Le programme a débuté par la finale du 100m brasse. La logique voulait qu’Adam Peaty remporte la course devant Cameron Van der Burgh en battant au passage le record des championnats, celui-ci pouvant être à la fois un record du monde. Le Sud-Africain est parti extrêmement vite, il avait 4 dixièmes d’avance sur le Britannique au virage, Peaty est revenu seulement dans les 20 derniers mètres en profitant de l’incapacité de Van der Burgh à maintenir ce rythme effréné jusqu’au bout. Ou alors peut-être le Britannique est-il un monstrueux finisseur. Il est probable que cette configuration de course ait provoqué un certain stress chez lui, il a dû être un peu déstabilisé par la façon de nager de son seul véritable adversaire, ce qui explique pourquoi il n’a battu aucun record (58"52), chose inhabituelle. Il a gagné de 7 centièmes. L’Ecossais, Ross Murdoch, a pris la médaille de bronze (59"09). Peaty est le premier Britannique champion du monde en grand bassin dans une épreuve olympique[1] depuis David Wilkie en 1975, déjà sur 100m brasse. J’ai été étonné de l’apprendre. Depuis 2009, Van der Burgh aux Mondiaux sur 100m brasse, c'est bronze, bronze, argent, argent. Il est champion olympique, donc bon, ça passe !

La 2e finale du jour était promise à Sarah Sjöström, trop au-dessus du lot sur 100m papillon. Janette Ottesen est bien partie, mais seule la médaille d’argent était à sa portée. Les 2 Scandinaves ont pris le large à l’aller, la Suédoise est partie seule lors du retour, battant un nouveau record du monde en 55"64, elle avait établi le précédent en demi-finale. Ottesen a pris la 2e place, la Chinoise Lu Ying a décroché le bronze. 1"41 entre les 2 premières, la 3e à 1"81, les suivantes à plus de 2 secondes. Il y a plus d’écart entre la championne et sa dauphine qu’entre celle-ci et la dernière… La Suédoise a encore zlatané la course.

Les demi-finales du 100m dos masculin étaient particulièrement importantes car on y trouvait nos 2 seules chances de retrouver au moins un Français dans une finale mardi. Jérémy Stravius était engagé dans la première demi-finale, Camille Lacourt dans la seconde. Après les séries, ils semblaient très modérément optimistes.

A la ligne 7, Stravius était un peu loin de la bagarre, à côté de David Plummer à la 8, soit 2 des 3 médaillés de Barcelone il y a 2 ans. Tout allait bien jusqu’au virage. Le départ et la coulée n’ont pas posé de problème, même si Matt Grevers est parti devant, Jérémy était 3e au virage, qui normalement est son point fort. Mais cette fois, il s’est fait larguer à cause d’un virage et surtout d’une coulée absolument pas dignes de lui. Il semble avoir alors complètement lâché l’affaire, finissant à 70 ou 80%, parce qu’il fallait quand même finir, même dernier. C’est dommage, il restait sur un titre puis une médaille aux ChM dans cette épreuve, il a encore le 100m NL, le 50m dos et probablement 1 ou 2 relais pour ajouter une 10e médaille mondiale à sa collection en plus de l’or du 4x100m NL dans lequel il a joué un rôle important, montrant à cette occasion une bonne forme. Après la course il était tout de même très déçu, mais aussi très lucide, il a essayé de partir vite, a compris au moment du virage qu’il n’avait pas de puissance dans les jambes pour mettre de la vitesse dans sa coulée. Grevers a remporté cette demi-finale en 52"73 devant Liam Tancock et David Plummer.

Lacourt était encore plus excentré, il nageait au couloir 1 dans la course du grand favori, Mitchell Larkin. Cette situation lui a profité. Parti très vite, passé à seulement 12 centièmes de l’Australien au virage, il a réussi une bonne coulée et a fait jeu égal avec Larkin avant de craquer un peu sur la fin, mais assez tard pour toucher 2e et se qualifier avec le 2e temps des séries, un super 52"70, son meilleur temps depuis 2011. Etre à la ligne 1 lui a servi, il a fait sa course tout seul sans se préoccuper des autres. En outre, la marge est intéressante. Larkin l’a battu assez largement (52"38), Grevers a nagé à peine moins vite que lui (52"77), mais surtout, le 4e, Ryosuke Irie, a dû se contenter de 53"13. Il y a un monde d’écart. Autrement dit, en rééditant cette performance, la médaille est le minimum garanti.

