Le slalom géant de Sölden est devenu l’épreuve traditionnelle de reprise, une sorte de teaser de la saison organisé sur un glacier autrichien 3 semaines avant le véritable début de saison (les slaloms de Levi, en Finlande, le 14 et le 15 novembre) puis les étapes nord-américaines. Voici exactement ce qui est prévu (des annulations sont toujours possibles).

Pour les hommes, 45 épreuves comptabilisées sont au programme :
10 géants,
11 slaloms,
2 parallèles (un slalom parallèle et un city event),
11 descentes,
8 super-G,
3 combinés.
(Un super-G compte en tant que tel et en tant que première manche d’un combiné.)

Pour les femmes, c’est 41 épreuves :
9 géants,
12 slaloms,
1 parallèle (city event),
9 descentes,
6 super-G,
4 combinés.

Cette année, les conditions étaient presque idéales, il a neigé, les organisateurs ont pu préparer une piste suffisamment dure pour permettre des courses intéressantes. En effet, à Sölden, on a régulièrement droit à des courses pliées après quelques dossards car les passages creusent beaucoup la piste, surtout dans le long mur qui suit et précède les deux portions plates (celle du bas étant particulièrement difficile à négocier en raison du manque de vitesse). La température est restée légèrement négative, le soleil était bien présent, il éclairait une grande partie de la piste (la première moitié voire les 2 premiers tiers) lors de la manche du matin puis passait derrière la montagne au moment de la seconde manche. On pouvait d’ailleurs craindre qu’avec le passage à l’heure d’hiver dans la nuit de samedi à dimanche – ce qui revenait à disputer la course masculine une heure plus tard – la luminosité ne soit trop tombée pour la fin de l’épreuve des hommes, mais en pratique ça n’a posé aucun souci.

Le slalom géant féminin a eu lieu samedi sans une grande partie des meilleures skieuses de ces dernières années. Le nombre de départs à la retraite est important. S’y ajoutent beaucoup de blessées dont Anna Fenninger, qui vient de se faire un genou et en a pour 9 mois (elle n’a pas simplement les croisés), celles qui reviennent de blessures mais n’étaient pas encore prêtes (notamment Lindsey Vonn, présente à Sölden, elle s’est entraînée, ou encore Julia Mancuso, touchée au bassin, qui a manqué la reprise de la CdM pour la première fois depuis 2002, 2 des meilleures Françaises, Anémone Marmottan et Adeline Baud), plus d’autres filles absentes par choix comme Tina Maze (année sabbatique) ou encore Elisabeth Görgl (qui ne fait plus que la vitesse). En tout, je crois que 8 des 30 premières au classement de la Coupe du monde de géant 2014-2015 étaient absentes au départ, ce qui, mécaniquement, a permis à d’autres de récupérer un bien meilleur dossard que prévu. On a ainsi commencé à découvrir pas mal de jeunes et de concurrentes issues des coupes continentales.

Parmi les 30 premiers dossards, 9 étaient attribués à des Italiennes (même si l’une d’elles n’a pas pris le départ). Dès lors, il n’est pas étonnant d’en avoir vu une se montrer particulièrement brillante. Federica Brignone (2) a éclaté ses concurrentes. Elle a mis 2"95 à Viktoria Rebensburg (1), la qualité de sa prestation s’est donc immédiatement révélée excellente. On en a eu confirmation très rapidement. Mikaela Shiffrin a pris la 2e place à… 95 centièmes. Les suivantes au classement, à savoir Tina Weirather (7), Lara Gut (16) et Sara Hector (6), ont terminé avec un retard compris entre 1"42 et 1"53. Seule la belle brune transalpine a su se ménager une marge de manœuvre importante en vue de la seconde manche, ensuite c’était plutôt dense, la 30e a fini à 4"32, on a parfois eu droit à des qualifications à 6 ou 7 secondes à Sölden.

