La Coupe du monde de ski alpin a enfin repris pour de bon. Depuis les slaloms géants de Sölden, on s’impatientait. L’étape de Levi ayant été annulée à cause de conditions trop chaudes en Finlande pour préparer la piste, il a fallu attendre un mois pour que les affaires reprennent. Le slalom féminin prévu à Levi a été repris à Aspen, raison pour laquelle le slalom géant a été avancé au vendredi. Les hommes étaient quant à eux au Canada, à Lake Louise, pour les premières épreuves de vitesse. Elles ont été dominées par le même homme, un revenant, Aksel Lund Svindal.

Commençons par les épreuves féminines.

Avant toute chose, il faut le savoir, cette piste d’Aspen se situe en altitude, dans la forêt. Elle est étroite, bourrée de difficultés, de mouvements de terrain, on a forcément des virages compliqués en dévers un peu partout, il y a de la pente du début à la fin. Heureusement, elle est courte, ce qui évite d’avoir des écarts trop monumentaux. Du moins, sur le papier. La donnée la plus importante concerne sans doute la qualité de la neige. Il s’agit d’une neige nord-américaine, la piste n’est pas préparée comme en Europe où on a l’habitude d’injecter de l’eau pour durcir le fond. En résumé, il faut énormément d’expérience et/ou un très haut niveau pour y jouer les premiers rôles.

  • Slalom géant féminin (vendredi 27 novembre)

La première manche a été – bien – tracée par Joël Chenal, l’entraîneur des Françaises. Elles n’étaient pas moins de 5 parmi les 30 premiers dossards grâce aux retours d’Adeline Baud-Mugnier (elle s’est mariée depuis la saison dernière) et Anémone Marmottan. Les Italienne étaient 8, dont Federica Brignone, vainqueur à Sölden, plutôt chanceuse car elle a tiré le 1. Les filles avaient droit à un beau soleil sur une partie de la piste, pourtant, en même temps, il neigeait. La météo a évolué par la suite, bon nombres de concurrentes ont eu droit à un jour blanc, ou du moins ont dû skier dans l’ombre.

Comme en Autriche, Veronika Rebensburg a pris cher dès la première manche (1"88). Sara Hector a concédé moitié moins. Michaela Shiffrin (4), favorite à domicile, a bataillé pour se placer en tête (-0"11), repoussant la Suédoise à plus d’une seconde, l’Allemande à presque 2. Eva-Maria Brem (4) a probablement manqué d’intensité (+1"37). Tina Weirather (6) aussi, c’était trop gentil, pas assez agressif (+1"24). Nadia Fanchini (7) a terminé dans les mêmes temps (1"27) pour une autre raison, ses fautes. Elle partait un peu dans tous les sens.

Le 2e groupe a débuté par une contre-performance de Maria Pietilae-Holmner. Tessa Worley avait tiré un dossard à 1 chiffre (le 9) et a déjà brillé à Aspen où elle a gagné 2 fois par le passé, y remportant son premier succès en Coupe du monde il y a 7 ans presque jour pour jour (elle avait tout juste 19 piges). Très agressive, la championne du monde 2013 a terminé à pile 1 seconde de Shiffrin, soit le 3e temps provisoire, échouant tout près de la barre de la minute, seulement battue par 2 femmes lors de cette manche très courte. Juste après elle, Michaela Kirchgasser a subi la première chute du jour. Sans gravité aucune. Irene Curtoni (11) a fait n’importe quoi, connaissant des soucis dès les premières portes. Manuela Moelgg (12) était partie pour reproduire le mauvais exemple de sa concitoyenne, elle a bien limité la casse ensuite pour se placer dans le paquet (à 1"27). Lara Gut (13) voulait confirmer sa performance du géant d’ouverture (4e), elle l’a fait malgré pas mal de temps perdu entre les 2 premiers chronométrages intermédiaires. A l’arrivée, elle devançait Tessa de 4 centièmes pour lui subtiliser sa place sur le podium de la manche. Son temps, 1’00"00 la plaçait néanmoins dans la position de la proie pour un grand nombre de concurrentes. Si Marie-Pier Préfontaine (14) a franchi la porte de sa chambre d’hôtel sans avoir franchi la ligne, Frida Hansdotter (15) a en revanche terminé la manche. La Suédoise a concédé des dixièmes tout du long pour se classer dans ce qu’on pourrait appeler les fesses molles, car c’est sous le ventre mou (1"82). [ Lindsey Vonn|tag: Lindsey Vonn] (16), qui débutait sa saison après s’être présentée à Sölden uniquement pour s’entraîner, pour prendre la température, a perdu son ski gauche en tournant à droite. La fixation de son ski extérieur a lâché à cause d’une aspérité sur la piste. Manifestement, les filles avaient de plus en plus de mal à tenir la ligne, les appuis devenaient difficiles, en particulier au niveau de certaines portes en dévers où décrocher était désormais la norme. Adeline Baud (21) a fait ce qu’elle a pu, elle a subi les mêmes soucis que les précédentes, ça sautait beaucoup, il lui a fallu faire des acrobaties pour rester en prise finir à 2"67 de Shiffrin (15e ex-aequo à ce moment de la course). Taïna Barioz (22) a beaucoup mieux limité la casse sur le haut, ensuite… la chute. Elle était dans le coup pour se classer entre 2 et 2 secondes ½. Anémone Marmottan (23) a eu droit à un beau soleil presque tout du long. Sa 13e place provisoire à 2"30 peut être considérée comme satisfaisante, surtout après avoir été piégée – comme beaucoup – par une porte à l’aveugle derrière un mouvement de terrain. Néanmoins, il restait possible d’aller plus vite. Preuves en ont été données par Francesca Marsaglia (10e à 1"52) et Elena Curtoni (12e à 1"97 malgré des tas de fautes, on aurait dit du Bode Miller par moments). Anne-Sophie Barthet (29) a eu beaucoup de mal. La Toulousaine a beaucoup freiné, elle était presque aussi à l’aise qu’un gardien du TéFéCé. Plus de 3 secondes (alors 21e)… Ceci dit, compte tenu du nombre exponentiel d’abandons, il n’y avait absolument rien à craindre.

