La réunion avait lieu à Las Vegas, mais au Mandalay Bay. Les 2 premiers combats diffusés étaient dégueulasses. Oublions-les.

L’avant-dernier, un championnat du monde poids super-plumes entre le tenant du titre WBC, le Japonais Takashi Miura (29-3, 2, 22 KOs) et un Mexicain invaincu (23-0-1, 17 KOs), Francisco Vargas, a enfin permis de faire monter la sauce. Un combat assez violent avec énormément de rebondissements. Le challenger s’est est sorti presque miraculeusement en renversant la vapeur au 9e round pour provoquer l’arrêt de l’arbitre. Pourtant il avait le visage très abimé et avait été sauvé par le gong juste avant, ceci après avoir déjà été envoyé au sol lors de la 4e reprise. Le Nippon avait quant à lui évité de peu le KO dès la 2e minute. N’hésitez pas à regarder, ce combat vaut le coup d’œil.

(En cas de souci, la vidéo est aussi sur Vimeo jusqu’à la fin de la 4e reprise et à partir de la 5e reprise, le mot de passe est boxe.)

On attendait surtout la baston entre Miguel Cotto et Saul "Canelo" Alvarez, la grosse confrontation des poids moyens, le gagnant étant peut-être le futur adversaire de Gennady Golovkin… même si on n’y croit pas trop, ils ont trop peur du Kazakh. Notons que pour des raisons financières, en cas de victoire de Cotto, la ceinture WBC devait revenir à… Golovkin, alors que si "Canelo" gagnait, il la remportait. Je n’avais pas mesuré l’importance de cette donnée. Après le combat, j’ai pris conscience de son importance. Cotto aurait-il senti la carotte arriver ? Et en parlant de carotte, je ne fais pas référence à la couleur des cheveux d’Alvarez.

Est-il nécessaire de revenir sur le dernier combat magnifique du jeune (25 ans) roux mexicain ? La vidéo est sur le blog, profitez-en, c’est du bonheur pour tout amateur de boxe.
Est-il nécessaire de revenir sur le dernier combat impressionnant du vétéran (35 ans) champion dans 4 catégories de poids différentes ? La vidéo est sur le blog, profitez-en, ça vaut aussi le coup d’être vu, il s’agissait presque d’une résurrection, ou au moins de la confirmation d’une résurrection (grâce à Freddy Roach).

Michael Buffer a eu une pensée pour les victimes des attentats de Paris – il a même fini par «mesdames et messieurs, vive la France» – avant les hymnes du Mexique, de Porto-Rico et des Etats-Unis (pour l’arbitre). Les boxeurs ont alors fait leur entrée, Canelo dans une tenue mexicaine, Cotto dans une tenue rose assez hideuse, de dos on aurait dit qu’il avait enfilé un préservatif géant en faisant 2 trous pour les bras… Le seul reproche qui puisse lui être fait est d’ailleurs le choix de ce short rose et blanc… Je parie qu’il a été choisi par sa femme. Mon Dieu quelle horreur ! Le manque de classe absolu. Son décolleté peut être qualifié d’obscène.

Pour une fois, les pronostics étaient extrêmement difficiles. On voyait de tout. La fougue allait-elle dominer l’expérience ? La puissance du Mexicain (plus grand et nettement plus lourd, il avait perdu beaucoup d'eau pour être juste au poids maximum à la pesée, il a tout repris ensuite) allait-elle dominer la technique du Portoricain ? Je mettais tout de même une petite pièce sur le roux. En espérant que ça ne dure pas trop longtemps car le combat a débuté à 6h du matin heure française, or je n'avais pas encore dormi une minute de la nuit. J’ai eu tout faux. Comme les juges, 2 du Nevada (Burt Clements et Dave Moretti), 1 de New York (John McKaie). Leur malhonnêteté mérite d’être récompensée, il me fallait les nommer.

La première reprise a débuté par de l’observation, néanmoins on sentait qu’il n’allait pas en falloir beaucoup pour réellement lancer les hostilités. Les 2 hommes n’ont pas hésité à tout de suite chercher le coup dur, ils frappaient très fort. Cotto jouait beaucoup sur ses déplacements et ses esquives, il comptait gêner son adversaire par sa mobilité. En direct, difficile de juger ce premier round. Après l’avoir revu, je le donne à Cotto. Canelo a bien boxé pendant 10 secondes sur les 3 minutes. (10-9)

Cotto a doucement pris le dessus lors des 3 minutes suivantes, il boxait mieux, plus proprement, sa technique était supérieure. Il a placé quelques beaux directs (pendant tout le combat il a beaucoup utilisé son jab), de temps en temps une combinaison. Son adversaire a essentiellement mis quelques contres, généralement au corps. Très insuffisant de mon point de vue. (20-18)

