Le premier des 4 combats principaux opposait un Nord-Irlandais, Eamonn O’Kane, à un Bahaméen, Tureano Johnson. Il s’agissait d’un combat de poids moyens présenté comme une demi-finale mondiale. Le duel s’est terminé à l’issue des 12 reprises malgré les 2 KD subis par O’Kane dès le premier round. On pouvait alors imaginer une issue rapide, pourtant ça a duré. C’était un combat acharné, une véritable baston duquel le Caraïbéen est sorti vainqueur grâce à sa précision. Son adversaire était vaillant, encaissant notamment un sacré paquet d’uppercuts, mais beaucoup trop brouillon. Selon les statisticiens, Johnson a réussi 396 coups puissants sur 687 tentés. Un record.

Ensuite, Luis "the Real King Kong" Ortiz, un Cubain de 36 ans (22-0-0, 19 succès avant la limite), a démonté un Argentin, un certain Matias Ariel Vidondo (alors 20-1-1, dont 18 succès avant la limite) en accélérant à la fin du 2e round pour un premier KD magnifique (enchaînement droite-gauche-droite, l’Argentin part dans les cordes et revient en accélérant comme un catcheur… et se mange le contre du Cubain). Et dès le début du 3e round, nouvelle accélération, magnifique KO, son 20e chez les pros. J’ai mis la vidéo parce que ça vaut le détour ! Il s’agissait d’un championnat du monde poids lourds WBA par intérim.

Le premier véritable championnat du monde de la nuit était la remise en jeu du titre WBC des poids mouches détenu par Roman Gonzalez. Je l’ai découvert il y a quelques mois, il m’a impressionné. C’est une toute petite catégorie, et lui est un véritable cador : 43 combats, 43 victoires, dont 37 par KO, ancien champion du monde chez les poids pailles et les mi-mouches, et et invaincu en amateur (88 victoires, aucune défaite!). Face à lui, Brian Viloria, battu aux JO de Sidney par Brahim Asloum, qui comptait 4 défaites chez les pros pour 36 victoire dont 22 par KO (et 2 no contests). Ce boxeur de 34 ans (Gonzalez en a 28) vient d’Hawaï, il a été champion du monde chez les amateurs en 1999 mais aussi chez les pros (en mi-mouches à la WBC, il a fini par le perdre, a ensuite obtenu le titre IBF, également perdu, puis a remporté le titre WBO des mouches, l’a unifié avec celui de la WBA, et a fini par les perdre en 2013).

"Chocolatito", la fierté du Nicaragua, issu d’une grande famille de boxeurs, a commencé par laisser venir son adversaire, puis il en a pris la mesure. On entendait enfin un peu de bruit dans un MSG à l’ambiance hyper froide depuis le début de la soirée. Viloria boxait plutôt bien, mais on sentait que la vitesse de bras et la puissance de Gonzalez allait faire de gros dégâts. Comment un mec si petit peut-il être aussi puissant ? Il a accéléré dès le début du 3e round, c’était monstrueux ! Un premier séjour au tapis (crochet droit à la mâchoire) a été suivi d’une avalanche de coups. Gonzalez n’est pas une simple machine à donner des coups, il est précis et très intelligent. Pendant la 2e moitié de la reprise, il a d’abord calmé le jeu pour laisser passer la réaction de son adversaire puis en a remis une couche. Ce garçon a toutes les qualités et a aussi énormément d’expérience malgré son âge peu avancé, il sait parfaitement gérer ses combats, qu’il s’agisse d’observer, de défendre, de passer à l’offensive. En résumé, il est aussi fort tactiquement que techniquement et physiquement.

Ce garçon est une machine de guerre… de petit gabarit. C’est ce qui l’empêche sans doute d’être LA star de la boxe mondiale, car il est très difficile de ne pas voir en lui le meilleur boxeur du monde une fois qu’on l’a vu en action. En plus d’être très très fort, il est spectaculaire, contrairement à un Klitchko ou à Mayweather. Une fois qu’il a démarré, ça envoie, il imprime un rythme assez terrible. Viloria a été courageux, il a bien résisté, ou plutôt bien encaissé, a essayé de mettre des coups, seulement l’Hawaïen ne faisait pas mal… les rares fois où il touchait.

L’arbitre a décidé d’arrêter Viloria peu avant la fin du 10e round, ce pauvre garçon venait de manger des séries dans les cordes sans pouvoir répondre. 44e victoire, la 38e avant la limite. Impressionnant ! Bien sûr, on aurait préféré un KO pour le compte à un arrêt de l’arbitre debout, ne serait-ce que pour marquer les esprits. La performance n’en demeure pas moins remarquable.

Et enfin, il était l’heure de l’unification des ceintures WBA, WBC (par intérim), IBO et IBF des poids légers, ce fameux Golovkin-Lemieux. L’affiche organisée en PPB sur HBO – une première pour Golovkin qui a donc réussi son opération séduction – notamment avec Golden Boy Promotions, la société d’Oscar De La Hoya, qui s’occupe de Lemieux, faisait fantasmer beaucoup de monde. On avait la certitude d’avoir du spectacle. C’est vrai, actuellement, chez les poids moyens, il y en a presque toujours.

