• Individuelle masculine d’Östersund (mercredi 2 décembre 2015).

Pour les hommes, l’individuelle, c’est 20 bornes. Les meilleurs skieurs trouvent matière à creuser des écarts importants, seulement avec 1’ de pénalité par tir manqué (on alterne couché et debout), ils ont vite fait de perdre toute l’avance obtenue sur la piste. En l’occurrence, avec un vent assez puissant bien qu’a priori plutôt régulier, avec la neige qui tombait et un revêtement annoncé plutôt lent, on ne savait pas trop à quoi s’en tenir. Le 20/20 risquait d’être difficile à obtenir, il s’annonçait donc particulièrement payant pour ceux des 106 concurrents capables de le réaliser. Parmi ces 106 concurrents, Martin Fourcade, de retour au biathlon après son inclusion sur le circuit de la Coupe du monde de ski de fond.

Les meilleurs Français ont choisi de ne pas s’élancer dans le 1er groupe mais plus tard. Un véritable un pari. Beaucoup ont préféré ne pas attendre, par exemple Sergey Semenov (3) – tenant du petit globe – et Jakov Fak (4). D’autres noms connus ont récupéré de petits dossards mais il fallait attendre le 21 et les suivants pour trouver les premières stars du circuit, à savoir Anton Shipulin (21), Emil Hegle Svendsen (22), Simon Schempp (30), Johannes Boe (33), etc. Mains n’oublions pas Quentin Fillon-Maillet (23) et Simon Eder (24).

En début de courses les sans-faute se faisaient très rares, Semenov en a réussi un alors que Fak s’éliminait déjà avec 3 erreurs. Premier Français en lice, Antonin Guigonnat (6) a eu un peu de mal puis a complètement craqué (1, 1, 0 et 3 fautes, 63e à 6’23). Pendant un temps, ils étaient nombreux à manquer, notamment Slesingr, Shipulin ou encore Quentin qui a loupé la dernière balle du 1er couché. QFM a cliqué pour modifier sa visée après le début de son tir, preuve que les conditions avaient évolué depuis le moment des réglages. A vrai dire les conditions ont donné l’impression de s’améliorer et on a commencé à voir de plus en plus de bons tirs, notamment des Norvégiens. Les frères Boe étaient très bien placés à ce stade de la compétition. Toutefois, après 22 concurrents, Svendsen n’était que le 2e à 10/10 (avec Semenov qui a commis 2 fautes au 2nd couché). Schempp restait également sans faute à mi-course, ses tirs très rapides lui permettaient d’être en tête. L’amélioration entrevue s’est avérée être en réalité une preuve de l’instabilité des conditions. Je crois bien que la neige a fini par céder sa place à de la pluie. Johannes Boe a pris trop de risques dans le vent et est sorti du jeu. Qui plus est, il n’avançait pas très vite. Les fautes demeuraient monnaie courante, quasiment tout le monde avait droit à 1 ou 2’ de pénalité. Vainqueur de cette épreuve la saison passée, Svendsen avait un gros coup à réaliser… Il a imité Semenov, manquant le 13e tir puis le 14e. Avec autant de fautes (1.0.1 en prenant des risques), Quentin le devançait de peu à la sortie du 2nd couché mais restait loin (47") d’Henrik L’Abée-Lund, jusqu’alors seul homme à 14/15 (qui a fini 11e à 18/20).

Parti peu après son frère Simon (64), qui a débuté par un 4/5 au couché, Martin Fourcade (67) a loupé la 3e cible. Il était resté en mode ski de fond. Très rapide sur la piste, il a eu plus de mal au tir faute d’entraînement ces derniers jours. Cette pénalité le reléguait assez loin au classement provisoire mais rien n’était réellement compromis, il pouvait se reprendre. Il n’y est pas parvenu. Une faute au premier couché, une au premier debout, un sans-faute au 2nd couché, mais 3 cibles manquées lors de son dernier séjour sur le pas de tir. Il était en grande forme, comme le prouve son temps de ski, le meilleur du jour avec 46" de marge par rapport au 2e de ce classement, Benedikt Doll (encore plus à la rue au tir), Simon Schempp étant 3e à 49", Tarjei Boe 4e à 51" et tous les autres à plus d’une minute. Cette craquante est vraiment frustrante, Martin était remonté dans le top 5, peut-être même dans le top 3 avant de se précipiter sur ce debout. Il a pris beaucoup trop de risques. Quand on commence par 2 fautes, il devient impératif d’assurer les 3 dernières, il a encore manqué la pénultième. 5’ de pénalité lors d’une individuelle, ça ne pardonne pas. Ressortir du pas de tir dans les skis de son frère – qui l’a vite lâché – parti 1’30 avant lui aurait pu être sympa s’ils avaient tous les 2 eu quelque chose à jouer, mais pour une fois le Fourcade dans le coup était bel et bien Simon. Dommage qu’il ait ajouté une seconde faute à son total. Avec 1.0.0.1, il se condamnait à un exploit sur la piste pour espérer un podium. Cet exploit consistait à finir devant Svendsen et QFM, incroyablement classés ex-aequo au centième à la 3e place provisoire. Le Norvégien a comblé un retard de 13" par rapport au jeune tricolore en envoyant du très lourd sur la dernière boucle de 4km. Simon aurait dû en reprendre 4 de plus à son coéquipier pour réaliser cet exploit. L’ancien vice-champion du monde de la discipline était trop juste, il a terminé à 20" derrière ce duo encore susceptible de se faire expulser du podium.

