La course suivante a été dominée très facilement par Emily Seebohm (27"75) dans une série globalement pas très rapide qui laissait pas mal d’espoir. Liu Xiang – rien à voir avec le hurdleur – a pris la 2e place (27"79).

Mathilde Cini a probablement pu voir qu’il y avait de la place pour se qualifier à condition de battre, voire d’approcher sa meilleure performance personnelle. Seulement 8e en n’ayant semble-t-il pas très bien touché, mais en 28"46 (à 4 centièmes de son PB), elle est passé 15e pour 14 centièmes. La course a été remportée par une Brésilienne, Etiene Medeiros (27"74).

Gastaldello 7e ex-aequo, Cini 15e, 2 qualifiées qui avaient complètement raté leur 100m dos, c’est particulièrement positif. Cette réaction était indispensable.

Le 100m NL est une des épreuves phares des championnats de natation, d’où énormément de participants. Il y avait 12 séries. Jérémy Stravius – champion du France surprise – et Fabien Gilot, ont montré lors du 4x100m NL qu’ils avaient le niveau pour disputer la finale, même si le spécialiste du dos a manqué sa demi-finale son épreuve de prédilection.

Fabien Gilot nageait dans la série de Vladimir Morozov, entre autres. Ils sont partis ensemble en tête, Morozov a fait le forcing sur le retour pour gagner en 48"46, Gilot a semblé en contrôle mais un peu trop, il a seulement touché 4e en 48"73. Jimmy Feigen est l’illustration parfaite des incohérences de la sélection américaine en cette année préolympique, il a confirmé la méforme constatée lors du relais 4x100m. Le vice-champion du monde 2013 s’est raté (49"12), il a été éliminé avec le 20e temps.

Santo Condorelli, le surprenant détenteur de la MPM, est parti à une vitesse folle, puis s’est calmé. Zetao Ning a fini à fond en 48"11 nettement avant le 2nd Russe (Alexander Sukhorukov, 48"64), et le jeune Canadien (48"77). Gilot était déjà sûr de passer avant la dernière série.

Ce n’est pas allé très vite, il y avait vraiment de la place, même dans une dernière série très dense où on ne retrouvait pas Paul Biedemann, forfait, donc manquant à la ligne d’eau à côté de celle de du champion de France, 4e à mi-course avant une belle coulée et une bonne fin de course. Il a terminé 3e en 48"52 (à 2 centièmes de son PB, 5e temps des séries). Du beau travail ! Cameron McEvoy a gagné 48"33, l’Argentin Federico Grabich a pris aussi nagé plus vite que le Français.

5e et 10e des séries, aucun souci. On en a vu pas mal contrôler, néanmoins il y a eu des dégâts ! Si Nathan Adrian (champion olympique) est passé, on a perdu en route pas mal de nageurs de renom, notamment Luca Dotta, Tommaso D’Orsogna, Jimmy Feigen ou encore Benjamin Proud.

4 qualifiés sur 4 engagés ! Cette embellie pouvait-elle durer ? Pour continuer sur cette lancée, il fallait que Lara Grangeon se qualifie pour les demi-finales du 200m papillon, une des courses, si ce n’est LA course la plus dure de la natation.

Il y avait 4 séries, la Française a hérité de la 3e, celle de Katinka Hosszu. La Néo-Calédonienne des Bleues est partie plutôt tranquillement, elle n’était que 5e au premier virage. Hosszu était alors 2e derrière l’Australienne Medeline Groves. Ensuite, Lara Grangeon a commencé à accélérer pour se hisser en 3e position, l’ordre n’ayant pas changé en tête de course.

La Hongroise, surnommée Iron Lady en raison de sa particularité, celle de multiplier les courses et les compétitions presque toute l’année en nageant presque systématiquement à fond, a pris les devants à partir de la 3e longueur. La Japonaise Natsumi Hoshi a fini par remonter pour gagner en 2’07"97 (1 dixième devant Hosszu). Un temps 4e, la Française a tenu le coup lors du dernier retour, doublant même l’Australienne désormais cuite pour finir 3e avec un nouveau record perso (2’08"54). 3e de la course et 4e temps provisoire avant la dernière série, elle était déjà sure de se qualifier. 5/5 pour l’équipe lors de cette matinée !