Si énormément d’Italiennes prenaient le départ, dont la très attendue car très talentueuse Marta Bassino (18)… première éliminée de la saison, la France engageait 8 filles malgré les absences de Baud et Marmottan. Sur ces 8 skieuses, seules 3 pouvaient réellement espérer se qualifier compte tenu de leur dossard. N’ayant hérité que du n°15, Tessa Worley a très bien limité la casse : 7e à 2"08. Taïna Barioz (20) a eu beaucoup de mal, elle a fini 14e à 3"11 suite à un gros travers à l’entrée de la partie à l’ombre. Anne-Sophie Barthet (31) avait assez bien débutée, ensuite elle a perdu le rythme et a pris cher, 3"78, 23e ex-aequo.

Par la suite, le tracé de l’entraîneur suédois s’est transformé en jeu de massacre, il y a même eu plusieurs interruptions de course peu après les 30. Il n’y a eu que 3 qualifiées après le dossard 34. La plus belle perf de est celle de l’Italienne Sofia Goggia, 13e de la première manche avec le 42. Les Françaises encore au sommet étaient Romane Miradoli (43), Coralie Frasse-Sombet (44), Clara Direz (53), Marie Massios (56) et Estelle Alphand (59). Aucune n’est passée, Frasse-Sombet a manqué la qualification de très peu (à 6 centièmes de la dernière qualifiée), d’autres ont bien débuté puis coulé, certaines n’ont jamais été dans le coup.

Dans l’ensemble, Anne-So Barthet a réussi une assez bonne manche en ayant alterné le vert et le rouge, elle n’a pas lâché et a retrouvé le rythme quand elle l’a perdu. Sa très bonne fin de course lui a permis de gratter quelques places et donc des points sans doute importants pour la suite de sa saison.

Il a fallu attendre Frida Hansdotter (20e provisoire) pour assister à la première manche de référence sur ce 2nd tracé. Elle a pris la tête pour 87 centièmes en ayant tout de même perdu beaucoup sur le plat du bas par rapport à Anne-So. La suivante a été celle de Viktoria Rebensburg (12 suite à son raté matinal), arrivée en bas avec le meilleur temps pour 0"74 en ayant été la plus rapide sur ce parcours. Personne n’a ensuite pu approcher cette performance à moins de 3 dixièmes. Malheureusement pour l’Allemande, elle partait de trop loin.

Entre-temps, Taina Barioz a été l’auteur d’une manche à regret. Elle a un peu trop décroché certaines portes, est passée avec 1"07 de retard sur Hansdotter au 2e intermédiaire mais a fini formidablement à 26 centièmes (alors 3e provisoire). Sur la seconde moitié de la manche, elle a fait jeu égal avec les meilleures.

On en arrive à Tessa Worley, qui se trouvait devant l’opportunité d’aller chercher pas mal de points afin de bien débuter l’opération retour au top suite à un autre type d’opération (chirurgicale) et une saison très difficile. Sa marge dans la cabane de départ était de 88 centièmes, il allait lui falloir y mettre beaucoup d’engagement pour rivaliser avec Rebensburg. Encore nettement en avance (-0"72) en entrant dans le mur, Tessa a perdu beaucoup de temps malgré sa volonté de garder beaucoup de hauteur sur les portes. Il ne lui restait presque rien (-0"03) au 2e intermédiaire, néanmoins, grâce à une super transition et un excellent plat, elle a repris beaucoup de temps à l’Allemande (-0"38 puis -0"56 à l’arrivée). Ce n’était pas parfait mais très propre, engagé, intelligent. Ce 2e temps de la manche (à 32 centièmes de Rebensburg) lui a permis d’assurer le top 7 avec l’espoir d’améliorer son classement en raison de la marge relativement limitée des suivantes à s’élancer.

Irene Curtoni (elle tournait beaucoup trop large, le retard accumulé en haut était irrattrapable) et Sara Hector (secouée de partout) n’ont jamais été en mesure d’inquiéter Tessa. Il en restait 4, j’espérais que 2 se loupent, du moins fassent un peu moins bien que la Française. Ça ne s’est pas produit.

