Il ne faut pas avoir peur. Il faut en revanche être vigilant. Mais dans un premier temps, il faut digérer. Il faut encaisser, car le choc est violent, la douleur est vive. Nous connaissons tous des gens concernés de près par ces drames si nous ne le sommes pas directement nous-mêmes. Il peut s’agir d’une victime (un disparu, un blessé, un rescapé, un miraculé…), d’une personne qui connaissait une victime, d’une personne qui se trouvait dans un des quartiers ciblés, par exemple au Stade de France, ou qui a l’habitude de se rendre dans un de ces lieux. Nous nous sentons tous choqués car les terroristes ont attaqué notre pays, notre liberté, notre mode de vie, notre culture, notre jeunesse. En résumé, ils ont attaqué ce dont leur monde en est dépourvu, à commencer par l’humanité.

Leur but est de nous diviser, de donner une image horrible de leur religion, et ainsi de créer une haine des musulmans, afin que ceux-ci se sentent rejetés et qu’un maximum se laissent séduire par leur discours. Seulement, en s’en prenant pour cible des centaines d’innocents, en attaquant à l’aveugle, ils ont complétement raté leur coup. Précédemment, ils ont choisi leurs cibles afin d’attiser les tensions entre certaines communautés (musulmans-juifs lors de l’attaque de l’école juive à Toulouse, du musée juif de Bruxelles et de l’Hyper Cacher à Paris), afin de se rendre populaires dans une certaine frange de la société en prétextant quasiment la légitime défense (un nombre effrayant d’individu a refusé de condamner ou a même approuvé la tuerie à Charlie Hebdo sur le thème «ils l’ont bien cherché», comme si un crime pareil était justifiable), ou encore d’attaquer symboliquement l’Etat français ou des ennemis directs, voire des personnes jugées comme étant des traitres à la cause (d’où les assassinats de militaires et de policiers dont certains étaient musulmans), ce qui était susceptible de les rendre populaires aux yeux d’individus marginalisés et de repris de justice (la radicalisation et le recrutement en prison, ce n’est pas nouveau). Cette fois, ils ont tiré et explosé dans la foule sans se soucier ni de la religion, ni de la couleur, ni de la nationalité, ni de l’origine sociale. Résultat, ils ont uni la France et le monde dans un même deuil. Ils ont réuni l’Humanité. Et pas seulement. Les conséquences de ces actes inqualifiables sont prodigieuses.

D’un point de vue franco-français, ce drame aura eu pour effet positif inattendu de permettre au peuple de se réapproprier les symboles nationaux accaparés par l’extrême droite depuis quelques années. Il n’y a aucune honte à aimer son pays ! Je suis heureux que la jeunesse en prenne conscience.

La réaction à ces exactions s’est exprimée à un échelon mondial. En voyant tous les hommages venus de très nombreux pays, en particulier à l’occasion des manifestations sportives, j’ai parfois eu du mal à retenir mes larmes. Le drapeau tricolore a flotté partout, y compris en NCAA et en Série B italienne. De New York à Sidney en passant par Berlin, des dizaines de monuments ou autre édifices représentatifs de leur ville ont été illuminés à nos couleurs. Des tas d’artistes ont chanté dans notre langue ou pour la paix. La Marseillaise a raisonné partout, par exemple avant chaque match NBA (où jouent beaucoup de Français) ou NHL (qui a des franchises au Canada et quelques Français). Même avant les matchs de NFL (foot US) où un seul Français a évolué (il y a déjà pas mal de temps). Aux 4 coins de l’Europe il y a eu des minutes de silence, des brassards noirs, des banderoles. Ces marques de solidarité, de compassion, de respect et de soutien ne sont a priori que symboliques, elles ne règlent pas le problème du terrorisme, n’apportent aucune sécurité supplémentaire aux Français ou à quiconque… mais b*rdel, qu’est-ce que ça fait du bien ! Se sentir oublié, isolé, il n’y aurait rien de plus terrible. J’ai envie de remercier au moins un milliard de personnes !