GGG arrivait avec 33 victoires dont 30 par KO, la dernière à Los Angeles – où il s’est installé – face à un Ricain Monroe Jr (la vidéo est sur le blog) qu’il a terminé au 6e round après avoir volontairement fait durer. Compte tenu de ce qu’a encaissé le Canadien contre N’Dam il y a quelques semaines (je n’ai jamais réussi à trouver la vidéo pour la partager), c’est-à-dire énormément de coups, je ne lui donnais aucune chance de gagner. Le Français a en effet réussi à beaucoup toucher, seulement il manque terriblement de puissance et a un menton pas hyper résistant (il a fini plusieurs fois au tapis, permettant au Québécois de décrocher sa 34e victoire, la 31e avant la limite, pour 2 défaites). Techniquement, N’Dam était nettement supérieur. Compte tenu de la puissance du Kazakh, Lemieux ne pouvait se permettre d’encaisser ne serait-ce que 20% du volume de coups reçus lors de ce précédent combat. En principe, si GGG est plus grand, plus expérimenté (33 ans contre 26 et une grande carrière chez les amateurs alors que Lemieux n’a pas voulu rejoindre l’équipe du Canada, il a choisi dès ses 17 ans de passer pro) et encore plus puissant, il devait être moins rapide que son adversaire. Ça ne s’est pas vu !

Pour rappel, Golovkin a remporté ses 14 premiers championnats du monde par KO… Je l’imaginais finir en 5 à 7 reprises maximum. Je n’étais pas loin d’avoir tout juste.

Dernière chose à noter, malgré la proximité relative entre Montréal et New-York, le public était très majoritairement venu soutenir le Kazakh installé en Californie.

Je vous le fais round par round.

  • 1ère reprise.

D’abord de l’observation, GGG a bien utilisé son bras avant, Lemieux n’a jamais trouvé la distance, il a été touché plusieurs fois, contrairement au Kazakh, hyper concentré est serein.

  • 2e reprise.

Grosse accélération d’entrée de 2e reprise pendant 30 secondes, Lemieux a voulu surprendre GGG qui a répondu puis a géré pendant 2 minutes en montrant une supériorité incroyable, son direct du bras avant passait à chaque fois ! Une promenade. A 30 secondes de la fin, il a accéléré, ça a fait mal !

Consigne pour Lemieux dans son coin : éviter le jab. Facile à dire…

  • 3e reprise.

Quelle différence de précision ! Lemieux a beaucoup brassé d’air. Tactiquement et techniquement, l’écart de niveau sautait aux yeux. Golovkin a utilisé son énergie dans sa concentration, il a été nettement moins actif, moins mobile, mais il a presque tout esquivé ou bloqué… tout en touchant à loisir.

  • 4e reprise.

On a tout de suite vu le rythme s’accélérer, Lemieux a enfin un peu touché… mais en a aussi reçu. A 1’20 de la fin Golovkin a sorti son crochet gauche de mutant, ébranlant son adversaire. Il a alors accéléré pour tenter de le finir, j’ai bien cru qu’on arrivait au bout !

  • 5e reprise.

Golovkin a décidé d’appuyer ses coups… Il attendait l’ouverture…. A mi-round, Lemieux a enfin pu placer une série. Seulement il a énervé GGG. Nouvelle accélération à 30s de la fin, Lemieux a mis un genou à terre car touché au foie après un uppercut au menton (GGG a mis une droite quand Lemieux avait déjà le genou à terre). Le Kazakh en a remis une couche avant la cloche. Démonstration !

  • 6e reprise.

GGG voulait clairement finir, raison pour laquelle il a accéléré dès le début. Lemieux jettait ses dernières forces dans la bataille, ce n’était pas si mal, mais il avait déjà perdu la guerre. D’autant que son nez coulait rouge.

  • 7e reprise.

Golovkin s’est montré beaucoup plus offensif, il cherchait le KO, du coup il prenait moins de précautions en défense, se découvrait un peu. L’arbitre a suspendu la rencontre quelques instants pour faire essuyer le sang et faire vérifier que Lemieux pouvait continuer.

  • 8e reprise.

L’arbitre a mis fin au combat à la mi-round, il n’attendait que ça depuis un moment parce que le pauvre Lemieux prenait vraiment trop cher ! Quand il a vu le Québécois incapable de répondre à 2 séries consécutives, il a dit stop. Peut-être n’aurait-il pas réagi à 1’ de la fin du 12e pour laisser au challenger l’opportunité de finir, mais à la moitié du 8e, ayant pour seule perspective de se faire défoncer, il valait mieux arrêter.

Comme entre Gonzalez et Viloria, l’arbitre a fini par siffler la fin de la récréation parce que le CM2 martyrisait l’élève de maternelle. 31e victoire avant la limite en 34 combats. Normal.

Lemieux n’a que 26 ans, il a encore énormément à apprendre et a donc peut-être de l’avenir, mais essentiellement grâce à son punch, car techniquement, il part vraiment de très loin. Tactiquement aussi. Son incapacité à trouver la parade au jab de GGG – qui n’est pas un coup défensif, ce que je reproche souvent au jab, surtout chez les lourds et chez Mayweather – est révélatrice de ses énormes lacunes.

GGG a réussi son premier PPV. Qui osera l’affronter lors du prochain ? Le vainqueur de Cotto-Alvarez (21 novembre) aura-t-il les c*uilles de relever le défi ?



Les vidéos sont aussi sur Vimeo. Le mot de passe est : boxe.

-Ortiz-Vilondo.
-Ortiz-Vilondo : jusqu’à la fin de la 4e reprise, à partir de la 5e reprise.
-Gennady Golovkin-David Lemieux : jusqu’à la fin de la 1ère reprise, de la 2e à la 5e, à partir de la 6e reprise.