• Super-G masculin de Beaver Creek (samedi 5 décembre).

En raison de fortes chutes de neige et du brouillard tant avant que pendant la course, les organisateurs ont été contraints d’abaisser le départ du super-G. Par conséquents, cette épreuve devenait un sprint d’une grosse minute. Les pronostics devenaient beaucoup plus difficiles, tout semblait assez ouvert, les erreurs allaient sans doute se payer cash, car en général, quand un super-G est aussi court, les écarts à l’arrivée sont infimes. Il n’est pas rare d’en trouver 4 ou 5 dans le même dixième, parfois de partager la victoire.

Sachant qu’à Beaver Creek les techniciens – autrement dit les géantistes – ont l’habitude de bien s’en sortir, on attendait beaucoup Alexis Pinturault, monté sur le podium l’an dernier. Malgré l’amputation de la première partie du tracé, la plus technique, il fallait aussi se méfier d’un garçon peu habitué à prendre le départ en super-G, sauf sur ce genre de profils. C’est le cas de Marcel Hirscher (4), qui a pris la tête pour une demi-seconde. En général, quand il neige, mieux vaut ne pas être un des premiers à s’élancer car la pellicule de neige fraiche est alors un désavantage, c’est plus facile si quelques concurrents la chassent avant vous. Ceci dit, tout dépend de l’évolution des conditions. En l’occurrence, la neige n’a pas faibli, tant s’en faut, la visibilité se réduisait encore et encore et de la neige fraîche venait immédiatement remplacer celle dégagée quelques secondes auparavant. Quelques minutes après le départ de la course, c’est presque devenu dangereux. Mais la course était lancée, alors les représentants de la FIS ont laissé couler.

Dans la mesure où Hirscher a manqué de vitesse par endroits, il semblait possible de le battre. Dans la mesure où il a traditionnellement une chance de cocu, il était probable que son dossard 4 se révèle être le dossard idéal pour l’emporter. Rappelons-le, il y a quelques mois, il est devenu champion du monde du combiné alpin… par pure chatte. A une place près, au lieu de partir sur une piste immaculée en slalom, il partait derrière tous les meilleurs et n’aurait jamais pu remonter tout le temps perdu en descente car la chaleur et 3 ou 4 passages ont suffi à défoncer une piste très mal travaillée (les garçons comme Pinturault avaient eu le tort de ne pas être assez mauvais dans cet exercice de vitesse).

5e de la descente de vendredi, Andrew Weibrecht (10) – aucun podium en Coupe du monde pour seulement 7 top 10 à presque 30 ans… mais 2 médailles olympiques dans la discipline – a échoué à 36 centièmes (2e provisoire) dans la chasse à l’Autrichien en ayant commis au moins une faute. Les conditions de course étaient déjà devenues assez terribles, on peut donc parler d’exploit. Alexis Pinturault (11) semblait bien parti, malheureusement son ski extérieur a chassé, possiblement à cause ou en partie à cause de la neige fraiche, lui a fait perdre le contrôle, sauter et manquer la porte suivante. 2 super-G cette saisons, 2 échecs cuisants pour le leader sur ski alpin français… Il ne pourra pas jouer le gros globe avec de tels résultats. Il lui faudra surtout plus de réussite car la visibilité et de piste le désavantageaient fortement. Brice Roger (13) a fait mieux… mais seulement parce qu’il a terminé. Car il a fini très loin des meilleurs, tout au fond du classement.

Il n’y a pas eu de TV break après les 16 premiers. Kjetil Jansrud (16) n’a pas pour autant échappé au désavantage qu’une interruption aurait procuré. On n’y voyait rien, il s’est fait surprendre et a failli sortir, ce qui lui a coûté plus de 3 secondes, donc l’équivalent d’une sortie de piste en somme. En voyant tout le monde se faire biiiiiiip par les conditions météo, Hirscher devait jubiler intérieurement. Il essayait de ne pas le montrer. Conscient d’être cocu, il ne pouvait fanfaronner. Champion du monde sur cette piste il y a quelques mois, Hannes Reichelt (18) n’a pas fait exception, il a subi, ne décrochant même pas un top 10. Adrien Théaux (19), en bronze quand Reichelt a remporté le titre, a connu les mêmes problèmes. Le tarif était de quelques centièmes au premier inter, puis 3 dixièmes au 2e, 8 au suivant… Toutefois, ayant su prendre de la vitesse, il a pu se classer 3e ex-aequo avec Mattia Casse (1), parti dans de toutes autres conditions.

Seul Aksel Lund Svindal (20) semblait capable de chambouler la hiérarchie. Il était quasiment à égalité avec Hirscher au 2e inter mais a commis exactement la même erreur que Jansrud, perdant seulement une grosse seconde en raison de sa capacité à se rétablir plus rapidement. Hirscher n’en croyait pas ses yeux. Et Svindal n’a rien vu venir. Au sens propre. En fait, il n’a rien vu du tout. Il n’a donc pas réussi à enchaîner 4 victoires consécutives en vitesse.

