Sarah Sjöström a donné le ton d’entrée sur 50m papillon. Comme attendu, la Suédoise a démonté la concurrence. Son départ et sa reprise de nage auraient pu être bien meilleurs, malgré tout elle n’a laissé aucune chance à ses concurrentes. Elle a totalement pris le dessus à la nage, décrochant le titre en 24"96 (record des championnats) devant Janette Ottesen (25"34) et Lu Ying (25"37, record d’Asie), soit exactement le même podium que sur 100m papillon. Inge Dekker (25"64) a échoué au pied de la boîte. La 5e place de l’Egyptienne Farida Osman avec un record d’Afrique (25"78) est tout aussi notable.

A peine le temps de respirer, nouvelle finale ! L’eau piscine provisoire de Kazan allait bouillir ! Le 50m NL masculin – avec Vladimir Morozov, qualifié au terme d’un barrage, pour chauffer le public – était promis à Manaudou… avant la MPM surprise (21"37) réalisée lors des demi-finales par Nathan Adrian. Le champion olympique de l’aller-retour pouvait-il battre le champion olympique de l’aller simple ? Pour y parvenir, il devait faire au moins aussi bien que la veille. En était-il capable ? Rien de moins sûr. En revanche, le Français avait encore une marge de progression, il était seul maître de son destin. Motivé comme il l’était pour décrocher ce titre pour lequel il était venu en Russie, les autres épreuves étant presque accessoires à ses yeux, cette – mauvaise – surprise encaissée 24h avant la finale risquait surtout d’avoir un effet positif. Adrian a touché l’orgueil du favori, il aurait dû garder la course de sa vie pour le jour J…

Les clés étaient le départ et le relâchement. Depuis le début de ces Mondiaux, le Français a eu du mal à retrouver son super départ, celui qui a fait son succès sur la distance. Adrian a fait son maximum pour crisper ses adversaires, il a profité d’être le dernier à sortir de la chambre d’appel pour faire attendre les autres au maximum et faire ainsi monter la pression. Echec.

Florent Manaudou a pulvérisé la concurrence : 21"19 ! Il a explosé son record, battant un officieux record du monde en textile. Cette fois, il y a tout eu, il est sorti devant, personne ne l’a jamais revu ! Quelques minutes plus tôt, Sjöström a devancé sa dauphine de 38 centièmes, Manaudou a infligé quasiment le même éclat à Adrian (21"52, soit 33 centièmes plus lent[1]) ! Il s’attendait à ce qu’Adrian soit moins rapide que la veille. Bruno Fratus a même failli le battre à la touche, le Brésilien a décroché le bronze en 22"55, Morozov finissant quant à lui 4e à 1 centième du podium en mode super-loser.

Avec ce titre, voilà Florent Manaudou champion de tout en bassin de 50m comme en bassin de 25. Il a remporté au moins un titre olympique, mondial, européen et national dans toutes les compétitions estivales et hivernales dans la même épreuve. Aucun nageur français ne l’a fait, et, sauf erreur de ma part, aucun athlète n’y est parvenu. Renaud Lavillenie tentera d’être le second dans quelques jours à Pékin, il ne lui manque que le titre mondial en plein air.

D’autres stars de ces Mondiaux allaient ensuite plonger pour la 3e finale du jour, celle du 200m dos féminin. Katinka Hosszu avait l’occasion de remporter son 2nd titre des championnats, charge à Missy Franklin ou à Emily Sebohm de l’en empêcher, respectivement pour remporter son seul titre individuel (en plus du relais) à Kazan après avoir cartonné il y a 2 ans à Barcelone (6 médailles d’or en tout), et pour réaliser le doublé 100-200, comme son compatriote Mitchell Larkin.

L’Australienne est partie plus vite que les autres, mais Franklin a décidé d’attaquer dès la 2e longueur. Le rythme était très soutenu, l’Américaine a pris le large dans la 3e longueur, Hosszu a essayé de revenir mais la surprise est venue de Seebohm, assez monstrueuse sur le dernier retour. L’Australienne a magnifiquement bien géré sa course, elle en a gardé pour finir très fort alors que Franklin piochait, ayant fourni un gros effort trop tôt. Le record d’Australie a volé en éclats (2’05"81). Franklin a tout de même préservé sa 2e place (2’06"34), Hosszu a étant cantonnée au bronze (2’06"84). Les autres filles étaient toutes loin de la bagarre, néanmoins Daria Ustinova a battu le record du monde juniors (2’07"64) pour s’adjuger la 4e place, la 2nde de suite pour la Russie.

