Le programme débutait par les demi-finales du 100m NL, une distance sur laquelle l’absence de James Magnussen ouvrait des perspectives à beaucoup de monde. Fabien Gilot disputait la première à la ligne 2. Sans surprise, il est parti vite, a pris les devants de même que Nathan Adrian, encore plus rapide en première partie de course. Il fallait tenir le coup, il a eu du mal et a complètement coincé, finissant seulement 7e en 48"56. Une déception. Le choix tactique du relayeur ultime de la natation française n’était manifestement pas la bonne, il aurait sans doute dû partir un peu plus prudemment. C’est allé vite, à peu près autant qu’il y a 2 ans à ce stade de la compétition : Cameron McEvoy a gagné en 47"94, Adrian avait réalisé le meilleur temps à Barcelone en 47"95. Cette fois le champion olympique a seulement fini 4e en 48"36. A la vue des chronos, il y avait de la place pour Jérémy Stravius, présent ligne 4 dans la seconde demi-finale, celle de Vladimir Morozov. On trouvait aussi Santo Condorelli, désormais ex-détenteur de la MPM, ou encore Ning Zetao. Pour se qualifier en finale il lui «suffisait» de finir dans le top 4 et de battre son record personnel de quelques centièmes après l’avoir approché à 2 centièmes en séries. En principe, c’était parfaitement jouable.

Auteur d’un bon départ, l’Amiénois a essayé de prendre la vague du Chinois, il a aussi eu du mal et a aussi terminé 7e en 48"65, moins vite que le matin… Vainqueur, Morozov a été disqualifié pour faux départ (il a bougé trop tôt) ! Il avait largement dominé en 48"12. Quel coup de tonnerre ! Le public russe a pris un coup sur la tête malgré la qualification de son autre représentant.

11e – à 7 centièmes de la timbale – et 14e des demi-finales, c’est vraiment très décevant, surtout après avoir montré lors du 4x100m NL qu’ils avaient la capacité de boucler leur aller-retour en moins de 48"00 puisqu’ils ont fait respectivement 47"07 et 47"36 départ lancé.

Pour la première fois depuis des lustres le sprint français ne sera pas représenté lors d’une finale du 100m NL. Il y avait de la place pour passer (48"49 pour le dernier qualifié), et tout aurait été ouvert dans cette finale pleine de garçons peu connus.

On y retrouver, dans l’ordre des temps de qualification :
-Cameron McEvoy, Australien de 21 ans qui a décroché beaucoup de médailles l’an dernier aux Championnats Pan-Pacifique et aux Jeux du Commonwealth, mais qui pour le moment était plus un relayeur qu’autre chose ;
-Ning Zetao, Chinois de 22 ans seulement connu en Asie grâce à ses perfs l’an dernier aux Jeux Asiatiques… et des gens qui suivent assidûment l’actualité de la lutte antidopage car il a déjà été suspendu pour prise de Clenbuterol à seulement 18 ans mais n’a pris qu’1 an de suspension, comme si cette substance à usage vétérinaire était anodin ;
-Federico Grabich, Argentin de 25 ans dont le palmarès avant les derniers Jeux Panaméricains se résumait à des médailles aux Jeux Sud-Américains, où il doit y avoir un niveau fabuleux (^^) ;
-Pieter Timmers, Belge de 27 ans connu en France surtout parce qu’Alexandre Boyon survend en permanence les nageurs belges dès qu’il y a de la natation sur France Télévisions, dont le fait d’arme majeur en grand bassin est une médaille de bronze l’an dernier lors du 4x200m NL des ChE ;
-Nathan Adrian, Américain de 26 ans, la principale tête d’affiche de la finale car champion olympique en titre et médaillé de bronze de Barcelone (même si sa carrière est surtout faire de podiums en relais) ;
-Marcelo Chierighini, Brésilien de 24 ans dont je n’avais jamais entendu parler, ou alors perdu dans la masse des relayeurs de son pays ;
-Alexandr Sukhorukov, Russe de 27 ans très expérimenté dans les relais, mais figurant dans les épreuves individuelles ;
-Santo Condorelli, Canadien – né au Japon et qui a grandi aux Etats-Unis mais a choisi le pays de sa mère, sans doute pour avoir plus facilement sa place aux Mondiaux et aux JO – de 20 ans totalement inconnu il y a encore quelques semaines avant d’exploser ses records lors des Jeux Panaméricains organisé à Toronto en juillet, avec notamment un 47"98 au départ du 4x100m 4 nages, égalant la MPM de Morozov.