En effet, par la suite, très peu sont venues modifier la hiérarchie. 7 filles avec un dossard supérieur au 30 ont décroché leur qualification (dont 6 grâce aux abandons/éliminations parmi les 30 premiers dossards), mais aucune dans le top 20. Parmi ces 7… Estelle Alphand ! La fille de Luc Alphand – qui deviendra peut-être un jour «le père d’Estelle» – a décroché la 29e place (à 3"64) avec le 57 ! Une super performance – il s’agissait de son 5e départ en CdM, le 4e en géant, séparés à chaque fois de très nombreux mois[1] – que n’ont pu réaliser Coralie Frasse-Sombet et Clara Direz, éliminées.

A l’issu de cette manche, Tessa pointait donc au 4e rang, Anémone au 15e, Adeline au 19e, Anne-So au 22e et la petite jeune (20 ans), au 29e. 5 Françaises en seconde manche, on en redemande !

Le départ de la seconde manche a été donné dans des conditions météo très différentes : précipitations neigeuses abondantes, absence totale de soleil. D’où une visibilité dégueulasse. La situation s’est améliorée progressivement.

A une première manche très rythmée demandant un haut niveau technique en a succédé une autre ayant les mêmes caractéristiques compte tenu de ce qu’impose la piste au traceur (autrichien cette fois).

Qualifiée miracle, Kajsa Kling a profité des circonstances pour réussir une jolie remontée (de 30e à 15e). Juste après elle, Estelle Alphand a fait l’essentiel : finir. Grâce aux abandons et aux contreperformances, son résultat final est très satisfaisant (21e). Certes, sa prestation en 2nde manche aurait pu être bien meilleure, mais elle a pris ses premiers points en Coupe du monde, ils lui seront précieux pour la suite de la saison. Anne-Sophie Barthet a aussi besoin de points car elle est dans les 30 principalement grâce aux absences (blessures, retraites, année sabbatique). Elle aussi a terminé, malheureusement un gros stop au milieu lui a fait perdre des places (25e et dernière). En revanche Adeline Baud a réussi une très bonne seconde manche, elle a pris la tête avec le 2e temps provisoire de la manche, finalement le 5e, ce qui lui a permis de se classer 10e pour son retour à la compétition après sa blessure au genou subie en mars… dans le Colorado lors de l’épreuve par équipe des ChM de Vail.

Nous en arrivons au top 15. Anémone Marmottan skiait très bien, possédait 4 dixièmes de marge au 2e intermédiaire… puis ce fut la chute. Une grosse déception, elle a perdu l’équilibre dans un virage difficile, a décroché, impossible de rattraper la porte suivante. L’avance des suivantes par rapport à Adeline commençait à être conséquente, en revanche entre elles, c’était plutôt serré. Il était donc logique d’assister à un ou des changement(s) de leader. Nina Løseth a alors sorti une perf, un des meilleurs temps de la manche, pour se hisser au sommet (-0"80)… en attendant d’être battue. Rebensburg a échoué à 26 centièmes, Elena Curtoni et Frida Hansdotter de nettement plus, Francesca Marsaglia a été piégée par la porte en aveugle, elle en a pleuré.

A partir de Manuela Moelgg (9), on trouvait 7 filles en 4 dixièmes. L’ancienne de l’équipe italienne a été excellente dans les 2 sections du milieu, ce qui lui a permis de prendre la tête (-0"44). Eva-Maria Brem, tenante du titre, a fait encore beaucoup mieux, le meilleur temps de la manche. Il allait falloir batailler pour aller la chercher et l’empêcher de monter sur le podium. Il y avait néanmoins beaucoup de place pour s’intercaler à la 2e place (84 centièmes de marge).

Nadia Fanchini s’est loupée. Tina Weirather aussi. Elles ont fini hors top 10, contrairement à Sara Hector (8e), qui a pourtant bien galéré pour rester dans le tracé.

Il en restait 4, à commencer par Tessa Worley. Sa marge de 37 centièmes a légèrement augmenté, puis elle a décru. Elle me semblait très active mais parfois un peu loin des portes. Elle a commis des erreurs, sa fesse gauche a touché la neige. 3e provisoire à 88 centièmes. Donc pas de podium à espérer.

Lara Gut, 4e à Sölden, a confirmé sa résurrection en géant, une discipline dans laquelle elle galérait la saison passée. Elle avait perdu son ski. Cet été elle a changé de marque de skis et de technicien (elle a recruté celui de Didier Cuche), son entraînement… et ça paie. Partie avec 0"41 d’avance, elle a pris le large en haut, puis a réussi à conserver le dixième qui lui assurait le podium, si ce n’est mieux. Tout dépendait alors de Federica Brignone et de Michaela Shiffrin. Chacune avait de quoi voir venir (respectivement 0"85 et 0"96). Chacune ambitionnait la victoire donc ne pouvait pas se permettre de trop gérer. L’Italienne au dossard rouge a multiplié les fautes, j’ai même cru qu’elle allait croiser ses skis. Résultat, une très décevante 3e place, 8 centièmes derrière Brem. Dès lors, rien ni personne ne pouvait empêcher Shiffrin de gagner chez elle, dans le Colorado, sur une piste qu’elle connaît très bien, sur la neige où elle glisse depuis son enfance, et ainsi de devenir la première Américaine à gagner à Aspen en Coupe du monde (j’ai trouvé une victoire de Bill Johnson en 1984 lors d’une descente masculine, et de Phil Mahre en géant l’année précédente, et 4 podiums, le dernier en 2004). Rien ni personne ? Vraiment ? Non. Elle pouvait le faire toute seule. Encore 93 centièmes d’avance au 2e intermédiaire et 68 au dernier, soit largement assez pour l’emporter facilement. En passant l’antépénultième porte devant un public en transe… la boulette. Il n’y avait aucune difficulté, franchir la ligne était une formalité pour entériner sa victoire. Elle est tombée. Probablement faut-il y déceler de la déconcentration.

