Les organisateurs autrichiens ont fait du très bon travail pour fournir une piste en excellent état sur un site où la neige se fait attendre. Ils en ont conservé un gros stock l’hiver dernier et ont construit un parcours avec. La bande blanche entourée de terre et d’herbe est assez étroite mais épaisse, le fond est dur, très glacé, il n’y aura donc aucun souci au cours de ce week-end avec sprint-poursuite puis relais. Ce parcours facile promettait d’être très rapide et d’offrir à tous des conditions à peu près similaires. Tout juste a-t-on pu constater une légère dégradation dans quelques virages, essentiellement dans un en descente où quelques chutes se sont produites.

  • Sprint féminin.

Il faisait grand beau, le vent ne posait aucun souci, le tir aurait dû être un exercice assez facile. Seulement, sur une piste n’offrant quasiment aucune plage de repos – même relatif – et à cette altitude à laquelle l’oxygène est plus rare que dans l’air respiré depuis plusieurs semaines, la fraîcheur manquait au moment d’utiliser la carabine. Etre précis au couché et tenir la position au debout devient beaucoup plus compliqué dans ces conditions.

Les meilleures avaient décidé de partir dans le premier groupe. Ainsi, dès les 6 premiers dossards on trouvait Tiril Eckhoff (1), Dorothea Wierer (2), Franziska Hildebrand (4), Kaisa Mäkäräinen (5) et Gabriela Soukalova (6). Miriam Gössner (11), Olena Pidhrushna (12), Veronika Vitkova (14) ou encore Marie Dorin-Habert (16) n’ont pas attendu beaucoup plus longtemps pour prendre le départ.

En plus de Marie, 2e ex-aequo au classement général de la Coupe du monde, on trouvait 5 autres Françaises : Justine Braisaz (15), Anaïs Bescond (31), Coline Varcin (49), Marine Bolliet (80) et… Célia Aymonier, revenue depuis peu au biathlon après l’avoir quitté pour le ski de fond. Elle a gagné sa place – celle d’Enora Latuillière (pas bonne à Östersund, elle n’a pas été aidée par ses soucis au dos cet été) – grâce à un podium en IBU Cup, il s’agissait de ses débuts en CdM.

Compte tenu de l’ordre de départ, on pensait connaître le podium assez rapidement. En réalité, pas du tout. Aussi parce que les premières ont commis des erreurs à l’image de Wierer (1 faute) et surtout de Mäkäräinen, qui a pourri sa journée, voire son week-end, en manquant 3 fois dès le tir couché. Idem pour Vitkova. Le pas de tir ne posait aucun problème en lui-même, certaines ont voulu assurer en lâchant leurs balles lentement (Eckhoff), d’autres ont pris plus de risques (Soukalova par exemple). Gössner en est sortie avec 8 secondes de retard sur Hildebrand.

Peu après un échec de Pidhrushna (12), déjà sûr de ne pas obtenir les super résultats de la semaine passée, les 2 premières Françaises se présentaient à leur tour au couché. Justine s’est condamnée à effectuer 2 tours de pénalité, Marie a au contraire assuré un sans-faute en calculant les risques, ce qui lui a permis passer en tête avec pile 1 seconde d’avance sur Hildebrand. Personne n’a battu son temps à ce point de chronométrage, même si beaucoup ont réussi à l’approcher (quasiment 30 filles en 20 secondes sur ce classement). Malheureusement, il restait le debout où les premières arrivaient déjà.

Eckhoff y a manqué les 2 premières, la dernière aussi. Elle a pris cher. Comme Wierer avec ses 2 tirs à 4/5. En revanche, Hildebrand a fait un bon 10, plutôt rapide, mais néanmoins en contrôle. Soukalova aurait dû s’en inspirer, elle a trop attaqué, a manqué la 1ère puis a enchaîné très vite pour sortir à 4/5 mais à 28 secondes. Lisa Hauser (10), la locale, se classait juste devant avec un 10 très rapide (toutefois, elle a fait un moins bon dernier tour, d’où une 12e place finale). Gössner était à 24"5 d’Hildebrand en ayant loupé la 2e. De quoi avoir des regrets ? Pour elle, un 9/10 ne peut être qualifié que de bonne performance, donc non.

