Or justement, le gros programme de ce 6e matin des Mondiaux débutait par les séries du 50m NL masculin, auquel n’a pas participé le tenant du titre, César Cielo, hors de forme sur 50m papillon et blessé à l’épaule comme je l’avais pressenti en le voyant se tenir la clavicule il y a quelques jours.

A l’image du 100m en athlétisme[1], cette épreuve est la plus simple de la natation car la plus courte et la moins compliquée techniquement, d’où un nombre impressionnant d’engagés et 12 séries.

Dans la première série rapide, Marco Orsi (22"03) et Benjamin Proud (22"13) ont réussi à se détacher, Ning Zetao a eu beaucoup de mal, seulement 5e en 22"43. Son succès sur 100m aurait-il laissé des traces ? Il est tout de même passé (14e temps).

Les 2 Américains nageaient la 11e série, Nathan Adrian a été très rapide, 21"73, Bruno Fratus a pris la 2e place, en revanche le vieil Anthony Ervin – champion olympique à Sydney – a peiné : 22"44, 5e… mais qualifié de justesse (15e).

La dernière série était énorme : les 2 Français, les 2 Russes, mais aussi un couloir vide, celui de César Cielo. Florent Manaudou s’est baladé, 21"71 en relâchant après avoir fait la différence au départ malgré un mauvais plongeon selon ses propres dires. Il voulait réussir le meilleur temps des séries pour être dans la seconde demi-finale et savoir ce qu’il aura à faire au niveau chronométrique avant de nager. Kristian Gkolomeev (Grec d’origine bulgare) et Vladimir Morozov ont aussi nagé sous les 22". Clément Mignon, 7e de la série en 22"50, a échoué (19e). Il est l’un des principaux éliminés avec Lucas Dotto (17e ex-aequo).

Au tour du 50m papillon avec une jeune Bahreïnie de 10 ans au départ… Avouons-le, ça n’a aucun sens ! Dans la série suivante on montait à 12 et 14 ans. La FINA devrait mettre un âge limite, car même si je ne doute pas que cette petite soit bien traitée, si la volonté du Bahreïn d’être représentée dans des épreuves féminines de natation est louable, la place d’une enfant si jeune n’est pas là. Pour elle, ça doit être super… jusqu’au moment où elle se transforme en bête de foire et doit répondre à des dizaines d’interviews d’adultes souvent obligés de se mettre à genoux pour être à sa hauteur. Ça ressemble plus à une recherche de buzz qu’à une épreuve sportive. Si au moins elle avait un niveau au-dessus de la moyenne, mais non, elle a logiquement réalisé le moins bon temps, assez nettement de surcroît. Il n’y a en effet aucun intérêt sportif, même pour elle, qui progresserait plus en se confrontant à des gamines de son âge dans des compétitions de jeunes.

  • Les réactions de Manaudou et Mignon, l’histoire de cette gamine ainsi que les premières séries du 50m papillon féminin sont imbriqués dans la même vidéo.

2 Françaises étaient engagées dans cette épreuve, 2 filles ayant un profil très différent : Mélanie Henique est une hyper spécialiste, elle a dû attendre le 6e jour pour débuter sa compétition, elle est expérimentée, déjà médaillée mondiale en 2011, finaliste en 2013, alors que Béryl Gastaldello est une polyvalente qui a déjà beaucoup nagé – avec plus ou moins de réussite – lors de ces Mondiaux, qui sont ses premiers.

Jeanette Ottesen (25"51) et la Chinoise Lu Ying (25"69) ont nagé beaucoup plus vite que les autres dans la première série rapide. Francesca Halsall (25"86) a dominé la suivante devant Arianna Vanderpool-Wallace (26"02). Il y avait vraiment de la place pour les 2 Françaises, présentes dans la dernière série avec Sarah Sjöström et Inge Dekker. Henique a pris la 4e place (26"33), Gastaldello la 6e (26"46), elles sont passées 12e et 14e, c’était tout de même assez chaud pour Gastaldello (qui a respiré 2 fois, contrairement à une demi-finale ou finale). Claire Donahue (USA) est la première éliminée. Les Japonaises et les Australiennes figurent parmi les éliminées.

Mehdy Metella a donné de très bons signes de forme lors du 4x100m NL en début de semaine. Il a ensuite dû attendre cette 6e journée pour nager de nouveau. Il avait très envie de nager et arrivait gonflé à bloc pour ces séries du 100m papillon avec, de l’avis de pas mal de spécialistes, une réelle chance de médaille compte tenu de sa forme. Son attente était déjà très longue, on lui a ajouté encore un peu de temps puisqu’il nageait la dernière série. Konrad Czerniak a fait forte impression à l’aller, Laszlo Cseh au retour. Le Hongrois s’est baladé 50"91 (MPM), 51"58 pour le Polonais, à peine moins de 53" pour le suivant. De gros écarts pour une série. Les 2 Américains disputaient la course suivante, ils ont été bons, surtout Tom Shields (51"09). On a eu droit à un nouveau record du monde junior, établi par le 2e, le Chinois Li Zhuhao (51"54). Décidemment, les jeunes nageurs de l’Empire du milieu affichent un niveau impressionnant, on l’a particulièrement remarqué hier.