Lara Gut, Eva-Maria Brem et Federica Brignone étaient estomaquées. Personne ne s’attendait à ce qui, de leur point de vue, était une magnifique surprise. La Suissesse avait décroché une seule victoire en géant depuis le début de sa carrière. Elle est juste derrière l’Italienne au classement de la spécialité.

Moelgg est une surprenante 3e, Tessa confirme avec une nouvelle 5e place, à ce rythme elle retrouver le premier groupe au cours de la saison. Au classement de la course elle précède Løseth et Rebensburg. Côté Français, le bilan est bon : 5e, 10e, 21e et 25e, plus un abandon malheureux mais encourageant.

  • Slalom féminin n°1 (samedi 28 novembre)

En principe, en Coupe du monde, on ne peut pas tracer dans son propre pays, du moins c’est ce que j’avais cru comprendre. Seulement, il s’agissait du slalom remplaçant celui prévu à Levi. Les traceurs avaient déjà été désignés, il n’y a pas eu de nouveau tirage au sort, du coup la première manche a été piquetée par… l’entraîneur de Shiffrin. Comme si elle avait besoin de ça.

Le cumul des difficultés inhérentes à cette piste d’Aspen et du tracé (avec des figures) ont provoqué… un gros tiers d’abandons/sorties/disqualifications. Une boucherie. Heureusement, les conditions météo étaient idéales. Mais la principale boucherie est celle réalisée par la grande revancharde du jour. Elle a éclaté tout le monde ! Le dossard était un très gros avantage, les 7 des 8 premières à s’élancer ont terminé dans le top 11, et les 4 premières sont les dossards 1 à 4 dans le désordre. Shiffrin avait le 3, Hansdotter le 1, au premier intermédiaire la Suédoise comptait 3 centièmes d’avance, elle a été reléguée à plus de 7 dixièmes à l’issue de la 2e section, et à 1"82 à l’arrivée. Outch. Sarka Strachova (anciennement Sarka Zahrobska) se retrouvait reléguée à plus de 2 secondes. Ensuite, Veronika Velez-Zuzulova (4) a réussi un exploit en finissant "seulement" 1"38 moins vite que la star locale, ceci malgré une grosse faute.

A partir du dossard 9, l’hécatombe a débuté. 23 filles n’ont pas franchi la ligne, une a été disqualifiée. Pour 45 classées. Parmi les rescapées, 5 Françaises dont 4 qualifiées. Mieux, Nastasia Noens (13) et Adeline Baud-Mugnier (24), qui ont pourtant fait chacune un demi-stop, ont réussi à se hisser juste derrière le quatuor de tête, respectivement 6e et 5e… malgré 2"72 et 2"68 de retard ! La 8e était déjà à 3 secondes ! Laurie Mougel (17) a terminé 14e à 3"45 (après un véritable stop au milieu), Taïna Barioz (38) a eu chaud, 30e à 5"03, Anne-Sophie Barthet (37) a eu moins de réussite, échouant à la 32e place à 5"22. Estelle Alphand (62) a été éliminée. Dans l’ensemble, on peut se satisfaire de l’état d’esprit des Bleues, très active sur les skis.

Il était possible de se qualifier avec un très gros dossard, des filles comme Federica Brignone (26e avec le 64) l’ont prouvé. Au passage, on a découverte une Canadienne francophone, Laurence St-Germain, qualifiée pour sa 1ère en CdM.

Les Autrichiennes ont été catastrophiques en première manche, la meilleure a fini 19e, les 4 qualifiées sont toutes venue de l’arrière avec des dossards compris entre 33 et 60. Surtout, les filles en principe les plus fortes sont sorties au bout de quelques secondes. Qui traçait la seconde manche ? L’entraîneur autrichien. Il a été limité la difficulté du parcours, heureusement sinon à peine 20 filles auraient terminé. L’entraîneur de Shiffrin avait vraiment piqueté pour sa championne, ce qui explique à la fois l’écart et le carnage.

Les conditions auraient été très bonnes si le soleil avait encore illuminé la piste. Seulement, il avait disparu, laissant le tracé dans l’ombre. D’où une mauvaise visibilité. Taïna Barioz était la première à s’élancer, elle n’a pas réussi une grande manche, je trouvais son style trop heurté, elle marquait un peu trop les appuis sous les portes, néanmoins elle a terminé, ce qui lui assurait de gagner des places. En effet, elle est remontée jusqu’au 23e rang, profitant de 2 chutes et de la frilosité de certaines filles – surtout des petites jeunes – manifestement craintives et décidées à finir pour décrocher quelques points. Cette absence de prises de risques a été payée par les 3 dernières classées car elles ont terminé hors délai, à plus de 8% du temps de la grande triomphatrice du jour. Elles n’ont donc marqué aucun point.