En arrivant au debout, Marie était leader ou presque, ça se jouait à quelques dixièmes de seconde. En claquant un 10, elle jouait la gagne, avec un 9, c’était la 2e place et le dossard jaune, elle a manqué les 2 premières et mis les 3 suivantes. Arrivée essoufflée, il lui aurait fallu se calmer un peu plus avant d’appuyer sur la gâchette. 6e provisoire (20e au classement final à cet endroit) à 44"5, elle devait désormais limiter la casse au maximum en vue de la poursuite. Son résultat du jour reste très correct, 10e à seulement 36"6 (à 16 du podium), elle peut espérer briller samedi. Le plus dommage est ce retard de 9 secondes par rapport à Soukalova. En gagnant 4 places supplémentaires, c’était le dossard jaune. Il y avait 5 points d’écart, il y en a 8. Ce petit blocage psychologique au debout est un vrai problème à régler rapidement.

Hildebrand a commencé à voir les filles arriver, elle avait beaucoup d’avance sur toutes celles qui franchissaient la ligne. Soukalova a fini à 29 secondes, Mäkäräinen à 1’12 (3 au couché, 1 au debout), Selina Gasparin (9) à 39" avec une faute, Hauser à 41", puis Gössner à 21". Cette dernière n’a donc presque rien repris et avait toutes les raisons de craindre pour sa 2e place. Hildebrand pouvait en revanche raisonnablement penser monter sur la boîte. A quelle place ? Difficile à dire à ce moment de la course.

Pas mal de filles ont imité Marie en gâchant au debout, commettant une, voire 2 fautes pour finir, par exemple Olga Podchufarova, qui jouait le podium jusqu’à 8/8 et a fini… à 8/10. Olga Abramova a aussi manqué le coche (0 et 1), elle a fini à 44 secondes. Lors de ce sprint, la moindre faute coûtait extrêmement cher car mêmes les meilleures fondeuses galéraient pour creuser des écarts importants sur la piste. Pour espérer l’emporter, un 10 était indispensable. Il ne suffisait toutefois pas à assurer un bon classement.

Des sans-faute, on en aura vu 16. Dont celui de Karin Oberhofer (29), entrée dans le top 10 en s’intercalant juste devant Marie. Anaïs "Nanass" Bescond a fait de même en allant beaucoup plus vite sur les skis. Elle est sortie 2e du pas de tir à 12 secondes d’Hildebrand. Faut-il regretter la faible prise de risques au tir debout ? Assurer le 10 était probablement la meilleure option, même si les 2"4 qui ont manqué pour ne pas finir derrière Gössner ont été perdues en prenant son temps pour bien viser. A quelques minutes de la fin de l’épreuve, ces 2"4 correspondaient seulement à une différence de placement sur le podium. 86e du sprint la semaine dernière et aux commentaires de l’Equipe21 au lieu de se mêler à la bataille lors de la poursuite, elle a tout de suite réagi et ne peut que s’en satisfaire, surtout après un été compliqué (fracture de fatigue au pied, pas de ski-roulettes). Elle aurait mérité de monter sur la boîte car outre le facteur chance, l’effort fourni justifiait une récompense. A l’arrivée, elle disait avoir trouvé la course très difficile, avoir les jambes dures et le souffle court à cause de l’altitude. Sur cette piste qu’elle apprécie, elle aura bien limité la casse en s’arrachant sur la fin, elle partira à 23" d’Hildebrand lors de la poursuite. Pourquoi pas un podium avec un 19 ou un 20 ?

Au bout du suspense, il lui a manqué le petit surcroît de réussite qui fait toute la différence entre la récompense et la frustration. Pourtant, comme vous allez pouvoir le constater, on a longtemps cru la chance de son côté. Perso, je voulais y croire… Cependant, il restait beaucoup de filles et je sentais venir l’entourloupe. Du moins, pendant un moment. Comment ne pas penser au relais mixte, à Quentin Fillon-Maillet (2 fois) et à Marie Dorin, qui ont tous échoué au pied du podium lors de l’étape d’Östersund ?