On connaissait déjà avec quasi-certitude 2 des 3 hommes heureux du jour. En effet, après le 15/15 de Lowell Bailey (26) gâché par 2 échecs en fin de dernier debout, après celui de Dominik Landertinger (39) lui aussi pourri par 2 fautes (il a terminé 8e), Alexey Volkov (58) n’a pas manqué l’opportunité de réussir le gros coup du jour. Avec 20/20, le podium était promis au Russe. Pas besoin d’être très rapide sur les skis quand on parvient à tirer plus vite qu’une mitraillette en évitant toute pénalité… Il détient seulement le 28e temps de ski de l’épreuve mais est effectivement monté sur la boîte à l’issue de la course. Un dernier tour difficile l’a toutefois fait passer derrière Schempp, en tête à l’arrivée grâce à un 19/20. L’Allemand a su se reprendre suite à son unique erreur au 2nd couché. Son chrono après 12 km était sensiblement identique à celui de Martin, seulement il a ensuite tout blanchi malgré des hésitations, contrairement au Français qui aurait été bien inspiré d’hésiter…

Seul un 20/20 semblait pouvoir déloger Schempp et/ou Volkov. Ils ne semblaient avoir rien à craindre car 2’ de pénalité était devenu le tarif minimum, y compris pour les meilleurs tireurs comme Eder (0.1.0.1), tout de même bien classé (finalement 7e à moins de 30" d’Emil et de Quentin qui paraient juste avant lui). Rapidement, un seul homme est resté menaçant… Ole Einar Bjørndalen (81) ! L’objectif annoncé de la légende étant de briller à Oslo lors des Championnats du monde, on s’imaginait le voir sporadiquement en Coupe du monde pour bien se préparer dans son coin le reste du temps. Le retrouver à Östersund avec un 20/20 sur l’individuelle – en prenant tout son temps pour assurer le plein – a surpris tout le monde. Avant de s’y présenter, il semblait avoir assez de marge pour rester sur le podium malgré 2 fautes au 2nd debout… en ne fautant pas il s’est imposé. 27" de mieux que Schempp avec un 20/20 et le 10e temps de ski ! Papy fait plus que de la résistance ! Sa 95e victoire individuelle en carrière, JO compris.

Par la suite d’autres anciens avec de gros dossards sont venus se placer dans le top 15 : Lars Birkeland (100) 9e à 0.1.1.0, Andreas Birnbacher (102) 12e à 0.1.0.0, et Daniel Mesottich (94) 13e à 0.0.0.1, mais aussi un plus jeune, Simon Desthieux (87), auteur d’une performance intéressante dans la mesure où il a fini 15e malgré 3 fautes (0.1.2.0), soit juste devant Shipulin (aussi à 17/20). Jean-Guillaume Béatrix (76) avait les moyens physiques de faire beaucoup mieux (8e temps de ski) mais 2 fois 2 fautes au debout ont été la cause d’une dégringolade : 30e juste sous les 4’ de retard.

Je résume : OEB devant Schempp, Volkov, Quentin et Svendsen ex-aequo au pied du podium, Simon Fourcade 6e, Eder, Landertinger, Birkeland et Semenov complètent le top 10. Martin n’est que 21e après sa 22e place du 10km libre de Ruka en ski de fond. Il n’y a pas péril en la demeure, je vous parie qu’il va se relancer dès le sprint de samedi, l’an dernier il a terminé 21e de l’individuelle d’ouverture, il a calmé tout le monde 3 jours plus tard avec un doublé sprint-poursuite

On aura finalement assisté à une belle course au cours de laquelle le dossard importait peu.

  • Individuelle féminine d’Östersund (jeudi 3 décembre 2015).