La grosse remontée du jour a été celle de Petra Vlhova (21e de la première manche), Slovaque de 20 ans, déjà 11e fin 2012 pour sa première apparition en Coupe du monde, qui a depuis décroché 3 qualifications en 17 épreuves de Coupe du monde sans retrouver le top 15. Elle ne s’attendait sans doute pas à rester aussi longtemps en tête. Les filles parties après elle ont parfois échoué tout près, parfois perdu une seconde après le dernier inter. Y compris des filles en principe très solides. Elle a gratté place après place pour finir 11e grâce au 3e temps de la manche.

Laurie Mougel était très bien partie pour être la première à la devancer, malheureusement son ski droit a perdu contact avec la neige, est parti en l’air, il lui était alors impossible de se diriger pour prendre le virage suivant. C’est d’autant plus dommage qu’elle avait 1 seconde pleine de marge au 1er inter. Sara Hector a donc été celle qui a délogé Vlhova du trône de leader provisoire, non sans être passée très près de l’enfourchement. Les écarts au départ étaient désormais minimes, d’où un empilement de plus qu’une douzaine de filles dans la même minute. Wendy Holdener puis Maria Pietilae-Holmner ont tour à tour pris la tête du classement (pour terminer finalement 7e et 5e). Il en restait 8. Irene Curtoni s’est loupée. Marie-Michèle Gagnon n’a pas gagné (8e).

Nastasia Noens partait avec 43 centièmes de marge, on ne peut lui reprocher d’avoir pris des risques, d’avoir envoyé du pâté, je la trouvais plutôt souple sur les skis bien que désordonnée avec le haut du corps (c’est son style), passant par moment assez loin des piquets. A chaque inter, elle concédait un peu de son avance… et a franchi la ligne 2e à 1 dixième. Que pourrait-elle se reprocher ? Un top 7 assuré, un bon état d’esprit, c’est très positif en ce début de saison. Et beaucoup mieux qu’Adeline Baud, passée de -0"47 à +0"52 en ayant skié sur un fil dès le haut, multiplié les petites fautes et évité de peu la sortie de route.

Il en restait 4. Les 4 ont skié à un autre niveau. Pour elles, on avait presque l’impression que la piste et le tracé étaient différents. Elles n’ont pas ou quasiment pas galéré ! Strachova a semblé totalement en contrôle, dans un style super propre, proche des piquets quand il le fallait. Partie avec 1"14 d’avance sur Pietilae-Holmner, elle lui a mis 1"27 au passage de la ligne. Puis Hansdotter a fait à peu près pareil… avec beaucoup plus d’engagement, d’où 62 centièmes d’écart à l’arrivée (moins de 2 dixièmes au départ, plus de 9 au 2nd inter !) et le meilleur temps de la manche… du moins à ce moment. Velez-Zuzulova a dû réaliser une grosse perf pour rester devant la Suédoise. Très engagée, elle a tantôt perdu et repris du temps. Suffisant toutefois pour se placer en tête (-0"19) avant la… démonstration de Shiffrin.

Il ne fallait pas espérer voir la superstar locale se louper 2 jours de suite. Je sentais venir la mise au point, néanmoins, bêtement, je pensais que compte tenu de la grosse manche d’Hansdotter, Shiffrin ne pouvait se permettre de se relâcher. En réalité, même en se relâchant, elle aurait mis une bran-bran à tout le monde. Mais là… -1"38 au départ, c’est déjà considérable. -1"61 au 1er chrono intermédiaire (après moins de 15 secondes de course), c’était impressionnant. La même avance au chronométrage suivant malgré plusieurs fautes qui auraient calmé n’importe quelle fille normale, c’est fou. -3"07 à l’arrivée, soit près d’une seconde ½ rien que dans dernière section… Je n’en reviens toujours pas ! Il s’agit d’un nouveau record en Coupe du monde féminine. Et de son 15e succès – le premier aux Etats-Unis, le premier d’une Américaine à Aspen en CdM – dans cette discipline à 20 ans. Son 18e si on y ajoute son titre olympique et ses 2 titres mondiaux (le second dans son Etat).

Il faut directement la faire bifurquer vers le circuit masculin, parce que ce n’est pas drôle pour les spectateurs… et pour ses concurrentes. C’est limite injuste ! En l’occurrence, c’était réellement injuste : son entraîneur a tracé, elle connaît parfaitement la piste car elle est à domicile, a pu s’y entraîner depuis Sölden. Ceci dit, même sans cet avantage, elle aurait éclaté tout le monde, elle est trop supérieure. La 5e est à plus de 5 secondes… sur une petite centaine de secondes de course !

Shiffrin vainqueur devant Velez-Zuzulova, Hansdotter, Strachova, Pietilae-Holmner, Noens, Holdener, Gagnon, Hector et Mielzynski. Le bilan français reste bon : Nastasia 6e, Baud 11e, Barioz 23e. Dommage pour Mougel, le bilan aurait pu être excellent.

  • Slalom féminin n°2 (dimanche 29 novembre)

Bis repetita placent. La différence ? Velez-Zuzulova, qui avait hérité du dossard 1, est rapidement tombée. Du coup Hansdotter et Strachova sont remontées d’un rang par rapport à la veille. Shiffrin a bien sûr encore gagné avec un écart dingue (2"65 et 2"90 sur la Suédoise et la Tchèque) en remportant les 2 manches. Pour le reste, les places d’honneurs, ça a pas mal changé.

Le tracé de l’entraîneur suédois a réservé de mauvaises surprises à certaines concurrentes, quelques figures promettaient de faire des dégâts. Au moins, il y avait du soleil, ce qui a probablement aidé pas mal de filles à arriver au bout. Seules 9 sont sorties ou ont été disqualifiées (dont Velez-Zuzulova et Hector).

