Et pendant que je vois tout ça, je constate que les Françaises sont incapables de nager rapidement le matin. A vrai dire, globalement, hormis les tauliers habituels, les résultats de l’équipe de France sont désastreux. En 2 jours, dans les courses individuelles, c’est un carnage. Seulement 3 qualifications pour les demi-finales (ou la finale) sur 14 engagés si je ne m’abuse. Disons-le clairement, c’est mauvais. Les excuses sont toujours les mêmes, et pire, plusieurs jeunes ont l’air d’être satisfaites car elles ont réussi leur «meilleur temps du matin».

Echouer loin de la qualification lors de premiers grands championnats, ça peut se comprendre, mais la moindre des choses est d’approcher – si ne n’est de battre – son record personnel ! On le sait que pour les nageurs et nageuses concerné(e)s, l’objectif n’est pas d’aller vite l’après-midi car il n’y aura de course l’après-midi qu’en cas de qualification le matin. Il faut donc se préparer pour être au taquet le matin, pas pour arriver en interview et dire, grosso modo, que «c’est normal, le matin c’est plus difficile, je n’ai pas l’habitude, je suis quand même contente». Participer ne doit pas être leur objectif, le minimum devrait être de vouloir battre son record personnel, pas simplement son fameux «meilleur temps du matin» ! Les ChF et la qualif pour la grande compétition n’est pas un aboutissement, c’est juste un passage vers l’objectif suivant ! On se croirait de retour il y a 20 ans ! C’est désolant. Un changement d’état d’esprit est indispensable. Puisse-t-il se produire dès demain.

Bref. Voici ce qui s’est passé ce matin en Russie.

Béryl Gastaldello était engagée dans la dernière série du 100m dos, une série très rapide. Avant elle, Mathilde Cini avait pris le départ d’une course d’un niveau moindre, la 4e sur 7 (avant les 3 grosses séries).

Cini a fini à la 5e place de sa série en 1’01"77 avec un retour en plus de 32 secondes. Une seule fille a réussi un meilleur chrono qu’elle en revenant encore moins vite (et elle ne s’est pas qualifiée). Pour info, à Chartes, la jeune dossiste avait nagé 1’01"04 pour se qualifier.

Hosszu a allumé la mèche dès l’antépénultième série avec un gros 58"78. Une MPM au saut du lit. Elle est la seule à avoir bouclé le retour en moins de 30 secondes au virage et à avoir fini en moins de 59. Elle a mis plus de 6 dixièmes à la Danoise Mie Nielsen, 2e de la course, qui a sensiblement le même âge que les Françaises, alors que l’Australienne Madison Wilson, vainqueur de la 6e série en 59"17, est encore plus jeune car née en 1996. Enfin, dans la dernière course, celle de Gastaldello, l’autre Aussie, Emily Seebhom, a gagné en 59"17, 8 dixièmes de mieux que Missy Franklin, et loin devant la championne de France en titre, dernière (sur 10) de la course en 1’01"91, soit 1"46 moins vite que pour obtenir son billet pour Kazan !

Comment se satisfaire d’être repoussées aussi bas dans le classement des séries ? 33e et 34e, ça veut dire que si on organisait des quarts de finale en natation, elles n’auraient même pas été invitées ! Approcher son meilleur temps le matin, c’est bien, approcher son «meilleur temps du matin», on s’en fout complètement. La jeunesse et l’inexpérience seraient une excuse à toute épreuve si les adversaires étaient plus vieilles, plus expérimentées et aussi peu performantes, or ce n’est pas le cas. Quand Gastaldello, révélation des ChF, avoue être arrivée à Kazan fatiguée, ce n’est pas normal. A-t-elle foiré son affûtage, sa préparation, son approche psychologique de la compétition, ou a-t-elle trop pris les choses à la légère en se contentant de participer ? On peut espérer que l’an prochain des enseignements aient été tirés de ces Mondiaux. On est surtout en droit d’attendre une réaction dès le 50m dos concernant ces 2 filles.

Sur la même distance, Jérémy Stravius a eu droit à la première des 3 séries rapides avec notamment Chris Walker-Hebborn et le vice-champion du monde en titre (Jérémy était 3e), David Plummer. S’il a montré une super forme en finale du relais 4x100m NL, il a fini tard avec le podium, la presse et le contrôle antidopage.