A force de voir les filles dangereuses échouer, le sentiment qu’un sale coup allait se produire s’estompait, l’affaire semblait bien tourner. Juliya Dzhyma (20) 4e à seulement 5 secondes de "Nanass" (sans-faute). Vanessa Hinz (46) à la faute debout alors qu’elle allait jouer les premiers rôles comme ses compatriotes (finalement à 50 secondes). Lucie Charvatova (55), une inconnue tchèque de 22 ans – elle vient du fond, est biathlète depuis 2 ans – qui envoie du très lourd, sort du debout à 19 secondes de la tête malgré une faute au couché mais termine à son tour au 4e rang, seulement 1"1 derrière Anaïs. Cette succession de développements favorables sentait très bon ! Plus fort, Laura Dahlmeier (71), de retour après avoir déclaré forfait la semaine dernière (malade), sortie sans faute du debout (tir à 9) s’est classée 1 dixième derrière cette Tchèque ! Que pouvait-il arriver à Anaïs ? A priori rien, tout allait dans son sens. Ou presque.

Ensuite, absolument plus personne n’a intégré le top 15, et même le top 18 avant… Maren Hammerschmidt. Qui ??? Une Allemande de 26 ans qui a eu des résultats chez les jeunes, qui a pris la 3e place du relais mixte simple il y a 2 semaines, mais qui n’avait jamais fait mieux que 26e en Coupe du monde (en 2012^^) et n’était même pas sur le grand circuit la saison passée. Pourquoi a-t-elle claqué la perf de sa vie aujourd’hui ? Je ne sais pas. De mon point de vue elle a très mal choisi son jour. Un très bon 5 au couché (à 6" du temps de Marie), encore 5/5 debout, 9" derrière Hildebrand et 3 devant Anaïs à la sortie du pas de tir, une perte de temps limitée en connaissant les temps de références des autres et en skiant sur une piste dégagée en raison de son dossard (le 106 sur 107 partantes), voici comment cette fille dont le nom signifie quelque-chose comme "marteau de forgeron" a… forgé son podium. Elle a pris la 2e place à 15 secondes de titulaire du dossard 4. Comme quoi chaque sprint nous réserve des surprises, la semaine passée, c’était Sanfilippo.

(Il y a un petit bout en russe dans la vidéo de la course, je n’ai pu faire autrement.)

Je résume : Hildebrand devant Hammerschmidt et Gössner… encore une 4e place pour l’équipe de France qui n’est pas si mal pour Bescond, la surprenante Charvatova 5e, une 4e Allemande (Dahlmeier) dans le top 6, Dzhima 7e, Soukalova 8e, Oberhofer 9e, Dorin-Habert 10e, Pidhrushna 14e, Wierer 16e, Mäkäräinen 28e, Eckhoff 30e… En moins d’1’15, donc rien n’est joué pour la poursuite.

Sans oublier Justine Braisaz, 25e à 1’05 à cause de 2 fautes au couché, très déçue de sa perf alors que physiquement elle se sentait très bien, ne ressentant pas les effets de l’altitude. Partie 30" avant Marie, elle a franchi la ligne en même temps que son ainée. En revanche Marine Bolliet, 31e à 1’16 (1 faute au couché), était contente de son tir à défaut d’avoir un super niveau en ski. Une 5e Française participera à la poursuite, il s’agit de Célia Aymonier, dont le 5/5 – logiquement lent – au couché promettait. Encore dans le top 15 avant de se présenter au debout, elle a déconné en se précipitant. Trop pressée, l’ancienne fondeuse a mis 3 balles à côté, d’où sa 57e place à 1’53. Après son premier échec, elle a accéléré sa cadence de tir au lieu de se calmer pour assurer. Au moins, elle disposera d’une course supplémentaire pour gagner en expérience, ce qui lui sera forcément utile. Son apprentissage débute à peine. En revanche, Coline Varcin, qui a seulement tourné 2 fois au debout, a pris un énorme éclat explicable en partie par une chute dès le premier tour. Sa cheville en a pris un coup.

En ski, Hildebrand a bien tiré son épingle du jeu (5e temps), néanmoins Mäkäraïnen a réalisé le meilleur temps devant Marie. Il n’y a que 6 secondes d’écart entre les 2 plus rapides (Gössner 4e à 17s, Hammerschmidt seulement 24e à 41s). Braisaz (17e à 34s), Aymonier (19e à 38s) et Bescond (27e à 46s) ont bien figuré. Au tir, Bolliet a été la 5e plus rapide.