En général, on alterne épreuves masculines et féminines. Ici, non. On a enchaîné avec les demi-finales du 50m brasse féminin. Forza Ruta ! (J’ai choisi l’italien parce que ça rime, je ne sais pas comment on dit «allez !» en lituanien.) Je suis évidemment pro-Ruta Meilutyte, qui est logiquement la meilleure chance de nous éviter un succès d’une fille déjà prise par la patrouille antidopage.

Jessica Hardy a nettement dominé la première (30"25), Alia Atkinson a seulement pris la 3e place de cette course (30"78) derrière l’Ukrainienne Mariya Liver (30"64).

La Lituanienne disputait la seconde demi-finale, opposée à la star locale, Yuliya Efimova, alias Dopéfimova. Sans surprise, Meilutyte a gagné en nageant en moins de 30 secondes (29"98), moins vite que lors des séries, mais surtout en ne parvenant pas à lâcher nettement son adversaire russe (30''14) malgré un énorme départ. Difficile de déterminer si l’une ou l’autre a contrôlé. Espérons qu’en finale elle retrouve son relâchement, il n’y aurait alors pas photo. Jennie Johansson a pris la 3e place de la course avec le 4e temps des demi-finales à 41 centièmes de Meilutyte, mais pas si loin du chrono d’Hardy, elle peut donc espérer nager pour une médaille.

Mehdy Metella n’était absolument pas favori de la finale du 100m papillon. Je misais sur Laszlo Cseh en imaginant Chad Le Clos et Tom Shields dans le coup – entre autres – mais 10 ans après sa sœur Malia, vice-championne du monde du 100m NL à Montréal, pourquoi n’aurait-il pas eu le droit de rêver à une médaille de bronze ? 6e temps des demi-finales en battant le record de France, il semblait capable de surprendre à condition de tout donner sans se poser trop de question. Une première finale mondiale individuelle n’est pas forcément aisée à aborder, dans ces circonstances, avec l’expérience acquise en relais, tout devait bien se passer.

A côté de lui, Konrad Czerniak est parti très vite, Medhy était 6e au virage, il devait faire un très gros retour, il en a fait un bon puisqu’il a encore battu le record de France (51"24). Alors bien sûr, ça n’a pas suffi car le niveau était assez monstrueux. Le Guyanais a pris la 5e place (2e Européen) en attendant certainement mieux à l’avenir, peut-être dès le relais 4 nages, car dans cette forme, il peut être déterminant dimanche. Il a "échoué" à moins de 3 dixièmes de la médaille remportée par le Singapourien Joseph Schooling, auteur d’un record d’Asie en nageant sous les 51 secondes (50"96). Ce dernier a viré en tête puis a pu résister au retour de Tom Shields (4e en 51"06).

La course a été dominée par Chad Le Clos, qui a quant à lui battu le record d’Afrique en 50"56. Il n’était jamais passé sous les 51" avant de venir à Kazan. Le Sud-Africain et a ainsi décroché son seul titre des Mondiaux.

Cseh, mon favori d’avant la course, a dû se contenter d’une médaille d’argent en 50"87, néanmoins, après le bronze sur 50m et l’or sur 200m, ça fait de lui un des rares nageurs à avoir décroché une médaille mondiale sur les 3 distances (du 50 au 200m) lors de mêmes Mondiaux. Je crois que ça n’a été fait que par des femmes avant lui, et toujours en brasse.

Après le podium du 50m NL masculin ont eu lieu les demi-finales du 50m NL féminin.