Théaux pouvait désormais espérer monter sur le podium, à moins d’un soudain – et improbable ? – changement de conditions climatiques. Dominik Paris (21) a un temps menacé de lui piquer sa place, une faute l’a sorti de la course au podium.

Après le dossard 22 a eu lieu un premier TV break. Bonnes chances à ceux qui partaient dans la foulée. Pas de chance, 3 Français étaient concernés. On en envoyé des ouvreurs, mais ça ne changeait pas vraiment la donne. Thomas Mermillod-Blondin (27) a pris des points en descente malgré un numéro de dossard énorme, il était plutôt bien au 2e inter, mieux que Théaux (+0"47) mais a été pris sur l’arrière, me semble-t-il à l’endroit où beaucoup d’autres ont été piégés avant lui. Il n’a pu se reprendre et a fini dans les filets. Heureusement, sans dégât apparent. J’ai eu peur pour son genou. Cette chute est d’autant plus dommageable qu’il semblait avoir droit à une petite accalmie. Une impression confirmée lors des minutes suivantes. Aleksander Aamodt Kilde (28) a fini à 6 dixièmes seulement d’Hirscher. Ted Ligety (29) s’élançait à ce moment. On parle d’un gars monté une seule fois sur un podium en Coupe du monde dans cette discipline (en 2009)… mais qui a profité d’un super-G typé géant pour en devenir champion du monde à Schladming en 2013. Qui plus est, il connait par cœur cette piste où il a beaucoup gagné en géant. J’avais très peur qu’il ne vienne battre Théaux. Les temps intermédiaires le laissaient craindre… et en effet, il a terminé 2e à 0"33, rejetant le Français au pied du podium.

Une nouvelle interruption – assez courte – juste avant les passages de Johan Clarey (30) et de Victor Muffat-Jeandet (31) risquait de les désavantager à leur tour. Clarey est mal parti, il a commis plusieurs erreurs, ce qui l’a relégué très loin. Restait à espérer que le dernier géantiste français au départ allait pouvoir se mêler à la lutte avec Hirscher et Ligety. Pourquoi avoir balancé un TV break à ce moment, soit peu après une interruption de la course ayant permis aux télés d’envoyer des pubs ? Je ne sais pas. Mais j’étais dégoûté pour VMJ. Il fallait enchaîner au lieu de faire attendre le Français plusieurs minutes et d’envoyer un ouvreur. Sans surprise, ayant très peu d’expérience en vitesse, il a galéré. Je préfère ne même pas donner son résultat.

Par la suite, quelques concurrents ont réussi à s’approcher du top 10 en finissant dans la même seconde que le vainqueur. Il s’agit de Thomas Biesemeyer (11e à 0"79 avec le 42), de Thomas Tumler (12e à 0"82 avec le 45) et de Martin Cater (18e sous la seconde avec le 54).

Je résume. Sur le podium, Hirscher, Ligety et Weibrecht. Aucun de ces gars n’avait déjà gagné en Coupe du monde, ils comptaient 2 podium en super-G à eux-trois (mais une jolie collection de médailles en championnats). 2 sont de grands géantistes opportunistes et chanceux ayant la particularité… d’être de gros cocus ! Voilà, c’est dit.

Le bilan est à la fois mauvais et frustrant : seulement 2 Français dans les 30 à la 4e place (Théaux) et à la 25e (Roger). Chez les filles, lors de la 2nde descente de Lake Louise, c’est pire. Sauf que là, on s’y attendait. Tout comme on s’attendait à la victoire de Lindsey Vonn. Une victoire aussi écrasante n’était en revanche pas forcément attendue.

  • Descente féminine de Lake Louise (samedi 5 décembre).

Cette fois, quand Margot Bailet (6) a pris le départ, Ramona Siebenhofer (4) – l’Autrichienne par qui elle a été privée de son premier podium 24 heures auparavant – était passée. Mais tombée à quelques portes de la fin en se réceptionnant très mal sur un saut. Sans conséquence toutefois. Elle allait prendre la tête. Schnarf avait fait exactement la même erreur avec le dossard 1, beaucoup d’autres ont ensuite été surprises par la vitesse au moment d’arriver sur cette bosse à quelques portes de l’arrivé. Le manque de visibilité en l’absence de soleil explique sans doute en partie les soucis rencontrés par les filles. Surtout, elles ont peiné en raison du refroidissement de la température par rapport à la veille, on est descendu de 6°C, c’était donc beaucoup plus dur et glacé, ça tapait beaucoup. Bref, quand Bailet s’est élancée, Corinne Suter (2), première concurrente à avoir franchi la ligne, dominait toujours le classement. Sur la lancée de sa 4e place de la veille, la Niçoise pouvait espérer allumer vert en bas. Seulement, elle n’a jamais été dans le coup. Elle a même commis beaucoup d’erreurs. 3e provisoire sur 4 classées à 1"45, il y n’avait déjà plus rien à espérer.