Shiffrin (4) a mis une bran-bran à tout le monde, pourtant Pietilae-Holmner (2) m’avait fait très bonne impression, Hansdotter (3) encore mieux avec beaucoup plus de risques et 6 dixièmes de moins à l’arrivée. La reine du slalom leur a collé une tartine : -1"99 dans la face de la 3e de la veille. On dirait un homme, les pieds restent totalement parallèles et presque collés, rien ne bouge, pas un appui foireux… Strachova (5) a été excellente, ce qui signifie… se classer 3 dixièmes devant Hansdotter. Personne ne s’est approché plus près de Shiffrin.

Ensuite, les 14 premières filles qui ont fini derrière le trio Shiffrin-Hansdotter-Strachova ont fini dans la même seconde (entre 2"39 et 3"35). Avec des surprises ou demi-surprises, la plus remarquable étant celle de Vlhova, 4e avec le dossard 25. Le tarif était rapidement devenu de 3 secondes minimum, sauf exceptions, par exemple Løseth (7), 5e à 2"41. Nastasia Noens avait un bon dossard même si sur cette piste bien préparée l’impact du dossard était très relatif. Trop brouillonne, manquant de lucidité, elle a fait beaucoup moins bien que la veille (12e à 3"09). Surtout, elle a eu maille à partir avec des piquets de mauvaise qualité ou mal enfoncés. Au cours de la manche, plusieurs ont volé, la Niçoise en a même pris un dans la tête !

7 filles ont terminé entre 2 et 3 secondes : Pietilae-Holmner, Løseth, mais aussi Kirchgasser (14, 9e à 2"76), Mielzynski (15, 6e à 2"56), puis plus tard I. Curtoni (23, 10e à 2"80), Wikström (24, 8e à 2"73) et donc la jeune Petra Vlhova (25). A croire que pendant l’interruption on a nettement amélioré l’état de la piste.

On pouvait espérer de bonnes performances des Françaises.
Laurie Mougel (18), très active, très agressive, a été excellente en haut, a bien limité la casse ensuite malgré un ski très… acrobatique. Là aussi, un piquet s’est barré. Puis elle a commis une grosse faute dans l’ultime section, d’où 3"24 lâchées (16e). Elle valait beaucoup mieux. Comme samedi. On aurait dû la retrouver dans le top 6.
Adeline Baud (20) a aussi eu des soucis, une faute au 1er inter, un manque d’intensité dans la dernière partie, 21e à 3"55.
Beaucoup plus tard, Anne-Sophie Barthet (37) a réussi un joli coup, 22e à 3"62.
Taïna Barioz (38), complètement hors du coup dès les premières secondes, a pris 5"12 à l’arrivée.
Estelle Alphand (61) apprend.

Au final Noens 12e, Mougel 16e, Baud 21e, Barthet 22e, Barioz 40e, Alphand 48e. La qualification s’est jouée à 4"29.

La seconde manche avait pour principal, si ce n’est unique – intérêt de départager les candidates aux places d’honneur et de permettre à d’autres files de prendre des points importants pour la WCSL. La victoire était déjà jouée. Concernant Shiffin, la seule inconnue était son avance à l’arrivée, pas sa place.

Le tracé a été piqueté par l’entraîneur allemand. Il n’avait AUCUNE de ses élèves en seconde manche. Situation cocasse, n’est-il pas ?

Quand Anne-So Barthet s’est élancée, des filles avaient déjà commis de grosses fautes et une Autrichienne dénommée Julia Grünwald était en tête (27e de la 1ère manche), plusieurs se cassaient les dents sur son chrono. La Toulousaine a bien skié. Sur le coup, je pensais qu’elle avait bien skié pour sa catégorie, rien à avoir avec le niveau des cadors. Mais non. En réalité elle a très bien skié. La preuve ? Seule une fille a pu aller plus vite lors de cette manche. Une certaine Shiffrin. Et Anne-So l’a fait en partant 9e sur une piste qui a bien tenu, pas première sur une neige de printemps exposée plein sud transformé en champ labourée au bout de 3 passages. Cette perf a d’ailleurs permis sa très belle remontée jusqu’au 10e rang. Pendant longtemps, seule Charlotte Chable la devançait au classement, ceci uniquement grâce à un meilleur finish. A 5 centièmes près… Resi Stiegler a aussi fini à 5 centièmes de la jeune Suissesse.

Laurie Mougel ne bénéficiait pas d’une énorme avance, elle a échoué à la 7e place provisoire à 0"89. Son ski m’a semblé un peu trop brouillon, ça partait dans tous les sens par moments, elle descendait très bas sur les appuis. Au moins, elle a pris des points, ça ne peut faire de mal.

Les concurrentes continuaient à s’entasser à quelques dixièmes voire centièmes du podium provisoire, y compris Nastasia Noens, auteur d’une grosse faute… en passant le premier piquet. A priori ça ne lui a presque rien coûté, car elle a su se reprendre admirablement. Elle a néanmoins fini par le payer, lâchant quelques dixièmes en manquant de précision ou en chassant de l’arrière par endroits. 5e à 0"30 en ayant connu ces frayeurs, ce n’était pas si mal. D’autant que d’autres n’ont pas réussi à se reprendre : Chiara Costazza a enfourché (en faisant tomber un piquet), Irene Curtoni est sortie.

Thalmann (11e de la première manche) est parvenue s’installer en tête (pour -0"38), puis Kirchgasser s’est intercalée au 2e rang 22 centièmes. Il en restait 8. Wisktröm et Pietilae-Holmner ont échoué, Mielzynski a fini très fort pour devenir leader (-0"23) malgré la perte de sa demi-seconde d’avance (1 dixième de retard au dernier inter). Løseth a beaucoup moins bien terminé, se plaçant au pied du podium provisoire. Vlhova a ravi la 4e place à la Norvégienne pour 3 centièmes, s’assurant ainsi son premier top 7 en Coupe du monde après sa 11e place de la veille. On peut la qualifier de révélation du week-end.