Anna Santamans était au couloir 2 de la première demi-finale. C’est parti très vite au centre avec Ranomi Kromowidjojo (24"23) et Arianna Vanderpool-Wallace (24"38). Jamais dans le coup, la Niçoise n’a jamais été dans le coup lors de cette course, 7e en 24"93, c’est un peu décevant dans la mesure où elle a déjà nagé plus vite, mais jamais assez vite pour se qualifier. On a en effet sur après la seconde demie que la 8e à obtenir son plot en finale a nagé 24"52 (Chantal Van Landeghem). Jeanette Ottesen a été la première éliminée, c’est dire le niveau. La Danoise a seulement pris la 5e place de la seconde course (24"61) à bonne distance des bonnets jaunes. Ça n’a pas fait un pli, Cate Campbell (24"22, MPM) a dominé Sarah Sjöström (24"31) et Bronte Campbell (24"32), sa petite sœur, qui a dominé le 100m en surprenant son monde.

Résultat des courses, le 400m 4 nages de Lara Grangeon constitue la dernière chance d’avoir une Française finaliste d’une course individuelle lors de ces Mondiaux… En réalité, Santamans a eu un bon temps de réaction malgré un starter très lent mais a senti qu’elle avait manqué son départ, elle s’est crispée et semblait même déçue après sa course, pensant qu’elle avait la possibilité de se qualifier. J’en doute (13e temps). A l’avenir, elle le pourra très probablement.

Il était désormais l’heure du 50m dos masculin avec Camille Lacourt, tenant du titre et grand favori, mais aussi Jérémy Stravius, vice-champion du monde en titre mais seulement outsider. Ils nageaient tous les 2 dans la seconde course.

Vladimir Morozov, grand loser de ces championnats, participait à la première demi-finale sans avoir à mon humble avis la moindre chance de monter sur le podium dimanche en ca se qualification. Matt Grevers et Mitchell Larkin ont mis un certain temps à prendre la tête, Grevers a finalement touché le premier en 24"59 devant Larkin, Tancock et Morozov, 4e en 24"77. Le 5e étant au-dessus des 25", il n’y avait aucun doute à avoir sur la capacité des 2 Français à passer en finale. L’équipe de France en avait bien besoin pour sauver son bilan. Les médailles, les titres, c’est génial, seulement ne compter que 3 finalistes dans un total de courses individuelles la veille de la clôture, c’est extrêmement peu.

Lacourt et Stravius étaient séparés par le 2nd Australien, Ben Treffers. Lacourt a démonté la concurrence : 24"27, MPM, une victoire avec une marge terrifiante. 32 centièmes de mieux que Grevers, il est intouchable. Treffers a fini 2e en 24"64, alors que Stravius a échoué au 5e rang en 24"94, soit 1 centième derrière le Norvégien Lavrans Soli, dernier qualifié. La rage. 3 demi-finales individuelles et aucune finale pour Jérémy… Eliminé à la touche pour un petit rien.

Après cette orgie de sprint, le Katie Ledecky show. Elle allait forcément décrocher son 5e titre et exploser son propre record du monde du 800m NL. Les autres n’auraient été que des figurantes s’il n’y avait pas eu d’autres médailles à distribuer. Elles faisaient leur course entre elle, Ledecky se battait contre une ligne rouge présente seulement sur les écrans.

La jeune Américaine avait déjà 1 petite longueur d’avance sur son record du monde après 200m, plus de 2 secondes après 300m. Elle était tellement loin devant les autres… Pour les autres, ça doit être difficile, elles vont très vite mais semblent presque ridicules. Quand vous voyez une fille passer plus vite à mi-course d’un 800m plus rapidement que le temps de la 2e à l’arrivée de la finale du 400m (en l’occurrence 2"48 plus vite que lors de son précédent record du monde du 800m), il y a de quoi être démotivé.

Les temps de passages sont restés stratosphériques, -2"84 après 500m, encore -2"59 à 700, et là, elle a mis les jambes pour finir en 8’07"39, ce qui correspond au 7e temps masculin des Championnats de France 2015…

Dans l’autre course, Lauren Boyle a un peu pris le large dans la première moitié de la course, elle est restée 2e du début à la fin et a préservé de justesse sa médaille d’argent en battant le record d’Océanie (8’17"65), elle a bien souffert lors des dernières longueurs. Ça fait quand même un éclat de 10 secondes alors que les 2 suivantes ont fini à 5 dixièmes et à 0"76 de la Néo-Zélandaise. Jazmin Carlin, Jessica Ashwood et Lotte Friis ont longtemps bataillé pour la 3e place en nageant sur la même ligne. La Danoise a craque dans les 100 derniers mètres, c’était bouillant pour le bronze, mais tout le monde s’en foutait, ne regardant que Ledecky.

