Pour avoir ses 6 épreuves, Östersund (Suède) a obtenu l’organisation de 2 relais mixtes, un simple et un double (le format classique). Le relais mixte simple est en général une épreuve de démonstration. Perso, je ne suis pas fan, ça ressemble plus à du sprint[1] (le circuit est composé de boucles de 1,5km pour les femmes, 2km pour les hommes, après le debout on passe directement le relais, sauf à la fin où les hommes finissent par une boucle de 1,5km) avec beaucoup de tir. Trop… double dose par rapport à un relais normal (malgré tout, il s’agit d’un relais, il y a donc des pioches, 3 au maximum à chaque séjour sur le pas de tir, et comme chaque relayeur y passe en tout 4 fois, il devrait tirer 20 à 32 cartouches au lieu de 10 à 16 lors d’un relais à 4). Il est très difficile, parfois impossible de creuser des écarts conséquents sur la piste. Le ski de fond est minimisé au point d’avoir une boucle de pénalité réduite à 75m au lieu de 150.

De rares nations ont choisi de présenter leurs meilleurs éléments sur cette épreuve. La France l’a fait, elle était favorite. Marie Dorin-Habert a tout de suite pris la tête, elle a réussi un 5/5 très propre au couché malgré un vent très irrégulier et a pu sortir en première position, mais avec des écarts minimes. Sa 2e boucle de 1,5km lui a permis de reléguer l’Ukrainienne (Juliya Dzhyma) à quelques secondes. L’Allemande (Maren Hammerschmidt) et la Norvégienne (Kaia Nicolaisen) restaient dans le coup.

Marie a tiré rapidement, elle a loupé la 1ère et la dernière, il lui a fallu piocher 2 fois, ce qui lui a fait perdre quelques secondes. Simon Fourcade est donc parti 3e à 8 secondes du Norvégien Lars Birkeland et à 4 de l’Ukrainien Sergey Semenov. La Russie était déjà larguée. L’aîné du quadruple tenant du gros globe de cristal est tout de suite revenu sur Birkeland. Les 2 hommes ont chacun pioché une fois, toutefois le Scandinave a pris beaucoup plus de risques. Simon est resté très calme, préférant prendre son temps (sorti 2e à 8 secondes). Derrière, tout le monde manquait des tirs, d’où un certain confort. Au debout, Birkeland a fait le coup de la dernière, comme au couché. Il envoyait des rafales ! Simon a craqué. Il a manqué la 4e puis 2 pioches… L’infographie affichait autre chose, à la croire, il est reparti en ayant touché seulement 4 cibles et aurait dû tourner, ce qu’il n’a pas fait. Je n’avais pas l’impression qu’il avait tiré ses 3 pioches. En effet, il a pioché seulement 2 fois. Et une des cibles n’a pas été touchée. D’où l’erreur venait-elle ? On ne le savait pas encore. La course se poursuivait donc normalement, il comptait 19 secondes de retard par rapport au Norvégien. Daniel Böhm a passé le relais 10 secondes après lui. Semenov restait aussi dans le coup pour l’Ukraine.

Lors du 2nd parcours féminin, Marie a été formidable, elle est même sortie en tête du couché avec une pioche, comme la Norvégienne. L’astérisque est alors apparu sur les synthés, annonçant l’enquête concernant le cas de la France. Il s’avère que Simon n’a en effet pas tiré sa 3e balle de pioche, convaincu d’avoir fait tomber la palette. C’est aussi simple qu’idiot, il était si concentré dans son truc et si sûr de lui qu’il n’a pas vérifié.

Marie n’était au courant de rien, elle envoyait du lourd sur les skis, a claqué un super 5/5 et a donné le relais en solide leader… Mais la sanction était tombée et le résultat de la France est apparu en rouge, le symbole d’un ajustement du chrono, ou si vous préférez, d’une pénalité en temps. En l’occurrence, une très lourde : 2x2’, une par faute (ne pas avoir tiré la dernière balle et ne pas avoir tourné… sachant que l’anneau de pénalité est la moitié du tour normal, il devrait n’y avoir qu’une minute, même si ça n’aurait rien changé). La France était donc faussement largement en tête. L’Ukraine en a profité pour partir 2e, mais en tête.

Simon a pioché une fois au couché, cette course devenait pour lui un entraînement en conditions réelles. Semenov a complètement craqué, contrairement au Canadien Nathan Smith, auteur d’un super 5/5 et reparti devant le Norvégien, l’Allemand, le Suédois (Tobias Arwidson) et le Russe, Anton Shipulin, alors relégué à 28 secondes. Associé à Shumilova, il s’agissait d’un des quelques cadors alignés lors de ce relais mixte simple, au même titre que Kaisa Mäkäräinen chez les femmes. Au dernier tir, Simon est encore sorti nettement en tête (on n’a pas vu son tir). Birkeland a fait 5/5, il a bénéficié de la faute du Canadien pour l’emporter.