Lara Gut (-0"57 au départ) a fait la manche inverse de ce à quoi je m’attendais. Par rapport à Tessa, elle a beaucoup perdu sur les plats mais a repris beaucoup d’avance dans le mur, là où la piste était beaucoup plus pentue et creusée. Dans la mesure où à la base la Française est une technicienne et la Suissesse une descendeuse, je trouve ça plutôt étonnant. Toujours est-il qu’en franchissant la ligne avec un chrono de 33 centièmes inférieur à celui de Tessa, Lara a pris la tête du classement. Elle aussi sort d’une saison très difficile, ce qui a motivé pas mal de changements à l’intersaison, à commencer par son matériel, mais aussi au sein de son équipe, améliorée notamment par le recrutement de Patrice Morisod, dont le contrat n’a pas été renouvelé par la fédération française malgré son apport considérable pendant des années à la tête du groupe masculin de vitesse.

A l’inverse de Lara Gut, Tina Weirather a fait exactement ce à quoi on pouvait s’attendre d’une fille dont le point fort est la vitesse. Avec seulement 9 centièmes de marge, rien n’était fait, je ne l’imaginais pas passer devant, pourtant elle a réussi son coup en étant très performante… sur le plat. Dans le mur, ça s’est mal passé, elle y est entrée avec 0"33 d’avance, elle en est sortie avec 0"38 de retard, elle a infiniment mieux fini que la Suissesse, terminant devant pour 14 centièmes (4e temps de la manche). La glisse a fait la différence.

Pour Tessa, c’était cuit, la différence a été faite par Mikaela Shiffrin et Federica Brignone dès la première manche. L’Américaine, co-tenante du titre (avec Fenninger), possédait presque une demi-seconde d’avance, elle en a perdu dans le mur, mais une super transition lui a permis de bien finir (-0"40).

En 2011, Federica Brignone était en tête à l’issue de la première manche, elle était sortie en seconde. Seulement, sa marge était de "seulement" 44 centièmes, contre 95 cette fois. Il n’était donc pas question de louper la première victoire de sa carrière après 7 podiums en CdM plus 1 aux ChM (tous en géant) depuis 2009. A fortiori sur un tracé de son entraîneur. Lente sur le haut par rapport à Shiffrin, elle a tout repris dans la première partie du mur puis a fait jeu égal pour finir 0"85 devant la mutante américaine. En résumé, elle a bien géré, ses nerfs ont tenu. La maturité ?

Je résume : Brignone devant Shiffrin et Weirather, Gut 4e, Tessa 5e (2e de la 2nde manche), Taïna 13e, Anne-So 17e. Compte tenu de l’état dans lequel était le ski alpin féminin français il y a quelques mois c’est très encourageant. Espérons que Baud et Marmottan puissent profiter de cette dynamique. Notons que Tessa 11e à la WCSL – donc bien installée dans le 2e groupe pour le tirage au sort des dossards – mais en réalité 8e car sur les 11 il en manque 3… Ceci dit, elle est assez loin de Weireither, qui la précède. Pour retrouver le top 7 et avoir un des meilleurs dossards, elle va encore devoir trimer.

La course masculine s’est déroulée dans des conditions semblables à celle des femmes. Hormis Benjamin Raich (retraite) et Carlo Janka (blessé), plus Cyprien Richard (blessé, et qui est sorti des 30 depuis un moment), tout le monde était au départ. L’équipe de France était bien représentée avec Alexis Pinturault (4), Thomas Fanara (5) et Victor Muffat-Jeandet (7) dans le premier groupe, le top 7, plus Mathieu Faivre (18) et d’autres ayant un numéro de dossard assez élevés, ce qui devait en principe être rédhibitoire.

La première manche, tracée par l’entraîneur de Ted Ligety, était assez large mais tournait jusqu’en bas. Avec l’altitude, la pente, les parties plates, elle demandait une grosse condition physique.

Marcel Hirscher a tiré le dossard 1, il a réussi une bonne manche, mais pas une excellente manche. On s’en est rendu compte en voyant Fritz Dopfer prendre cher (1"54). Il y avait moyen de reprendre du temps à l’Autrichien sur le bas, c’est ce qu’a fait Ted Ligety, dont les 28 centièmes de retard au premier inter sont devenus 17 centièmes d’avance à l’arrivée. Il a repris des centièmes tout du long avec son style à lui, en ne faisant pas forcément super impression, le plus important restant l’efficacité.