Compte tenu des temps des séries précédentes, il allait falloir nager vite dans une dernière série très relevée avec Chad Le Clos ou encore les Russes. Passé 7e au virage mais dans le paquet, l’autre "frère de" des Bleus est revenu fort pour toucher 4e en 52"07, 13e temps des séries. Il fallait nager en 52"29 ou moins… Le niveau est très élevé, il faudra aller beaucoup plus vite en demi-finale, ce sera tout de même difficile même s’il a une grosse marge de progression sur l’aller et s’il améliore sa reprise de nage, trop moyenne lors de cette course. Notons tout de même que le Singapourien Joseph Schooling a remporté la série en 51"65 devant Le Clos (51"83).

Pas de Française ensuite …

Dominique Bouchard (2’08"68) a remporté la 3e des 5 séries du 200m dos féminin. Il s’agit d’une Canadienne, pas du Française, il n’y en a plus dans cette épreuve, du moins plus au niveau international. Née en 1998, Daria Ustinova a battu le record du monde juniors (2’09"16) en touchant 2e ex-aequo avec Eyglo Gustafdottir, une autre des jeunes Islandaises assez performantes grâce à leur entraîneur français.

Katinka Hosszu avait débuté ses championnats très forts, avec notamment un record du monde en finale du 200m 4 nages, elle nageait très vite dès qu’elle se présentait sur un plot de départ, y compris en séries, mais à vouloir trop en faire elle a grillé beaucoup d’énergie, ce qu’elle a payé au 200m NL et au 200m papillon. On a retrouvé la Hongroise des premiers jours, elle est partie vite et a continué très vite, prenant une longueur à l’Allemande Jenny Mensing et 2 à la plupart des autres filles. 2’07"17, c’est trop rapide pour le matin, ça ne sert à rien ! Elle a mis plus de 2 secondes à la 2e…

Les 2 Australiennes – avec le bonnet jaune – nageaient entre les bouées jaunes de la dernière série, celle de Missy Franklin. Emily Seebohm a pris un départ canon mais Franklin a doublé dès la 2e longueur pour prendre près de 2 secondes d’avance au dernier virage. Ensuite, elle a… continué à nager vite au lieu de relâcher (2’07"84). Seebohm a été beaucoup plus clame, se qualifiant sans aucun souci.

Il suffisait de 2’11"5 pour passer, alors pourquoi gaspiller tant d’énergie inutilement ? J’ai beaucoup de mal à comprendre dans quel objectif Hosszu et Franklin ont décidé de se dépouiller. Peut-être certaines ont-elles voulu trop s’économiser, ce qui expliquerait pourquoi on a perdu quelques filles loin d’être mauvaises (la Tchèque, l’Ukrainienne, la 2nde Australienne, les Chinoises), mais quand vous avez une telle marge, vous pouvez vous permettre d’en garder sous le pied.

Le programme se poursuivait par les séries du 4x200m NL masculin.

Les Allemands nageaient dans la première série avec seulement 3 autres équipes, dont la Pologne, qui les a poussés jusqu’au relais de Paul Biedermann. Sans surprise, il a fait le nécessaire pour gagner assez nettement (7’09"34), le temps étant primordial puisqu’en natation seul le chrono importe. La Pologne (7’10"20) avait de bonnes chances de se qualifier également.

Les Etats-Unis ont seulement gardé Ryan Lochte en réserve, ils ne voulaient pas reproduire l’erreur monumentale des séries du 4x100m NL. Le légendaire Grant Hackett, de retour dans les bassins à 35 ans, a pris le départ pour l’Australie. La Grande-Bretagne – sans James Guy – a pris les devants, les Etats-Unis ont dû attendre la dernière partie du 2e relais pour se porter en tête, mais les Britanniques et les Australiens restaient sensiblement sur la même ligne, ils ont doublé dans la première partie du 3e relais. Les Belges et les Espagnols étaient encore dans le coup, contrairement à la Chine, totalement à la rue sans Sun Yang pour les sauver.

La Grande-Bretagne avait une grosse seconde d’avance avant le dernier relais, Connor Dwyer a dû faire le job pour remonter, mais il a été doublé sur la fin par l’Australien, vainqueur en 7’08"40, 15 centièmes devant les Ricains. Les Britanniques ont terminé en 7’09"00. Ces équipes ont pris les 3 premières places au classement… définitif, car ces chronos n’ont pas été approchés dans l’ultime série, celle de la France. Notons que les Belges, quatrièmes, ont fini juste sous les 7’11, ce qui leur a finalement permis d’obtenir une ligne d’eau pour la finale. En revanche, bronzée aux JO de Londres, la Chine a fini 8e.

La France n’avait aucune marge, preuve en est la compo : Jordan Pothain, Gérgory Mallet, Lorys Bourelly et Clément Mignon… Outch ! Il fallait assurer le top 12 pour se qualifier aux JO, essayer d’aller en finale, mais sans Yannick Agnel ni Jérémy Stravius, il n’y avait rien à espérer de ce jeune relais très différent de celui qui avait décroché la médaille d’argent à Shanghai puis aux JO de Londres.