Sur la piste, l’équipe de France a gagné très nettement. La victoire est pourtant revenue à la Norvège. La dernière boucle de 1,5km a donné lieu à un été conclue par un sprint remportée par Smith (associé à Rosanna Crawford) devant Böhm. La Suède a fini 4e loin devant la Russie et la Finlande. Au final, la France a été classée 21e.

(Vidéo aussi sur Vimeo : partie 1 et partie 2.)

Le relais mixte "normal" promettait d’être bien différent… sauf peut-être concernant l’identité de l’équipe vainqueur. La Norvège a mis la meilleure équipe possible, comme la République Tchèque, l’Allemagne presque (il est difficile de déterminer quelle est la meilleure compo possible, néanmoins Benedikt Doll et Vanessa Hinz ne sont pas nécessairement des premiers choix, il y a eu des forfaits chez les filles). D’autres aussi ont aligné leurs meilleures cartes (l’Autriche, l’Ukraine peut-être) sans toutefois avoir le niveau pour embêter les nations phares.

Rappelons que le format est beaucoup plus simple : les 2 relais féminins de 6km avec un passage au couché puis un au debout, puis les 2 relais masculins de 7,5km sur le même modèle. En résumé, on a pris la première moitié d’un relais féminin traditionnel et la seconde moitié d’un relais masculin traditionnel pour créer ce relais mixte. Ce format a mis du temps à prendre avant de devenir une épreuve à part entière.

Anaïs Bescond, blessée pendant l’été, a pris le départ pour l’équipe de France. Elle est restée aux avant-postes derrière Veronika Vitkova, décidée à tout de suite imposer son rythme. Le vent était tombé. La Française a très bien tiré, ce qui lui a permis de sortir en tête avec une inconnue Suédoise (Elisabeth Högberg). Beaucoup de filles restaient dans le coup, à seulement quelques secondes, notamment la Russe Podchufarova, la Polonaise Guzik, l’Allemande Hildebrand ou encore la Biélorusse Skardino (qui ne peut compter sur Domracheva, absente cette saison). Vitkova s’est manquée (3 pioches).

"Nanass" n’a manifestement pas tout donné sur les skis afin d’être fraîche au tir debout. Un groupe de concurrentes est arrivée juste après elle. Le tir a bien débuté, la 4e a été manquée, puis la première pioche. La Suédoise et l’Allemande en ont profité, Anaïs est sortie 5e à 13 secondes, dans le même temps que Fanny Birkeland (Fanny Horn a épousé Lars Birkeland). La République Tchèque pointait à 21 secondes de la tête.

Anaïs a formidablement bouclé son relais, doublant tout le monde dans le dernier tour et se permettant même de gratter quelques secondes supplémentaires, ce qui lui a permis de lancer Justine Braisaz en tête d’un groupe de 7 filles classées en 7 secondes (dont les Tchèques). Lors du passage de relais, une chute a ralenti ou retardé plusieurs équipes (dont la Russie et la République Tchèque). Le groupe s’est alors scindé en 2. Un trio formé de Tiril Echhoff, de la Française et de Gabriela Soukalova a commencé à se détacher.

Au couché, Soukalova a été excellente, elle a entamé son 2e tour 9 secondes avant sa première poursuivante, Birkeland (Horn) auteur de 2 pioches. Un trio composé de la Biélorusse (1 pioche), de l’Allemande et de la Russe (qui ont chacune eu besoin de 2 balles supplémentaires) à une grosse vingtaine de secondes (21 à 25). Hormis la Tchèque, les filles ont toutes dû prolonger leur séjour sur le pas de tir, en particulier Justine, vite mise sous pression par 2 erreurs, il lui a fallu piocher 3 fois, les 2 dernières sous la menace directe d’un tour de pénalité. D’où beaucoup de temps perdu. Elle est sortie 8e à 40 secondes.

Eckhoff est revenue doucement sur Soukalova, ces 2 filles creusant l’écart sur le reste de la meute. Leur duel au tir debout s’est conclu par une courte victoire de la blonde de l’est (2 pioches rapides) sur la blonde scandinave (pioche et re-pioche plus lente). L’Allemande a failli en profiter, elle a loupé la dernière. La Russe (Ekaterina Yurlova) a tourné, Justine avait l’opportunité de faire oublier sa mésaventure du tir couché, elle a pris son temps mais a tout de même commis 2 fautes. Il fallait absolument réussir ces 2 pioches. Les autres ne l’attendaient pas. Ceci explique sa 7e place à 56 secondes de la tête, loin de la République Tchèque, de la Norvège (2e à 6") et de l’Allemagne (3e à 19").