Auteur d’une très bonne coulée au départ, il est passé 3e à mi-course, quasiment sur la même ligne que les premiers, mais ça n’allait pas extrêmement vite. Il a terminé 3e de la course en 53"92, il a bien touché, c’était très serré. C’est correct pour le matin, néanmoins il pensait tout de même aller plus vite. Il ne m’a pas semblé très ambitieux sur cette épreuve, avouant que son objectif était de se qualifier en finale, comme si le podium était hors de portée.

Camille Lacourt – surpris par le froid qui règne autour du bassin – a viré en 5e position quasiment dans le même temps que Jérémy lors de la course précédente… et a terminé 6e de sa série, exactement dans le même temps que son compatriote avec qui il a une histoire aquatique et surtout une histoire d’égalité connue de tous les amateurs de natation. Mitchell Larkin a largement dominé cette série (52"50, MPM).

Dans la dernière série, Ryosuke Irie a eu du mal sur l’aller, pas sur le retour, puisqu’il a terminé 2e. Matt Grevers, vainqueur en 53"21, n’a quant à lui connu aucun souci, il a bien géré sa course, réussissant le 2e temps de la matinée.

Les Français ont donc pris la 12e place ex-aequo, ils sont passés sans souci, contrairement à Plummer, qualifié, mais qui a eu chaud aux fesses (16e) ! On a notamment perdu le 2nd Japonais (Kaneko), les Polonais (surtout Radoslav Kawecki) et l’Allemand Christian Diener.

Fanny Deberghes, une des nouvelles de l’équipe, a ensuite disputé la 4e des 7 séries du 100m brasse. Elle ne disputait pas une des 3 séries rapides, et elle n’a pas nagé vite : 7e de sa course en 1’10"70, un chrono très inférieur à son record personnel (1’09"60). La concernant, le manque d’expérience pourrait expliquer les difficultés à nager vite le matin… si elle n’avait nagé plus vite en séries aux ChF.

Rikke Møller Pedersen, détentrice du record du monde sur 200m, a seulement terminé 3e de la première série, mais à vrai dire, 1ère ou 3e, ça ne change presque rien. Tout le monde était sur la même ligne au virage. La Suédoise Jennie Johansson a remporté la course en 1’07"09, mais elle n’a finalement réalisé que le 8e temps. Les 2 dernières séries ont été très rapides. Dans la suivante, on trouvait Yuliya Efimova, prise par la patrouille aux ChE 2013 en petit bassin où elle faisait tout exploser. Mais pour du dopage à la DHEA, la durée de la sanction dépend des circonstances et des pressions : si vous êtes russe et que les Championnats du monde sont organisés en Russie moins de 2 ans après le test positif, vous prendrez moins que la sanction normale de 2 ans. Poutine a besoin de ses stars, donc il fallait qu’Efimova soit là. On lui a donné moins au motif officiel, paraît-il, que c’était sa première infraction. De qui se moque-t-on ? La première infraction n’est pas une cause de réduction de peine, c’est la répétition qui est facteur d’aggravation. Toujours est-il que la Russe a gagné en 1’06"31 devant la Chinoise Shi Jinglin (1’06"45) – sachant qu’il y a régulièrement de la controverse concernant les performances de la natation chinoise – et Jessica Hardy (1’06"68), elle aussi suspendue pour dopage, c’était en 2008-2009, et on lui avait aussi réduit sa peine (à 1 an).

Ruta Meilutyte a logiquement dominé la dernière série en prenant le large dès le début puis en gérant sa fin de course. Qualification sans souci avec le 4e temps (1’06"75). En tout, 7 filles ont nagé en moins de 1’07, la 16e qualifiée a fait 1’07"56, ce qui ne laissait aucune chance à Fanny Deberghes compte tenu de son record perso (qui valait la 34e place). A-t-on bien fixé les minimas ?

Clément Mignon – champion du monde du 4x100m en ayant nagé les séries – a pu participer aux séries du 200m NL grâce au forfait de Yannick Agnel en raison d’un problème de santé après des championnats de France réussis. Grégory Mallet s’était qualifié en tant que vice-champion de France. Bien sûr, les 3 avaient réalisé la performance chronométrique requise. Quand le champion du monde et olympique en titre est absent, les espoirs de médaille s’envolent. On ne pouvait pas espérer grand-chose. Mais tout de même.

