• Poursuite masculine.

Ça aurait difficilement pu mieux se passer. Ou mieux se terminer. Bonne conditions, pas de vent, une piste avec un fond dur, pas facile à skier, soit l’idéal pour Martin Fourcade, qui disposait d’une avance hyper importante (52" par rapport à Arnd Peiffer, le 2e). Pour la victoire, ça se présentait bien. Premier intérêt de la couse. On trouvait Quentin Fillon-Maillet en embuscade (4e à 1’04, soit à 12 secondes du 2e) après 2 échecs au pied de la boîte en 2 épreuves indicatifs de sa très grande forme. Deuxième intérêt de cette poursuite. D’autres Français prenaient le départ avec des chances de remonter au classement, à savoir Simon Desthieux (21e à 2’10), Jean-Guillaume Béatrix (31e à 2’23) et Simon Fourcade (49e à 2’59). Troisième intérêt de la course. En bonus, le dossard jaune d’Ole Einar Bjørndalen – et forcément le rouge, porté par Martin en tant que vainqueur sortant du petit globe – pouvait migrer sur des épaules françaises.

Fort logiquement, Martin a tout de suite appuyé sur les skis pour prendre le large et augmenter encore sa marge. Peiffer et Bjørndalen ont quant à eux entrepris de se détacher de la meute. Au premier couché, Martin a pris son temps, pourtant il a manqué son 3e tir. Pas de souci toutefois, ses poursuivants n’était pas encore sur les tapis quand il a débuté sa 2e boucle. Le vétéran norvégien a pris des risques payants, l’Allemand a résisté en faisant aussi carton plein. Johannes Boe s’est rapidement éliminé en loupant 3 fois (toujours en attaquant comme un fou, il n’a aucun contrôle de lui-même, aucun sens tactique). Les autres mettaient tout.

Au début du 2e tour, Bjørndalen pointait à 42", Peiffer à 45, Svendsen et Doll à 57, Quentin à 1’02 avec Pidruchnyi. Ils avaient de la marge sur le 8e. D’autant que derrière, ça loupait beaucoup plus. Avec un 5/5, il y avait des places à gagner. Béatrix est ainsi passé 14e à 2’. Desthieux a manqué une fois, il est sorti 17e.

Sur la piste, Bjørndalen a lâché Peiffer tout en perdant du temps par rapport à Martin, manifestement pas au taquet. Svendsen limitait mieux la casse (presque jeu égal avec Martin… avec 1’ de retard), il essayait de distancer Doll. Avant le second couché. A quoi bon ? A la sortie du pas de tir, Doll était 2e à 53" grâce à un sans-faute. Bjørndalen, arrivé avant les autres chasseurs, a commenté et terminé en faisant tomber les plaquettes, entre-temps il a tout raté. 3 tours ! L’autre prétendant norvégien a fait à peine mieux, 2 loupés. Peiffer aussi s’est manqué, moins, une fois. Qui en a profité ? Quentin, désormais 3e à 1’07 grâce à son 10/10. A ce moment de la course, personne ne pouvait plus raisonnablement se penser en mesure d’aller chercher Martin, auteur d’un très beau tir bien posé, en touchant toutes les cibles bien au milieu, il avait pris soin d’ajuster sa visée avant de s’y mettre.

Peiffer est sorti 4e à 1’22, Pidruchnyi 6e à 1’33, Svendsen à 1’46, Bjørndalen à 1’54, Smith à 1’56, puis Béatrix 9e dans les skis du Canadien en ayant tout mis dedans. Auteur d’un second 4/5, Desthieux ne pouvait plus espérer grand-chose. Il ne disputait décidément pas la même course que Martin. A vrai dire, personne ne disputait la même course que le leader, seul au monde, de plus en plus seul au monde à force d’envoyer du pâté pour obtenir une marge aussi confortable que possible. Il reprenait du temps à tout le monde. Il semble que pendant cette 3e boucle Jean-Gui ait cassé un bâton alors qu’il menait une grosse meute à environ 2’ de Martin.

Le médaillé de bronze de la poursuite olympique de Sotchi a déchanté dès le tir debout, son point faible. 2 fautes (3e et 5e) ont tout gâché (9 places perdues d’un coup). Il a même remis ça au second debout avec encore 2 tours de pénalité. D’où sa 28e place à l’arrivée. Du gâchis.