Compte tenu de ses performances lors du 4x100m NL, je me méfierais du Chinois…

Double déception sur 100m NL, heureusement, on enchaînait avec les demi-finales du 50m dos féminin avec 2 nouvelles chances de qualification. Surtout une.

Les 2 Françaises étaient dans la seconde demi-finale, la première ayant été remportée par une Brésilienne, Etiene Medeiros (27"41) devant Liu Xiang (27"67). Les temps de la 5e (28"01) semblaient offrir à Béryl Gastaldello une réelle opportunité de se qualifier pour la finale, alors que Mathilde Cini devait juste être à son meilleur niveau pour réussir sa demi-finale, son record personnel ne lui permettant en principe pas de passer. Elles ont toutes les 2 réussi un bon départ, la surprise est venue de Cini, 4e en 28"16 (nouveau PB)… mais pas qualifiée pour la finale, comme la championne de France, seulement 7e de la course en 28"30. Les 3 premières de la série ont nagé nettement devant (Fu Yuanhui en 27"18, Mie Nielsen en 27"63, Emily Seebohm en 27"70). Battre le record de France (28"02) le matin et échouer l’après-midi alors qu’il fallait améliorer ce chrono d’1 ou 2 centièmes pour atteindre sa première finale mondiale, c’est rageant.

Laszlo Cseh a déclaré forfait sur 200m 4 nages car, très en forme, il a décidé de tout miser sur la finale du 200m papillon, dont il a survolé les séries et les demi-finales. Le Hongrois semblait avoir toutes ses chances d’enfin remporter l’or après avoir subi des années la supériorité de Michael Phelps et Ryan Lochte. Sans surprise, Chad Le Clos est parti très vite, sous les temps de passage du record du monde. Cseh est revenu dans la 2e longueur puis est parti. Il fallait se méfier du Japonais Masato Sakai car si le Sud-Africain coinçait, le Nippon se rapprochait. Il a tenu, s’offrant enfin son titre mondial, une victoire en 1’53"48 devant Le Clos (1’53"68), qui a très bien terminé (il a dû se décider à en garder quand il a compris qu’il ne pourrait tenir jusqu’au bout, et a ainsi pu en remettre sur la fin), et le Polonais Jan Switkowski (1’54"10), revenu d’on ne sait où pour doubler le premier Japonais, l’autre (Dayia Seto) étant un peu plus loin derrière.

Cseh aura dû attendre 10 ans pour décrocher un 2nd titre mondial… C’est fou ! Cseh est un peu le David Ferrer de la natation. Ferrer a été hyper régulier sur le circuit ATP pendant des années, mais il est tombé au mauvais moment, dans une ère dominée par Nadal, Federer et Djokovic, qui ont trusté les victoires, ne laissant leurs concurrents espérer que de l’argent. Si à l’échelon européen le Hongrois a fait une belle moisson bien dorée (12 titres en grand bassin, 16 en petit bassin), à l’échelon supérieur, il n’avait qu’un seul titre, celui du 400m 4 nages aux Mondiaux de Montréal en 2005. Son stock de médailles d’argent (3 aux JO, 4 aux ChM, 2 aux ChM en bassin de 25m) et de bronze (2, 5 et 2) force le respect. La frustration de se faire dominer par Phelps la plupart du temps (5 fois quand il est devenu vice-champion), souvent par Lochte (plus quand il a fini 3e) devait être difficile à supporter. Perso, je l’aime bien, je lui dis bravo !

