A l’heure du match, seul le résultat de la Lituanie contre la République Tchèque dans le groupe basé à Riga pouvait réellement changer la donne (pour les quarts), on connaissait le classement définitif de tous les groupes. Dans celui qui nous intéressait en priorité, le B, avec lequel celui des Bleus va croiser au prochain tour, la Serbie a dominé de la tête et des épaules en remportant ses 5 matchs. La dernière journée a été décisive pour déterminer qui allait prendre les 3 autres places.

Malgré une énorme boulette de Pau Ribas contre l’Allemagne (une faute à 3pts en menant de 3pts sur la dernière possession), l’Espagne s’en est sortie. Productif mais encore une fois auteur d’erreurs idiotes par manque d’expérience, Dennis Schröder a manqué le 3e LF, gâchant l’opportunité inespérée d’arracher une prolongation après avoir pris pas mal de retard au score quelques minutes auparavant (Dirk Nowitzki n’a pas réussi un super match, à l’image des précédents, il n’a pas pu concurrencer Tony Parker pour le record du nombre de points marqués dans l’histoire de la compétition). L’Espagne a gagné 77-76, elle aurait été éliminée en perdant, elle a pris la 2e place en gagnant. Pour tout vous dire, j’encourageais les Allemands devant mon écran car en gagnant ils auraient aussi empêché l’Espagne d’aller aux JO. Cette année la Roja est très affaiblie, elle devrait récupérer du monde pour Rio (si elle se qualifie, ce n’est pas encore fait), il s’agira alors d’un concurrent beaucoup plus dangereux qu’actuellement. En principe, elle peut de rencontrer la France en demi-finale, mais très sincèrement, compte tenu de son faible niveau défensif et de sa Pau Gasol-dépendance démesurée, j’en doute, je vois la Grèce la taper en quart.

Pour être juste, la dernière rencontre entre la Turquie et l’Islande avait un enjeu… mais seulement pour l’Espagne, l’Italie et leurs futurs adversaires en 8e de finale, à savoir la Pologne et Israël. En effet, si la Turquie restait 4e peu importe le résultat, en cas de défaite il n’y aurait pas eu 3 équipes présentant le même bilan (3-2), l’Italie serait donc passée devant l’Espagne grâce à sa victoire dans la confrontation individuelle. Dans le mini-championnat à 3, la large victoire espagnole sur la Turquie a fait la différence. Ce résultat a donc propulsé l’Espagne en 2e position, l’Italie est 3e, la Turquie 4e. Ça s’est joué à rien ! L’Islande a égalisé à 3pts au buzzer… pour s’incliner en prolongation.

A vrai dire, pour la France, rencontrer l’Italie ou la Turquie a peu d’importance, le style est différent, le seul point commun est la nullité de la défense. Le réel enjeu concernait à la fois le calendrier et le tableau. Termine à la première place du groupe signifiait jouer samedi soir, puis mardi, jeudi et dimanche[1] ce qui facilite la récupération et l’observation des adversaires. Surtout, ça permet d’éviter la Serbie avant la finale. La Serbie est clairement le monstre à éviter.

  • Israël-France, 61-86.

Compte tenu des circonstances et de u choix du coach israélien, cette rencontre est donc devenue une sorte de super-entraînement décisif. Il fallait cette fois pour de bon se mettre en configuration de match à élimination directe. Les Bleus ont tout de suite mis une grosse intensité en défense, ils ont fait preuve d’énormément de sérieux. Hormis un oubli qui a permis à Ravid Limonad de marquer à 3pts en tête de raquette, c’était presque parfait. On a notamment vu un Nicolas Batum omniprésent, y compris offensivement. L’attaque s’est mise au diapason de la défense pour passer un 12-0 aux Israéliens. D’or Fischer a mis fin à cette série grâce à un LF. Le pivot naturalisé s’est ensuite payé Boris Diaw en lui collant une belle bâche mais Batman a vengé son capitaine en réussissant un chase-down block de mutant sur la contre-attaque. Il en faisait énormément des comme ça lors de ses premières saisons en NBA, beaucoup moins depuis.

