• Bosnie-Herzégovine - France, 54-81.

Lors de cet EuroBasket, la Bosnie ne peut pas compter sur ses 3 meilleurs joueurs (en particulier Mirza Teletovic), qui habituellement assurent une large majorité du scoring. S’agissant en plus de leur 2e match en 2 jours (après une courte défaite contre la Pologne), les visiteurs – qui officiellement recevaient (^^) – n’allaient certainement pas pouvoir résister bien longtemps. Surtout que les Bleus ont très clairement affiché leur intention de ne plus reproduire les erreurs commises contre la Finlande (qui a perdu son 2e match, fatigue oblige). Actuellement, le meilleur élément de cette équipe bosnienne est peut-être son coach, Dusko Ivanovic. Il n’est pas sur le parquet.

La France a tout de suite cherché à mettre le feu, même si le public n’avait pas besoin de ça puisqu’il avait déjà lancé une ola avant le début de la rencontre. Dès la première possession, Tony Parker a envoyé Nicolas Batum au alley-oop… manqué inexplicablement alors que le timing était bon, la passe réussie, il suffisait de dunker à 2 mains.

Pas grave, dès la première séquence défensive Rudy Gobert a mis les choses au clair avec un contre et plus globalement un gros début de match. La Bosnie a des intérieurs qui jouent beaucoup plus dos au panier, rien à voir avec ceux de la Finlande qui s’écartent pour tirer de loin. Se heurter d’entrée à une telle arme de dissuasion massive a dû faire mal à la tête de ces pauvres victimes du soir rapidement dans le dur. Après moins de 6’ ils étaient déjà dans la pénalité, les Bleus n’ayant quant à eux toujours aucune faute d’équipe. La domination aurait pu être nettement concrétisée au score sans quelques mauvais tirs de Batum et de petits oublis défensifs (le reste de la défense étant quand même très bon).

Collet a tout de même pu débuter les rotations assez rapidement. Joffrey Lauvergne a été le premier à commettre une faute, et même 2 en moins d’une minute, néanmoins il est resté sur le terrain. L’équipe de France était encore loin d’avoir atteint la perfection, elle laissait trop de positions libres à 3 points et ne prenait pas assez le temps de construire en attaque. Sur les 9 tirs primés tentés, 3 ont fait mouche, les 2 dernières ayant permis aux Bosniens de virer à seulement 2 points des Bleus après 10 minutes de combats (17-15).

Les titulaires et les premières rotations n’ont pas pris le large, le 5 utilisé en début de 2e QT a fait un bien meilleur travail. Collet a tiré profit de l’entente naturelle entre Léo Westermann, Evan Fournier et Joffrey Lauvergne, à qui il a d’abord adjoint Flo Piétrus et Michaël Gélabale puis Charles Kahudi avant le retour de Rudy Gobert. Ce mélange de très jeunes et d’anciens a fait très mal à la Bosnie, d’abord grâce à une défense devenue particulièrement étouffante, mais grâce à la connexion naturelle entre le trio de potes qui ont parfait leur entente dans les équipes de jeunes lors plusieurs campagnes européennes. Ils ont réussi à faire circuler le ballon pour trouver des tirs ouverts qui ont fait ficelle, notamment par Westermann, pourtant pas attendu comme un grand shooteur extérieur.

Si les Bosniens ont failli recoller au score au tout début du QT (16-17 avec un LF manqué), ils ont ensuite commencé à prendre un début de bouillon, l’écart est assez rapidement monté à +13 malgré la sortie de Fournier après sa 3e faute (il était trop agressif en défense, on ne peut lui reprocher). Au passage, il y a eu un 9-0 et même un 12-2 avec uniquement des points de ce trio de la génération 91-92 (dont fait aussi parti Gobert, auteur d’un nouveau contre impressionnant). Kahudi a aussi été un des hommes fort de ce très bon 2e QT du banc. Il me fait penser à Matuidi : il y a quelques saisons, personne n’aurait pu imaginer qu’il puisse autant progresser et atteindre un jour ce niveau. Défensivement, il a toujours été très fort, mais son atout principal était son physique de cyborg. Désormais, il a en plus un shoot extérieur fiable, est capable de se sortir de situations compliquées en fin de possession, il est bien meilleur dans la lecture du jeu, la constance… Surtout, alors qu’il y a encore 2 ou 3 ans lui filer la gonfle en attaque était presque suicidaire car que drive de Kahudi était synonyme de perte de balle, les ¾ du temps il faisait n’importe quoi. Désormais, il est beaucoup plus adroit, il sait faire des passes, y compris des difficiles, on n’est plus obligé de jouer à 4 en attaque de peur de le voir tenter un truc improbable complètement manqué. La passe volleyée pour un dunk de Piétrus en est l’illustration parfaite. Il a enchaîné avec une interception et un panier en contre plus en adéquation avec son registre de toujours.

Le retour des titulaires (sauf TP) n’a pas fait de bien, notamment en raison de la maladresse de Nico Batum, incapable d’inscrire le moindre panier. Toutefois, on a encore eu droit à quelques jolis highlights. Je vous conseille le dunk 180° de Rudy Gobert en profitant d’une super passe de Boris Diaw. Le dernier panier de Kahudi a porté le score à 37-26 à la mi-temps.