Le 3e round a commencé par quelques air-shots du Mexicain puis une série du Portoricain. S’en est ensuivi ce qu’on pouvait prendre pour le véritable début du combat. J’entends par là la fin de la période d’observation. Ils ont commencé à réellement envoyer. Canelo a dominé pendant 1’15 environ, ceci en loupant le plus souvent sa cible, puis Cotto a pris le dessus, il a encaissé une droite en contre mais c’est à peu près tout. J’aurais donné le point à Cotto en raison d’une précision supérieure et d’une meilleure impression. L’esquive est aussi une composante importante du noble art. Canelo boxait un peu trop en bourrin, même si ça lui a permis d’en mettre quelques belles. (30-27)

Lors de la 4e reprise, on a commencé par revoir pas mal d’observation, néanmoins Alvarez a réussi à placer de beaux enchaînements. Cotto a alors répondu, d’où une belle seconde moitié de round. Notons que le déplacement permanent du dernier nommé a eu pour conséquence l’absence totale d’accrochage pendant ce premier tiers du combat. Le Mexicain avait l’avantage, le Portoricain a complètement retourné la situation en le mangeant tout cru. Compte tenu de la fin du round, ne pas récompenser le vétéran relèverait de la malhonnêteté pure et simple. (40-36)

Alvarez devait commencer à accélérer, il était manifestement agacé par Cotto, qui faisait tout pour l’empêcher de le cadrer. On sentait sa puissance s’exprimer sur quelques coups, mais l’homme tatoué au short rose et blanc répondait alors par une série de coups précis dont le seul défaut était de manquer de puissance. Est-ce que 3 ou 4 coups puissants, généralement en contre, valent mieux qu’une leçon de boxe tant en défense (blocages, esquives, déplacements) qu’en attaque ? Pas chez moi. Manifestement, pour les Ricains, oui, du moins si le gars qui frappe le plus fort est le vainqueur programmé. Quant à l'individu chargé de comptabiliser les coups donnés et ceux réellement portés, il a dû partir pisser… Ou alors on nous indiquait uniquement les coups puissants ou prétendument puissants qui auraient atteint leur cible comme s’ils étaient les seuls à compter. (50-45)

Et voici la vidéo jusqu'à la fin du 5e.

Sincèrement, j’étais un peu déçu de ces 5 premiers rounds dans l’ensemble plutôt en faveur du Portoricain, du moins tactiquement, mais je m’attendais à ce qu’à force, un des coups très durs placés de temps en temps par le rouquin n’ébranle enfin son adversaire, provoquant un basculement du rapport de force. Il allait probablement réussir au moins une fois à faire mal. D’ailleurs lors du 6e round, Cotto a semblé accepter par moments l’épreuve de force. Pas nécessairement une bonne idée à moyen terme. Néanmoins, à court terme, ça a payé, il dominait toujours ce combat. Le Mexicain était largement supérieur au début du round, notamment grâce à quelques coups puissants, ensuite il n’a plus rien fait hormis un pas de deux pour tenter de se donner une contenance de boxeur qui se balade. Une fanfaronnade factice pour essayer sans grand espoir de tromper son monde. En réalité, il subissait ce que lui imposait son adversaire, plus actif, plus malin, mieux préparé tactiquement. En résumé, meilleur boxeur. (60-54)

Je ne désespérais pas d’assister au réveil du roux (son coin lui a dit d’envoyer plus de coups). Je voulais des rebondissements, des séjours au tapis, un truc qui justifie ma nuit blanche. Cotto a accéléré dès le début de la 7e reprise, il était simplement bien meilleur, mettait plus de coup, beaucoup plus précis. Hormis sa puissance, Alvarez n’avait manifestement aucune arme pour le battre. Alors bien sûr, le Mexicain a fait quelques petits pas de danse après la cloche – le summum du ridicule – pour faire comme si tout allait bien, mais non. Malgré la fausse impression que donnait le réalisateur en diffusant uniquement les ralentis des coups de Canelo, c’est bien Cotto qui dominait. Très largement. J’ai même envie de parler de leçon de boxe. Les rares contres encaissés n’y changent rien. Pas pour les gars d’HBO. Ils n’ont vu que ça. Encore une fois, j’ai remarqué dans les commentaires que Cotto n’était pas tant jugé sur ce qu’il faisait que sur ce qu’ils attendaient qu’il fasse, à savoir utiliser énormément son crochet gauche au lieu d'insister avec son jab à la demande de Freddy Roach. J’avais déjà remarqué ceci lors de l’escroquerie du siècle entre Mayweather et Pacquiao. (70-63)