  • Sprint masculin.

Le soleil commençait déjà à disparaître derrière les montagnes, il ne faisait pas chaud, la piste n’allait donc pas bouger, voire même s’améliorer en regelant en surface. Le vent ? Toujours pas de vent, ou si peu.

Comme chez les femmes, les meilleurs ont choisi le premier groupe. Sauf Tarjei Boe, dossard 101 sur 108 (le numéro d’Antonin Guigonnat qui a fermé le portillon de départ).

Martin Fourcade (22) savait ne pouvoir creuser des écarts énormes en ski, impossible donc de l’emporter avec 2 fautes, la claque mise à la concurrence à Östersund ne pouvait se reproduire. Les enjeux étaient nombreux, il lui fallait renforcer son avance en tête du classement du sprint, celle au général (il portait le dossard rouge et jaune), chasser sa 42e victoire en carrière[1] ou au moins sont 80e podium individuel (son 99e en comptant les relais), et à plus court terme, bien se qualifier pour la poursuite. Simon Fourcade (26), Simon Desthieux (28) et Quentin Fillon-Maillet (33) ont pratiqué la piste en même temps que le leader de l’équipe. Avec une réussite… variable.

Emil Hegle Svendsen (3) a loupé la première au couché. Déjà hors-jeu ! Simon Schempp (4) en a profité grâce à un bon 5 en tirant d’abord au centre pour éviter de se mettre dans une mauvaise routine. Il est sorti en tête, personne n’est allé plus vite que lui par la suite. Même si beaucoup l’ont approché. 15 concurrents étaient à moins de 10 secondes de l’Allemand en quittant le pas de tir. Qui était le premier d’entre eux ? Ole Einar Bjørndalen (10), à seulement 3" à l’issue d’un couché pas très offensif. Johannes Boe (12) a mis longtemps à lâcher la première, puis a bien enchaîné sans faute, néanmoins son retard se chiffrait déjà à 9 secondes, ceux d’Evgeniy Garanichev (14) et de Nathan Smith (15) à respectivement 11 et 5. Tout restait donc ouvert.

Au debout, Schempp s’est appliqué pour faire son 10, il a bien joué le coup car, assez efficace sur les skis, il allait être très difficile à battre. Martin arrivait au couché juste après, il a mis du temps à appuyer une première fois sur la gâchette puis a rapidement vidé son chargeur, manquant la 4e cible. Dès lors, en sortant à 19 secondes, la victoire devenait hors de portée du patron à moins bien sûr d’enclencher le mode avion ou de profiter d’un effondrement de Schempp. Restait prioritairement à bétonner en vue de la poursuite, voire du podium, pour lequel un adversaire direct s’est rappelé à son bon souvenir : en tirant très vite, Anton Shipulin (23) est ressorti quelques secondes devant Martin. Le Russe, extrêmement discret à Östersund, a pourtant commencé par un raté. En revanche, OEB a quitté le jeu en manquant une fois au debout. Le mode mitraillette n’aura pas suffi à lui sauver la mise, il comptait déjà 27 secondes de retard, sa situation a empiré sur la piste où il a lâché du temps, un paquet de places (16e à 47") et par conséquent des points. Soit une bonne affaire pour Martin Fourcade au général de la Coupe du monde (aussi au classement de la CdM de sprint). Autre Norvégien, autre loser : Johannes Boe ne connait qu’une tactique, tout envoyer tout de suite. C’est particulièrement vrai quand il défouraille. Ça passe ou ça casse. En l’occurrence, cette précipitation lui a fait louper la dernière, son tir était hors de contrôle. Son dernier tour difficile – Schempp y a pris du temps à presque tout le monde – lui a valu de glisser jusqu’au 14e rang (à 44").

Comme Hildebrand plus tôt dans la journée, Schempp a allumé vert à l’arrivée, il avait relégué Svendsen à 38 secondes. L’attente a débuté. Il aura peu eu l’occasion de s’inquiéter pour sa première place. Garanichev pointait à moins de 10" après un sans-faute, seulement sa vitesse au tir n’a pas trouvé d’équivalent sur les skis, il a concédé 23" supplémentaire sur la dernière boucle. Smith a manqué une cible puis a pris le même éclat sur la piste (50" au bout du compte).