Devant, loin devant, Martin avec manqué la 4e cible, peut-être un peu déconcentré, peut-être victime d’un léger vent. A vrai dire, OSEF, il était en promenade. Surtout que Doll, arrivé seul sur le pas de tir, mis sous pression par sa position nouvelle de seule proie atteignable, a raté d’entrée, a remis ça avec sa 3e balle, puis a mis un temps fou à lâcher la dernière. Quentin pouvait en profiter, il l’a à moitié fait, manquant une fois. Peiffer s’est érigé en grand bénéficiaires des erreurs de son compatriote en claquant un super 5 qui lui a valu de retrouver la 2e place… 2 secondes devant Quentin, mais à 1’19 de Martin, dont l’avance devenait carrément indécente ! Svendsen s’est relancé avec un sans-faute (4e à 1’33), Doll le suivait de près, Smith pointait au 6e rang à 1’46 (avec son premier sans-faute du jour). Quant à Garanichev (7e à 1’51), il poursuivait sa belle remontée en n’ayant pas encore mis les skis sur l’anneau de pénalité. Le Russe avait Eder aux fesses. En revanche, Bjørndalen a manqué 2 fois, il a disparu du top 10 au profit de Shipulin.

QFM aurait pu se contenter de coller à Peiffer en attendant de jouer son sort en duel à la carabine, il a préféré doubler et imposer son train dès la jonction. Peut-être par peur du retour de Svendsen, pas de Doll, largué. Au second debout, le jeune Français a aussi joué l’attaque, il a tenté de prendre quelques mètres d’avance, a tiré très vite, les fanions bougeaient un peu, un sans-faute était nécessaire, tout se passait remarquablement bien… jusqu’à ce dernier tir manqué. Arf. Peiffer n’a pas eu besoin de se baisser pour ramasser, il a pris la 2e place en blanchissant tout. Heureusement, Svendsen et Doll ont chacun échoué une fois, Smith aussi, du coup Quentin a pu conserver la 3e place, il était à 20 secondes de Peiffer, possédait 13 secondes de marge par rapport à Svendsen, lui-même talonné par Garanichev, 5e à 1’41. Est-il nécessaire de préciser que Martin, auteur d’un 4/5 (la 2e loupée cordon, manque de réussite sans conséquence) faisait déjà de la récupération active grâce à ses 66 secondes d’avance ?

Finalement, Quentin a eu un peu chaud aux fesses, une meute composée de Boe (revenu de l’arrière en tirant à 1, 0, 1 et de nouveau 0 faute, il partait avec le dossard 29), Svendsen, Doll et Garanichev, Malyshko essayait de suivre, il a gagné une place grâce à la chute bête de son compatriote au pire moment, à savoir quand Boe en a mis une pour doubler l’autre Norvégien du groupe. Heureusement, Quentin a pu s’accrocher pour conserver sa 3e place. Il ne pouvait pas encore finir 4e !

Martin a eu le temps de prendre un drapeau pour finir sa course avec, il a vu arriver Peiffer tranquille 2e puis accueilli Quentin pour le premier doublé français de la saison (le 2e podium individuel de l’année et de la carrière de Quentin). Il est amusant de constater que l’an dernier Martin avait débuté sa saison à Östersund par une 22e place sur l’individuelle suivie de 2 succès sur le sprint et la poursuite. Cette année, il s’est classé 21e de l’individuelle avant de répéter les victoires en sprint et en poursuite.

Si les 3 sur le podium partaient dans le top 4 et si 8 des 9 premiers du sprint sur resté parmi les 11 premiers, il y a eu de très belles remontées, celles de Tarjei Boe passé de 29e à 4e, de Malyshko (de 34e à 7e grâce à un des 2 sans-faute du jour), de Garanichev (de 27e à 8e), de Shipulin malgré les places perdues à cause de sa faute au dernier debout (il est tout de même remonté du 32e au 15e rang). Et comment ne pas nommer Simon Fourcade, qui a gagné 34 places ? 15e de la poursuite avec le dossard 49 et bien sûr un 20/20, c’est très beau. Il a quand même fini devant Shipulin et Johannes Boe, 6e du sprint (7 tours mais tout de même 16e).

Je reprends : Martin, Peiffer, Quentin, T. Boe, viennent ensuite Svendsen 5e, Doll 6e, Malyshko 7e, Garanichev 8e, Pidruchnyi 9e, Smith 10e, Bjørndalen 11e, Eder 12e, Simon F. 14e, Simon D. 21e (donc classement stable avec 2 tours), Jean-Gui finalement 28e avec 2 fois 2 tours au debout, il était remonté au 9e rang, dans la 4e boucle il faisait route avec les 2 Simon).

A l’issue de cette course Martin a 2 dossards rouges… et le jaune. Pour 2 points devant O.E.B., et 6 devant Q.F.M.

  • Poursuite féminine.

Il y a encore quelques années, il n’était pas rare de voir des courses de biathlon disputées dans des conditions polaires. Il fallait se coller du sparadrap sur les parties découverte du visage, mettre des gants épais qu’on enlevait uniquement pour tirer, je me souviens même s’une histoire d’engelures graves aux doigts, ça concernait peut-être bien Jakov Fak. De mémoire, des courses avaient été annulées car il ça devenait trop dangereux pour les organismes. On en est bien loin. Le réchauffement climatique ? Toujours est-il qu’à Östersund en décembre, il ne fait pas froid, c’est anormal, les températures sont positives. Positive, la course l’a été plus ou moins, ça dépend de quel point de vue on se place.