Et pour finir, le 4x100m NL mixte. La France a loupé la finale de peu avec une équipe B’. Certains ont mis les meilleurs possibles, d’autres ont fait tourner. Par exemple Sarah Sjöström a passé son tour. Ce titre a une valeur toute relative quand on sait que l’Australie n’a pas aligné d’équipe alors qu’avec McEvoy et les sœurs Campbell, c’était du tout cuit.

Les Américains ont mis du très lourd : Missy Franklin pour finir après Ryan Lochte et Nathan Adrian, et Simone Manuel (qualifiée pour la finale du 50m NL après une 6e place en finale du 100m NL) pour compléter le quatuor.

Les Pays-Bas, la Russie et l’Italie étaient aussi de sérieux candidats au podium pour cette première lors de ChM en grand bassin. Pour sa 3e course de la session, Morozov a voulu prendre le départ, il est parti extrêmement vite, sans doute pour montrer qu’il aurait pu gagner le 100m NL s’il n’avait été disqualifié… mais il a été battu par Santo Condorelli (48"19, le même temps que lors de la finale de l'épreuve individuelle). Mais le Russe a beaucoup trop nagé cette semaine.

La Russie était en tête après les relais masculins, il y avait baston avec les Etats-Unis, qui ont mal nagé (à cause des 48"76 de Lochte, car 47"29 lancé pour Adrian, c’est du très bon). Manuel a nagé près de la ligne et a aidé Veronika Popova, encore 1 centième devant au dernier passage de relais.

4e après 100m, 6e après 200m et de nouveau 4e après le gros relais de Kromowidjojo, les Pays-Bas de Femke Heemskerk ont pris le large car la 5e du 100m individuel est partie comme une folle, éclatant tout le monde avant… de craquer en fin de course. Du classique. Franklin a essayé de tenir avant de tirer les marrons du feu à la fin pour doubler la Néerlandaise, et s’offrir ainsi un 11e titre mondial personnel, le 17e pour Lochte, avec un petit record du monde à relativiser (3’23"05).

Les Pays-Bas, qui avaient les 2 filles les plus rapides sans contestation possible (52"48 et 52"79, seules filles en moins de 53"31), a raté l’or pour 5 centièmes (3’23"05, record d’Europe), uniquement parce qu’Heemskerk n’arrive pas à gérer son effort quand l’enjeu est important. Elle est partie trop vite car elle voulait rattraper le retard, mais du coup elle n’avait plus de jus pour finir. Si elle savait résister à la pression, son palmarès serait autrement plus clinquant.

Le Canada était toujours là depuis le début, on ne s’attendait pas à ce qu’il tienne, il a tenu… et a grillé la Russie pour la médaille de bronze avec Chantal Van Landeghem et Sandrine Mainville pour terminer (3’23"59). La meilleure équipe de France possible aurait joué la médaille. La Russie de Morozov, toujours noyé dans sa spirale de la loose, a pris la 4e place (3’24"21). Le pays hôte a cartonné en natation synchronisée, a décroché quelques médailles en plongeon, mais en natation course, c’est laid, ça se termine souvent au pied du podium en ayant la capacité de faire mieux.

Les compétitions se terminent demain, il est fort probable que l’équipe de France remporte une 4e titre grâce à Lacourt, elle défendra son titre sur 4x100m 4 nages sans se faire d’illusion, l’Australie et les Etats-Unis sont plus forts. Une Marseillaise, un second podium et la présence de Lara Grangeon en finale nous permettraient de finir ces Mondiaux en beauté avant de tourner la tête en direction de Rio.



Les vidéos sont aussi sur Vimeo : 50m papillon F (finale), 50m libre H (finale), 200m dos F (finale), 50m brasse F (demi-finales), 100m papillon H (finale), 50m libre F (demi-finales), 50m dos H (demi-finales), 800m libre F (finale), 4x100m libre mixte (finale).

Note

[1] Rapporté à la durée de la course, l’écart est sensiblement identique.