Les courses ont été disputées dans des conditions quasi idéales, sous un grand soleil, sur une piste très convenable, certes étroite, mais bien dure.

Du côté des filles, on n’attendait pas une énorme performance de l’équipe de France dans la mesure où le staff a choisi de préserver Marie Dorin-Habert. 3 courses en 3 jours, c’est très dur, même si un relais est plus court. Marie est la seule de l’équipe à avoir été sur le pont en permanence, elle n’a manqué aucune course individuelle après avoir participé au relais mixte simple. Etant bien placée au classement général de la Coupe du monde, il semblait pertinent de ne pas la solliciter, surtout qu’en agissant ainsi, on s’offrait l’opportunité de tester des jeunes. On a ainsi vu Justine Braisaz en tant que première relayeuses, un poste stratégique souvent confié à Anaïs Bescond ou dans le passé à Marie-Laure Brunet. La cadette des Bleues (19 ans) avait quant à elle déclaré forfait lors de la poursuite afin de ne pas se cramer. La compo était celle-ci : Justine Braisaz, Coline Varcin, Marine Bolliet, puis Anaïs Bescond.

Compte tenu de leurs résultats démentiels lors des 2 journées précédentes, les Allemandes faisait figure d’épouvantail. Il fait néanmoins se méfier des Tchèques, des Italiennes, des Norvégiennes, des Ukrainiennes, éventuellement des Russes, des Polonaises ou encore des Biélorusses (bien que sans Domracheva ce ne soit plus la même limonade).

  • Premier relais.

Franziska Hildebrand a tout de suite la tête, Justine s’est bien placée pour éviter les risques de chute, on a assisté aux premières accélérations dans la dernière côte avant le stade, néanmoins ça restait très groupé. Justine a pris son temps pour aller se placer sur son tapis et débuter le tir couché. Ayant a manqué la 3e cible, a préféré perdre quelques secondes pour l’atteindre avec sa balle de pioche, c’était plutôt intelligent de sa part, mieux vaut jouer la sécurité lors d’un premier relais, céder à l’affolement serait la pire erreur à commettre. Surtout pour une bonne skieuse. Sortie 14e à 18" de Lisa Hauser, la locale qui montre de belles promesses en ce début de saison, la cadette des Bleues était devancée par les représentantes de nombreuses nations peu dangereuses. Il y avait aussi des concurrentes sérieuses, lesquelles avaient une avance très limitée.

On a d’ailleurs assisté à plusieurs regroupements, Hauser a été doublée par Hildebrand, néanmoins presque tout le monde était encore présent en file indienne. Justine a ainsi pu recoller sans trop de mal. Marte Olsbu a ensuite tenté de prendre le large avec l’Allemande histoire de se présenter au debout avec une petite avance. Ce duo a débuté le tir par une faute. Les pioches ont pullulé (2 fois pour Hildebrand). Quant à Justine, elle est ressortie 2e par la grâce d’un super 5/5. Juliya Dzhyma la devançait de 5 secondes, l’Italie (Lisa Vittozzi) et la Slovénie suivaient de près, la République Tchèque pointait à 10" de l’Ukrainienne. Beaucoup plus loin l’Allemagne (14e à 26"), la Norvège (à déjà 32") et d’autres avaient déjà bu la tasse.

Finalement – et comme souvent – le premier relais aura fait peu d’écarts, il aura surtout écrémé et mis en difficulté certaines équipes. Un nouveau regroupement s’est en effet opéré en tête de course, Eva Puskarcikova a attaqué, Justine a fait l’effort dans la montée pour lancer Coline Varcin dans la meilleure situation possible. La 2e relayeuse française est partie 3e à moins de 3 secondes de la Tchèque. L’Italie, la Russie, l’Allemagne ou encore la Pologne comptait 5 à 12" de retard, donc rien. Seule la Norvège couinait déjà à cause des 31" concédées par Olsbu à Puskarcikova.

