Avec le nouveau format, chaque groupe comprend 6 équipes (chacun avec le pays organisateur et un autre choisi pour des raisons de remplissage de la salle, à savoir la Slovénie voisine pour la Croatie, la Lituanie voisine pour la Lettonie, la Turquie pour l’Allemagne en raison des liens entre les 2 pays, la Finlande pour nous car elle draine beaucoup de supporters fidèles, comme on a pu le voir l’an dernier lors de la Coupe du monde en Espagne), les 4 premiers se qualifient directement pour les huitièmes de finale. Les 2 finalistes obtiendront leur billet direct pour les JO, les 4 suivants devront passer par le tournoi de qualification. Il faut donc impérativement remporter son huitième.

Si tout va bien, dans 2 semaines, les Bleus triompheront une nouvelle fois devant 27000 spectateurs en liesse et plusieurs millions de téléspectateurs. La route sera toutefois difficile. Elle a commencé depuis déjà un long moment. Tout se passait bien, les tuiles sont arrivées tardivement.

En effet, après avoir voyagé un peu partout dans l’Hexagone (avec 2 sorties à l’étranger) et disputé 8 de ses 10 matchs de préparation, l’équipe de France a dû faire face au forfait d’Alexis Ajinça. On ne le sentait pas très à l’aise dans son rôle, pas très efficace, déficient en défense. Le prétexte d’une douleur au tendon d’Achille qu’il trainait depuis le début des stages a servi à sa franchise NBA – ou au joueur lui-même en se cachant derrière la volonté des New Orleans Pelicans – pour lui faire quitter les Bleus. Mam Jaiteh, longtemps resté avec l’équipe pour servir de complément à l’entraînement tout en emmagasinant de l’expérience, a alors logiquement été rappelé. Lors de chacune de ses apparitions on l’a vu très performant en très peu de temps, il ne réclame rien, c’était l’homme idéal. Et à vrai dire, on a senti que le départ d’Ajinça était un mal pour un bien dans le sens où le rôle de Joffrey Lauvergne s’en est trouvé renforcé. Avoir plus de responsabilités lui a permis de se libérer et de retrouver son meilleur niveau.

Après 2 dernières victoires contre l’Allemagne (une bran-bran historique à Strasbourg avec un 31-0 en première période, puis une au terme d’un match beaucoup plus disputé à l’extérieur sur un parquet glissant car posé sur une patinoire), les Bleus sont arrivés dans la région de Montpellier dans l’attente du début de la compétition.

Et là, la poisse. A J-3, Antoine Diot s’est blessé à une cuisse. Pas d’EuroBasket pour le meneur remplaçant de l’équipe. Enorme tuile. Il s’agissait du seul autre vrai meneur du groupe derrière Tony Parker, son rôle était très important, notamment en raison de sa défense, de sa connaissance du basket voulu par Vincent Collet (pour qui il a joué à ses débuts au Mans, puis pendant plusieurs saisons à Strasbourg et bien sûr chez les Bleus), de sa connexion avec Nicolas Batum et d’autres joueurs de l’équipe, de sa capacité à prendre des tirs difficiles dans des situations difficiles et à shooter de loin. Entre autre qualités (il est aussi important humainement au sein du groupe). Un sale coup… Aussi pour le moral de tout le monde. Il fallait tout de suite mettre de côté la déception et trouver une solution.

Thomas Heurtel a été rappelé après avoir été coupé en cours de préparation car dans ce rôle de remplaçant appelé à peu jouer il était à la rue. On l’a en effet vu très mauvais cet été. Toutefois, sachant qu’il allait devenir 2e meneur avec un rôle renforcé en l’absence de Diot, on pouvait espérer le retrouver à son vrai niveau. Seulement, problèmes arrivant par grappes, l’Anadolu Efes (anciennement Efes Pilsen) s’est opposé à son retour en équipe de France. Le club d’Heurtel a prétexté une blessure qui semble imaginaire pour mettre son veto quelques heures avant l’enregistrement de la liste définitive auprès de la FIBA Europe. Le staff tricolore ne pouvait effectuer une contre-expertise médicale à temps, il a fallu faire autrement. Leo Westermann (5 sélections avant l’EuroBasket 2013) a été rappelé in extremis. Il s’agit d’un vrai meneur qui connaît bien les joueurs de sa génération (surtout Evan Fournier et Joffrey Lauvergne), qui a une bonne capacité à s’intégrer et qui a déjà intégré les principes de base de Vincent Collet. Toutefois, il devrait être en bout de banc, on le verra sans doute très peu, sauf en cas de gros carton permettant de faire reposer les cadres… ou de catastrophe que je ne veux même pas imaginer.

  • France-Finlande, 97-87 (après prolongation).