Le banc a été excellent, les titulaires nettement moins, il aurait dû y avoir plus de 11 points d’écart, la Bosnie aurait pu être plus proche en se montrant plus adroite aux LF (5/9). Pas très bon en première période, TP – qui a seulement joué le 1er QT – et Batum devaient se reprendre. Ils l’ont fait lors d’un 3e QT de rêve. Collectivement, on aurait difficilement pu rêver mieux, même si le nouveau joueur de Charlotte a encore manqué un tir, ce qui lui faisait 0/7 (officiellement 0/6 car un de ses loupés a été compté comme un TO pour 3 secondes dans la raquette).

Ce match de basket s’est transformé en orgie de passes et de paniers faciles combinés avec une défense omniprésente. S’il en avait eu le pouvoir, Ivanovic aurait probablement jeté des serviettes sur le terrain pour mettre fin au massacre. Tel un boxeur amateur affrontant un champion du monde décidé à en finir, l’équipe bosnienne était KO debout, elle ne parvenait ni à défendre, ni à attaquer, encaissait les points sans réagir. Les Bleus jouaient vraiment un super basket, Nico Batum a enfin mis dedans, Nando De Colo a plusieurs fois de suite été trouvé à la conclusion des actions, la défense permettait d’enchaîner du jeu rapide, le tout en enflammant le public par des actions spectaculaires, je pense notamment à un nouveau contre de Gobert, à un super alley-oop de "Batman" servi par le patron… réussi cette fois, ou encore un spin-move supersonique de TP.

Je sais bien que parler de boucherie ou de massacre quand il s’agit de la Bosnie peut sembler déplacé compte tenu du passé par encore très ancien de ce pays, pourtant il s’agissait bien de ça. 21-0 en moins de 6’ pour faire 62-30… ça pique ! Les pauvres, ils enchaînaient les jets de saucisson et les pertes de balles provoquées quand le ballon était en leur possession, ils ne savaient plus où donner de la tête quand il était dans les mains françaises.

A une grosse minutes de la fin du QT, Tony Parker a marqué son 11e point du jour, devenant co-meilleur marqueur de l’histoire de l’EuroBasket à égalité avec Nikos Galis, ancienne gloire grecque des années 80. On s’attendait à le voir battre le record avant de sortir, mais il a fait des passes au lieu de tirer. Comme prévu, il est sorti définitivement à la fin du QT après avoir joué pile 20’. Avec un score aussi large (67-36, soit 30-10 dans ce QT), il était temps de remettre les remplaçants pour économiser les cadres. Le record attendra donc demain contre la Pologne.

Le dernier QT étant uniquement du garbage time, on ne pouvait s’attendre à vraiment se régaler. C’était en effet beaucoup moins bien, en début de QT on a assisté à trop de drives non pertinents alors que la circulation du ballon était la clé jusqu’ici, d’où un temps mort au cours duquel Lauvergne s’est fait afficher par Collet parce qu’il n’écoutait pas les consignes.

A vrai dire, si le dernier QT n’a pas été bon, c’est aussi parce que tout le monde voulait faire marquer Mam Jaiteh, qui a eu droit à 7 grosses minutes en fin de match après avoir fini le 2e QT. On lui a balancé des ballons impossibles à attraper ou à exploiter, les arbitres n’étaient pas enclins à siffler les fautes dans la mesure où on approchait de la fin et où le match était plié. D’où une bouillie de basket. Néanmoins, le public a chanté la Marseillaise à 4’ de la fin. C’est essentiellement ce qu’on retiendra de ces ultimes minutes brouillonnes marquées tout de même par un bon gros dunk de Lauvergne. La précipitation et le baisse de concentration du dernier QT – la France a perdu 6 ballons, autant que sur l’ensemble des 3 premiers QT – n’a pas grande importance.

Les stats individuelles on peut d’intérêt sur un match comme celui-ci, on peut remarquer les 6 passes décisives de Diaw, les 7 rebonds de De Colo, ou encore les 3 contres crédités à Gobert, ou encore la répartition des points (11 scoreurs différents dont 5 entre 9 et 12 unités), mais la stat la plus importante est dans la colonne temps de jeu : à part Nando (20’32), personne n’a joué plus de 20’. C’était l’objectif. Ceci dit, la Bosnie aussi a beaucoup fait tourner sachant que de toute façon le match était perdu et que la qualification n’allait pas se jouer sur ce match. En conséquence, les enseignements à tirer de cette rencontre ne sont pas complètement significatifs, ils demandent confirmation. France-Finlande__EuroBasket_2015__J1.jpg

Outre la défense, le point le plus positif est certainement l’efficacité de Westermann, mis en confiance par son premier tir réussi, un 3pts. Il en a tenté 5 autres pour finir à 3/6 en 17’ et a bien défendu. Aurait-on trouvé un remplaçant digne d’Antoine Diot, le grand absent ?

Quand on pense que Westermann, Fournier, Gobert, Lauvergne et Jaiteh ont tous entre 20 et 23 ans… L’avenir est plein de promesses pour cette équipe de France ! Mais à vrai dire, l’avenir c’est dès demain face à la Pologne.