On n’attendait pas du tout Lacourt à pareille fête, cette perf devrait lui donner beaucoup de confiance, lui permettre de retrouver les repères perdus, il ne savait plus trop où se situer et comment se jauger après son année blanche l’an dernier, la faute à un kyste à la hanche qui lui posait de gros soucis. Il a même eu peur d’une tumeur cancéreuse, donc le retrouver à ce niveau est une véritable renaissance. Puisse-il la confirmer en finale.

Dans la première demi-finale du 100m brasse féminin, Ruta Meilutyte est partie comme sur un 50m. J’exagère à peine. Elle a mis une telle distance entre elle et la 2e que même en finissant plus difficilement, elle a réalisé la 2e meilleure performance mondiale de l’année.

J’ai ensuite eu beaucoup de mal à apprécier le spectacle de Jessica Hardy et de Yuliya Efimova en maillots roses nageant entre les bouées jaunes au centre du bassin. Pas seulement parce que ça faisait mal aux yeux. On parle de 2 filles qui ont été suspendues pour dopage en bénéficiant d’une clémence assez choquante de leurs juges. Concernant l’Américaine, ça remonte à plusieurs années. Le cas de la Russe est en revanche très actuel, car en prenant les 2 ans réglementaires, elle aurait manqué ces championnats à domicile. Pour satisfaire les Russes, elle a eu droit à un traitement de faveur particulièrement scandaleux. Sa seule présence sur le plot de départ me file la gerbe, c’est une insulte faite aux athlètes propres.

La Jamaïcaine Alia Atkinson est partie très vite mais Efimova a mis la gomme sur le retour pour l’emporter en 1’05"60… Hardy a craqué, elle a été éliminée – ce n’est pas plus mal – tout comme Rikke Møller Pedersen. En principe la tricheuse russe et la toujours très jeune Lituanienne se disputeront la première place, le bronze pouvant revenir à la Caraïbéenne ou à une Asiatique (plutôt la Chinoise Shi Jinglin).

Le grand moment de la journée est arrivé. Déjà finaliste à Shanghai où il s’était révélé, puis à Barcelone où il avait craqué, Florent Manaudou était cette fois le grand favori de la finale du 50m papillon. Normalement, il était au-dessus du lot, comme il l’a montré en séries et en demi-finale. Il était notamment opposé à 2 Brésiliens pris par la patrouille en 2011 – ce bon vieux furosémide… – sans faire l’objet des sanctions qu’on aurait pu attendre, à savoir Nicholas Santos faisait office de principal concurrent – si concurrence il y avait – et César Cielo, qualifié de justesse car pas au top de sa forme. A vrai dire, si le Français semblait nettement supérieur à ses concurrents, pour le reste, tout semblait assez ouvert.

Il fallait réussir un gros départ, il en a fait un bon, mais pas extraordinaire, ce qui l’a obligé à batailler jusqu’au bout. Il avait été prévenu par son entraîneur que Santos allait probablement être très bon dans cette première partie et sortir de l’eau en tête. Romain Barnier avait vu juste. C’est donc à la nage que ça s’est gagné. 22"97, c’est moins bien qu’en demi-finale, ça reste mieux que Santos (23"09), et c’est bien l’essentiel. Laszlo Cseh et Konrad Czerniak (23"15) ont partagé la 3e marche du podium.

Je trouve que le choix de France Télévisions de mettre Laure Manaudou comme consultante est assez horrible pour Florent Manaudou, à qui on impose en permanence l’image de sa sœur, comme s’il ne pouvait exister de par lui-même. J’ai failli titrer et introduire ce billet à ce sujet, je voulais l’appeler "Le prénom". Sur France 2, absolument tout est rapporté à sa sœur, tout est fait pour la mettre en valeur. Florent n’existe pas sans Laure, alors que Laure existe sans Florent. Pourtant, un seul Manaudou nage encore. Mais sur le service public, la star n’est pas dans l’eau, elle est au micro. Pas de chance pour ceux qui espèrent voir de la natation. (Heureusement, Philippe Lucas est plus pertinent, même si ses avis sont parfois trop tranchés.)

Au moment des demi-finales du 100m dos féminin, surprise, pas de Katinka Hosszu. La Hongroise a déclaré forfait afin de se concentrer sur le 200m 4 nages, elle a donc claqué une MPM en séries… pour rien.

Lors de la première demi-finale, Missy Franklin (59"42) battue par l’Australienne Madison Wilson (59"05) mais sans être à fond. Seules les 3 premières ont obtenu leur qualification pour la finale car c’est allé beaucoup plus vite dans la seconde course. Emily Seebohm est super bien partie, plus vite que le temps de passage du record du monde, elle a fléchi ensuite par rapport au record mais a gagné en 58"56. Mie Nielsen a battu le record du Danemark (58"84) et sera une concurrente très sérieuse en finale. La dernière s’est qualifiée en 59"71, il s’agit d’une Américaine qui devait sa place en demi-finale aux forfaits d’Hosszu et d’une Suédoise. Anastasia Fesikova – anciennement Anastasia Zueva – s’est qualifée, à l’inverse de Kirsty Coventry, que je croyais à la retraite depuis son élection en tant que membre de la Commission des athlètes du CIO.