3 des 4 suivants étaient français. Pinpin, très à l’attaque, a perdu du temps en haut. Il n’a pas très bien skié sur une piste qui semblait déjà se détériorer. J’ai trouvé qu’il marquait trop les appuis en passant loin des portes. Autrement dit il faisait plus de chemin et perdait de la vitesse. Il a plutôt bien fini, presque tout son retard (1"48) ayant été accumulé dans la première moitié du tracé. Ses chances de monter sur le podium en ont pris un sacré coup. Cette piste lui plait pourtant beaucoup, en 3 participations, il comptait 3 top 3. Ça s’est beaucoup mieux passé pour Fanara, pourtant pas au mieux physiquement lors de la préparation et en manque d’entraînement. Malgré tout, l’ancien du groupe a été formidable : meilleur que Ligety sur le haut, un peu bas sur la ligne par la suite (toujours 11 centièmes d’avance au 2e inter), puis auteur de quelques petites fautes sans perdre trop de vitesse… et 3e à l’arrivée à 0"33 du leader. Une super manche.

Felix Neureuther (6) a probablement manqué d’engagement, il a perdu du temps tout du long pour se placer juste devant Pinpin (pour 1 centième). C’était alors au tour de VMJ, 5e l’an dernier à Sölden, très agressif et parfaitement dans le coup avant de peiner. On sentait bien ses difficultés à garder la ligne, il tournait parfois trop loin des portes et manquait de vitesse. Résultat… 1 centième devant Neureuther ! Autrement dit, ils étaient 3 classés en 2 centièmes, entre 1"46 et 1"48 de Ligety… et loin du trio de tête. Et même assez loin du 4e, Roberto Nani (8), qui a joué avec les meilleurs sauf sur le bas. L’Italien au style si caractéristique a fini à 0"63 du patron.

VMJ était 5e l’an dernier sur cette piste, il est agressif, 2 dixièmes de retard en haut, mais ensuite il a du mal à garder la ligne, prend parfois trop large, on voit que ça manque de vitesse… 1.46 ! Ils sont 3 en 2 centièmes mais très loin du trio de tête

Ensuite, la piste est devenue de plus en plus difficile à bien skier, on a assisté aux premières chutes, un garçon comme Henrik Kristoffersen (14) a terminé à 2"19 malgré une intensité évidente. Mathieu Faivre (18) puis Stefan Luitz (19) ont pu entrer dans le top 10 (respectivement 10e et 9e à 2"14 et 1"99) malgré les traces. Faivre reste sur une saison compliquée, décevante, il n’a pas réussi à confirmer sa progression, il avait besoin d’un bon résultat, donc de limiter la casse après une série de passages ne laissant rien présager de bon, tout le monde prenait cher. Sur le bas, il a fait jeu égal avec Ligety. Encourageant.

Parmi les Français titulaires de dossards élevés, un a réussi un exploit. Steve Missillier avait le 66 en raison de sa saison 2014-2015 particulièrement désastreuse. En principe, c’est rédhibitoire. Surtout à Sölden. Le vice-champion olympique a fait jouer l’expérience. Il y a eu plusieurs perfs chez les handicapés numérologiques : Christian Hirschbühl 20e à 3"24 avec le 52, Andrea Ballerin 22e à 3"33 avec le 57, Manfred Moelgg 17e à 2"98 avec le 62 et donc Steve Missilier, 25e à 3"47. L’Italien et le Français ont vraiment su skier en vieux briscards. Et un peu grâce à la présence du soleil, même s’il y a eu 12 abandons sur les 26 derniers partants. Le dernier qualifié a eu besoin de 4"27 de plus que Ligety pour franchir la ligne.

A l’issue de la première manche, la lutte pour la victoire se résumait à un combat à 3. La seconde était disputée sur une piste nettement plus ombragée, elle a été tracée par l’entraîneur italien qui a dessiné un parcours qui restait tournant. Il a surtout inversé le sens des virages sur la majorité de la piste pour éviter les trous creusés quelques heures auparavant.