L’EuroBasket a donc débuté samedi soir devant un public très chaud composé pour un bon tiers de supporters adverses. La France rencontrait à l’équipe de Finlande … chez qui elle a perdu au tout début de la prépa, mais c’était sans Boris Diaw ni Nicolas Batum, partis jouer un match organisé par la NBA en Afrique du Sud, et sans Nando de Colo, alors blessé. Les Finlandais avaient réussi un 8/8 à 3 points au cours du premier QT, la France n’avait jamais pu s’en remettre. Autre lieu, autres circonstances, autres joueurs, autre scénario… mais presque même résultat.

A vrai dire, pendant environ 34 minutes, ça se passait très bien, même si après avoir creusé l’écart les Bleus – qui jouaient en blanc – avaient tendance à un peu se relâcher et à laisser revenir. De Colo a été l’auteur un super début de match, comme Batum, excellent en première période, mais en face, Jamar Wilson était en feu. Le naturalisé[1] de cette équipe scandinave a fait beaucoup de mal en fin de premier QT (11 points en 3’) avant de se voir offrir le traitement spécial relous par Charles Kahudi et Nico Batum, autrement dit par "l’Homme" et par "Batman", ce qui l’a calmé un moment (il a remis 2 paniers en première période, soit 15 unités à son compteur personnel, et a fini le match avec 21 en 19 minutes). La Finlande a marqué 22 points dans le premier QT, ce qui est beaucoup trop, 15 dans le suivant, un nombre nettement plus acceptable.

Bref, à la mi-temps, la France menait 45-37 avec 12 points d’un très bon Batum et 10 d’un De Colo dont la ligne de stats était déjà bien garnie.

Le yoyo a débuté. La Finlande est revenue à 3 unités (48-45), la France a repris le large (56-45 puis 63-47), mais Batum est sorti après sa 3e faute, ce qui a permis un début de nouveau retour au score de Sasu Salin et de sa clique (65-57). TP a répondu par son seul tir primé réussi du soir (1/6 à la fin du match), il en était alors à 15pts, Erik Murphy en a collé un à son tour avant la fin du 3e QT (68-60).

Les Bleus maîtrisaient la situation, ils ont cru avoir plié l’affaire en début de dernier QT en repassant à +14 (74-60) avec une défense de nouveau au top à l’image d’un contre assez démentiel de Rudy Gobert (on en a vu plusieurs au cours de la rencontre, Kahudi en a notamment infligé un très gros sur Wilson). Pourtant, suite à un temps mort pris par Vincent Collet, Petteri Koponen a réveillé les siens. Il restait environ 6 minutes, 6 minutes assez improbables. Pertes de balles, tirs forcés, fautes évidentes oubliées, plus rien n’allait, sauf pour la Finlande, assez adroite de loin et quasiment jamais sanctionnée par les arbitres malgré une défense très agressive et la recherche de faute par les Bleus, notamment TP, traité par les officiels comme un rookie de la sélection islandaise face à la Serbie ou l’Espagne. Il est vrai que TP a trop eu tendance à attaquer au lieu de faire tourner le ballon, il a trop voulu prendre ses responsabilités, presque au point de bouffer la feuille. Après un 12-0, la Finlande avait recollé à -2 (74-72), TP a répondu (76-72), le public poussait mais les arbitres restaient complètement imperméables à ses clameurs. Bien au contraire, ils continuaient à laisser faire. Revenue à 76-76, la Finlande a manqué des opportunités de prendre la tête, puis a encaissé un panier de Diaw en contre-attaque au terme d’un 2 contre 1 parfaitement joué avec son meilleur ami. Un stop aurait pu tuer le suspense, malheureusement Koponen a égalisé. Il restait 47 secondes.

Faisant preuve d’un sang-froid impressionnant et profitant d’un système parfaitement exécuté, "le Moniteur" (De Colo) a donné 3pts d’avance aux siens d’un tir dans le corner. Encore 26"6 à jouer. Le coach finlandais a alors pris un temps mort, il a atteint son objectif car son équipe a réussi à décaler Salin pour égaliser à son tour d’un tir primé dans le coin. Il y a eu mésentente défensive entre Lauvergne et Parker, le tireur s’est retrouvé dans un fauteuil.

Néanmoins, les Bleus avaient la dernière possession (16 secondes environ), la Finlande n’avait été sanctionnée que de 2 fautes dans ce QT, on s’attendait à la voir défendre très agressivement et commettre les fautes qu’elle pouvait effectuer sans envoyer de Français sur la ligne des LF. A la place, les Scandinaves ont laissé Tony Parker se retrouver en isolation. Aucune passe, aucune course, aucun écran… Rien. On a laissé TP aller au casse-pipe. Il a raté son tir. 81-81, prolongation.