Gabriela Soukalova et Federica Sanflippo disposaient d’une certaine marge, ensuite c’était hyper serré, on aurait presque pu croire qu’il s’agissait d’une mass-start. J’exagère à peine : quand la 3e est à 38 secondes et qu’une quinzaine de filles sont à l’équivalent d’un tour de pénalité ou moins, tout est possible. Même Justine Braisaz (23e à 1’20) et Coline Varcin (28e à 1’25) pouvaient espérer une performance sympathique. L’enjeu pour Marin Dorin-Habert (6e à 43") était aussi le général. En cas de victoire, le dossard jaune lui était promis. Ceci dit, il y avait du chemin à faire pour l’emporter.

On le savait, Marie n’allait pas amuser le terrain, elle a tout de suite doublé pour se porter en tête du groupe assez important naviguant à environ 40 secondes de Soukalova, à laquelle l’Italienne, très inexpérimentée, a essayé de recoller. Après avoir repris du temps, elle a commencé à imploser, débutant une énorme galère. Il fallait s’y attendre, tout comme au retour de Kaisa Mäkäräinen, évidemment capable de faire la jonction avec le peloton dès la première boucle (elle partait 10e à 52").

Au premier couché, il n’y avait pas de vent. Soukalova était tranquille, bon 5/5 avec de la réussite. Sanfilippo a débuté par un tir manqué, les autres étaient déjà arrivées sur leurs tapis. Grosse pression, mais un seul tour pour le moment. Il y a eu des fautes, 2 cadors ont mis une balle à côté : Marie (la 4e) et Mäkäräinen (la dernière). Oberhofer a également perdu des places. Qui en a profité ? D’abord Tiril Eckhoff (5), passée 2e à 33", Franziska Preuß l’accompagnait, Vanessa Hinz et Olena Pidhrushna comptaient un petit retard supplémentaire, Marie est repartie 11e à 57" dans un groupe avec Veronika Vitkova, Dorothea Wierer et Miriam Gössner. Avoir dû tourner a relégué Mäkäräinen en 13e position à 1’04, elle était avec Franziska Hildebrand (17). Justine Braisaz avait déjà gratté quelques places avec un sans-faute (Coline Varcin a tourné… la dernière).

Eckhoff a accéléré, Preuß n’a pu la suivre, Hinz tentait de recoller. La plus rapide semblait bel et bien être… Marie, lancée dans une nouvelle entreprise de transport de troupes. On a pu la retrouver 5e en tête du groupe de chasse. Elle ne l’a pas payé au second couché où elle a assuré le 5/5, contrairement à Soukalova, Eckhoff ou encore Hinz, qui ont toutes manqué leur 2e tir en attaquant plus ou moins. Preuß et Wierer ont pris des risques payant. En effet, Soukalova était désormais sous la menace direct de la dernière Allemande nommée (2e à 4"), elle-même suivie à environ 11" par la Française. La 3e place de Marie tenait à un fil, car une Italienne en a chassé une autre : si Sanfilippo était déjà hors-jeu, Wierer y était entrée malgré son dossard 20, elle collait aux basques de sa dauphine lors de l’individuelle. De plus, grâce à un 5/5, la Finlandaise volante se rapprochait du podium, elle pouvait espérer gagner reprendre 29 secondes sur 3 boucles et 2 tirs debout est parfaitement dans ses cordes. Un trio formé d’Eckhoff, Hildebrand et Gössner était intercalé, tout comme Pidrushna. Notons que Justine a loupé la 4e et rétrogradé au 20e rang. Avec un nouveau tour, Coline était 40e.

La jonction entre Soukalova, Preuß et Marie s’est produite au cours du 3e tour de piste, Marie a même doublé l’Allemande. Wierer restait en chasse-patate, suivre le rythme était très difficile. Etrangement, Mäkäräinen donnait l’impression d’être à la peine derrière le trio germano-norvégien qui a fini par avaler Wierer.

Marie est arrivée au premier debout avec Soukalova. Les autres n’ont pas tardé. Pas de bol, Marie a été la première à manquer. Preuß a claqué un super sans-faute, contrairement à Soukalova et Wierer, chacune auteur d’une faute, comme Gössner (la dernière). Eckhoff a fait pire, 2 tours. Hilebrand s’est régalée en blanchissant toutes les cibles : elle était désormais 2e certes 14" derrière Preuß, mais surtout 9" devant Marie, de nouveau 3e juste devant Soukalova. Wierer (5e à 28"), Gössner (6e à 33") et Mäkäraïnen (7e à 41" après un tour de pénalité) pouvaient encore toutes nourrir de sérieuses ambitions. Malgré un des rares 15/15 (avec celui d’Hildebrand), Marte Olsbu (36) semblait condamnée à jouer les places d’honneur (8e à 52"). Plus loin, on retrouvait la petite Justine, 14e à 1’13 grâce à un tir à 14.