On aurait aimé avoir une Française en finale du 200m NL, une des courses les plus attendues de ces Mondiaux. Charlotte Bonnet a échoué à quelques centièmes près. Il n’y avait que du lourd au départ (dans l’ordre des lignes d’eau) :
1. Femke Heemskerk, qui a dominé toute la saison en enchaînant les gros chronos avec une grande régularité ;
2. Veronika Popova, très soutenue par son public, pas très connue pour ses performances individuelles malgré un titre européen en petit bassin sur 100m en 2012 et une 5e place en finale du 200m NL aux ChE 2014 à Berlin ;
3. Shen Duo, la Chinoise de service, 18 ans seulement, détentrice du record du monde juniors du 100m NL, multi-médaillée d’or aux Jeux Olympiques de la jeunesse organisés dans sa ville natale (Nankin) et aux Jeux Asiatiques en 2014 ;
4. Federica Pellegrini, ancienne championne olympique et double championne du monde de cette épreuve dont elle détient toujours le record du monde (époque polyuréthane), qui allait tenter d’être médaillée mondiale sur 200m NL pour la 6e fois consécutive (2e à Montréal, 3e à Melbourne, 1ère à Rome et à Shanghai, 2e à Barcelone), un véritable exploit ;
5. Missy Franklin, championne du monde en titre ;
6. Katinka Hosszu, déjà sacrée sur 200m 4 nages avec un record du monde à la clé, omniprésente lors de ces Mondiaux (et toute la saison), mais à qui manque des médailles individuelles en nage libre ;
7. Katie Ledecky, l’ogresse de 18 ans, bien décidée à gagner pour réussir un improbable quadruplé 200-400-800-1500 jamais réussi jusqu’alors, sachant que le 200m était le plus gros pari, la course la plus difficile pour elle… même si elle s’est qualifiée pour la finale 15 ou 20 minutes après avoir explosé son propre record du 1500m, chose assez hallucinante ;
8 Emma McKeon, 21 ans, vainqueur des Jeux du Commonwealth dans cette épreuve en 2014, dont le palmarès est jusqu’ici essentiellement dû aux relais (3 médailles d’argent il y a 2 ans, le titre du 4x100m NL le premier jour à Kazan).

Difficile de se lancer dans des pronos, plusieurs filles pouvaient gagner, beaucoup étaient susceptibles de monter sur le podium.

On pouvait s’y attendre, Heemskerk est partie super vite, beaucoup trop vite, c’était suicidaire, mais que voulez-vous ? Elle ne parvient pas à gérer les grands événements (ce qui explique pourquoi ses 2 seuls titres individuels sont en petit bassin). Si Hosszu a aussi débuté sur un rythme élevé, la surprise est venue de Ledecky, 3e au premier virage alors qu’on l’imaginait surtout au taquet dans la seconde partir de la course. Franklin est remontée en 2e position à mi-course, Ledecky était toujours 4e, donc idéalement placée. Pellegrini a alors commencé à mettre les machines en route pour, comme d’habitude, finir très fort.

La Néerlandaise a tenu jusqu’aux 150 mètres, mais Ledecky avait déjà recollé. La nouvelle star de la natation mondiale a atomisé tout le monde sur le dernier retour, l’emportant finalement en 1’55"16 ! Pellegrini a bien fait sa course, elle n’était pas loin de la gagné (1’55"32). Cette saison, à l’Open de France organisé à Vichy, l’Italienne a nagé plus vite que le temps nécessaire pour l’emporter, néanmoins obtenir la médaille d’argent le jour de ses 27 ans et entrer encore un peu plus dans la légende en réussissant quelque chose d’inédit quelques soit la nage doit la satisfaire pleinement. Franklin a obtenu le bronze (1’55"49), c’est toujours bon à prendre, d’autant qu’à y regarder de plus près, son palmarès impressionnant (notamment avec les 6 titres de Barcelone) est beaucoup composé de médailles avec les relais. Il doit s’agir de sa 8e médaille individuelle entre les JO et les Mondiaux en grand bassin sur un total de 18.

