Par rapport à l’équipe battue par la France en quart de finale il y a 2 ans, la Slovénie a beaucoup changé. Goran Dragic est bien sûr l’absent le plus notable, ce n’est pas le seul, tant s’en faut. Du coup Zoran Dragic, son frère, était le seul leader. Auteur de 17pts, il a manqué de soutien, aucun de ses partenaires d’a atteint les 10 unités. En face, Kaspars Berzins (13pts, 6 rebonds, 3 passes, 5 contres) et Janis Strelnieks (17pts, 6 rebonds, 8 passes) ont été beaucoup mieux épaulés, 4 de leurs coéquipiers ont marqué 8pts chacun.

Les difficultés slovènes pour marquer à 2 points (seulement 36%) ont fini par coûter cher. Pendant un long moment, ce duel était donc super serré (20-20 dans le 1er QT, 42-40 à la mi-temps), toutefois la Slovénie n’a plus jamais mené au score après 29-27 en milieu de 2e QT. Elle semblait faire un match de trainard car la plupart du temps elle se maintenait à 2 possession ou moins avec toutefois une pointe à -7 un peu avant la fin de la première période. La Slovénie parvenait toujours à limiter la casse, elle revenait régulièrement à 3, 2, voire 1 point, car les Baltes gâchaient leurs opportunités de prendre le large. Dans cette seconde période cadenassée (13-12 dans le 3e QT, 18-14 dans le dernier), la Lettonie a attendu les 5 dernières minutes pour porter l’estocade grâce à un 8-0 en 75 secondes (3pts de Kristaps Janicenoks, 2 puis 3pts de Berzins, le tout entrecoupé d’une faute offensive slovène et d’un contre du héros du soir). 67-57 à 4 grosses minutes de la fin, c’était cuit.

Le niveau de ces équipes n’est pas très élevé, le match a d’ailleurs été très moyennement intéressant (l’horaire – midi – y est probablement pour quelques chose), et à la place du coach letton je penserais même à faire tourner en quart de finale contre la France pour viser un objectif plus raisonnable que l’exploit du siècle, à savoir éviter la 8e place afin de participer à un TQO. Il s’agirait déjà d’une performance historique car pour se faire, il faudra aux Lettons gagner un dernier match contre… beaucoup plus fort qu’eux (je parie sur les Espagnols), puis une bonne équipe (en principe les Tchèques).

Etonnamment accrocheur, les Belges ont tenu jusqu’à la mi-temps. Pourquoi ? Peut-être les Grecs ont-ils été surpris par l’intensité défensive car ils ont multiplié les erreurs. Malgré énormément de déchet, Stan Van Rossom maintenait son équipe dans le coup grâce à ses 10pts. Après un premier QT très serré conclu sur un score assez faible (16-15), la Grèce a cru faire la différence au début du 2e en réussissant un 7-0 en 2’, pourtant ça recollait sans cesse, en grande partie en raison des pertes de balles. C’était la panique dans les rangs hellènes dès que les Lions s’y filaient en défense : 6 turnovers provoqués dont 2 violations des 24 secondes. Comme en plus l’adresse extérieure n’étaient pas au rendez-vous, le niveau affiché par Vassilis Spanoulis et ses partenaires ne cassaient pas 3 pattes à un canard. Du coup, ils ont débuté la seconde période avec seulement 3 pts d’avance (34-31).

Toutefois, à l’image de la France, la Grèce a un banc très fourni et dispose de qualités physiques bien supérieures à celles de ses adversaires. Dominateurs à l’intérieur ainsi que dans le secteur du rebond grâce notamment à Kostas Koufos (13pts, 9 rbds) et à Giannis Antetokounmpo (10 et 10), ils ont fait la différence dans un 3e QT remporté 23-11. La Belgique a craqué sous la pression défensive et offensive, d’où beaucoup de faute, d’erreurs et de tirs manqués… alors qu’en face, si tout n’était pas parfait, au moins, on ne perdait plus le ballon bêtement (seulement 7 TO à la fin du match). Il y a eu jusqu’à 27pts d’écart suite notamment à 11 points consécutifs de Giannis Bourousis[1] en 3 grosses minutes au cours desquelles il a réussi un conte mais manqué un LF et un 3pts. Il était chaud, contrairement aux Belges, qui ont arrosé… 7/29 à 3pts dont 1/8 de Van Rossom. Seul Pierre-Antoine Gillet s’en est sorti honorablement (14pts à 5/9).