Preuß commençait à couiner, Hildebrand et Marie lui reprenaient du temps. A l’inverse, Mäkäräinen avait décidé d’embrayer pour faire la différence sur les skis. Soukalova, Wierer et Gössner ont ainsi été rejointes.

En arrivant au dernier debout, Preuß disposaient d’une marge symbolique de quelques secondes. Décidée à tenter le tout pour le tout, elle a tiré très rapidement, manquant la 3e cible. Installée au tapis n°2, Marie a tout vu, elle savait qu’un 5/5 lui assurait la victoire… Elle a loupé la dernière. Terrible. Hildebrand en a profité, un sans-faute et la voilà leader. Ceci dit, rien n’était encore joué car si Gössner a encore implosé (3 tours), les autres ont été performantes dans cet exercice de self-control. A la sortie du pas de tir, Hildebrand comptait une avance de 6 secondes sur Wierer, de 8 sur Soukalova, de 13 sur Preuß et Mäkäräinen, et de 18e sur Marie, 6e. Il restait 2km sur une piste difficile, aller cherche Soukalova semblait dans ses cordes, un podium et/ou le dossard jaune pouvait encore la récompenser à l’arrivée.

La Finlandaise en avait gardé sous le pied, assez pour doubler toutes les filles qui la devançaient encore. Impitoyable ! Marie aussi avançait à un rythme élevé, Preuß n’a rien pu faire, Soukalova a résisté un peu plus longtemps avant de se faire rattraper. Restait à aller chercher Wierer. Malheureusement l’Italienne a pu s’accrocher et éviter la jonction. Par conséquent, Marie et la star tchèque ont bataillé jusqu’au bout pour la 4e place, se doublant successivement jusqu’au sprint remporté par la Française. C’est aussi au finish que Wierer a pris la 2e place à Hildebrand. Ces 2 filles ont réussi une super course, elles partaient respectivement 20e et 17e. Preuß a dû se contenter du 6e rang. Olsbu peut être fière de sa 7e place devant Vitkova et Eckhoff.

En tout, il y a eu 4 sans-faute. Hildebrand (de 17e à 3e), Olsbu (de 26e à 7e), Tofalvi (de dernière à 19e, 41 places gagnées), et Skardino (de 56e à 26e). Ces remontées tranchent avec la perf magnifique de Sanfilippo, partie 2e, arrivée 44e avec 8 fautes (1232). En tournant 2 fois (au 2nd couché et au 2nd debout), Justine Braisaz a terminé 13e (9e temps de ski), soit 10 places grattées. En revanche Coline Varcin (1102) en a perdu (35e).

La 4e place de Marie est frustrante car malgré le manque de jus en toute fin d’épreuve, son temps de ski est excellent. En réalité, cette poursuite est à l’image de sa première semaine de course sans réussite :
-au relais mixte simple elle a éclaté tout le monde, la boulette de Simon Fourcade la prive de victoire et même de podium ;
-lors de l’individuelle elle se fait piquer la victoire et le dossard jaune par Wierer mais surtout à cause d’un tir manqué de trop (18 alors qu’elle gagnait à 19 contre des filles sans-faute) ;
-lors du sprint elle passe à quelques secondes du podium à cause de ses fautes debout ;
-lors de la poursuite la victoire et a fortiori le podium ainsi que le dossard jaune lui échappent à cause de cette foutue dernière balle à côté.
Avec à chaque fois le meilleur ou 2e meilleur temps de ski. Le tir – debout essentiellement – pose problème. Cette 4e place est d’autant plus rageante qu’il s’agit de la 4e en 8 courses pour l’équipe de France.

Du coup, elle termine la première étape à la 3e place au général (en réalité la 2e ex-aequo à 5 points de Soukalova, mais Wierer a une victoire, elle est donc devant). Mäkäräinen a été très forte en ski mais surtout remarquable tactiquement pour produire son effort aux bons moments pour se replacer sans se mettre dans le rouge, bien tirer, puis faire sa loi. C’est ce qui explique sa victoire. Par la même occasion, elle a gardé son dossard rouge (de vainqueur du petit globe de la spécialité la saison dernière).

Cette victoire est la 41e de Martin en solo (JO compris), son 98e podium relais compris, j’ai le sentiment qu’il va atteindre les 100 la semaine prochaine à Hochfilzen. Vivement vendredi !



Les vidéos sont aussi sur VIMEO :
-poursuite masculine partie 1 et partie 2 ;
-poursuite féminine partie 1 et partie 2.