Il y a quelques mois, j’ai aussi vu Deontay Wilder pour la première fois. Il combat essentiellement chez lui, dans l’Alabama, en l’occurrence à Birmingham, et ce type est un monstre. Physiquement du moins. 2m01, 2m11 d’envergure, puissant, rapide... Quand je l’ai vu, il avait affronté un Texan peu connu, Eric Molina. A l’époque, en juin, j’ai voulu aussi mettre la vidéo sur le blog, malheureusement je n’ai jamais pu obtenir le fichier vidéo. Arf. J’avais pourtant écrit le texte. Ça donnait ça :

Et bah ça... c'est du lourd ! Du vrai !

Physiquement, Deontay Wilder, c'est Charles Kahudi qui aurait bouffé Florent Manaudou ! Mais Eric Molina, qui pourtant ne ressemble à rien, a été impressionnant ! Un être humain normal serait décédé au 4e round, il est tombé plusieurs fois, a continué, a survécu et même presque pris le dessus pendant un temps... jusqu'à se faire démonter une dernière fois dans le 9e round avec une droite… Outch !

Quand j’ai appris au milieu de l’été que Duhaupas avait accepté d’aller affronter Wilder dans son fief pour son titre mondial WBC, j’étais mal pour lui. Je l’imaginais aller au suicide pour une bourse. Pour ne rien arranger, il n’a eu que 7 semaines de préparation – avec des moyens rudimentaires malgré l’aide de boxeurs français comme Youri Kalenga et Tony Yoka, ainsi que des sparring-partners venus d’Espagne je crois – et il a subi une coupure sur l’arrête nasale pas très longtemps avant le combat. Elle s’est rapidement rouverte après avoir pris quelques coups. Il faut le savoir, Duhaupas, seulement 4e boxeur français de l’histoire à disputer un championnat du monde poids lourds… est le seul de tous les gars contactés à avoir eu les cojones de relever le défi. Les cotes des bookmakers étaient indécentes. Les Ricains l’imaginaient se faire démonter rapidement. Raté. Le Français se présentait avec un bilan plus qu’honorable de 32 victoires pour 2 défaites… aux points. Sa particularité est de ne jamais avoir été envoyé au sol. Ceci dit, il n’avait jamais affronté un si gros morceau, un champion du monde invaincu en 34 combats qui en a remporté 33 avant la limite, souvent au premier round (18 fois), et qui n’a eu besoin de plus de 4 reprises que 2 fois, à savoir lors de ses 2 précédentes sorties en 2015 (sa seule victoire aux points, 12 rounds contre Bermane Stiverne pour décrocher sa ceinture mondiale avec une mage énorme, et face à Molina, parti au tapis dans le 4e, puis 2 fois dans le 5e et finalement dans le 9e). Wilder manque encore d’expérience (29 ans, passé pro en 2008 après une médaille de bronze aux JO, sans doute la raison de son surnom, The Bronze Bomber), il est perfectible. Il n’avait encore jamais rencontré un problème comme celui débarqué d’Europe quelques jours avant cette soirée événement.

Duhaupas m’a totalement bluffé. Bien sûr, les commentaires US que vous entendrez dans cette vidéo sont assez orientés (il s’agissait d’une retransmission sur un des grands networks, donc gratuite, accessible à tous), pour eux Wilder s’est baladé. En réalité le champion a bien galéré face à la tactique, à la résistance et et au cœur de ce Français qui n’a presque jamais cessé d’avancer avec une garde très haute, bloquant ou amenuisant la puissance d’énormément de coups. Pas mal sont passés tout de même, seulement Duhaupas est capable d’encaisser à peu près… tout. S’il se mangeait un train dans la tronche, c’est probablement le train qui subirait les plus gros dégâts ! L’expression «iron chin» (menton en acier) n’est pas galvaudée.

En plus de cette résistance incroyable, le plus admirable est vraiment l’état d’esprit du Nordiste, qui a réellement tenté sa chance, a mis pas mal de coup en essayant d’insister sur l’œil de son adversaire extrêmement gonflé grâce à des mandales infligées très tôt. Si c’était allé à la décision, il n’y aurait bien sûr pas eu photo, néanmoins j’aurais donné 1 ou 2 reprises au Français. Seulement, compte tenu des circonstances et du lieu, l’arbitre avait la pression, il fallait en finir avant la limite. Il a sauté sur la première occasion pour arrêter le combat après 55 secondes dans la 11e reprise. Comme le disait Brahim Asloum sur beIN, il aurait pu le compter debout avant de décider de l’arrêter ou de le laisser continuer. C’est vrai, à ce moment il était en train de se prendre une grosse avalanche de coups, et pour être totalement honnête, une autre du même genre était intervenue quelques minutes auparavant quand challenger a commencé à manquer un peu de lucidité en sortant de sa tactique (il lui fallait rester en mouvement en permanence et toujours garder les mains hautes, sans quoi il devenait une cible facile).

Cette décision de l’officiel présent sur le ring est peut-être sage, d’autant que la victoire était jouée, néanmoins Duhaupas méritait vraiment de finir. Au moins, même s’il a été arrêté avant la limite pour la première fois de sa carrière, sa particularité demeure, personne ne l’a jamais envoyé au tapis.

Le seul mot qui me vient après avoir regardé ce combat est… RESPECT ! Un très grand respect ! Il a gagné celui de tout le monde.

Au cas où, j’ai aussi mis la vidéo sur Vimeo : rounds 1 à 4, rounds 5 à 8, rounds 9 à 11+décision .