cette finale allait en grande partie se jouer lors de ce 3e relais, soit un défi particulièrement motivant pour le relayeur ultime qu’est le Nordiste exilé à Marseille. Les 2 hommes sont partis à une vitesse folle : 21"71 sur l’aller pour le Russe, 21"97 pour le Français. Morozov a remonté tout son retard dans cette longueur. La meute était déjà loin derrière, le Brésil et l’Italie se disputant le bronze au niveau des pieds du duo de tête. Le retour était décisif, il fallait éviter de prendre du retard, car un Russe lancé en tête avec un soutien aussi impressionnant du public aurait été difficile à aller chercher.

Morozov donnait tout pour creuser un écart, Gilot s’accrochait, et au moment où on croyait le représentant de la Fédération de Poutinie sur le point de réussir à partir, il a couiné, incapable de tenir jusqu’au bout à ce rythme. Gilot a mieux géré sa course, il a bouclé son 100m en 47"08, un super temps, à peine moins bon que celui de Morozov, seul homme à être passé sous les 47 secondes (46"95).

La marge de 15 centièmes offerte à Jérémy Stravius était suffisante, il n’y a pas photo entre le Français et le dénommé Sukhorukov. La prise de relais a été à peu près identique (21 contre 24 centièmes), l’Amiénois a légèrement augmenté sa marge sur l’aller (0"28 d’écart) puis s’est appliqué sur le virage et la coulée afin de ne laisser aucune chance au Russe, même si celui-ci a fait illusion quelques instants. Ne pas nager dans les vagues a dû faire tour drôle à celui qui est désormais le Français le plus titre de l’histoire aux Championnats du monde en grand bassin (4 titres dont 3 en étant une pièce essentielle des relais). 47"36 lancé, c’est très encourageant avant les épreuves individuelles et notamment le 100m NL. Il semble capable de passer sous les 48 secondes.

Toujours est-il que l’armée russe a été vaincue, sans doute au grand déplaisir de Poutine, dont la stratégie d’organisation de beaucoup d’événements sportifs majeurs[2] a pour but de magnifier la nation, d’exacerber le sentiment patriotique en obtenant de grandes victoires. Sur ce coup, c’est manqué !

L’Italie a battu le Brésil (sans Cielo) pour le bronze. Filippo Magnini a très bien terminé pour doubler le Brésilien et finir en 3’12"53 (3’13"22 pour le Brésil).

Revenons-en à la perf des Bleus. Le temps de 3’10"74 est bien meilleur qu’aux Championnats d’Europe l’an dernier (9 dixièmes de moins, seul Manaudou est allé moins vite, les autres ont tous nettement progressé), et même meilleur qu’aux Championnats du monde il y a 2 ans (3’11"14, Gilot avait claqué un monstrueux 46"90). En nageant si bien et si intelligemment avec le bon choix de compo, je ne pense pas que l’Australie ou les Etats-Unis auraient pu se mêler à la bagarre s’ils s’étaient qualifiés et avaient pu compter sur leurs meilleurs éléments. La France a un ascendant psychologique et une sérénité dont les autres ne peuvent se targuer. La différence se fait ici. La présence du capitaine Gilot, présent en équipe de France depuis 2003, est fondamentale. Il en est à 19 médailles internationales – dont 9 en or – en relais :
-2 aux JO (1 titre),
-6 en 6 participations sur 4x100m NL, une au 4x200m, une au 4x100m NL aux ChM en grand bassin (3 titres),
-3 aux ChM en petit bassin (2 titres),
-5 aux ChE en grand bassin (2 titres),
-1 aux ChE en petit bassin (1 titre).
C’est une légende vivante ! Une fois sa carrière terminée, il faut lui faire signer un contrat de 20 ans en tant que consultant, car en prime, il s’exprime bien.

La mission Russie est réussie, les championnats sont parfaitement lancés pour l’équipe de France. J’espère une médaille chaque jour. Suis-je trop optimiste ? L’avenir le dira.



Les vidéos sont aussi sur Vimeo : 100m papillon F (demi-finales), 400m libre H (finale), 200m 4 nages F (demi-finales), 50m papillon H (demi-finales), 400m libre F (finale), 100m brasse H (demi-finales), 4x100m F (finale), 4x100m H (finale).

Notes

[1] Ukrainienne devenue turque l’an dernier, elle s’appelait Viktoria Solnceva, je ne sais pas comment il faut l’appeler exactement mais on risque d’en entendre parler à l’avenir.

[2] JO d’hiver, Coupe du monde de foot, championnats du monde d’athlé, de natation, d’escrime, GP de Formule 1, etc.