Clément Mignon nous a fait la boulette de l’année, un gros faux-départ, qui bien sûr est éliminatoire. On en voit très rarement. On attendait de lui un record personnel, et en effet, il n’a jamais terminé aussi vite… Bon, il est assez facile de se moquer, mais ça n’apporte rien, c’est tout sauf constructif. Le problème est assez évident : la nervosité. Il a perdu l’équilibre parce qu’il était sur les nerfs, manquait de maîtrise de lui-même. Ceci dénote une mauvaise approche psychologique de la situation. Probablement voulait-il trop bien faire, il a dû se mettre beaucoup de pression alors qu’étant là grâce à un concours de circonstances et ayant déjà une médaille d’or à ramener à la maison, il n’avait aucune raison de s’en mettre. Bref. C’est dommage.

Mallet disputait une série pleine de cadors, notamment Conor Dwyer, James Guy et Paul Biedermann, ça allait très vite, il a eu beaucoup de mal à suivre, a navigué assez loin des meilleurs et a fini 8e en 1’48"77. Impossible de passer en nageant si loin des 1’47. Son record personnel (aux ChF en 2013) correspond au 7e temps des séries, en 20012 il a nagé 3 fois des temps qui lui auraient permis de passer. Mais depuis, il est moins fort. Guy a remporté la série en 1’46"10 devant l’Allemand (1’46"20), l’Américain a fini 4e derrière Danila Izotov, le meilleur Russe sur 200m.

Ryan Lochte aurait disputé la finale du 4x100m NL si son équipe s’était qualifiée. Il a donc débuté ses championnats par sa série du 200m, dont il était l’attraction en raison de sa nouvelle façon d’onduler sous l’eau aux virages (sur le dos, et il se retourne au dernier moment). Chad Le Clos a pris les devants et a tenu la première place jusqu’aux 150m avant de se faire doubler par Cameron McEvoy, vainqueur en 1’46"39. Lochte a seulement terminé 5e en 1’47"18 (13e temps, juste derrière Le Clos). L’Australien a été assez impressionnant, il a bien géré sa course pour la remporter largement.

Sun Yang participait à la dernière série, il a vu Velimir Stjepanovic partir comme une balle et exploser lors du dernier retour, mais tout de même accrocher la 4e place de la série, la 11e en tout. Le Chinois – qui revient de suspension – s’est promené, il a accéléré quand il a voulu pour réussir le meilleur temps des séries en 1’46"00. Ça sent le quadruplé 200-400-800-1500…

3 séries de 1500m féminin… C’est en fin de programme car long et difficile à regarder… Du moins, c’est le cas normalement.

Lotte Friis a pris le large dans la 2e série, 15’54"23 pour une nette victoire. Kristel Kobrich (une Chilienne) a pris la 2e place, Lauren Boyle la 3e, Sharon Van Rouwendaal seulement la 4e en 16’09"12 (la Néerlandaise est passée avec le 7e temps). Il s’agissait probablement de la performance à viser pour se qualifier dans la dernière course, celle de Katie Ledecky. Sans surprise, la jeune Américaine a tout de suite fait la différence. La surprise est qu’elle a envoyé du pâté sans penser à gérer. Jusqu’au 1050m, elle a augmenté son avance par rapport aux temps de passage de son record du monde. Ensuite, ses longueurs ont été relativement irrégulières, mais ça a suffi pour aller chercher un improbable record du monde en 15’27"71… Elle avait mis un aller-retour à plusieurs filles avant même la cloche. La 2e de la course était à l’autre bout de la piscine au moment où elle a touché. Honnêtement, je trouve ça ridicule. Elle ne peut même pas toucher de prime pour ses records car ça la rendrait inéligible pour les championnats NCAA… Quel est le but ? La gloire ? Mais à un moment, ne faut-il pas un peu penser à garder un peu d’énergie ? Elle a encore quatre 200m (dont celui dans le relais), deux 800m et un 1500m (la finale, prévue demain) avant la fin de ces Mondiaux. Comment fait-elle pour tenir physiquement ?

Le jour où les dauphins parleront anglais, Ledecky continuera à nager plus vite qu’eux. Et ça, ça fait flipper.



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