Les 3 premières sont allées très vite par rapport à leurs adversaires, toutes reléguées assez loin (Popova 4e en 1’56"16, Hosszu en 1’56"19, Shen en 1’56"27, McKeon en 1’56"41, Heemskerk en 1’56"79). Surtout, la victoire de Ledecky est hallucinante. Elle a déjà remporté le 400m NL, le 1500m NL avec record du monde en séries puis record du monde en finale, il lui reste le 4x200m NL qui devrait être une formalité quand on dispose de la championne et de la médaillée de bronze du 200m individuel, et enfin le 800m NL lors duquel elle n’aura à se battre que contre la ligne rouge virtuelle matérialisant à l’écran le temps de passage de son futur ex-record du monde. Missy Franklin a remporté 6 titres il y a 2 ans, 3 en solo, 3 en relais, mais à côté de ce qu’est en train de faire Ledecky, ça semblerait presque banal ! Son quadruplé dans les épreuves de nage libre est totalement fou. En 8 jours, elle aura nagé 6200 mètres en compétition (2 fois 1500m, 2 fois 800m, 2 fois 400m, 4 fois 200m dont une en relais). Mais elle n’en souffre pas. Je sais bien qu’une fille comme Sharon Van Rouwendaal a nagé beaucoup plus que ça avec l’eau libre, seulement la Néerlandaise reste dans des limites humaines plus raisonnables, elle remporte des médailles sans être capable de dominer comme l’insatiable Ledecky, sans pitié avec ses adversaires.

Ce côté insatiable semble aussi caractériser Adam Peaty. Le jeune Britannique disputait la finale du 50m brasse, épreuve dont le record du monde a été égalé en séries puis pulvérisé en demi-finale. Fallait-il s’attendre à un 3e record du monde ?

Adam Peaty semblait tout de même au-dessus de Cameron Van der Burgh, mais sur 50m, tout est possible. Le Britannique pouvait réussir le doublé 50-100. Sans surprise, il a gagné (26"51), mais sans avoir réellement dominé. Il lui a fallu revenir dans les 10 ou 15 derniers mètres, où il a été impressionnant pour ne pas dire monstrueux, car il y a réellement eu baston jusqu’au bout avec le Sud-Africain (26"66). Kevin Cordes a décroché le bronze (26"86) en touchant 1 centième avant Felipe França Silva.

Lara Grangeon était la seule à pouvoir sauver cette journée pourrie. Elle avait le potentiel pour atteindre la finale du 200m papillon. Elle disputait la première demi-finale, celle de Katinka Hosszu, qui n’est pas partie vite après sa finale du 200m NL. La Chinoise Zhou Yilin était nettement devant à mi-course, Grangeon pointant alors en 3e position en ayant pris le risque de partir assez vite. Ensuite, elle a eu du mal puis a tenté d’en remettre dans la dernière longueur mais il lui en manquait. La Néo-Calédonienne a pris la 5e place en 2’08"73, à peine moins bien que le matin… et devant Hosszu, rattrapée par la fatigue. Les 2 Américaines ont pris les 2 premières places (Katie McLaughlin vainqueur en 2’07"52, Cammile Adams 2e en 2’07"57 ex-aequo avec Brianna Throssell, la Chinoise ayant fini tout près).

