• Descente masculine de Beaver Creek (vendredi 4 décembre).

Aksel Lund Svindal est le roi, Kjetil Jansrud le vice-roi. Malgré le retour du roi cette saison après des mois d’absence en Coupe du monde, Guillermo Fayed est toujours présent et capable de monter sur le podium, il n’est pas condamné à rester au pied de la boîte, une situation frustrante vécue la semaine passée au Canada. Le meilleur descendeur français révélé la saison dernière en l’absence du patron l’a prouvé en se hissant à la 3e place de cette descente. Aux entraînements, il était déjà dans le coup (5e et 7e), restait à faire mieux le jour J. Il a su sortir la perf au bon moment.

Mais reprenons les choses dans l’ordre. Les conditions de course étaient excellentes. A priori on allait donc assister à une course équitable. Une course équitable réservée aux cadors en raison des caractéristiques de cette piste. Dans la partie sommitale, il faut uniquement faire parler les qualités de glisseurs, c’est en effet très plat avec beaucoup de mouvements de terrain, et donc super dur. Ensuite c’est nettement plus technique et très pentu, il y a des sauts difficiles. Pour gagner, il faut être très complet. Christof Innerhofer (1) est resté en tête pendant un bout de temps sans avoir été bon en haut. Il a bataillé avec la piste sur certaines portions, se faisant bien secouer. La marge de progression était importante. Adrien Théaux (7) aime cette piste, il y a eu d’excellents résultats par le passé, on pouvait espérer qu’il se hisse tout en haut du classement provisoire. Parti après une interruption (pour remettre une porte), il était bien dans le coup avant de perdre pas mal de temps entre les points de chronométrage intermédiaire 2 et 3. Puis il est revenu, mais pas assez, échouant à la 2e place à 21 centièmes avec la certitude de se faire doubler par pas mal de monde. A commencer par un gros client, Patrick Küng (9), champion du monde l’hiver dernier sur cette piste, auteur d’une grosse faute dans le virage à angle droit avant la micro-traverse (où Innerhofer a dû être énorme). Il s’est intercalé à la 2e place à 0"15.

Si Max Franz (10) est sorti après un grand écart, Peter Fill (12) a failli faire mouche et se placer idéalement pour monter une 3e fois de suite sur un podium de Coupe du monde. Nettement en avance sur la première partie, il est passé dans le rouge pour reprendre la tête au dernier inter, mais manquant de vitesse, notamment à cause d’un mauvais virage sur le bas, il a été relégué à son tour à la 2e place… à 4 centièmes de son compatriote. Steven Nyman (13) a été impérial en haut (-0"66), il a eu beaucoup plus de mal dans les parties plus techniques et est venu garnir la pile de concurrents classés dans la même demi-seconde. Carlo Janka (15) semblait parti pour faire de même après un début moyen – même s’il affichait vert et un quart de seconde de retard au 3e inter. Néanmoins, il est repassé devant ensuite, délogeant enfin Innerhofer (-0"13).

Le top 7 s’élançait juste après le TV break, je pensais en voir 2 ou 3 le battre, ils ont été 4, dont les 3 suivants. A commencer par Aksel Lund Svindal (16), monstrueux en haut (-0"68 après environ 28" de course) puis phénoménal jusqu’au 3e inter, le chrono affichant une avance de 0"97, même écart à l’arrivée. Sans avoir fait péter les radars qui mesure la vitesse instantanée (seulement la 40e à la sortie de la dernière portion avant l’arrivée !). On s’approchait de la perfection sans l’atteindre, il restait quelques centièmes voire dixièmes à gratter à la marge. D’ailleurs Hannes Reichelt (17) lui a repris environ 3 dixièmes dans la 4e section. L’Autrichien avait lâché une grosse seconde auparavant, d’où une 2e place à l’arrivée (à 0"78). Décidément, ils auront été nombreux à se succéder à la 2e place provisoire. Kjetil Jansrud (18) a été le dernier. Vainqueur des 2 entraînements alors que Svindal cachait son jeu (4e et 9e), il n’a pu rivaliser en glisse. Se retrouver à une demi-seconde au premier inter lui a été fatal. En effet, s’il a fait quasiment jeu égal ou été plus rapide sur toutes les autres sections, 3 des 5 dixièmes de l’écart creusé sur le haut ont subsisté jusqu’à la ligne. 2e à 0"30 n’a rien de déshonorant, néanmoins dans son for intérieur, la déception doit être réelle.