Les femmes ont hérité d’excellentes conditions pour cette épreuve de 15km. Les meilleures ont pour la plupart choisi de s’élancer dans le premier groupe afin de bénéficier d’une piste en parfait état, la température juste négative ne faisait pas craindre un regel en fin de course. Seul bémol, le vent, présent et assez irrégulier – quelques bourrasques par moments – mais de prime abord pas méchant. Du moins, c’était l’impression donnée. En début de course, elle semblait se confirmer, les 5/5 au premier couché étaient légion. Pourtant, sur 102 concurrents, elles ne sont que 7 à avoir manqué moins de 2 cibles, dont 4 sans-faute, lesquels ont bien évidemment payé. En réalité, les conditions aérologiques ont beaucoup évolué, il fallait un peu de chance.

Au début, ça se passait plutôt bien sur le pas de tir, Gabriela Soukalova (5) était le premier grand nom au départ, elle a commencé en faisant le plein puis a récidivé au debout comme au second couché. Il s’agissait du 2e 15/15 après celui de Gerekova (1), il a été suivi par ceux de Nastassia Dubarezava (12) et Franziska Hildebrand (13), puis par celui d’Anaïs Bescond (23), partie peu après Marie Dorin (21). Confirmant la grande forme sur les skis montrée lors du relais mixte simple, la double championne du monde de Kontiolahti a envoyé une cargaison de pâté sur la piste, elle était au-dessus du lot… malheureusement ses 2 tirs manqués au premier passage debout (les 2 dernières balles) ont coûté cher. D’autres concurrentes réputées pour leur vitesse sur les skis ont aussi pris des minutes de pénalité, notamment Kaisa Mäkäräinen (29), tenante du petit globe, qui a raté sa course à cause du debout (3 manqués consécutifs puis 2 fautes supplémentaires) alors que le couché se passait très bien, elle devançait même Marie à la sortie du premier. Miriam Gössner (19) a également tiré à 15/20 (1.1.0.3). Forcément, ça fait cher ! Et que dire de Susan Dunklee (11), qui a mis 9 balles à côté ?

Il fallait savoir tirer intelligemment, ne pas hésiter à se reprendre, à assurer quitte à lâcher 2 ou 3 secondes supplémentaires en route. Ça a réussi à Soukalova jusqu’à son ultime tir. Passer d’un potentiel 20/20 à un 19/20 ouvrait la porte à pas mal de filles, en réalisant le plein avec le dossard 5 elle aurait mis la pression à tout le monde, d’autant que les autres étaient renseignées sur ce qui se passait, contrairement à la Tchèque.

En réalité, cette individuelle s’est transformée en course par élimination. Tu loupes, tu dégages. Pour rester dans le coup pour un podium malgré une faute ou plus, il fallait être un avion. Les temps de skis sont en effet très proches à partir de la 6e plus rapide du jour. Marie Dorin a pulvérisé la concurrence. Rendez-vous compte que seules Kaisa Mäkäräinen et Tiril Eckhoff (54) ont concédé moins d’une minute à la leader des Bleues (respectivement 27 et 29"). Les Scandinaves ont gâché au debout. La Finlandaise a explosé en vol, la Norvégienne a mieux résisté, pas suffisamment, son 18/20 (0.1.0.1) lui a valu d’échouer au pied de la boîte. Elle a longtemps cru finir 3e, malheureusement pour elle, un sans-faute sorti d’on ne sait où cumulé avec un temps de ski modeste (le 25e) a changé la donne tardivement. N’ayant pas hésité à blinder à outrance son debout pour éviter la pénalité fatale, Olena Pidhrushna (84) a conservé 5"5 d’avance pour la battre in extremis. L’Ukrainienne a réussi un très bon dernier tour, un beaucoup plus rapide que la lauréate de la course du jour, Dorothea Wierer (46), à qui elle a aussi repris beaucoup de temps.

J’en reviens aux temps de ski. A partir de Gössner, 4e plus rapide, l’écart par rapport à Marie dépasse 1’. Vitkova (7e du jour avec 1.0.1.0) est 5e de ce classement à 1’10. Ensuite, de Horn-Birkeland (dont la perte de bâton avant le 2nd couché a peut-être joué, elle était dans le coup après son 10/10, elle a fini à 17) à Dzhyma, 9 filles ont concédé entre 1’34 et 2’04, dont Soukalova, Braisaz (8e à 1’38), Dunklee, Wierer et Bescond (13e à 2’01). Personne n’aura su allier du très bon tir à du très bon ski. Même si 18/20 reste assez correct dans l’absolu, ça suffit rarement lors d’une individuelle. Néanmoins, la performance collective des Bleues sur la piste est prometteuse, surtout quand on prend en compte le manque d’entraînement de "Nanass", dans l’incapacité de faire du ski-roues cet été à cause d’une blessure au pied. L’autre "ancienne" de l’équipe de France avait besoin d’un 20/20 pour accrocher un podium, la réussite connue jusqu’au 2nd couché (avec notamment un cordon) a disparu au 2nd debout, elle a tiré assez vite mais manqué 2 fois (1ère et 3e), juste suffisant pour rester dans le top 10. Compte tenu de son avance, peut-être aurait-il fallu chercher à assurer, il y avait un peu de vent. Ce serait encore plus frustrant si elle se trouvait seul dans ce cas. 7 des 11 à avoir tiré à 15/15 ont craqué au dernier debout en échouant 1 ou 2 fois. Soukalova, Bescond mais aussi Hildebrand (2) ont ainsi laissé échapper une place sur le podium et même la victoire dans cas de la Tchèque.