L’Autrichien Roland Leitinger (26e de la première manche à 3"51) a fait fort juste avant le passage de Missillier, qui a besoin de prendre des points. En raison de son dossard 66, il a eu peu de temps entre les 2 manches pour se préparer et disposait seulement de 4 centièmes d’avance. Après un très bon début, il a commencé à souffrir dans le mur, puis a assez mal fini (5e à 1"60 du leader provisoire). Son manche de condition ou de fraîcheur physique (problèmes de dos+le faible temps de récup+l’altitude) sautait aux yeux.

Après le vice-champion olympique, ils sont beaucoup à avoir pris assez cher. Malheureusement peu sont passés derrière Missillier, même si ça s’est plusieurs fois joué à moins de 2 ou 3 dixièmes. Partir parmi les premiers de cette seconde manche était un réel avantage, 3 des 5 premiers à l’élancer ont réussi une remontée intéressante (de 12 à 20 rangs) en étant parmi les 4 plus rapides de la manche.

Le premier à avoir joué pour bousculer le haut de classement est Florian Eisath 16e de la 1ère manche avec au départ 79 centièmes d’avance sur le leader provisoire. Il a terminé 2e à 0"38 (finalement 11e). Son mur me semblait raté, en réalité il a surtout perdu du temps dans la 2nde partie (la transition et le plat final). Filip Zubcic a perdu 1"25 rien qu’entre le 1er et le 2e intermédiaires… Giovanni Borsotti avait la même avance au même endroit, il a à peine mieux résisté. Henrik Kristoffersen possédait sensiblement la même marge que ses 2 prédécesseurs par rapport à Leitinger, il a été beaucoup plus adroit dans le mur, est resté dans le vert avant le plat (22 centièmes)… et a terminé à égalité avec l’Autrichien surprise du jour.

10e de la première manche, Mathieu Faivre pouvait se permettre d’effectuer un parcours non exceptionnel pour prendre la tête. Avec 1"37 d’avance au départ en encore 1"35 au premier intermédiaire en faisant très belle impression, puis 0"94 à mi-parcours, l’affaire semblait bien engagée. Une faute d’intérieur a tout gâché. La seconde perdue à cette occasion lui a valu de se classer derrière les 2 ex-aequo pour presque rien : 0"12. La faute lui a coûté de la vitesse avant la transition, le piège classique sur cette piste. Néanmoins, ça reste une bonne perf en partant 18e et 21e des manches, donc jamais sur une piste en bon état.

Pinturault était le prochain Français à s’élancer. Il était précédé et suivi par des Allemands. Luitz et Dopfer ont raté leur coup, ils ont concédé respectivement 2"53 et 3"06 sur cette manche. Neureuther, qui était 6e, a terminé ex-aequo avec Leitinger et Kristoffersen. Triple égalité ! Mais pas à la première place. On sentait un manque de physique par rapport au nouveau leader du classement, à savoir Pinpin. Parti avec 2"03 de marge sur l’Autrichien (et 0"71 sur le Norvégien), le leader de l’équipe de France s’est montré hyper agressif. Certes secoué et victime de quelques petits décrochages, il a limité la casse et repris du temps sur le bas pour conserver 8 dixièmes d’avance. Cette assez belle manche (finalement 10e temps) devrait lui permettre d’éviter de douter avant Levi. Elle a surtout eu pour conséquence une remontée de 2 places. Logique dans la mesure où Neureuther était à 1 centième et Muffat-Jeandet à 2.

Généralement, VMJ est très bon en seconde manche. Pas cette fois. A part dans la première partie du mur, où il s’est relativement bien débrouillé, ça s’est assez mal passé. Il a fini à 0"28 du trio d’ex-aquo, et seulement 6e provisoire (10e du classement définitif). Il a donc perdu un nombre non négligeable de points.

