Outre cette finale, l’équipe de France était aussi représentée dans 2 demi-finales. Elle abordait cette 3e journée en étant en tête au classement des médailles. Ça n’allait pas durer, on le savait, néanmoins on était en droit d’espérer cette 3e breloque obtenue par Lacourt.

La session débutait fort avec la finale du 200m NL masculin. On aurait aimé voir Yannick Agnel, dont le chrono aux ChF permettait d’espérer monter sur le podium, voire conserver son titre. Une pleurésie a eu raison de lui. En son absence, nombreux étaient les prétendants, j’ai nommé Sun Yang (de retour de suspension), James Guy, Paul Biedermann, Ryan Lochte, ou encore Sebastiaan Verschuren et Cameron McEvoy. Chad Le Clos est parti le plus vite devant Lochte et Guy. L’Américain a fait le travail avec d’énormes coulées à chaque virage, mais Sun Yang a mis la machine en route pour prendre la tête… et au final, surprise, Guy a gagné en 1’45"14 devant Sun (battu de 6 centièmes) et Biedermann (1’45"38) ! Pas de Lochte sur le podium (4e)… Sun visait le quadruplé 200-400-800-1500, ce ne sera pas encore pour cette fois.

Le temps n’est même pas extraordinaire, il y a 4 ans le 5e (Agnel) avait nagé sous la minute 45 secondes, Lochte avait gagné en 1’44"44, il y a 2 ans Agnel avait été sacré en 1’44"20, Guy aurait pris la médaille d’argent avec son chrono. Le champion olympique, alors en phase de retour au haut niveau, a bouclé son 200m en 1’45"97 lors des ChF. Compte tenu de sa progression et de ce qu’il a fait dans le passé (record à 1’43"14), je pense sincèrement qu’il aurait au moins décroché une breloque sans la maladie à cause de laquelle il a dû déclarer forfait. Toujours est-il qu’en son absence, personne n’a réellement pris d’avance sur le reste du paquet.

La finale du 100m dos féminin promettait d’être très disputée. Mie Nielsen a créé une demi-surprise en dominant avant une sorte de retour à la normale partielle. En effet, Emily Seebohm a tutoyé le record du monde en s’imposant nettement (58"26) devant sa compatriote Madison Wilson (58"75) et la Danoise (58"86). Missy Franklin s’est loupée, seulement 5e (59"40) derrière une Chinoise et devant la Russe Anastasia Fesikova (née Zueva). Franklin n’est pas en grande forme cette année, elle est à l’image de l’équipe US, forte – car l’équipe des Etats-Unis n’est jamais faible en natation – mais pas au mieux, notamment en raison des modalités particulières de sélection pour les Mondiaux en années préolympiques. Il n’y a pas eu de trials en 2015, la sélection a été faite en fonction des résultats de 2014 et des Championnats Pan-Pacifique. Ceux qui étaient en forme l’an dernier ne le sont pas forcément cette année, et des nageurs absents l’an dernier auraient eu le niveau pour être médaillés à Kazan… Tant pis pour eux s’ils n’ont pas pris les meilleurs et s’ils ont laissé Michael Phelps de côté en lui faisant payer très longtemps ses problèmes de conduite (notamment la conduite en état d’ivresse).

Le premier temps fort pour l’équipe de France était la demi-finale de Giacomo Perez-Dortona sur 50m brasse. Il disputait la première, celle d’Adam Peaty. La qualification lui semblait accessible à condition de battre son record de France… mais il n’y est pas parvenu, finissant seulement 7e de cette course en 27"51 (1 dixième derrière 2 ex-aequo en ayant raté sa touche). Il était plus rapide en séries. Peaty a battu le 5e record du monde de ces Mondiaux en améliorant de 2 dixièmes la marque égalée par Cameron Van der Burgh le matin (26"42 contre 26"62). Il devait être vexé… Kevin Cordes a égalé le record d’Amérique en prenant la 2e place très loin du Britannique (26"76).

Van der Burgh allait-il pouvoir reprendre la main dans la seconde demi-finale ? Non, il a seulement gagné, et en 26"74, un temps inférieur à ses capacités. Sans doute était-il moins relâché qu’en série, d’où cette moins bonne performance.

Il fallait nager en 27"20 ou moins pour se qualifier. Perez-Dortona était loin du compte (13e). Quand vous voyez que battre le record d’Asie (2724 par le Kazakh Dmitriy Balandin) ne suffisait pas….

Le 1500m NL pouvait être un temps fort dans la mesure où Katie Ledecky a battu le record du monde en séries. Mais ayant la demi-finale du 200m NL juste après, pouvait-elle se permettre de battre une nouvelle fois son record ?