La seconde demi-finale a été nettement plus rapide, car si seulement 4 filles ont obtenu leur qualification, elles l’ont fait avec les 4 meilleurs temps. Natsumi Hoshi et Franziska Hentke ont rapidement lâché tout le monde, Liliana Szilagyi et Zhang Yufei sont revenues sur la fin entre les bouées jaunes, pour passer sans souci. La Japonaise a gagné facilement (2’06"36), l’Allemande s’est classée 2e (2’06"64), les jeunes venues de Chine et de Hongrie ont nagé en 2’27-zéro. Grangeon a donc manqué la finale pour une seconde, elle a réalisé le 11e temps et n’a rien à se reprocher. Depuis le début des Mondiaux, elle est la plus satisfaisante des filles de l’équipe de France avec Charlotte Bonnet, car si ça ne passe pas, elles ne déméritent pas.

Le 200m 4 nages masculin sans Hagino, Phelps ou encore Cseh, c’est assez triste. On ne voit pas bien qui pourrait embêter Ryan Lochte, qui s’est baladé dans la seconde demi-finale au point de s’arrêter de nager longtemps avant la fin. C’est presque indécent ou irrespectueux. Il a lui aussi été sans pitié. 1’56"81 de cette façon, ça laisse peur d’espoir aux autres. Thiago Pereira avait remporté la course précédente en 1’57"33 – moins vite que Wang Shun, 2e derrière Lochte – en ayant aussi pris beaucoup d’avance mais en ayant eu plus de mal à en conserver une partie jusqu’au bout.

Conor Dwyer, seulement 5e de la première demi-finale, a eu la désagréable surprise de voir Roberto Pavoni (pas italien mais britannique) être crédité du même temps que lui dans la seconde demi-finale. Résultat, ils ont dû en passer un peu plus tard par un barrage… qui ne nous a pas été montré par notre bonne vieille télévision publique française. Un swim-off sur 200m 4 nages, ça pique ! Souvent, dans ce genre de situation, celui qui a le moins d’ambitions concernant cette épreuve ou un programme chargé pour les jours suivants décide de se retirer. Pas cette fois. Le Ricain a remporté le duel en 1’58"18, soit 8 centièmes de moins que son adversaire.

La finale du 800m NL masculin ne nous réservait a priori pas un grand suspense, a fortiori en l’absence de Ryan Cochrane, piégé lors des séries, qu’on attendait sur le podium derrière Sun Yang, en principe intouchable.

Mack Horton a tenté sa chance avec un départ rapide, Gregorio Paltrinieri aussi a décidé de se détacher légèrement du peloton alors que Sun Yang contrôlait tranquillement en attendant son moment. Le Chinois est resté en 3e position pendant longtemps. Après la mi-course, l’Australien a commencé à piocher, Paltrinieri et Sun ont doublé, les écarts ont commencé à se creuser, l’Italien ayant décidé d’envoyer du pâté. Horton s’est fait reprendre par le Polonais Wojciech Wojdak aux ¾ de la course mais ce dernier n’a pas tenu très longtemps. Sun a décidé d’allumer le moteur à 3 virages de la fin, il est revenu à 1 dixième de Paltrinieri à la cloche, on pensait qu’il partirait facilement, il a fallu attendre les 25 derniers mètres pour le voir enfin se détacher définitivement et donc décrocher un 3e titre consécutif dans cette épreuve. Le Chinois de retour de suspension pour dopage – entre autre – a dû se contenter d’un temps de 7’39"96 contre 7’40"81 (record d’Europe) pour Paltrinieri.

Horton a résisté et mieux fini que le Polonais, il s’est octroyé la médaille de bronze devant Connor Jaeger 4e. Ils ont fini à 4 secondes et 4 secondes ½ du vainqueur.

La journée se terminait par le relais 4x100m 4 nages mixte. J’ai déjà évoqué le principe même de ce relais et mes réserves concernant la mixité en 4 nages, cette finale me donne raison. Pour une première aux Mondiaux, il manquait beaucoup de monde, notamment l’équipe d’Australie, qui en jouant le jeu aurait sans doute au moins accédé au podium. L’équipe de France aurait dû participer à cette finale, elle a été disqualifiée pour une prise de relais anticipée par Anna Santamas. Dommage, mais pas catastrophique.