La Russie semblait au-dessus du lot dans cette dernière série dans laquelle nageaient aussi le Japon, les Pays-Bas ou encore l’Italie. C’était très serré dans le premier relais, Pothain était 4e, il profitait de la présence du Japonais, 1’48"34 (record personnel) pour le jeune Français, 5e, c’est tout juste correct, même si on ne pouvait lui en demander beaucoup plus, il n’a que 21 ans, on peut espérer le voir gagner une bonne seconde à l’avenir et devenir un membre essentiel du relais.

Il y avait toujours bataille entre la Russie, le Japon et les Pays-Bas. Ces 2 derniers étaient d’un côté du bassin, la Russie à l’opposée, elle a pu partir sans être vue. Mallet a bien fini pour passer le relais 4e (1’48"41, loin de son meilleur niveau). Bourelly est parti assez vite, il avait très envie de remonter sur les 2 équipes situées juste à côté de lui. Il a su en garder pour accélérer sur la fin et lancer Mignon en 3e position (1’47"45, un bon relais, presque très bon). Mignon devait se racheter après son faux-départ au 200m individuel et son élimination dès les séries du 50m, mais le niveau des finisseurs était très relevé. Si la Russie est partie, le Français – dont le record est 1’48"29) – est bien resté avec le Japon et les Pays-Bas jusqu’au dernier virage… avant de craquer dans la dernière longueur, résistant tout de même au retour du Danemark et de l’Italie. Il a nagé en 1’48"48 avec un temps de réaction moisi (0"39).

Le principal a été assuré, 4e de la série en 7’12"68, c’est bien sûr insuffisant pour se qualifier pour la finale, néanmoins, le 11e temps général offre aux Bleus leur place aux JO. Il y a 2 ans en séries les Bleus avaient nagé seulement 2 secondes plus vite, et moitié moins il y a 4 ans avant de prendre la médaille d’argent en 7’04"81 (1 dixième de mieux qu’à Barcelone où ils avaient échoué au pied du podium).

Il y a peut-être plus de densité dans le monde qu’entre 2011 et 2013, du moins en séries, mais je serais étonné de voir de très gros temps en finale dans la mesure où ça n’allait pas très vite lors de la finale individuelle. Avec Agnel, Stravius, Bourelly et le meilleur des 3 autres (Pothain a bien nagé, il a une belle marge de progression, je mise sur lui), la France garde un potentiel de podium olympique, même s’il sera très difficile d’approcher le niveau qu’avait le groupe à Londres avec un chrono de 7’09"18 en séries en ayant gardé Agnel au chaud et décidé de ne pas se mettre à fond, puis 7’02"77 en finale (en se permettant d’écarter Stravius).

Et pour finir, le record du monde de Kathie Ledecky ! Du moins, on pouvait le penser. 5 séries du 800m NL féminin, c’est interminable. Ledecky dans la dernière, Coralie… aussi ! Ou du moins Coralie Balmy devait y participer, mais non, elle a déclaré forfait. Elle n’aurait pas pu se qualifier, c’était déjà allé vite dans la série précédente, elle était prévue à la ligne d’eau n°0, elle ne tenait pas une forme suffisante pour espérer – alors qu’on l’annonçait super bien pour ces Mondiaux – et il y avait beaucoup de filles très forte dans cette série. Même si à vrai dire, tout le monde ne regardait que Ledecky… qui n’a tenu la ligne rouge du record du monde que pendant un temps avant de rentrer dans le rang pour se contenter du meilleur temps des séries. 8’19"42 alors que son record du monde est de 8’11. Elle en a gardé pour la finale samedi après-midi.

Jessica Ashwood 2e temps, Lotte Friis 3e, Laurent Boyle 4e, Jazmin Carlin 5e, Sharon Van Rouwendaal 6e - donc encore qualifiée, elle en est à 25 bornes depuis le début des Mondiaux, en grande partie en eau libre – et encore 2 Européennes pour compléter le tableau (Sarah Kohler et Boglarka Kapas). A vrai dire les temps importent peu, plusieurs filles ont géré, il est impossible de dire qui finira 2e et qui accrochera la médaille de bronze en s’appuyant sur les résultats de ces séries. On sait juste que Ledecky voudra finir ses incroyables Mondiaux en donnant tout ce qui lui reste et pulvérisera une nouvelle fois un de ses records du monde.

A défaut de chance de médaille, l’équipe de France aura 4 demi-finalistes lors de la même session. Ça fait tout bizarre ! On pourrait avoir plusieurs finalistes samedi, ce qui constituerait une première lors de ces Mondiaux. Croisons les doigts !



Les vidéos sont aussi sur Vimeo : Séries 50m libre H, Séries 50m papillon F, Séries 100m papillon H, Séries 200m dos F, Séries 4x200m libre H, Séries 800m libre F.

Note

[1] Où désormais on organise un tour de qualification pour les inscrits n’ayant pas un bon temps d’engagement car c’est beaucoup de temps perdu et de fatigue – voire de risques supplémentaires de blessure – pour tout le monde si on fait aussi participer les meilleurs.