Pour moi, le match était déjà plié sauf knock-down ou mieux, KO. On pouvait imaginer qu’une reprise assez serrée soit donnée au Mexicain. Eventuellement 2. Néanmoins, en ne changeant pas drastiquement de tactique, en ne se lançant pas à corps perdu dans la bataille – en ayant très peu de risque de se faire cueillir compte tenu du manque de puissance de Cotto – il allait forcément s’incliner sans rien avoir essayé. A vrai dire, je ne m’y attendais plus, mais au 8e round, une guerre a débuté. Je l’espérais d’entrée, on y a finalement eu droit, même si ça n’a pas duré pendant les 3 minutes. Cotto a bien réagit, particulièrement sur la fin. Auparavant, il s’agissait plutôt de l’éveil de la machine mexicaine. Malgré son inexplicable décision de calmer le jeu pour ne plus rien faire en gros lors de la dernière minute, ce round revient clairement à Alvarez. Pourtant, pour une fois, le gars d’HBO l’a donné à Cotto. Allez comprendre… (79-73)

On attendait toujours la première intervention de l’arbitre dans ce combat parfaitement clean, dépourvu d’accrochage ou de coup bas (ils ont assez souvent frappé sur la ceinture). Elle s’est produite en milieu de 9e reprise. Juste après, j’ai bien cru au fameux coup susceptible de renverser la situation, Cotto l’a encaissé sans broncher. Etrangement, Alvarez ne se précipitait pas, il était trop passif. Pourtant, il lui fallait absolument envoyer son adversaire au tapis. Il a remporté ce round grâce à quelques excellents crochets gauches, néanmoins, des coups aussi francs d’un boxeur réputé pour sa puissance devraient avoir beaucoup plus d’effets. (88-83)

Le Mexicain n’avait plus que 9 minutes pour combler son retard et faire la différence, il n’avait plus le temps d’attendre. Ses coups restaient trop peu nombreux, même s’il y mettait toujours toute la puissance. Comme beaucoup ont été esquivés par son adversaire, il s’agissait d’énergie dépensée pour rien. Plus actif, le Portoricain a nettement dominé tactiquement après avoir subi lors des premières secondes de la 10e reprise, remportée par Cotto. A noter que l’arbitre a commencé à réellement avoir du travail. (98-92)

Au 11 round, Alvarez a tenté d’y aller plein gaz. Sans grand succès, même si je vais lui donner pour récompenser sa décision d’enfin tout donner en cherchant le coup dur. Cette réaction est d’ailleurs la preuve de son sentiment – fort logique – d’être mené et d’avoir besoin de faire voir des étoiles à Cotto. Freddy Roach était quant à lui très serein, dans son coin tout le monde était convaincu – fort logiquement – d’être en tête. (107-102)

Le public s’est levé quand la 12e reprise s’est transformée en épreuve de force. Si Alvarez avait mis toutes ses forces dans la bataille dès les premières minutes du combat, il l’aurait certainement remporté, probablement avant la limite. Seulement, il ne l’a pas fait, réussissant uniquement à ouvrir Cotto à l’œil à quelques poignées de secondes de la cloche. Agir dans le dernier round comme un boxeur mené qui cherche le KO pour se sauver les fesses est bien la preuve qu’il a perdu le combat sur le ring. Hors du ring, des personnes malhonnêtes lui ont fait gagner.

Ça me fait 116-112 en faveur de Cotto, qui m’a très favorablement surpris, à l’inverse de Canelo, décevant. On aurait pu assister à un grand combat, on en a eu un bon, seulement par moments très bons.

J’étais sur le c*l en apprenant la décision unanime des 3 escrocs.
Burt Clements 110-118
Dave Moretti 109-119
John McKaie 111-117
Autrement dit, respectivement 2, 1 et 3 reprises pour Cotto. Enorme blague ! J’en compte 8, au pire 7.
Pour rappel, Moretti, un juge qui a officié lors de largement plus d'une centaine de championnats du monde, avait donné 118-110 en faveur de Mayweather contre Pacquiao. Clements, lui aussi très expérimenté, avait donné 116-112. En 2004, il avait commis une grosse faute technique[1] qui avait coûté au Philippin lors d'un de ses duels avec Marquez.

(En cas de souci, la vidéo est aussi sur Vimeo le début, des rounds 4 à 9 et la fin avec décision et itw, le mot de passe est boxe.)