Il restait encore les demi-finales du 200m NL masculin et une dernière finale.

Champion olympique et champion du monde en titre, Yannick Agnel était le grand absent de cette finale. Je pense sincèrement que malgré ses années très mouvementées et compliquées depuis Londres, il a encore la capacité de manger tout le monde l’an prochain à Rio. Le dernier qualifié a nagé en 1’46"45, soit moins vite qu’Agnel lors des ChF (mais 8 dixièmes plus vite qu’en demi-finales il y a 2 ans). Depuis, il a dû déclarer forfait pour ces Mondiaux, laissant la place aux autres. Ils sont assez nombreux à pouvoir prétendre au titre.

Dans la première demi-finale, Chad le Clos est parti extrêmement vite ligne 7, il est resté devant jusqu’à mi-course, puis James Guy et Cameron McEvoy ont doublé, Sebastiaan Verschuren est revenu. Guy a été le meilleur dans la dernière longueur, MPM en 1’45"43, McEvoy 2e (1’46"09), et Le Clos 3e en battant largement son record perso (1’46"10). Vershuren 4e, les autres loin derrière

Dans la 2nde demi-finale on trouvait Ryan Lochte, Paul Biedermann, Sun Yang et Conor Dwyer, mais dans l’histoire, Velimir Stjepanovic a voulu tenir le beau rôle au couloir 7. Il a tenté de faire une Agnel – version Barcelone – sans avoir la capacité de finir. Il n’avait probablement pas vu que de l’autre côté du bassin (ligne 1), Lochte avait pris la même option. Parti comme une balle dès la première longueur, l’Américain a aussi pris nettement les devants, seulement il n’a pas été revu. Après une série médiocre, il a répondu présent (1’45"36, MPM) en ayant coupé son effort à 10 mètres de la plaque. Au milieu de la piscine, les autres se regardaient, néanmoins la perf de Lochte valait «1’44 haut» sans souci. Peut-être que son nouveau virage sur le dos en se retournant au dernier moment est réellement efficace… Toujours est-il que Yang et Biedermann ont décroché leur place en finale sans trembler. Dwyer a été devancé par un jeune Russe, Alexander Krasnykh, dernier qualifié.

Et pour fini, le clou du spectacle, la finale du 200m 4 nages pour laquelle Katinka Hosszu s’est réservée. Elle avait clairement en tête le record du monde après ses records d’Europe en série puis en demi-finale, ce qui explique son forfait sur 100m dos. Elle a été poussée par la Britannique Siobhan O’Connor sur la première longueur, puis a pris le large en dos, passant à mi-course avec 3 dixièmes d’avance sur le temps de passage du record du monde, une avance augmentée jusqu’à 67 centièmes au dernier virage… Elle en a gardé 3 sur le retour en crawl pour battre le record établi en 2009 à Rome à l’époque de la folie des combinaisons en polyuréthane. On s’y attendait presque, elle a fait mine d’être au moins aussi surprise qu’heureuse, comme son mari et entraineur. Pour une fois, elle a fait un bon choix, s’économiser en lâchant le 100m dos était la chose à faire. 2’06"12, c’est tout de même assez énorme dans une épreuve qui s’apparente à un énorme sprint avec alternance de nages simultanées et alternées, on peut vite se noyer, exploser en vol pour prendre un éclat si on est juste un peu moins performant dans une des 4 spécialités.

Kanako Watanabe a d’ailleurs grillé la Britannique dans les 5 derniers mètres en crawl, O’Connor ayant complètement coincé, ce qui ne lui a pas permis de rester 2e malgré une avance d’environ 1"30 sur sa première poursuivante américaine et encore supérieure sur la Nippone, qui lui a mis 1"76 dans cette dernière longueur pour finir en 2’08"45 contre 2’08"77. Ye Shiwen, championne olympique douteuse à Londres, a terminé dernière à 7 grosses secondes d’Hosszu.

Après 2 journées, la France est en tête au classement des médailles de la natation course grâce à ses 2 titres. Profitons-en, car si demain, une 3e médaille semble pouvoir garnir le bilan de l’équipe de France, je ne suis pas sûr que ça puisse durer très longtemps sur ce rythme…



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Note

[1] Liam Tancock l’a été 2 fois au 50m dos et James Gibson une fois au 50m brasse.