2 dossards plus tard, c’était au tour de Guillermo Fayed (20). En jetant un œil sur ses résultats en descente, j’ai été surpris. Je n’ai bien sûr pas manqué sa grande saison 2014-2015, néanmoins je ne le voyais pas si régulier. 9 fois dans le top 6 lors de ses 12 descentes précédentes[1] (dont 2 podiums), ça fait de vous un véritable cador. C’est d’autant plus remarquable qu’avant son podium à Lake Louise en ouverture, il comptait seulement 5 top 10, et aucun top 5, son meilleur classement étant 6e. Le déclic s’est produit comme je l’espérais l’an dernier. Sur cette piste des Oiseaux de Proie, il a terminé 6e en 2014 puis 5e à 8 centièmes du podium lors des ChM en février dernier. Les 8 centièmes lui ont cette fois été favorables. Ayant assez bien débuté (un peu mieux que Jansrud), il comptait déjà 1"02 de retard au 2e inter. Ensuite, il a su limiter la casse puis revenir en conservant une vitesse élevée. A vrai dire, je ne m’attendais pas à le voir 3e à 0"70 après avoir pointé en fond de classement vers la mi-course.

Les concurrents encore susceptibles de lui piquer sa 3e place se comptaient sur les doigts d’une main. Dominik Paris (21) et Matthias Mayer (22) m’ont fait peur… mais pas très longtemps. Le plus dangereux aura été Andrew Weibrecht (34), moyen en haut mais à seulement 6 dixièmes de Svindal au 3e inter, puis à 0"85 au 4e… mais 5e ex-aequo avec Janka à l’arrivée (+0"97).

Ça nous fait un podium 100% Head (Svindal, Jansrud, Fayed) devant Reichelt, Janka/Weibrecht, Innerhofer, Fill, Küng et Théaux 10e. Les autres Français ont eu plus de mal, certains s’en tirant tout de même de façon très correcte. Johan Clarey (28) s’est finalement classé 22e à 1"89 malgré des problèmes pour pousser au départ (blessé au poignet pendant l’été). Ses temps de passage étaient intéressants, il lui manquait la vitesse. Maxence Muzaton (47) a réussi une joli perf en se hissant au 18e rang (+1"66) tout près d’Aleksander Aamodt Kilde (16e à 1"58 avec le 51), le 3e Norvégien du circuit. 2 autres Français ont terminé dans les 30, à savoir Thomas Mermillod-Blondin, bon aux entraînements, finalement 26e à 2"27 avec le dossard 55, et Blaise Giezendanner (39) qui a pris le point attribué au 30e en concédant 2 dixièmes de plus. Le seul Français hors des points est donc David Poisson (27), qui a fini avec un air totalement désabusé (à plus de 3 secondes).

Notons aussi la grosse chute de Josef Ferstl (24) : faute, il perd le contrôle, passe à travers une porte, s’envole et réussit par miracle à freiner au moment de percuter le filet, s’évitant un énorme carton.

1 podium, 2 top 10, 6/7 dans les 30, on peut s’en satisfaire. Chez les filles, ce bilan restera un fantasme pendant quelques mois ou années. Pourtant, on a failli avoir une super surprise.

  • Descente féminine de Lake Louise (vendredi 4 décembre).

Lindsey Vonn est beaucoup trop forte. Surtout au Canada. C’est la Dame du Lake (Louise). Actuellement, nous sommes privés de la plupart des meilleures descendeuses des dernières saisons (Maze, Fenninger, etc.), C’est donc encore plus facile pour la revenante américaine, surtout que Lara Gut a du mal en descente sur cette piste (alors qu’elle y réussit en super-G). D’habitude, dans cette région, la température descend très bas, on peut avoir du -30°C. Pour cette course, il ne faisait pas très froid, beaucoup moins qu’aux entraînements, ce qui pouvait changer la donne concernant le matériel. Le soleil était présent, le vent aussi. Les éléments, Vonn n’en avait cure. Elle a découpé la piste. Mais faisons les choses dans l’ordre.

Ô surprise, avant le départ des 7 mieux classées à la WCSL, Margot Bailet (2) était 2e (à 0"58 de la 1ère) ! Pourtant rien ne l’annonçait, elle était 14e et 26e aux entraînements. Le jour-J, elle a su prendre sa chance avec son petit dossard, c’est super encourageant pour la suite, on lui demande de prendre la relève de Marie Jay-Marchand-Arvier et de Marion Rolland en tant que leader du groupe de vitesse, ceci sans avoir de grosse référence. Ses meilleurs résultats en carrière ont été obtenus en combiné alpin, elle a pris la 4e place à Bansko la saison passée (et la 5e aux ChM). Si on s’en tient à la CdM, son meilleur classement en descente était 17e. Dans cette position, elle était déjà certaines d’intégrer le top 10 pour la première fois. Et pourquoi pas mieux ?

Cornelia Hütter (10) était beaucoup plus attendue en raison de ses performances aux entraînements (6e et 1ère), il n’était donc pas étonnant de la retrouver en tête, néanmoins, compte tenu de son haut de parcours assez moyen, sa victoire semblait peu probable. La marge d’amélioration semblait trop importante pour ne voir aucune des meilleures filles du circuit la battre. Mais y a-t-il vraiment des meilleures filles qu’elle actuellement ? Oui, mais peu. Y compris dans le top 7 (dossards 16 à 22) où certaines figurent par défaut.