Dernière remarque : les Grecs ont pu faire tourner, ils sont 7 à avoir disputé 20 à 26’ de cette rencontre, ce qui ne laisse rien augurer de bons pour les Espagnols.

Cette équipe d’Espagne, c’est Pau Gasol et les pingouins. Il a été incroyable, contrairement à ses partenaires. Pendant 3 QT la Pologne a tenu le coup, même si l’Espagne a souvent été devant, notamment lors d’un premier QT remporté 25-20 en ayant jusqu’à 7 unités d’avance. Gasol était déjà chaud (10pts dont 2 paniers primés), il était bien épaulé par Sergio Llull (8pts). La Pologne a entamé le 2e QT par un 7-0 pour prendre la tête, il y a alors vraiment eu match, aucune équipe ne prenait le dessus durablement, même si on a bien cru que l’Espagne la faisait lors des dernières minutes avant la mi-temps grâce à une série de 3 possessions conclues par un tir pris derrière l’arc (par Pau Gasol, Nikola Mirotic et Victor Claver), mais c’est encore revenu. Il y avait 41-39 lors du retour aux vestiaires.

Adam Waczynski a pris les choses en main en début de 2nde période pour continuer à faire du coude à coude avec les vice-champions olympiques. Ça allait de moins en moins bien pour les Espagnols, Gasol n’a mis que 4pts dans ce QT avec un 2/4 aux LF, et sans un and one de Mirotic à 3 secondes de la fin, la Pologne aurait viré en tête après ¾ du match. Il y avait 55-55, on sentait la surprise de plus en plus plausible. C’était oublier à quel point les Espagnols – qui restent sur 8 qualifications consécutives dans le dernier carré – sont expérimentés, vicieux et efficaces quand ça compte. Lull a commencé par provoquer 3 fautes contre le même joueur en l’espace de 14 secondes, puis la Pologne a mangé un 7-0 avant d’inscrire son premier point du QT (des LF) après avoir passé environ 4’30 sans marquer (10-0 en tout). En tout, ils n’ont pas mis 1 panier en 9 minutes, seulement 5 LF avant que Gortat ne réussisse enfin un layup. Seulement l’écart était déjà monté à 12pts, Gasol avait déjà plié le match en marquant 4 fois dont 3 nouvelles à 3pts. En tout, il a mis 30 pions à 11/14 (en plus de 7 rebonds et 4 passes). Surtout, il a réussi un improbable 6/7 à 3pts ! J’ai regardé ses stats lors des éditions précédentes, j’ai trouvé un 4/7 lors de la petite finale de 2001, il avait inscrit 31pts et pris 10 rebonds contre l’Allemagne avec un Nowitzki à 43pts et 15 rebonds ! En NBA, son record est de 2.

A part Mirotic (15 et 8) voire Llull (12pts), autour de lui, ce n’est vraiment pas brillant. Par exemple hors Gasol, c’est 5/19 de loin et 14 pertes de balle. Ça a suffi contre une Pologne mangée au rebond (26 à 38) et déficiente au niveau de l’adresse extérieure (5/18). Marcin Gortat n'a pas pesé bien lourd. Contre la Grèce, j’ai du mal à imaginer que ça puisse passer. Surtout si les problèmes physiques persistent : Rudy Fernandez a dû déclarer forfait pour cette rencontre en raison d’un souci au dos, Pau Gasol était incertain, il était même censé ne sur le terrain que par tranches de 5’ entrecoupées de place de repos. Le joueur a écouté ses sensations plutôt que l’avis des médecins, heureusement pour la Roja qui aurait pris le bouillon sans lui et aurait perdu toute chance d’aller à Rio l’été prochain.