Le paroxysme de cette démonstration de soutien a été atteint à Wembley. Chez nos ennemis anglais. Ennemis héréditaires depuis… presque l’origine des temps ! Le terrorisme aveugle, ils l’ont aussi subi il y a une décennie. Comme les Espagnols, comme les Américains, comme beaucoup trop de pays. De là à voir et entendre le public de Wembley chanter la Marseillaise en déployant un immense drapeau français… Je ne sais pas si le Prince William a chanté notre hymne révolutionnaire, néanmoins il était là. Ce genre de choses, dans notre dimension, en principe, ça ne devait jamais se produire, sauf dans un film de science-fiction ! Pourtant, nous en avons tous été les témoins. Je vous propose de voir à nouveau ce grand moment d’amitié entre les peuples.

(La vidéo est aussi sur Facebook.)

Vous remarquerez qu’il faut généralement des atrocités pour réunir l’Angleterre et la France. Le reste du temps, on n’hésite jamais à se foutre de la gueule du voisin d’outre-Manche (il y a peu, on n’a pas fait semblant quand ils ont été éliminés de leur Coupe du monde de rugby sans passer les poules !), si on peut se le faire au rugby, au foot ou dans n’importe quel autre sport, on ne s’en prive pas. Pendant des siècles, on se faisait la guerre pour de bon, on a même envoyé Lafayette en Amérique pour ça !

C’est sans doute ce qui différencie nos "meilleurs ennemis" de nos "pires ennemis". Nos meilleurs ennemis tiennent à nous et savent faire front commun quand les circonstances l’imposent. On a par ailleurs vu un groupe d’ultras de l’OM afficher à Marseille une banderole de soutien à Paris. Il s’agit là d’un autre bel exemple de meilleurs ennemis. A l’opposé, un pire ennemi, vous voulez seulement une chose, le voir disparaître à tout jamais. Car c’est aussi ce qu’il souhaite vous concertant. Notre pire ennemi, c’est le fanatisme, c’est l’obscurantisme, c’est Daesh. Ne nous trompons pas.

Et le match dans tout ça ? On s’en cogne (l'équipe d'Angleterre a gagné 2-0). Il fallait le jouer uniquement pour vivre ce moment de communion entre les peuples, pour vivre cette Marseillaise et cette minute de silence historiques regardées en direct par un peu moins de 20 millions de personnes en France, par des dizaines de millions de plus dans le monde. Sportivement, France-Allemagne avait plus de sens car les joueurs ont été avertis seulement après la rencontre de la nature des explosions entendue au cours de la première période. A la mi-temps, j’ai entendu parler des explosions en zappant sur I-Télé, puis très rapidement les fusillades à Paris ont permis de comprendre la nature des faits. Dès lors, j’ai bifurqué vers les chaînes infos, le match devenait le cadet de mes soucis. Je serais donc bien incapable d’en faire une analyse. Les analyses footballistiques reviendront dans quelques jours. La vie normale reprendra ses droits dans quelques jours. Nous en avons tous l’impérieux besoin.

Désormais, il faut espérer que la coalition militaire USA-Russie-France appelée à renaître d’ici peu parviendra à régler le problème posé par l’Etat islamique. Il y aura probablement d’autres tentatives d’attentats, toutes ne pourront probablement pas être déjouées. Quel que soit le nombre de victimes, nous resterons infiniment plus nombreux et plus forts d’eux. Et pour ma part, je suis plus déterminé que jamais à voir les JO à Paris en 2024. Nous n’allons tout de même pas les laisser nous priver de nos rêves !

Pour conclure, je tiens à m’engager publiquement à changer mon vocabulaire. Par exemple, vous ne me verrez plus parler d’un attentat pour qualifier un tacle criminel. Je vais essayer d’éliminer un maximum les termes relatifs à la mort dans mes écrits, et Dieu sait qu’ils sont nombreux à être utilisés, même si j’ai déjà commencé en remplaçant depuis longtemps le fameux "groupe de la mort" par le "groupe de la vie difficile". Le foot, c’est la vie. Jouez au foot, pas à la guerre !