Les 3 dernières étaient intouchables car au-dessus du lot. Hansdotter a réalisé une démonstration sur le haut, possédait une avance shiffrinesque au 2e inter et a donc facilement pris la tête du classement (-0"76) malgré une fin de parcours nettement moins bonne que celle de Mielzynski. Strachova a réussi une manche moyenne, pratiquant du ski humain qui manquait d’intensité, d’où un quart de seconde de retard en passant la ligne (jeu égal avec Hansdotter dans la dernière section). Il y avait 3 dixièmes d’écart au départ. En somme, elle a assuré le podium.

Le public était en folie pour le départ de sa championne. Shiffrin allait éclater tout le monde. A quel point ? Allait-elle battre son record vieux de… 24 heures ? Le chrono affichant -1"99 au départ, l’hypothèse était plausible. Echec. Hansdotter a été trop forte en haut, la star locale a lâché 2 dixièmes sur le haut, en a seulement repris un au 2nd chrono intermédiaire avant de lâcher les chevaux dans la dernière partie où elle a mis un éclat à tout le monde. Même Mielzynski n’avait pu voler aussi vite entre les piquets. Résultat, -2"65.

Shiffrin devant Hansdotter et Strachova, rien de surprenant. Mielzynski 4e, Thalmann 5e, Kirchgasser 6e, Vlhova 7e, c’est plus étonnant.

En janvier dernier à Zagreb, Shiffrin avait devancé la 2e de 1"68, de 1"03 à Maribor en février et de 1"41 à Äre en mars. La saison précédente, 1"06 à Levi puis 1"44 lors des finales. La saison d’avant, 1"19 à Zagreb. Pour trouver une autre fille victorieuse d’un slalom de Coupe du monde avec plus d’une seconde de marge, il faut remonter à celui de Zagreb en janvier 2012, Marlies Schild avait collé 1"40 à Tina Maze, ceci 2 ou 3 semaine après avoir battu Tanja Poutiainen de 1"87 à Courchevel et Maria Pietilae-Holmner de 1"19 à Aspen, ce qui semblait totalement dingue. En cumulant ces 3 très gros succès de l’ancienne reine du slalom, on atteint 5"26. En un seul week-end et 4 manches, la nouvelle reine a cumulé 5"72… Une moyenne de 1"43 par manche ! Si elle avait eu pour concurrentes des buses, à la limite, mais elle devant quand même Hansdotter, qui compte 2 victoires en CdM pour un total de 17 podiums (13 fois 2e, 2 fois 3e) et Strachova, ancienne championne du monde qui compte en plus 3 médailles mondiales et une olympique, 2 victoires (à Aspen) et 11 autres podiums en CdM.

Non, décidemment, Shiffrin est sur une autre planète, elle est pratiquement la seule à pouvoir empêcher son nom de figurer au sommet du classement finale.

On retrouve 3 Françaises dans le top 20 (Barthet 10e, Nasta 14e, Mougel 19e). Ce bilan moyen est à relativiser, il y a 1 ou 2 ans on s’en serait félicité tant le groupe galérait. Aujourd’hui, l’ambition est de retour, on va donc seulement éviter de s’en plaindre, ça reste correct. Attention toutefois à ne pas s’endormir car les jeunes arrivent en force, on en trouve 3 dans le top 10 (Shiffrin, Vlhova, Chable)… dont une risque de dominer pendant les 3 prochaines olympiades.

  • Descente masculine (samedi 28 novembre)

Il faisait très beau temps... et pas aussi froid que d’habitude, ni même aussi froid que lors des entraînements (mieux valait ne pas pisser dehors, c’était un coup à transformer la pièce principale de son service 3 pièces en Mister Freeze). Des entraînements, il y en a eu 3, ce qui a probablement contribué à dégrader la piste qui avait été bien travaillée grâce à de fortes chutes de neige. Les organisateurs ont pu multiplier les mouvements de terrain, les passages à l’entraînement ont aussi fait leur oeuvre. Conséquence, pendant la course, ça tapait beaucoup, rendant cette descente très difficile. Même les meilleurs ont été chahutés, commettant parfois de véritables fautes... pas forcément rédhibitoires. Preuve en est la victoire de Svindal, lui-même passé tout près de la catastrophe.

Lors des entraînements, les Français ont été bons, surtout Guillermo Fayed mais aussi Valentin Giraud-Moine, qui a affiché une constance intéressante. Fayed était 2e ici l’an dernier (il faisait -25°C), mais il n’y avait pas Svindal, de retour cette saison sur le circuit de Coupe du monde. Le Norvégien et son compatriote Kjetil Jansrud (dominateur en l’absence de Svidal) ont affiché la couleur lors des entraînements.

La course a été lancée par un Canadien. Johan Clarey (2) a donné l’impression de faire une manche très correcte, malgré tout il était manifestement possible d’aller beaucoup plus vite dans certaines parties. Peter Fill (4) l’a fait, et pas qu’un peu. L’Italien a amélioré le chrono du Français de 1"12. On ne connaissait pas encore la valeur de ce temps, on le savait juste rapide par rapport à ceux réalisés à l’entraînement. On a pris conscience au fil des minutes que battre Fill était coton. Ils sont assez nombreux à avoir pu se classer dans la même seconde, très peu ont été en mesure de réellement s’en approcher. Citons Carlo Janka (9) à +0"56, puis et Erik Guay (10) à +0"83, mais surtout Travis Ganong (11), lequel a été battu du 35 centièmes. L’Américain est resté un long moment le dauphin de Fill.