A la rue dès le 1er QT, la Croatie a réussi à se rapprocher de la République Tchèque dans le 4e QT pour finalement reprendre un éclat sur la fin. Jan Vesely (20pts, 13 rbds) et ses partenaires ont mis plus d’intensité, ils ont été bons en défense, mais rien à voir avec ce qu’on fait les Bleus contre la Turquie. C’est vraiment la Croatie qui est allée droit dans le mur en multipliant les pertes de balle souvent ridicules, en ratant des tas de tirs (ils ont été mauvais à longue distance depuis le début de la compétition), et en laissant leurs adversaires faire ce qu’ils voulaient. La Croatie a vraiment un énorme potentiel, il lui manque un état d’esprit, la cohésion collective indispensable à ce niveau n’existe pas. D’où une véritable boucherie et une grosse surprise.

La Serbie a été très longtemps gênée par de valeureux finlandais adroits de loin mais surtout qui osaient tout, jusqu’à se forger une petite avance en première période. Ils n’avaient vraiment peur de rien, ne se laissaient pas faire, revenaient à chaque fois qu’un écart se créait en faveur des Serbes. N’ayant personne pour le stopper à l’intérieur, Miroslav Raduljica permettait aux siens de rester en vie (déjà 15pts à la mi-temps, 27 à la fin… à 11/12… en moins de 20’). La différence s’est faite dans le 4e QT grâce à la blessure de Petteri Koponen et le retour de l’adresse serbe. 7 réussites consécutives derrière l’arc à cheval entre le 3e et le 4e QT ont fait la différence. Avant et après cette série, c’était assez catastrophique dans ce domaine (2/13 et 0/3, soit 9/23 au total). La fatigue est aussi un facteur important, le banc serbe est beaucoup plus fourni et solide. Nemanja Bjelica est celui qui a le plus joué, 29 minutes pour 19pts et 14 rebonds, Milos Teodosic a presque eu 28’, il s’est montré assez peu adroit (8pts à 2/7, 4 TO) mais a fait 9 passes décisives. La "dinguerie" est le nombre de passes décisives : 30 !

Les Finlandais ont été très bons dans leur registre, ils ont perdu seulement 8 ballons, malheureusement ils manquaient de répondant à l’intérieur, d’autant que Gerlad Lee a vite pris des fautes. Les 26pts de Salu Salin (4/8 à 3pts) et les 15 de Jamar Wilson (mais à 6/17) n’ont pas suffi à résister jusqu’au bout.

Sans intérêt, il n’y a pas eu de match, les Israéliens avaient préservé 3 joueurs contre la France, pourtant l’énergie en réserve est restée en réserve, sur le terrain on n’a rien vu, ils n’ont pas défendu et n’ont rien foutu en attaque, il n’y avait pas de collectif, seul Gal Mekel s’en est sorti honorablement (20pts, 5 rebonds, 3 passes), Lior Eliyahu dans une moindre mesure (12 pts). L’Italie s’est donc baladée contre des gars totalement absents. Certes, il n’y avait que 4pts d’écart peu avant la fin de la 1ère période, seulement l’Italie a toujours fait la course en tête. Le 3e QT a été une petite boucherie (28-9). Le 11/30 des Azzurri n’est pas fameux, seulement quand vous prenez 10 rebonds de plus (dont 8 offensifs), quand vous perdez 8 ballons de moins, ça vous fait beaucoup plus de possessions. En basket, quand une équipe prend 71 tirs et 17 LF contre à 56 et 11 à son adversaire, en général, elle gagne. Si dans ces 56 tirs il y a beaucoup de briques, en général il s’agit d’une bran-bran.