Nicole Schmidhofer (8) aurait probablement pris la tête si elle n’avait fait du saut à skis sur une la dernière bosse (d’autres l’ont aussi fait). Stacey Cook (9) a aussi échoué d’assez peu. Larisa Yurkiw (11) s’est intercalée à la 2e place à 16 centièmes en étant revenue comme une balle. Le couperet se rapprochait, il a fini par tomber, Suter a perdu la tête. Cornelia Hütter (13), 2e la veille, a confirmé cette performance en améliorant nettement le temps de référence établi par la Suissesse : -0"46 (elle a eu plus de 6 dixièmes d’avance, a pris trop large un virage, et a perdu de la vitesse sur le dernier saut). Ayant commis quelques erreurs, la dauphine de Miss Vonn devait s’attendre à être battue, peut-être même pas plusieurs filles.

Kajsa Kling (14) a fini à 32 centièmes, Nadia Fanchini (15) à 24 en en ayant eu 16 d’avance au 3e inter. Avec Lindsey Vonn (16), Tina Weirather (17) ou encore Lara Gut (18) à suivre, la hiérarchie allait très certainement être chamboulée.

Vonn a allumé vert de haut en bas en augmentant à chaque fois ou presque sa marge malgré une trajectoire a priori perfectible. Elle a même plus que doublé son avance lors de chaque session jusqu’à environ 1"10 puis a fait jeu égale avec Hütter jusqu’en bas pour la repousser finalement à 1"16. Il y avait donc énormément de place pour s’intercaler au 2e rang derrière l’intouchable monstre de Lake Louise où elle compte désormais 17 victoires et 7 podiums (dont une seule 3e place). Gut était bien partie, mais des fautes assez grossières ont coûté à la skieuse la plus polyglotte du circuit de gros dixièmes, de gros points… et surtout de très grosses frayeurs. A quelques centimètres près elle aurait pu perdre le contrôle et se faire excessivement mal. Viktoria Rebensburg (19) n’a pas fait mieux, elle n’a pas fait pire, elle a fait… le même temps (+1"85 par rapport à Vonn). Le même aussi que Schmidhofer. Le 7e seulement. Il restait du monde, donc des risques de surprise.

Fabienne Suter (20) a beaucoup mieux résisté à Vonn, du moins pendant un moment. Il lui manquait probablement du physique pour tenir les appuis solidement tout du long. Finalement, elle a aussi été larguée à plus d’une seconde. Toutefois, son retard de 1"05 la plaçait 2e. Une place qu’elle n’a pas quittée, car ensuite, les filles ont fini avec un retard compris entre 2"20 et 2"24 (quasiment une à chaque centième)… ou à beaucoup plus. Jamais moins.

Outre Margot Bailet, Jennifer Piot (23) était la seule autre Française présente parmi les 30 premiers dossards. On n’attendait pas d’elle une super performance. De là à manger plus de 4 secondes… 3 de ses jeunes coéquipières s’élançaient entre 35 et 40. Elles avaient des points à prendre. J’espérais même beaucoup de Romane Miradoli (35), qui a montré de belles choses en fin de saison dernière en super-G. J’ai été déçu. Déjà 7 dixièmes de retard au 1er inter… puis de grosses fautes et contreperformance à l’arrivée. D’autres participent à leur première étape de Coupe du monde, se manquer est plus logique. Noémie Larrouy (38), 20 ans, n’était pas si mal pendant la première moitié de cette descente, elle a galéré ensuite. Anouk Bessy (40), 20 ans elle aussi, a connu une sale chute, sans conséquence directe apparente. Son ski gauche s’est pris dans une porte et s’est détaché alors qu’elle s’envolait en vrille. Gros choc, chute et glissade sur le dos jusque dans le filet… S’en sortir avec de simples contusions et pouvoir rechausser ses skis pour descendre sur ses jambes mérite d’être qualifié de bel accomplissement. Enfin, Laura Gauché (46), qui a aussi 20 ans, a pris cher, comme les autres.

Margot Bailet est donc la seule Française à avoir décroché des points (25e). Cette situation est conforme à ce qu’on imaginait voir cette saison en descente suite aux départs de Marie Marchand-Arvier et de Marion Rolland.

Bref. Vonn a éclaté tout le monde, Suter a profité des innombrables absences et départ en retraite pour monter sur le podium, Hütter a fait de même en rassurant l’Autriche, privée de Fenninger cette saison mais pas à poil en vitesse. Et lors du super-G de dimanche, Vonn risque bien de remettre ça pour décrocher une 71e victoire en CdM.

Dimanche, il nous faut des podiums !



Les vidéos sont aussi sur Vimeo.
Super-G masculin de Beaver Creek : partie 1 et partie 2.
Descente féminine (n°2) de Lake Louise : partie 1 et partie 2.