Une chose est rapidement devenue certaine, Laure Manaudou et Philippe Lucas allaient battre le record du monde d’apparitions à l’écran pendant une course de natation… Du moins, ils y seraient parvenus sans la pub balancée par France 2 (mais j’ai pris les images de la BBC dans la vidéo). On avait déjà eu le temps de comprendre que la jeune Américaine avait pris l’option de partir extrêmement rapidement. Le titre était déjà assuré au bout de 2 ou 3 longueurs… sur 30. Au tiers de la course, Lotte Friis avait déjà près de 5 secondes de retard, Lauren Boyle n’étant pas très loin de la Danoise. Il pouvait donc y avoir bataille entre la 2e et la 3e, mais c’est tout, sauf effondrement.

A mi-course, l’avance de Ledecky par rapport à son précédent record était de 2 secondes. 8’13"26 au 800m, c’est très proche du record du monde de la spécialité… qui explosera sans doute en fin de semaine. Et elle a encore accentué on avance par rapport à la ligne rouge… plus de 2"50 ! Boyle a passé Friis, qui semblait commencer à coincer.

Etrangement, Ledecky avait tendance à perdre sur le retour mais à reprendre sur l’aller… mais de façon marginale, car elle a enchaîné 26 longueurs dans des temps compris entre 30"84 et 31"24, la plupart entre 30"95 et 31"10. Néanmoins, les 300 derniers mètres ont été plus difficiles, elle a commencé à lâcher des dixièmes, elle a dû en prendre conscience car elle en a remis une petite couche pour finir encore très fort – les 100 derniers mètres en moins d’1 minute, comme les 100 premiers – et battre son 9e record du monde à 18 piges (le 5e sur cette distance) : 15’25"48.

Boyle a pris la 2e place avec un nouveau record d’Océanie (15’40"14), et la Hongroise Boglarka Kapas, qui a profité de l’effondrement de Friis pour décrocher la médaille de bronze (15’47"09). La 8e a nagé 44 secondes de plus que Ledecky…

Pour réussir sa journée, l’équipe de France avait besoin d’une médaille. Jérémy Stravius ayant manqué de jus en demi-finale, Camille Lacourt était le seul finaliste du jour, il fallait compter sur lui. En reproduisant sa performance réussie environ 24h plus tôt, il était sûr de monter sur la boîte. Le mari de la Miss France lécheuse de yaourt était à la ligne 5 entre Mitchell Larkin et Ryosuke Irie, le champion en titre, Matt Grevers, se trouvant de l’autre côté de l’Australien. Il fallait aussi se méfier des garçons à l’extérieur, car on l’a encore constaté en demie avec Lacourt lui-même, la surprise est toujours possible quand on se trouve loin de la vue des autres.

Lacourt est très bien parti, comme les autres cadors, passés au virage quasiment sur la même ligne et celle du record du monde. Le trio de tête s’est détaché… et Lacourt a pris la 2e place ! Vice-champion du monde derrière Larkin (52"40) et devant Grevers (52"66), champion olympique 2012 et du monde 2013 ! 52"48 est la 2e meilleure perf de sa carrière, et cette fois, elle a été réalisée au milieu avec la pression d’adversaires à qui il devait résister, mais aussi la pression du résultat. Après son année de galère avec une opération pour se faire retirer une tumeur bénigne qu’il a cru cancéreuse, c’est un réel exploit. Il était à la fois heureux de gagner et déçu de ces 8 petits centièmes, d’autant que son virage aurait pu être meilleur. Cette perf est aussi très encourageante en prévision du relais 4 nages, du 50m dos, et bien sûr de l’année olympique.

On ne l’attendait pas à ce niveau. Il y a 2 ans, il avait seulement pris la 5e place de la finale, c’est Stravius qui était monté sur le podium. Pour l’anecdote, Larkin est un nain par rapport à Lacourt et Grevers, c’était assez cocasse sur le podium.

Il fallait espérer que Charlotte Bonnet s’inspire de cette performance pour se qualifier en finale du 200m NL. Elle participait à la première demi-finale, celle de Federica Pellegrini et Katinka Hosszu. Il y avait vraiment des raisons d’espérer. 2e aux 50m derrière Michelle Coleman, la jeune Niçoise a pris les devants en passant en 56"39 à mi-course. Restait à tenir. C’est revenu sur elle, Pellegrini a pris le dernier virage en tête, 5 filles étaient quasiment sur la même ligne, il fallait assurer au pire la 4e place, c’est ce qu’elle a fait en 1’57"01 derrière l’Italienne (1’56"23), la Chinoise Shen Duo et la Hongroise. Ça risquait d’être très juste, tout allait dépendre de la seconde demi-finale, où le niveau était très relevé.

Katie Ledecky allait sans doute passer malgré son 1500m peu de temps avant, Femke Heemskerk a été si forte cette saison dans cette épreuve que sa qualification ne faisait aucun doute, Veronika Popova avait de grosses chances de les imiter, de même qu’Emma McKeon, sans oublier Missy Franklin, même dans une forme non optimale, comme on a pu le constater en finale du 100m dos un peu plus tôt. Il fallait qu’une de ces filles se loupe. J’ai même envie de dire 2 filles car Siobhan O’Connor me faisait un peu peur.