Le grand bonhomme de l’Italie n’a été ni Marco Belinelli (malgré ses 14pts, 4 paniers à 3pts (4/8), 4rbds et 4 passes), ni Andrea Bargnani (seulement 7pts à 3/7), ni Danilo Gallinari (6pts à 3/10), mais le jeune Alessandro Gentile, auteur de 27pts à 8/12 (plus 9/11 aux LF avec 9 fautes provoquées). Le problème de l’Italie en vue de la suite de la compétition est physique, il y a des blessés, Datome était déjà out, c’est au tour de Bargnani.

Cette affiche était une des moins séduisantes des huitièmes de finale, pourtant elle a accouché du plus beau match.

Zaza Pachulia a pris sa 2e faute au bout d’environ 3’, pourtant il est resté sur le terrain. Grand bien en a pris le coach géorgien (13pts à la mi-temps). C’est vrai, il n’avait pas tellement le choix. Toujours est-il que la Géorgie a pris le dessus grâce notamment à Tornike Shengalia, elle menait assez nettement quand Jaunas Valenciunas a pris sa 3e faute tout en concédant le and one. On n’avait pas encore atteint la moitié du 2e QT. Ça aurait pu être pire car juste après il aurait mérité d’être sanctionné une 4e fois. Ça faisait +9 pour la Géorgie. Heureusement pour les Baltes, Jonas Maciulis et Paulius Jankunas ont porté l’équipe sur leurs épaules (respectivement 14 et 12pts), ils ont ainsi pu finir la première période à seulement une unité (40-39). Ces 2 équipes manquent de banc, elles ont chacune 4 joueurs principaux qui jouent beaucoup.

La Lituanie a débuté la 2nde période par un 7-0 en moins d’une minute, elle a pris un 15-3 en réponse. Malgré un déchet important, on avait un vrai match avec de l’engagement, des stops, des paniers, et généralement moins de 2 possessions d’écart. La Géorgie a plusieurs fois pris 6pts d’avance, la Lituanie trouvait toujours le moyen de limiter la casse, souvent grâce à Maciulis, en feu. Il ne ratait quasiment rien (25pts à 9/10, 5/5 aux LF). Résultat, de nouveau 1 point d’écart à la fin du 3e QT.

Shengalia a bêtement pris sa 5e faute à plus de 7’ de la fin alors que le résultat était plus indécis que jamais. C’est sans doute ce qui a fait la différence au bout du compte, même si la Géorgie a encore un peu tenu avant de prendre un éclat de 10 points. Héroïques, les Géorgiens sont revenus à 1 point, avec un dernier stop ils s’offraient une balle de match, mais Maciulis, décidément monstrueux, a sorti une énorme paire de c*uilles pour planter un gros 3pts en fin de possession et – presque – libérer tout son pays. Maciulis a plié l’affaire aux LF. Sa ligne de stats dit tout de sa prestation monumentale : 34pts à 11/13 à 2pts, 3/4 à 3pts dont un ultra clutch, 6 rebonds, 3 passes, 4 interceptions, 2 contres, 7 fautes provoquées, seulement 2 TO et 2 fautes. On en a oublié Valanciunas avec ses 4 fautes, 3 TO et seulement 5pts en 20’. Jankaunas a fini avec 17/7/7, Kalnietis avec 11/4/7. Le reste de l’équipe n’a pas pesé bien lourd, pourtant les Baltes ont dominé la Géorgie avec 4 joueurs entre 10 et 14pts plus Pachulia à 23 (plus 7 rebonds et 3 passes). Les stats d’équipes sont sensiblement identiques, même nombre de tirs à 2 et 3pts, quasiment autant de rebonds, de TO, de fautes, d’interceptions. La différence principale est le nombre de LF obtenus, la Géorgie a mis ses 17, la Lituanie en a mis 21 sur 27. Les 4pts d’écart sont là.

Voici donc le tableau. Tableau_quarts_de_l_EuroBasket.jpg

Note

[1] Yannis pour la FIBA Europe, mais Giannis pour son compte Twitter, que je vais prendre en référence pour orthographier son prénom.