Lara Grangeon a terminé avec le 8e temps car la dernière série a été assez rapide. Les 2 représentantes des Etats-Unis sont passées sans souci, même si Cammile Adams a complètement manqué son départ et pris beaucoup de retard pendant que sa compatriote Katie McLaughlin prenait les devants. La victoire est revenue à une jeune Chinoise, Zhang Yufei (2’06"92, record du monde juniors) devant les 2 Américaines et l’Allemande Franziska Hentke.

Les 3 meilleurs temps sont ceux de filles nées en 1996 (Liliana Szilagyi), 1997 (McLaughlin) et 1998 (Zhang)… La natation féminine est vraiment devenue un sport de précocité !

5/5, c’est bien, 6/6, c’est encore mieux. Il restait le relais 4x100m 4 nages mixte avec une équipe mixte dans tous les sens du terme : 4x100m 4 nages donc mixte au niveau des nages, 2 hommes et 2 femmes donc mixte au niveau des sexes, et avec une compo mixte, des titulaires et des remplaçants, à savoir Benjamin Stasioulis (n°3 français en dos), Giacomo Perez-Dortona (n°1 français en brasse), Marie Wattel (n°1 française en papillon) et Anna Santamans (n°1 française sur 50m NL mais qui n’a même pas disputé le 100m NL aux ChF, elle a nagé en 54"98 à l’Open de Vichy, elle est donc derrière Bonnet et Gastaldello, déjà occupées pour la journée).

On a déjà vu ces relais mixtes lors de différents championnats depuis 2012, mais pas encore aux Championnats du monde en grand bassin, c’est une première.

Auparavant, il y avait du 200m 4 nages masculin. En France, seul Jérémy Stravius aurait le niveau s’il s’y mettait sérieusement, mais il a d’autres priorités.

Un Chinois (Wang Shun) a dominé la première série rapide, mais on attendait surtout les séries suivantes, en particulier la 4e, celle de Laszlo Cseh… qui a déclaré forfait en prévision de la finale du 200m papillon, qu’il compte remporter. Daiya Seto (1’59"11) a tranquillement dominé cette course sans Cseh. Restait à voir Ryan Lochte, pas en très grande forme depuis le début des championnats malgré une bonne demi-finale du 200m NL. La star américaine s’est baladée au point de pouvoir finir en saluant la foule, ce qu’il n’a pas fait, mais presque. Lochte a réussi le meilleur temps des séries (1’57"90) en ne nageant pas les 25 derniers mètres. Le forfait de Cseh devait lui rendre la vie beaucoup plus facile. Daniel Wallace (1’58"28) a réalisé le 2e temps, Conor Dwyer le 4e (1’58"63) le 4e. Les 2 Brésiliens sont passés sans souci.

On en arrive donc au relais mixte. Presque tous les pays mettent les garçons en premier et les filles ensuite, afin d’éviter de prendre du retard et de devoir nager dans les vagues. Les Russes – très faciles vainqueurs de leur série – ont débuté par une fille en dos, donc il reste des exceptions. Pour le moment, cette nouvelle épreuve n’est pas très considérée, ça viendra peut-être, mais j’en doute un peu concernant le 4 nages à cause de cette nécessité pour ne pas dire obligation de débuter par les hommes. A la limite, si vous avez une fille très forte en dos ou en brasse, ça peut être récupérable, mais si vous êtes obligé de mettre les 2 filles en premier faute d’avoir un niveau masculin suffisant dans ces 2 nages, c’est cuit, car l’écart entre les meilleurs hommes et les meilleures femmes y est nettement supérieur qu’en pap’ et en crawl[1].

Dans beaucoup de sports où on retrouve des épreuves mixtes, par exemple le biathlon, cette mixité a pour but de permettre à beaucoup plus de pays de viser les médailles ou même de participer, en particulier les pays ne jouissant pas d’une densité suffisante pour aligner 4 hommes ou 4 femmes de très bon niveau dans un relais plus classique. Ici, ce n’est pas le cas, contrairement au 4x100m NL mixte, car point de champagne sans brasseur.