Très bon sur les skis, Simon Eder (21) a réussi à remarquablement limiter la casse. D’habitude, quand il brille, ses tirs de fusil automatique en sont la cause, il est souvent précis, sa vitesse de déplacement est son souci. Pas cette fois. Tireur le plus rapide, il n’a pas été le plus adroit, tant s’en faut. Pourtant, malgré 1 tour au couché puis 1 au debout, il était à 22" avant d’effectuer son dernier tour. Il a terminé à 39 secondes (11e, mieux classé des 8/10). L’Autrichien a laissé passer sa chance de monter sur la boîte à domicile, Martin et Shipulin allait avoir la leur dans la foulée. Les 2 premiers du général de la saison 2014-2015 ont su se relancer en mettant tout dedans. Ils pointaient alors à respectivement 6 et 4 secondes de la tête. Schempp a dû transpirer… juste le temps de prendre connaissance des chronométrages intermédiaires. Sur la piste, ses adversaires ne lui reprenaient rien. Au contraire, l’un ne parvenait pas à rivaliser, l’autre se faisait nettement distancer. Le Français a été l’auteur du meilleur temps du jour en ski (comme d’habitude)… sauf lors du dernier tour, où il a concédé 4 secondes au lieu d’en gratter 9. Il a donc fini 2e à exactement 9"9. Shipulin a franchi la ligne avec le 3e temps, il partira à 21 secondes de Schempp lors de la poursuite.

Voir Martin quitter le podium relevait du domaine de l’improbable, toutefois, un dernier homme pouvait s’y inviter, les candidats étaient encore nombreux. Simon Desthieux aurait presque pu. Excellent au tir avec un sans-faute, il a répondu présent dans l’autre exercice. A seulement 18" après 2/3 de course, il a moins été largué que certains cadors lors du tiers restant. Pour être précis, son retard à l’arrivée s’est chiffré à 37"8, soit 1 centième de moins que Svendsen ! C’est toujours ça de pris. Alors 5e, il a terminé 9e du au classement définitif. Peut-être a-t-il un joli coup à entreprendre samedi… En revanche samedi sera un jour sans compétition pour Simon Fourcade, 66e à cause de 2 tours au couché puis un supplémentaire au debout. 3 tours et les effets de l’altitude lui ont joué un vilain tour. Pas de poursuite pour lui. On devrait le retrouver au départ du relais de dimanche.

Parmi les bons élèves du jour, il me faut encore citer Dmitry Malyshko (34), passé un peu sous les radars avec un sans-faute pour intégrer le top 5 entre Shipulin et Garanichev. Avec ce trio, les Russes ont signé leur retour aux avant-postes. Ils sont respectivement à 21, 27 et 33 secondes de Schempp. Ce dernier n’a sans doute jamais craint Malyshko, il y avait plus redoutable sur la piste. Je pense notamment à un Autrichien expérimenté, Dominik Landertinger (39). Le local de l’étape était devant l’Allemand à la mi-course, quasiment dans le même temps en arrivant au debout… où il a loupé une fois. Résultat, 13e à 41". D’autres comme Benedikt Doll (46) ont tout gâché au debout (8e à 35" avec 1 tour). On pourrait en citer d’autres, par exemple un autre Allemand, Erik Lesser (95), excellent au couché, pas dégueu en fond, plombé par 2 balles hors cible au debout, mais aussi Jean-Guillaume Béatrix, arrivé à 15" et sorti à 56 en manquant la 3e puis la 5e par précipitation. Son problème dans cet exercice est récurrent, il a fait le 21e temps de ski dans la même seconde que Desthieux et Fillon-Maillet, ça reste très correct, mais 27e à 1’17, c’est décevant.

QFM, parlons-en. 20e sur les skis, 5e plus rapide sur le pas de tir, 19e au final en ayant manqué une cible au couché. Après ses performances à Östersund (4e, 4e et 3e), on en attendait mieux, il attendait mieux de lui-même. Il avance la coupure de 5 jours depuis la dernière course comme cause de son manque de rythme. Mouais… Il est à seulement 56 secondes, il peut remonter au classement samedi si son hypothèse est la bonne.