Batum est resté sur le terrain quand Vincent Collet a effectué les premières rotations, il était beaucoup trop chaud pour aller s’assoir sur le banc ! Il a fini ce QT avec 2 interceptions (plus des déviations de passes) et 1 contre en plus de ses 6pts, 2 rebonds et 1 passe. Ce 1er QT remporté 22-10 était une opération caviars, les Bleus en ont distribué 7 sur 9 paniers, beaucoup pour des finitions près du cercle.

Si la défense est restée excellente et si le ballon a continué à bien circuler, l’adresse était ensuite en berne. Dans les 2 camps. Charles Kahudi a mis un des rares tirs à 3 points de l’équipe de France avant l’entrée en jeu d’Evan Fournier, qui avait besoin de se relancer. Peut-être même sa présence pouvait-elle aider Léo Westermann à s’affirmer. Il y avait déjà +17 (31-14), ils avaient donc tout à gagner et rien à perdre.

La promenade de santé a repris son cours après un temps mort avec toujours un très bon Joffrey Lauvergne. Le duo Westermann-Fournier a eu beaucoup moins de réussite. Qui plus est Fournier n’a vraiment pas été aidé par l’arbitrage. Heureusement, alors que l’écart était redescendu à +11 (35-24), il a enfin trouvé la mire de loin. Ce panier primé ne pouvait lui faire que du bien, même si dans la foulée les Israéliens en ont mis un et s’il a ensuite vu son tear drop au buzzer a rebondi sur le cercle sans vouloir tomber dedans.

Les Bleus ont perdu le 2e QT d’1 point (17-16), ce qui faisait tout de même une belle avance (38-27). Les 2 pivots cumulaient déjà 14pts et 9 rebonds à eux deux, la domination française était totale.

Le 5 majeur classique a débuté la 2nde période, il y a eu plus de flottement avec des pertes de balles assez idiotes et moins de rigueur défensive, ce qui a permis à Israël de passer de -13 à -7 (45-38). Les Bleus se laissaient faire et manquaient des paniers immanquables. Il a fallu appeler un temps mort pour réveiller l’équipe, revenue beaucoup trop en dilettante. Un bon gros dunk de Rudy Gobert juste après le temps mort aurait dû rallumer le moteur, seulement le géant français s’est encore fait secouer par son homologue, Boris Rothbart (connue en tant que Robert Rothbart quand il a débuté sa carrière professionnel au Paris Basket Racing), plus grand que lui… et pas utilisé depuis le début de l’Euro.

L’avance a encore fondu (-5), la défense de zone était efficace, heureusement que Gobert était là pour jouer les nettoyeurs. Vincent Collet n’a pas attendu très longtemps pour faire tourner, il a remis la doublette Lauvergne-Gobert très efficace en fin de match contre la Russie, mais aussi Fournier, auteur d’un autre panier primé pour redonner 10 points d’avance aux Bleus (52-42).

Dès lors, ils ont déroulé. Gobert a continué son chantier avec un and one puis un énième gros dunk, il en était déjà à 15 points avant la fin du 3e QT. Lauvergne n’a pas voulu être en reste, il s’est aussi rapproché d’un double-double. Avant de sortir, Gobert a provoqué un retour en zone. Avant de sortir, TP aurait aussi aimé se signaler… en marquant au moins un point. Il n’y arrivait pas, c’est même Flo Piétrus qui en a profité pour s’offrir à son tour un panier plus la faute.

Les Bleus étaient dans la gestion. 62-48 à la fin du QT, c’était plutôt propre finalement.

Shawn Dawson a fait quelques dégâts en début de dernier QT (même si la 4e faute sifflée contre Nando De Colo était plutôt une faute offensive), Westermann a alors fait son retour, histoire de servir Fournier pour son 3e tir primé du match puis piquer un ballon. Westermann y est à son tour allé de son ogive à longue distance, portant l’écart à +18, record du jour.

Mam Jaiteh est entré à 4’ de la fin. On aurait aimé le faire marquer, mais quand Evan Fournier est chaud et libre dans le corner, il tire et ça rentre, alors pourquoi s’en priver. Ce match lui aura sans doute fait beaucoup de bien. Pour Jaiteh, ce n’était que partie remise, il a pu inscrire ses premiers points en match officiel en récupérant un rebond offensif. Le plus amusant est que côté français seul TP n’a pas marqué !