C’est parti assez vite, sauf au milieu, Franklin a pris les devants mais une ribambelle de filles étaient sur la même ligne à mi-course, Ledecky semblait s’être noyée avant d’envoyer du lourd lors du dernier retour, contrairement à Heemskerk et à Popova, très rapides pendant les 100 premiers mètres, quasiment à l’arrêt dans les 50 derniers (j’exagère à peine : 30"74 pour la Néerlandaise, soit environ 14 dixièmes plus lent que le phénomène américain et l’expérimentée italienne).

Ledecky est remontée pour toucher 3e derrière Franklin (1’56"37) et Popova. Elle n’a nagé que la dernière longueur. C’est flippant ! Malheureusement, la 5e de cette seconde demi-finale, l’Australienne McKeon, a nagé en 1’56"95, seulement 6 centièmes de mieux que Charlotte, première éliminée. C’est rageant.

Plutôt que de nous montrer le tableau des résultats, France 2 a diffusé… la natation synchronisée de l’autre jour. Donc France Télévisions avait manifestement bien les droits pour toutes les disciplines et a décidé de ne rien montrer des autres compétitions si je comprends bien.

Au retour d’une pub, surprise, on était déjà en pleine demi-finale du 200m papillon. On se fout vraiment de notre gueule. Chad Le Clos a remporté cette course (1’54"50)… Dont on a vu 60 mètres. J’étais incapable d’en dire plus concernant cette première demi-finale avant de trouver la vidé de la course complète. Pour rappel, le Sud-Africain avait déjà nagé en début de session, il a cette fois pris le départ à la ligne 1 (car en s’économisant lors des séries il a réussi un temps juste suffisant pour passer) et a nagé comme un gars très fort qui nage… à la ligne 1. On a déjà vu ça plusieurs fois lors de ces championnats, notamment Lacourt et Lochte en demi-finales. Ça signifie partir vite sans se préoccuper de ce que font les autres – en l’occurrence Le Clos avait déjà 1"11 de marge sur le 2e au bout de 50m – et éventuellement relâcher à la fin, mais pas trop afin de s’assurer de nager dans une ligne centrale en finale. Il aime particulièrement pouvoir observer ce que font ses adversaires pendant les courses, sa particularité est d’ailleurs de respirer aussi bien à gauche qu’à droite pour jauger où en sont les autres. Cette fois, en plus d’envoyer du lourd pour creuser l’écart dès le début, il a continué puisqu’au bout de 100m son avance sur son dauphin était de 1"46, puis de 1"67 au dernier virage. Même si d’apparence Le Clos semblait encore assez frais à sa sortie de l’eau, e ne saurais dire s’il a craqué ou généré sur la fin, toujours est-il que le Danois Viktor Bromer est bien remonté pour terminer à 32 centièmes. Le Polonais Jan Switkowski s’est classé 3e en 1’55"42.

Laszlo Cseh a vu Tom Shields prendre énormément de risques, il a été plus malin, est resté tranquillement dans le paquet jusqu’aux 100m avant d’accélérer pour doubler les 2 Japonais, revenir sur l’Américain au virage et faire le trou sur le retour. Le bientôt trentenaire hongrois a été impressionnant. 1’53"53 en ayant nagé à fond seulement dans la dernière longueur… Pas dégueu ! Les Nippons ont pris les 2 places suivantes, Shields a conservé la 4e place et s’est qualifié dernier. Tyler Clary est probablement le plus connu des éliminé.

Il ne restait que la finale du 100m brasse féminin avec la dopée Yuliya Efimova opposée à Ruta Meilutyte. Nul besoin de signaler que le public était en feu pour la tricheuse en rose fluo, pas pour la Lituanienne en vert fluo.

Le vert est mieux parti, beaucoup mieux, les 3 premières ont vite fait le trou, Alia Atkinson étant la 3e. La star de Russie a beaucoup mieux fini et a gagné (1’05"66), Meilutyte était partie trop vite, elle a craqué mais conservé la 2e place (1’06"36) devant la Jamaïcaine (1’06"42).

Honnêtement, ça me dégoûte. Efimova a gagné avec une facilité répugnante dans de telles circonstances. Je n’aimerais vraiment pas être Kanako Watanabe, 4e à 1 centième du podium. La médaille lui échappe d’un rien et elle sait que la victoire est revenue à une fille qui n’avait rien à faire là. Le coup de la suspension réduite sans raison pour permettre à la star de la natation féminine russe d’être présente à Kazan a beaucoup de mal à passer.

Il n’y a que le relais 4x100m 4 nages mixte pour espérer une médaille – et au moins une finale – mercredi. Ça sent le jour sans…



Les vidéos sont aussi sur Vimeo : 200m libre H (finale), 100m dos F (finale), 50m brasse H (demi-finales), 1500m libre F (finale), 100m dos H (finale), 200m libre F (demi-finales), 200m papillon H (demi-finales), 100m brasse F (finale).