Lara Gut (16) a mieux débuté que l’Autrichienne, elle a eu beaucoup de mal ensuite malgré de grosses vitesses. 4e provisoire à 0"82. Fabienne Suter (17) s’est classée exactement dans le même temps que sa compatriote. Tina Weirather, en demi-teinte sur le haut, a été nulle à la fin (1"58 de retard à l’arrivée). Elisabeth Görgl (19), pas mauvaise en première partie de course, a très mal terminé. Elena Fanchini (20) a également pris un éclat.

Au tour de Lindsey Vonn (21), impressionnante d’entrée. La Dame de Lake Louise a tout de suite obtenu une grosse marge, laquelle augmentait à chaque chronométrage intermédiaire, sauf quand elle est passée de de -0.40 à -0.09 (entre le 3e et le 4e) à cause d’une grosse faute qui pour une fille normale ça se paierait cher. Son secret ? Elle ne freine pour ainsi dire jamais. Du coup, quand elle commet une faute, elle garde beaucoup de vitesse. Son avance a repris des proportions flippantes : -0"44, et -0"58 en bas ! On peut parler de retour à la Svindal, c’est la même chose, peut-être en pire car elle a enchaîné les blessures, est revenue en force l’an dernier, a encore eu un problème cet été (la cheville), a même été mordue au pouce par son chien en novembre. L’autre similarité avec le Norvégien est sa capacité à gagner malgré un gros accroc. La différence la plus évidente est l’adversité. Chez les hommes, la densité est bien supérieure, dominer outrageusement est encore bien plus difficile.

Après le passage de Viktoria Rebensburg (22), pas dans le coup, Bailet semblait sur le point de monter sur son 1er podium. Ramona Siebenhofer (23) est venue doucher mon enthousiasme. On a eu le temps de voir venir l’embrouille tout en espérant jusqu’au bout que les centièmes seraient favorables à la Françaises. A seulement 0"19 au 3e inter, 0"35 au 4e, ça sentait mauvais. A 0"87 au 5e inter, l’espoir était de retour. Malheureusement, cette autre Autrichienne s’est classée 3e à 1"07. Je ne connaissais pas cette fille[2] qui, en plus, a aussi commis une faute. Le seul indice permettant d’anticiper cette surprise était sa 4e place lors d’un des entraînements. Mais bon, 9 put*in de centièmes, ça gave, on attend un podium en vitesse depuis tellement longtemps !

Ensuite, le top 15 n’a pas bougé, 2 autres Autrichiennes ont intégré le top 20. Mieux valait avoir un petit dossard, comme le montre le classement où 5 des 10 premières – et 6 des 11 premières – à avoir pris le départ son dans le top 10. Derrière Vonn, Hütter (10) et Siebenhofer, on trouve donc Bailet (2), Stacey Cook (11), les 2 Suissesses à la 6e place ex-aequo, puis Nadia Fanchini (5), Verena Stuffer (6) et Stephanie Venier (3). Jennifer Piot (4) est en revanche passée à côté de l’opportunité, se classant 27e. Les autres Françaises débutent en Coupe du monde, Anouk Bessy (40) est la mieux classée, 32e, il faut chercher au-delà de la 40e place pour trouver Romane Miradoli, Noémie Larrouy et… Tessa Worley, qui s’est essayée à la descente.

A défaut de podium, Margot Bailet a certainement gagné beaucoup de confiance en elle, désormais elle se sait capable de jouer devant, et pas seulement en combiné (la discipline grâce à laquelle est intervenu un déclic). Cette perf confirme sa progression, le revers de la médaille – en chocolat – est que désormais, on l’attendra beaucoup plus, elle devra s’adapter à cette nouvelle situation avec beaucoup plus de pression. Ceci dès demain.

Svindal en est à 3 victoires en 3 épreuves de vitesse cette saison. Lindsey Vonn à une sur… une. Resteront-ils invaincus dans leur domaine de prédilection après les courses de samedi ? Réponse dans quelques heures.



Les vidéos sont aussi sur Vimeo.
Descente masculine de Beaver Creek : partie 1 et partie 2.
Descente féminine (n°1) de Lake Louise : partie 1 et partie 2.

Notes

[1] Les seuls résultats hors top 6 sont une sortie à Santa Caterina, une 11e place à Saalbach (triplé autrichien sur une piste qu’ils étaient les seuls à connaître si mes souvenirs sont bons) et une 34e à Garmisch-Partenkirchen (un sprint avec 33 concurrents dans la même seconde).

[2] Aucune référence en CdM, seulement quelques points de temps en temps, une 15e place en géant à Sölden il y a 2 ans, une 17e en descente à Lake Louise dans la foulée, et depuis jamais mieux que 20e, sauf en combiné Alpin (13e et 7e).