Il en restait 4. Nani a l’habitude de skier sur le fil du rasoir. Compte tenu de cette donnée, ses 0"85 de marge pouvaient fondre rapidement. Seulement il a limité la casse en haut puis a repris du temps en skiant de façon étrangement propre au lieu de nous faire ses acrobaties habituelles. Pour une fois, il a plus donné dans la maîtrise que dans l’engagement total. Il y a lâché des dixièmes, mais en a gardé 1 (0"11 pour être précis). Sa manche est donc très moyenne mais suffisante pour lui faire prendre la tête et assurer au pire la 4e place grâce à sa perf du matin.

Pinturault ne pouvait plus gagner, envisager le podium devenait farfelu. Il fallait désormais compter sur Fanara. 3 dixièmes plus rapide que Nani et 3 gros dixièmes moins rapide que Ligety en première manche, il pouvait jouer la gagner en sortant LA manche du patron. On sait depuis longtemps qu’il l’a en lui. Reste à la sortir. C’était le moment idéal pour. Profitant de la lumière, il l’a fait. Ses virages au ras des portes étaient incroyables. Il a fait très peu de chemin, en particulier dans le mur, où ses angles improbables ont permis à la fois de prendre très court en évitant les traces des autres et de garder toute sa vitesse : en plus de gratter un peu de temps en haut et en bas sur le plat, il a creusé un écart énorme dans la partie très difficile. -1"75 à l’arrivée ! Incroyable ! Le 3e temps de la manche en s’élançant 28e… Chapeau !

Je n’imaginais pas Hirscher et Ligety le battre, pour moi, il tenait sa première victoire en Coupe du monde. Pour aller le chercher, aucune erreur n’était permise. J’avais oublié de prendre en compte un élément : sur le haut, Fanara a été meilleur que Nani… qui n’avait pas été bon. En valeur absolue, la première portion plate du Français était très moyenne. Hirscher et Ligety lui ont repris respectivement 5 dixièmes et 45 centièmes dans cette partie. Dans le mur, il leur était impossible de rivaliser. Le vainqueur 2014 a basculé au dernier chronométrage intermédiaire à 0"07 de Fanara, il a échoué à 0"02, soit un poil de c*l ! La chance allait-elle enfin tourner dans le sens d’un Français ? Non. Ligety a profité de ce temps repris sur le haut, il a perdu ses 78 centièmes de marge pour passer à égalité au 2e inter malgré un gros décrochage… puis a réussi je ne sais comment à s’en sortir. Vainqueur pour 0"15 au terme d’une première course de la saison assez fantastique de par son niveau et son scénario, Ligety a privé Fanara d’un succès que skieur de 34 ans méritait lui aussi. Peut-être même plus compte tenu de sa préparation tronquée. 9e podium, aucun succès. C’est comme si un tennisman faisait 9 demi-finales en Masters 1000 en tombant à chaque fois sur Federer, Djokovic ou Nadal (maintenant on dirait plutôt Murray). Ligety avait déjà remporté le géant de Sölden en 2011, 2012 et 2013.

Ligety et Hirscher ont terminé ex-aequo sur la 2nde manche (5e temps), Fanara a été meilleur. Sauf sur ce foutu premier plat. Le niveau de ce trio est assez dingue : les 3 hommes ont fini en 17 centièmes, le 4e (Nani) s’est classé à 1"90, le 5e (Pinpin) à 2"01, puis le trio de la 6e place (Leitinger, Kristoffersen, Neureuther) à 2"81, soit le début d’un groupe de 13 hommes classés en une seconde.

La bonne nouvelle : Faivre fait son retour dans les 15 (15e).
La mauvaise nouvelle : VMJ aussi, il sort des 7 pour presque rien au profit de Kristoffersen, qui profite de la triple égalité.


La série ne fait que commencer, le pilote était bien sympa. Vivement le prochain épisode !



Les vidéos sont aussi sur Vimeo : pour l’épreuve féminine 1ère manche (1/2), 1ère manche (2/2), 2nde manche (1/2), 2nde manche (2/2) et pour l’épreuve masculine 1ère manche (1/2), 1ère manche (2/2), 2nde manche (1/2), 2nde manche (2/2).