Certains grand pays de natation comme l’Australie et les Pays-Bas n’ont même pas pris la peine d’aligner un relais. Si les Bataves ont des soucis en dos et en brasse, l’Australie a potentiellement un énorme relais avec un super dossiste (plus un autre de très bon niveau pour les séries), un brasseur tout à fait valable pour un relais, une papillonneuse classée 4e en finale du 100m et 2 sœurs monstrueuses pour la nage libre… En s’investissant un peu les Aussies éclataient tout le monde.

3’44"02 était le véritable record du monde officieux (réalisé par la Grande-Bretagne aux ChE 2014), mais la FINA n’a pas pris la peine de le valider, du coup le temps de la Russie – avec une équipe B sauf Veronika Popova – lors de la première série a annoncé comme record du monde. La Chine a gagné la série suivante.

La France avait ses chances de se qualifier, surtout avec le forfait du Japon. Les Britanniques – avec une assez belle équipe – et les Etats-Unis – a priori une équipe bis, voire ter – disputaient cette même course, tout comme l’Italie et la Hongrie.

Surprise, Ryan Murphy, non sélectionné pour le 100m dos individuel dans l’équipe des Etats-Unis (Matt Grevers et David Plummer lui ont été préférés) a claqué un incroyable 52"18 au départ. Avec ce temps il aurait été champion du monde mardi ! Bien sûr, il n’a pas eu les séries et les demi-finales, il aurait pu y laisser des plumes, mais faire ça le matin, c’est presque flippant !

Stasioulis a terminé en 54"43, ce qui est très moyen. Perez-Dortona est remonté à la 3e place en réussissant un bon relais, voire un très bon à son niveau (59"55, je crois que son record avec départ lancé est seulement 2 dixièmes inférieur), Wattel s’est lancée avec pas mal d’avance sur l’Italie, 4e, mais qui avait mis un homme pour ce relais. Elle a bouclé son 100m papillon en 58"62 (elle vaut beaucoup mieux que ça, je ne sais pas si elle était à fond). Forcément, elle a été doublée. Santamans a alors plongé dans l’espoir de reprendre la 3e place, elle a eu beaucoup de mal à finir… mais a surtout anticipé le départ. -0.11, alors que la limite autorisée est -0.02, ça ne pardonne pas : disqualification. Le temps de l’équipe était de 3’46"77, en assurant cette prise de relais la qualification était dans la poche sans aucun souci. Dommage. Notons que l’Italien Matteo Rivolta a plongé avec un temps de réaction de -0.01. C’était chaud du réchaud !

Pendant ce temps, les Etats-Unis ont battu le record du monde, pour de vrai cette fois (3’42"33), avec donc Ryan Murphy, Kevin Cordes, Kendy Stewart et Lia Neal, donc aucun grand nom même si le dossiste a envoyé du lourd. La Grande-Bretagne a pris la 2e place à 2 secondes en ayant préservé Adam Peaty pour la finale. Côté français, Lacourt serait entré en finale.

L’Allemagne a remporté l’ultime série (il y en avait 4) et s’est qualifiée avec le 3e temps.

Le Grande-Bretagne, les Etats-Unis, la Chine et la Russie, voire le Canada, devraient se disputer les médailles. Il est difficile de se lancer dans des pronos compte tenus des probables et des possibles modifications dans la composition des relais. On ne sait pas qui va jouer le jeu à fond et qui quelles équipes préféreront préserver leurs meilleurs éléments pour les courses individuelles et les autres relais.

Toujours est-il que si ce 5/6 confirme le réveil tricolore après 2 premières sessions matinales très difficiles, le France ne sera représentée dans aucune finale lors de cette 4e journée. Il n’y aura donc pas de 4e médaille.



Les vidéos sont aussi sur Vimeo : Séries 50m dos F, Séries 100m libre H, Séries 200m papillon F, Séries 200m 4 nages H, Séries 4x100m 4 nages mixte.

Note

[1] Si on s’intéresse aux record du monde, actuellement l’écart est de 6"21 en dos (51"91 contre 58"12), 6"44 en brasse (57"92 contre 1’04"36), 5"82 en papillon (49"82 contre 55"64) et seulement 5"15 en nage libre (46"91 contre 52"07).