En attendant de savoir comment le pari de Tarjei Boe allait tourner, on guettait un danger éventuel. Lowell Bailey (48), 8e à 1" de Desthieux à la sortie du debout grâce à un 10, a fini 12e à 41", subissant les effets de la densité extrême dans cette partie du classement. Son dernier tour a été difficile, c’était le lot de beaucoup de monde. Julian Eberhard (65) est à exclure de ce lot. Après son seul tour de pénalité (au debout), il pointait à 31". Le meilleur des Autrichiens lors de cette journée a gagné une dizaine de places sur la dernière boucle où il a presque fait jeu égal avec Schempp (que 2 secondes plus lent). Ça le place finalement 7e (Eder 11e, Landertinger 13e). Pour l’anecdote et pour continuer avec les Autrichiens, Sven Grossegger (5) s’est classé 39e à 1’40 avec seulement une faute au debout… en s’étant ramassé dès le premier tour dans le virage en descente où ça brassait un peu et où une plaque de glace ressortait. Une chute dans laquelle il a cassé un ski. Comme quoi, la journée n’a pas été bonne pour tous les Autrichiens.

Qu’allait donc faire Tajei Boe ? Le suspense aurait pu tourner court en cas de faute. Il a duré. Parti au soleil couchant, pas très rapide sur les skis (15e à 12" à l’entrée du pas de tir), il a assuré un 5/5 pour sortir à 8". Probablement renseigné sur les temps, totalement libre de choisir sa trajectoire et de régler son tempo à sa guise sur cette piste dégagée pas très large, il comptait 10" de retard à l’arrivée au debout, soit sensiblement le temps de Martin, de Shipulin, d’Eder, de son frère, etc. Un sans-faute lui a permis de ressortir à 5"6 de Schempp, c’est-à-dire 3 dixièmes devant Martin. Du coup Schempp a fait une grimace, lui qui croyait avoir course gagnée n’était soudain plus sûr de rien. Le Norvégien en avait-il gardé sous la semelle pour le dernier tour ou était-il condamné comme tout le monde à finir dans la douleur ? La réponse a vite été apportée, il n’a pas dérogé à la règle. L’Allemand s’est trouvé rassuré, Martin et Shipulin ont dû attendre plus longtemps pour connaître leur sort. Pas de problème pour le Français, solidement attaché à sa 2e place. En revanche le Russe s’est fait dégager du podium pour précisément 1"8… Encore moins qu’Anaïs Bescond lors du sprint féminin !

R.A.S. parmi les garçons arrivés après Tarjei Boe, Antonin Guigonnat avait déjà tourné au couché, il a remis la double dose au debout, 3 tours, 2’38 de retard, 75e, comme Simon Fourcade il aura peut-être l’occasion d’aller commenter les épreuves pour la télé.

Je rappelle donc le classement : Simon Schempp devant Martin Fourcade et Tarjei Boe, Anton Shipulin 4e, Dmitry Malyshko 5e, Evgeniy Garanichev 6e, Julian Eberhard 7e, Benedikt Doll 8e, Simon Desthieux 9e, Emil Svendsen 10e, Simon Eder 11e… Johannes Boe 14e,… Ole Einar Bjørndalen 16e,… Quentin Fillon-Maillet 19e…

Mine de rien, Martin vient d’enchaîner son 3e podium consécutif, réussissant par la même occasion une super opération au général comme au classement du sprint (déjà une marge de 40pts ! En 2 courses !). OEB et QFM ont pris un éclat. L’absence d’Arnd Peiffer (malade), son dauphin lors de ses 2 succès d’Östersund, accentue encore la chose. Et comme Simon Schempp s’était raté lors du sprint en Suède, n’obtenant même pas sa qualif pour la poursuite, il ne s’agit pas d’un concurrent pour les classements.

L’équipe d’Allemagne a connu une journée de rêve avec 2 victoires, l’une étant agrémentée d’un triplé. Par pitié… Plus jamais ça !



Les vidéos sont aussi sur Vimeo : le sprint féminin partie 1, partie 2 et partie 3, le sprint masculin partie 1, partie 2 et partie 3.

Note

[1] JO compris.