Le public est resté car la Russie avait une chance de monter sur le podium. Du moins, on pouvait l’imaginer avant de constater les changements dans leur composition d’équipe. On peut comprendre la tentation de débuter par Anastasia Fesikova (née Anastasia Zueva), ancienne championne d’Europe, vice-championne du monde du 100m dos et 6e de la finale de l’épreuve cette. On peut comprendre l’envie d’aligner Yuliya Efimova en brasse après son titre au 100m brasse. On imagine aisément que Vladimir Morozov avait l’intention de se rattraper après sa disqualification pour faux-départ en demi-finale du 100m NL. On peut même se faire à l’idée d’aligner un jeune de 17 ans récent vainqueur du 100m papillon aux Jeux Européens de Bakou (Daniil Pakhomov) ait pu être jugée pertinente. Seulement, tactiquement, c’est un non-sens total.

En pratique, à ce niveau, vous ne pouvez gagner un 4x100m 4 nages mixte en débutant par 2 femmes. A moins que les autres soient ou très faibles, ou assez bêtes pour faire comme vous. Le dos et la brasse sont les nages dans lesquelles la différence est la plus grande entre hommes et femmes. Si vous ambitionnez de gagner, il faut débuter par les hommes, ce qu’on fait les Britanniques qui, de surcroît, ont un très bon dossiste, Chris Walker-Hebborn, 5e de la finale individuelle de la spécialité, et le grand patron de la brasse, Adam Peaty. Résultat, à mi-course, la Russie avait 15 secondes de retard par rapport à la Grande-Bretagne, qui pointait nettement en tête, mais aussi à 14 secondes des Etats-Unis, et à plus de 13" de l’Allemagne.

Hormis la Russie, les équipes ont toutes débuté par un homme, et à part l’Italie, qui a aussi mis une femme en 2e, elles ont toutes mis un homme en brasse. Le pauvre Pakhomov s’est retrouvé dans une situation terrible, il a plongé 8e et bien décroché, donc au milieu des vagues, et n’a pu que se rapprocher du peloton, pas le rejoindre complètement. Morozov a eu beau se démener (47"29 lancé, un chrono très bon sans être extraordinaire), il n’a pu que doubler 3 crawleuses et finir 5e.

La victoire britannique n’est pas étonnante, le record du monde (3’41"71) pas vraiment plus. Ils ont mis le paquet en finissant avec Siobhan O’Connor (dont le record sur 100m papillon réalisé l’an dernier lui permettait d’envisager un podium individuel à Kazan, mais elle a préféré se concentrer sur sa spécialité, le 200m 4 nages), et Francesca Halsall, ancienne vice-championne du monde du 100m NL. Peaty a été sans pitié, il est le principal artisan de ce succès. Avoir le concurrent le plus rapide dans la nage la plus lente, donc celle qui permet de creuser le plus d’écarts, ça aide vraiment.

Les Etats-Unis de Ryan Murphy (seulement 53"31 en finale après son 52"18 en série), Kevin Cordes, Katie McLaughlin et Margo Geer (donc pas le meilleur relais possible) a conservé la 2e place du début à la fin, l’Allemagne ayant fait toute la course en 3e position jusqu’à décrocher le bronze devant la Chine. Avec Lacourt, Perez-Dortona, Wattel et Bonnet, la France aurait peut-être eu un coup à jouer pour une petite médaille. Ça reste très hypothétique.

Demain matin, double Bonnet !



Les vidéos sont aussi sur Vimeo : 100m libre H (demi-finales), 50m dos F (demi-finales), 200m papillon H (finale), 200m libre F (finale), 50m brasse H (finale), 200m papillon F (demi-finales), 200m 4 nages H (demi-finales), 800m libre H (finale), 4x100m 4 nages mixte (finale).