On espérait une bonne prestation d’Adrien Théaux (12), malheureusement il n’est pas du tout dans le coup, lâchant 3 dixièmes à chaque intermédiaire (0"95 au 3e) avant de réduire progressivement la casse pour de nouveau perdre du terrain en bas. Alors 5e à 0"85, il a perdu place après place au point de sortir du top 10, doublé notamment par Max Franz (15), qui semblait pouvoir jouer le podium mais n’a pu rivaliser avec Fill en fin de descente (4e à provisoire 0"61).

On attendait les 7 suivants, ce sont les 7 premiers à la WCSL, autrement dit les 7 meilleurs mondiaux en descente. Du moins en principe. Parmi eux, on trouvait notamment les 2 Norvégiens dominateurs et Fayed. Patrick Küng (16) a manqué son coup, tout comme Kjetil Jansrud dans une moindre mesure. Il avait pourtant remporté les 2 derniers entraînements. Skiant sur un fil, il a perdu du temps à cause d’une erreur sur le haut pour en se montrant probablement trop agressif. Il a fait à peine mieux que Théaux (à savoir +0"76). On peut parler de surprise. En revanche, retrouver un Guillermo Fayed (18) performant n’a surpris personne. Secoué par les mouvements de terrain, il a limité les dégâts autant que possible. Difficile ! Il me donnait l’impression de skier en douceur, pas en bourrin, il dégageait moins de puissance que certains. Sur une piste aussi bosselée, ça peut payer à condition de parvenir à conserver sa vitesse. La sienne était bonne, pourtant il a lâché du temps, déjà plus de 8 dixièmes de retard au 3e inter, est revenu fort (grâce à cette vitesse dans la section la plus décisive), jusqu’à 0"38 de la référence (Fill), et a fini 3e à 0"53, soit 4 centièmes devant Janka. Toutefois, il n’était plus maître de son destin. Aksel Lund Svindal allait décider de son sort. Le Français révélation de la saison passée fêtait ses 30 ans samedi. La probabilité que le Norvégien veuille lui faire cadeau d’un podium était nulle.

Dominik Paris (19) aurait pu immédiatement le repousser hors de la boîte. Autre bon Italien du jour – qui devrait épouser la jeune slalomeuse canadienne dénommée Laurence St-Germain, ne serait-ce que pour le délire de créer le nom de famille Paris-St-Germain – a été excellent en haut, il a ensuite perdu logiquement pas mal de temps (0"72 au 3e inter) puis a… échoué à 0"66 de son coéquipier malgré une super vitesse au radar du 4e pointage.

Le verdict allait tomber très rapidement. Svindal (20) allait-il gagner comme prévu ou se déchirer comme Svindal ? Faire jeu égal avec Fill dans les premières sections relevait du domaine de l’impossible, toutefois il est resté dans le coup (0"04 puis 0"21). On l’a ensuite vu commettre une grosse faute au passage du 3e chronométrage intermédiaire où il avait enregistré le 2e temps à près d’une demi-seconde du leader. Miraculeusement, il a su conserver une super vitesse, se permettant de virer très large, de se rapprocher à seulement 1 dixième à l’entrée de la dernière section… et de gagner d’1 centième ! Gagner – car tout le monde l’avait compris, il ne serait pas battu – dès sa première course de vitesse après une si longue absence[2] est très impressionnant, y parvenir malgré des fautes sur une piste si difficile est carrément flippant pour la concurrence !

(Bien sûr, pour connaître les écarts entre Svindal et les concurrents partis entre Fill et lui, il suffit d’ajouter 1 centième à celui annoncé.)

Par la suite, hormis Matthias Mayer (22), 8e à 0"70, personne n’a intégré le top 15… hormis un jeune Norvégien, Aleksander Aamodt Kilde, 15e à 1"23 avec le dossard 56. On a surtout assisté à une chute terrible à un moment où personne ne s’approchait à moins de 2 secondes de Svindal, ou presque. Markus Dürager (34) semblait en mesure de le faire, mais il s’est éclaté ! Quelle chute ! Impressionnante ! Un énorme carton ! Le verdict médical est depuis connu : la blessure principale est une double fracture tibia-péroné. Weibrecht était parti, il a dû s’arrêter.

Le suivant était Valentin Giraud-Moine (36). L’interruption a été longue. Quelques-uns ont pu être performants malgré cette interruption, pas vraiment les Français, dont voici le classement final : Fayed 4e, Théaux 11e, Clarey 13e, David Poisson (23) 27e, Maxence Muzaton (51) 29e, Blaise Giezendanner (30) 33e et Giraud-Moine (36) finalement 35e.

Je récapitule le classement : Svindal devant Fill et Ganong. Fayed, Janka, Franz, Paris, Mayer, Jansrud et Guay complètent le top 10.

  • Super-G masculin (dimanche 29 novembre)

Oublions vite ce super-G. 5 Français s’élançait avec un des 30 premiers dossards : Johan Clarey (1), Alexis Pinturault (9), Brice Roger (11), Adrien Théaux (17), Thomas Mermillod-Blondin (27). 2 autres partaient beaucoup plus tard. Au final, 3 ont pris des points. Peu de points. Ça s’est globalement mal passé.

Il est assez difficile de tracer un super-G sur cette piste. Ça tourne assez peu sauf sur le haut, il s’agit donc d’un super-G typé descente. Pas un pour techniciens. On y trouvait de nombreux mouvements de terrain et quelques pièges (dont une porte en aveugle qui a fait son œuvre).