Malade ces derniers jours, Wierer a pu l’emporter malgré un temps de ski moyen (seulement 11e à 1’46) et un dernier tour très difficile. Elle a surtout fait la différence en se montrant hyper offensive avec sa carabine. Sans commettre d’erreur. Parmi les filles arrivées au second debout avec à l’esprit la perspective de l’emporter, aucune autre n’a tenu. Son 20/20 lui a permis de devancer Marie de 14 put*in de secondes et de s’emparer ainsi du dossard jaune. Il s’agit de son premier succès en Coupe du monde. Son impasse sur le relais mixte et disposer des références chronométriques de ses adversaires sont deux gros plus sans lesquels elle fêterait une 2e place. Marie aurait dû gagner. Avec un 19/20, la victoire était en poche même en effectuant la 5e boucle de 3km en style classique ou en s’arrêtant pour des selfies. Frustrant… Je rêve de voir "Super-Maman" en jaune, espérons que ce soit seulement partie remise, elle en a les capacités. Sa 2e place du jour – son premier podium sur ce format peu à son goût – récompense son mental en plus de son énorme perf en fond. Sa réaction après ses 2 échecs au debout peut lui donner des idées pour la suite. Quand elle parvient à se lâcher, lui résister devient extrêmement difficile. On a en effet vu une Marie Dorin à l’attaque, y compris au tir. Probablement libérée par ces fautes, elle a tout mis dedans, a éclaté tout le monde, une véritable boucherie. D’habitude, elle finit bien ses saisons, cette fois, elle est au taquet d’entrée[1].

Wierer est donc la première à s’imposer cette saison grâce à son 20/20, Marie est 2e malgré 2 fautes, Pidhrushna est une surprenante 3e (à 38") grâce à un sans-faute, Eckhoff échoue au 4e rang (à 43") alors qu’un plein au dernier debout lui assurait la victoire, idem pour Soukalova, 5e à 49". Nadezhda Skardino (50) était trop lente pour espérer un podium, son 20/20 lui offre néanmoins une belle 6e place, mieux que sa compatriote Dubarezava qui avec le même tir termine 12e. Le top 10 est complété par Vitkova, Hauser (19/20 pour la jeune Autrichienne, on attend désormais une confirmation de sa part), "Nanass" Bescond et Hildebrand.

J’ai déjà évoqué Justine Braisaz, son premier tir loupé au debout n’était pas catastrophique, mais il lui fallait éviter d’y ajouter une autre pénalité, elle en a pris une autre au couché puis a encore manqué 2 cibles au debout. Hormis cas extrêmes de tempête, faire 4 fautes (0.1.1.2) lors d’une individuelle est rédhibitoire : 26e à 3’52. Sur un sprint, ça pourrait le faire… Pour les autres Françaises en revanche, ça s’annonce plus compliqué. Marine Bolliet (34) a terminé 36e à 4’23 avec un 17 (1.0.0.2), ses jeunes coéquipières sont passées complètement à côté en étant dans le dur – voire le très dur – sur les skis comme au tir où elles ont commis chacune 5 fautes : Enora Latuillière (40) 63e à 6’27 (0.2.2.1), Coline Varcin (93) 74e à 7’28 (0.1.1.3).

Martin et Marie sont les plus rapides sur les skis. Dès que le tir suivra, ça scorera très fort. Un super leader et de la densité chez les hommes comme chez les femmes, toutes les courses diffusées sur une chaîne gratuite, je lance de suite l’alerte régalade !



Les vidéos sont aussi sur Vimeo :
-individuelle masculine partie 1, partie 2, partie 3 et partie 4 ;
-individuelle féminine partie 1, partie 2, partie 3 et partie 4.

Note

[1] Ceci dit, l’an dernier elle a débarqué sur le circuit en janvier quelques semaines après la naissance de sa fille et en novembre 2013 c’est sa grave entorse avant l’individuelle qui a tué dans l’œuf un début de saison s’annonçant déjà très prometteur.