Débuter une compétition internationale par une prolongation n’est pas idéal, surtout avec 5 matchs à jouer en 6 jours. Voyons le bon côté des choses. A vrai dire, c’est positif à 4 titres :
-d’une part les Bleus avaient probablement besoin d’être confrontés à une véritable adversité pour débuter, ça leur aura sans doute évité de s’endormir avant la phase finale en gagnant trop facilement, ce qu’on craignait compte tenu du niveau assez faible de cette poule ;
-la prolongation a été super bien maîtrisée par des cadres au taquet, que ce soit De Colo (un and one pour débuter), Batum (avec des rebonds et une super interception), Diaw (auteur entre autres d’une belle bâche) et Parker (qui a fini avec 23pts) ;
-à l’EuroBasket 2011, aux JO 2012, à l’EuroBasket 2013 et au Mondial 2014, la France a perdu son premier match… il y a donc du progrès ;
-pour les spectateurs, c’est tellement mieux quand il y a vraiment match ! Une bonne bran-bran, ça peut être sympa, mais rien ne vaut l’émotion générée par le suspense.

Le principal point positif est vraiment cette grande maîtrise en prolongation. Il n’y a pas eu photo. Mettre un 16-6 en 5 minutes à ce moment après avoir pris l’eau juste avant montre que quand ils s’y filent, les Bleus sont au-dessus.

A vrai dire, hormis les quelques minutes ratées qui ont permis à la Finlande de revenir dans la partie avec la complicité amicale des arbitres, ce match mérite plutôt d’être considérée comme réussi, sauf en défense – surtout sur le plan purement comptable, on devrait toujours être sous les 70pts encaissés, même contre ce genre d’équipe qui jouent tout pour l’attaque, il sera difficile de gagner beau de match en prenant 81pts en 40 minutes – où l’agressivité a manqué par moments. 9 Finlandais ont tiré à 3pts pour un total de 8/28. La défense française n’était donc globalement pas si catastrophique face à une équipe qui, j’en suis convaincu, se qualifiera sans souci pour le tour suivant… On peut regretter quelques oublis, incompréhensions, ou manques d’agressivité ponctuels. TP a aussi eu du mal à batailler pour franchir les écrans. De mon point de vue l’absence de Diot n’est pas innocente, sa défense a beaucoup manqué dans la 2nd unit.

Quand on regarde la feuille de match, on remarque les 17 pertes de balle (à 10). 3 à 5 sont en réalité des fautes assez évidentes non sifflées. 9 Finlandais ont tiré à 3pts pour un total de 8/28. La défense française n’était donc globalement pas si catastrophique face à une équipe qui, j’en suis convaincu, se qualifiera sans souci pour le tour suivant… On peut regretter quelques oublis, incompréhensions, ou manques d’agressivité ponctuels. TP a aussi eu du mal à batailler pour franchir les écrans. 13 rebonds offensifs pour les Bleus, c’est bien, contre eux, c’est nettement trop, mais Gobert a joué moins de 20 minutes en raison du profit très fuyant des intérieurs adverses. Pour le reste, c’est plutôt positif : la réussite à 2 points est très bonne (32/48), celles aux LF est satisfaisante (18/23), celle à 3 points ne l’est pas (5/20), seulement avec Batum à 0/5 (mais 6/7 à 2pts, 16pts au total) et Parker à 1/6, ça fausse la performance d’ensemble. 2/3 de Fournier et 2/5 pour De Colo, c’est beaucoup mieux. Clairement, TP a eu tendance à trop forcer par moments, néanmoins 9/21 pour 23pts, 3TO, 3 passes, ça passe. Surtout entouré de plusieurs joueurs très complémentaires, en particulier De Colo (16pts, 7rbds, 6 passes), élu dans le meilleur 5 de la première journée des poules.

A l’intérieur Gobert a été bon (11pts à 4/4 en mettant plusieurs fois le couvercle, 5 rebonds, 2 contres mais à mon avis ils en ont oublié), Lauvergne aussi (13pts à 5/7, 7 rebonds), Diaw s’est contenté de mettre le nez à la fenêtre quand l’équipe en avait besoin. A l’extérieur j’ai aimé l’apport de Fournier et de Kahudi en sortie de banc. France-Finlande__EuroBasket_2015__J1.jpg

Malgré la difficulté dans laquelle s’est mise l’équipe de France, cette victoire ne m’inspire que du positif. Certes, gagner à l’arrache puise de l’énergie, mais j’ai regardé Espagne-Serbie à 18h, et croyez-moi, même sans prolongation ils ont grillé encore plus de cartouches que les Bleus. Ce match était une véritable guerre. Les rescapés de ce groupe de la vie très difficile – qui croisera avec celui de la France dès les huitièmes de finales – y auront laissé énormément de jus.

Dès dimanche soir, c’est au tour de la Bosnie-Herzégovine.

Note

[1] Marié depuis longtemps à une Finlandaise, ce n’est pas un simple échange passeport de l’UE contre coup de main à la sélection.