Eckhoff a rapidement opéré la jonction avec Soukalova puis a doublé sans pouvoir prendre le large. Hinz est restée à distance du duo, la Suédoise (Magnusson) la suivant de moins en moins près. Au passage de relais, l’Allemagne pointait à 20" des co-leaders, la Suède a été passée par l’Ukraine et la Biélorussie, ensemble à une grosse cinquantaine de secondes du duo échappé. Justine a eu du mal à finir, Simon Desthieux est parti 7e à 1’10. Le plus handicapant a sans doute été le temps de tir de la cadette de l’équipe de France, plus encore que le fait de devoir piocher (déjà 7 fois).

Tarjei Boe et Michal Slesingr ont creusé l’écart par rapport à Benedikt Doll, mais aussi sur le nouveau trio ukraino-suédo-biélorusse. Le couché a pris la forme d’un duel à la carabine. Extrêmement rapide, Boe a mis la pression à son adversaire qui du coup a loupé la dernière et a concédé 13 secondes dans la bataille. Doll a aussi manqué une fois, il est sorti à 33 secondes. Le trio suivant a été relativement efficace, ses membres sont ressortis quasiment ensemble à environ 1’16. Desthieux a toutefois pu se rapprocher d’eux, il était à moins de 10 secondes de la 4e place… mais trop loin du podium pour espérer mieux.

Arrivé seul au debout, Boe a manqué la 2e, la 4e, la première pioche… et a conservé beaucoup d’avance car Slesingr a aussi pioché (2 fois). Le 5/5 de Doll lui a même permis de sortir 2e à 14 secondes du Norvégien, le Tchèque comptant 6 secondes supplémentaires de retard. Le trio suivant a été illuminé par le super 5/5 du dénommé Peppe Femling, inconnu au bataillon. Il est reparti à 1’09. Desthieux s’est relancé grâce à un 5/5 lui permettant de s’emparer de la 6e place à 1’33 avec un adversaire en ligne de mire, et la possibilité offerte à Jean-Guillaume Béatrix de viser le 4e rang. Le finisseur de l’équipe de France a été lancé 5e à 1’40.

Johannes Boe aurait été dans un fauteuil avec un autre que Simon Schempp à sa poursuite (à moins de 14 secondes). Ondrej Moravec aussi avait un coup à jouer, il était à 27" au départ de son relais. En revanche, pour le podium, l’écart était fait sauf grosse craquante à l’avant. La Suède possédait seulement 10" de marge sur la France et la Biélorussie. L’Ukraine et la Russie pouvaient aussi espérer intégrer le top 5.

Le "petit" Boe a adopté la seule stratégie qu’il connaisse, tirer super vite. Ça passe ou ça casse. Ça s’est très bien passé. Impressionnant ! Schempp se mettait encore en position quand il est reparti. L’Allemand, auteur d’un sans-faute à peine moins rapide, restait 2e, désormais à 29". Moravec était alors 3e à 1’. Béatrix a profité des erreurs de ses concurrents pour sortir 4e à 1’52, néanmoins il n’a pu lâcher ni le Suédois ni le Biélorusse avant le debout. Toujours en mode attaque, Boe a assuré la victoire avec un nouveau 5/5. Schempp a pris moins de risques mais a pioché 2 fois. Moravec a pu se permettre une erreur, rien ne pouvait lui arriver. Malgré une faute, Béatrix a pu accompagner Fredrik Lindström, plus précis, et lui disputer la 4e place lors du dernier tour de piste.

Au bout du compte, la Norvège a gagné comme prévu, le suspense aura disparu plus rapidement qu’espéré. Les écarts sont conséquents, l’Allemagne a fini bonne 2e, la République Tchèque 3e… En revanche il a fallu un sprint pour départager la Suède et la France. Jean-Gui l’a remporté. Finalement, la France a bien limité la casse. La Russie, invisible pendant toute l’épreuve, a pris la 6e place.

(Le relais mixte à 4 est aussi sur Vimeo : partie 1, partie 2 et partie 3.)

Le bilan de la journée est encourageant malgré les résultats : Marie Dorin et Anaïs Bescond ont été excellentes, Simon Fourcade était très bon boulette mise à part, Jean-Guillaume Béatrix a très bien tiré et s’en est globalement bien sorti. Simon Desthieux a surtout été performant au tir, pas Justine Braisaz, qui aura sans doute beaucoup appris de cette journée.

Mercredi et jeudi auront lieu les individuelles avec notamment le retour de Martin Fourcade. J’ai hâte ! Il ne s’agit pas de son exercice préféré, néanmoins il a l’habitude de gagner sur ce format… sauf quand il se troue complètement au tir. Si le vent n’est pas trop capricieux, Martin ne cèdera son dossard jaune à personne. Sinon, il le récupèrera le week-end prochain…



J’allais oublier… La nouvelle combinaison de l’équipe de France est nulle, elle ressemble trop à celle des Tchèques, on ne les reconnaît pas de loin. La combinaison salamandre me manque. :-(

Note

[1] Dans le sens vitesse+intensité sur une courte distance, je ne fais pas référence à l’épreuve de sprint, la plus disputée en biathlon.