Westermann a ravi le public avec un joli spin-move puis un 3pts. On a alors atteint les 28pts d’écart pour finir à +25.

Si l’absence d’une opposition au taquet est regrettable, il y a toujours beaucoup de positif à tirer de cette victoire :
-la régalade de nos intérieurs (15pts et 10 rebonds pour Gobert, 14 et 7 pour Lauvergne) qui auront du taf contre la Turquie ;
-la défense de plus en plus convaincante (la meilleure de l’Euro) ;
-le 4/6 de Fournier à 3pts et plus globalement la réussite de l’équipe à longue distance qui se rapproche des standards recherchés (8/20) ;
-la gestion du temps de jeu (le plus gros temps de jeu pour TP, moins de 22’) ;
-les Bleus ont pu travailler tout le match face à une défense de zone ;
-les 22 passes décisives sont au niveau de ce que faisait l’équipe de France en début de tournoi, c’était nettement moins bien lors des 2 derniers matchs.

Soulignons aussi la discrète efficacité de Michaël Gélabale (10pts et 5 rebonds) et de Nando De Colo (5pts, 3 rebonds, 4 passes) en un quart d’heure de jeu seulement (car 4 fautes pour le second). Israel-France__EuroBasket_2015__J5.jpg

Pour la France le tableau prévisionnel est Turquie en 8e, Slovénie (sans Goran Dragic) ou Lettonie en quart, puis Grèce (ou Espagne) en demi-finale et Serbie en finale. Voici l’ensemble du tableau.

France-Turquie
Lettonie-Slovénie

Grèce-Belgique
Espagne-Pologne

Serbie-Finlande
Croatie-République Tchèque

Lituanie-Géorgie
Israël-Italie

Des pseudo-experts qui se plaignent que l'équipe de France n'ait pas défoncé ses 5 adversaires en poule sont les mêmes qui enterraient Bolt avant les 20 derniers mètres de la finale du 100m. On connait la suite…

L'important, c'est d'être à fond en finale, rien ne sert de courir en 9"77 en demie ou de casser des c*ls au premier tour, il faut juste être malin et faire parler l'expérience. Un centième ou 1 point suffit pour gagner. Les Bleus ont remporté les 5 matchs sans jamais s'être réellement mis en danger d'en perdre un, et le temps de jeu a été parfaitement réparti, notre 5 a eu entre 21 et 25 minutes par match, 10 joueurs sont à 12' et plus. D’autres équipes ont déjà puisé dans leurs ressources pour passer les poules.

Maintenant, s'il faut avoir peur de la Turquie parce qu'elle a de la barbaque à l'intérieur... Je n'échangerais pas Babac contre toute cette barbaque ! Le banc est dégueulasse, Erden est un gros bust NBA, Ilyasova est un seulement un bon joueur de complément en temps normal, Osman est très jeune et a joué presque 32'/match en moyenne faute d'alternative, Bobby Dixon est adroit à 3pts mais son sélectionneur est assez bête pour l'avoir fait jouer 39 minutes dans une victoire en prolongation contre l'Islande l'avant-veille du 8e de finale contre la France... alors que ce match n'avait strictement aucun effet sur le classement. On ne va pas se mentir, aucun joueur turc n'aurait sa place en équipe de France !

Est-il nécessaire de préciser que la Turquie a gagné de 2 points contre une Italie qui ne défend pas et de 5 contre une Allemagne qui a trainé tout le match un premier QT calamiteux (31-11 !) ? La Serbie et l'Espagne ont chacun mis une bran-bran à ces Turcs, l'Islande n'a perdu qu'en prolongation. Doit-on avoir peur qui a encaissé en moyenne 92 points/match au 1er tour ?

En imposant tout de suite la pression défensive dont est capable, l’équipe de France devrait rapidement faire la différence. Annihilez Dixon en le poussant à commettre des fautes ou en le faisant séquestrer par Batum ou Kahudi, ces Turcs prendront une raclée. Il n’y a plus qu’à mettre le plan à exécution.

Note

[1] Dans l’hypothèse d’une accession à la finale.