Avant cette soirée à la conclusion affligeante, Cotto avait perdu 4 fois (uniquement contre des grands noms), Canelo une seule (contre Mayweather, un juge avait donné 114-114, un scandale selon la quasi-totalité des observateurs… d’ailleurs le juge en question, C.J. Ross, s’est fait dégager depuis, ses jugements improbables interpelaient). Désormais, Cotto est à 40-5-0 (33 KOs), Alvarez à 45-1-1 (32 KOs). Ce titre est usurpé.

Quelques heures après le combat, je me trouve bien bête. Les signes avant-coureurs de la grosse arnaque à venir étaient omniprésents :
-le public était nettement favorable à Alvarez,
-la soirée était sponsorisée par México (j’imagine qu’il s’agit de l’organisme qui promeut le tourisme au Mexique), par une célèbre marque de bière mexicaine, une de tequila, et même par O’Reilly (un nom d’origine irlandaise… =>pro-roux^^),
-le non-paiement des 300 000$ réclamés à Cotto pour avoir le droit de remettre en jeu sa ceinture et la décision de la WBC suite à ce refus de raquer,
-le fait que le Mexicain soit le fleuron de l’écurie d’Oscar De La Hoya,
-l’âge des 2 hommes (Cotto est plus proche de la fin, Canelo a 10 à 12 ans de carrière devant lui),
-la grande popularité du roux au sein de la communauté latino,
-la réalisation d’HBO montrant quasi-systématiquement les ralentis des rares coups de Canelo, jamais ceux de son adversaire (sans parler des pointages et des statistiques dont HBO abreuvait ses téléspectateurs).

Pour le business, la victoire de Saul "Canelo" Alvarez était impérative. Vous imaginez la WBC donner le titre à Golovkin… suite à une victoire du champion déchu pour raisons purement financières ? Sans avoir rien touché au passage qui plus est ! Des consignes ont été données aux juges, personne ne l’affirmera, tout le monde l’a compris. Pour info, le premier PPV de Golovkin a peu attiré le public (100 à 150000 ventes, c'est faible, même si un match de baseball a drainé beaucoup de téléspectateurs le même soir). Un PPV de Canelo rapporte infiniment plus, certains annonçaient que la barre du million serait atteinte pour cette soirée.

Pas intoxiquée par les commentaires et les stats ayant pour objet d’orienter l’opinion, une partie du public a sifflé les pointages. Sérieusement, il faut arrêter avec ces statistiques à la con, on se croirait dans la boxe amateur à l’ancienne avec la scoring machine, avec un statisticien bidon non assermenté dans le rôle des juges corrompus et en mettant en avant seulement la catégorie de coups qui permet de faire gagner celui dont on veut lever le bras. La boxe, ce n’est pas seulement un nombre brut de coups puissants, c’est un art. Le jeu de jambes, la capacité à esquiver, à amortir les coups, le coup d’œil, la justesse, la précision, la tactique... Des tas d’éléments doivent être pris en compte ! On doit juger un ensemble, pas simplement à partir d’une stat même pas fiable. Et même si on s’appuyait sur cette stat, on ne donnerait pas les premières reprises à Alvarez, auteur, paraît-il, de 118 coups puissants en 12 rounds, soit une moyenne inférieure à 10 par round. Pour un boxeur censé faire son beurre – roux – grâce à sa puissance, c’est extrêmement faiblard ! J'ajoute qu'un championnat du monde, c'est 12 fois 3', pas 36 minutes, le total de coups à la fin du combat, on s'en fout, si un boxeur domine outrageusement dans 3 rounds et ne fait rien dans les autres, il peut finir avec un total de coups supérieur... et une défaite.

Juste après la fin du combat, les 2 hommes nous ont offert une belle démonstration de respect, on a même vu Cotto faire un bisou sur le front de son adversaire à Laurent Blanc. Cotto n’a pas voulu s’exprimer, seul Freddy Roach l’a fait, je suis 100% d’accord avec sa réaction. Le discours d’Alvarez après le combat est en revanche risible, en gros il a dit que la boxe était entrée dans «l’ère du roux».

S’il affronte GGG, l’adversaire désigné par la WBC (qui avait donc besoin qu’il gagne pour avoir ce combat appelé à faire pleuvoir les billets verts), son ère aura duré bien peu de temps ! J’ai comme l’impression que ses promoteurs vont tenter de repousser le plus tard possible ce combat. Ils ont conçu cette poule aux œufs d’or, ils ne vont pas la laisser se faire embrocher et rôtir par le Kazakh comme Lemieux, l’autre moyen poulain de Golden Boy Promotions.

Note

[1] Il avait donné 10-7 au lieu de 10-6 en faveur de Pacquiao pour une reprise à 3 KD, ce qui a donné pour lui un nul 113-113 au lieu de 113-112, ce qui aurait donné une décision partagée au lieu d'un nul.