Conformant son excellent résultat de la veille, Peter Fill (3) a pris la tête du classement, ceci avec une belle marge. Il aurait été battu par Travis Ganong (5) sans une erreur de trajectoire fatale. L’Américain a été battu de 6 centièmes.

Je ne sais pas trop ce qu’Alexis Pinturault (9) est venu faire à Lake Louise, ce n’était clairement pas un super-G pour lui, le profil ne lui convenait pas, il a multiplié les erreurs, a pris très cher, encore un peu plus que Johan Clarey, qui ouvrait le portillon de départ. En résumé, il a fait le voyage pour rien. Brice Roger (11) est rapidement – ou plus tôt pas assez rapidement – venu les rejoindre au fond du classement. Les 3 dernières places ont longtemps été trustées par des Français. Entre-temps, Max Franz (10) avait fini à égalité avec Ganong en ayant pourtant allumé vert de haut en bas.

Les membres du premier groupe – ceux qui partent avec les dossards 16 à 22 – ont été beaucoup plus performants. En permanence dans le coup, jamais à plus de 2 dixièmes, Dominik Paris (16) a échoué à 8 centièmes du temps de référence de son compatriote, ce qui le plaçait 4e. Adrien Théaux (17) a de quoi regretter ses erreurs, il a gratté 1 dixièmes sur la poussée et la mise en action, puis est passé juste derrière au 2e inter, on le sentait en permanence sur le fil – et non le Fill – du rasoir, il est repasse dans le vert , puis dans le rouge, à chaque fois de quelques centièmes… mais a payé cher une erreur sur le dernier saut. Sa jambe gauche s’est barrée sur le côté pendant qu’il était dans les airs, ce déséquilibre lui a fait prendre de l’air, perdre de la vitesse. Au bout du compte, il s’est retrouvé 5e provisoire à 0"34. Soit quelques centièmes devant Hannes Reichelt (18) qui a il a perdu 4 dixièmes entre les chronos 2 et 3 (à peu près son retard total).

Grand favori de ce super-G après son succès de la veille, Aksel Lund Svindal (19) a remis ça. Même sans avoir connaissance des chronométrages, on l’aurait deviné. L’impression ne trompait pas, il était plus agressif que les autres, plus solide, plus fluide, et donc plus rapide. En observant ses trajectoires on le sentait particulièrement en confiance. Et en effet, tout ceci s’est traduit par une victoire nette. Déjà largement en tête au 2e inter, il a commis une grosse faute ensuite en se faisant complètement alléger sur un mouvement de terrain, il a ensuite remis les choses dans l’ordre, prenant la tête pour 45 centièmes. Au-dessus du lot… Il restait du monde mais personne qui puisse réellement imaginer gagner. Kjetil Jansrud (20) s’y est cassé les dents en étant pourtant devant au 3e inter, l’autre cador norvégien est même tombé au 6e rang provisoire à 0"54, à 1 centième du 5e, à 3 centièmes des 2 ex-aequo à la 3e place. Ça fait cher le centième ! D’autant que Matthias Mayer (22) est venu coiffer PRESQUE tout le monde. Il a en effet pris la 2e place à 0"35 en ayant toujours navigué à maximum ¼ de seconde des chronos de Svindal. Ensuite, le seul à s’être réellement approché des meilleurs est le dernier Norvégien, Aleksander Aamodt Kilde (28), 10e à 0"82 (à 0"27 au 3e inter).

Juste avant Kilde, Thomas Mermillod-Blondin (27) a réussi une course très correcte, perdant surtout du temps après le 3e inter où il était encore à 44 centièmes. Il a fini 17e à 1"53. Les autres Français sont partis nettement plus tard, notamment en raison de la longue interruption conséquence de chute de Thomas Mayrpeter (un des très nombreux Autrichiens). Aucun point pour Guillermo Fayed (56), 32e à 2"23, et Maxence Muzaton (51), 33e à 2"32, très peu pour Brice Roger, 27e à 2"02. On peut parler de mauvais tir groupé (Roger 27, Fayed 32, Muzaton 33, Clarey 35, Pinpin 37).

Celui qui s’en est le mieux sorti est Théaux 9e dans le groupe de 10 concurrents classés dans la même seconde (en 88 centièmes) que Svindal, vainqueur 2 fois en 2 jours (6e victoire au super-G de Lake Louise). Mayer a pris la 2e place de cette course pour la 3e année consécutive, Fill a fait 2 podiums en 2 jours comme à Beaver Creek il y a 2 ans (aucun podium entre-temps). Ils devancent le duo Franz-Ganong, Paris, Jansrud et Kriechmayr.

Le week-end prochain, on inverse, les hommes partent dans le Colorado, les femmes à Lake Louise. Par contre, concernant le suspense, il faudra probablement attendre de rentrer en Europe pour le retrouver.



Les vidéos sont aussi sur Vimeo :
-slalom géant féminin, 1ère manche (partie 1 et partie 2), 2nde manche (partie 1 etpartie 2) ;
-premier slalom féminin, 1ère manche (partie 1 et partie 2), 2nde manche (partie 1 et partie 2) ;
-second slalom féminin, 1ère manche (partie 1 et partie 2), 2nde manche (partie 1 et partie 2) ;
-descente masculine (partie 1 et partie 2) ;
-super-G masculin (partie 1 et partie 2).

Notes

[1] Sauf 2, 2 jours de suite en mars 2014.

[2] Suite à sa rupture du tendon d’Achille, il a tenté une rééducation à grande vitesse pour participer aux Mondiaux, terminant 6e de la descente et du super-G, ses 2 seules course entre fin mars 2014 et le géant de Sölden du mois dernier.