  • Deuxième relais.

Placée 2e pour creuser l’écart, Gabriela Soukalova (leader du général) a tout de suite mis le paquet sur les skis. Plusieurs nations ont décidé de mettre leur meilleur élément – ou un de leurs meilleurs – dans cette position. On avait ainsi Kaisa Mäkäräinen, Karin Oberhofer, Fanny Birkeland (Horn) ou encore Maren Hammerschmidt – la fille en forme du week-end en plus de Soukalova. A l’inverse, l’équipe de France a placé son "maillon faible" ou du moins maillon le moins fort à ce moment de l’épreuve. N’ayant pas disputé la poursuite, Coline était plus fraiche que d’autres. Sa chute lors du sprint et les douleurs qui en résultent limitent nettement cet avantage physique. Pendant un temps, elle a bien résisté, envoyant autant que possible sur la poste. Au couché, cet effort ne lui a posé aucun souci, elle a claqué un beau sans-faute assez rapide en ne s’affolant absolument pas. Elle a ainsi pu repartir 3e à 10", devancée par Soukalova et Oberhofer. Olga Abramova l’accompagnait, Hammerschmidt comptait le double de retard, la Russe à peine moins. Si la Pologne restait dans le coup, la Norvégienne n’avait absolument rien repris.

Soukalova ne parvenait pas à prendre le large. L’Italienne essayait de creuser l’écart sur Coline et l’Ukrainienne (laquelle menait). La Française s’accrochait, il fallait juste espérer qu’elle ne grille pas trop de cartouches pour s’éviter un dernier tour à l’agonie donc très coûteux. Les équipes en chasse ne manquaient pas. Le debout pouvait rebattre toutes les cartes. Quand la Tchèque a raté (4e tir) puis a dû piocher 2 fois pour atteindre la cible récalcitrante, quand sa dauphine a échoué (2e tir), la porte s’est ouverte en grand. Coline a essayé de l’emprunter, malheureusement sa salve de tirs rapides s’est achevée par un échec. C’est pourquoi elle est encore sortie 3e, l’ordre du trio de tête n’ayant point évolué par rapport à la sortie du couché (avec sensiblement les mêmes écarts). Sauf que désormais Krystyna Guzik était avec Coline. Derrière, on a vu beaucoup plus de déchet, la Russe et la Norvégienne ont même dû visiter l’anneau de pénalité. Le ménage commençait à bien se faire, de grosses équipes occupaient les profondeurs du classement, l’Allemagne était 10e à 31". Les équipes encore bien placées étaient pour la plupart là un peu par hasard ou a minima appelées à rétrograder vers un rang correspondant mieux à leur valeur. Les espoirs de voir les Bleues sur le podium se portaient bien.

Skiant pourtant sans retenue aucune, Soukalova a eu bien du mal à finir. Oberhofer en a profité pour revenir. La Polonaise a lâché Coline, poursuivie par une meute très dense au sein de laquelle ne figuraient ni Mäkäräinen, ni la Norvégienne. Au 2e passage de relais, la Pologne était 3e à 5", la France 4e à 14", le groupe Biélorussie/Ukraine/Suède/Canada/Allemagne/Slovaquie comptait une vingtaine de secondes de retard par rapport au duo de tête, les Etats-Unis (à 42") étaient presque déjà hors du coup, le quatuor Autriche/Norvège/Russie/Finlande pointait déjà à 1’29. A ce niveau, c’est cuit.

  • Troisième relais.

Il s’agit souvent du relais des filles les moins fortes de chaque équipe. L’Italie y a mis Federica Sanfilippo, la République Tchèque Lucie Charvatova (fondeuse récemment convertie au biathlon), soit des filles qui ont chacune créé la surprise en sprint lors de ce début de saison. La néo-biathlète a logiquement mis un coup d’accélérateur, creusant l’écart sur les poursuivantes. Marine Bolliet avait du mal à suivre, elle a été logiquement reprise par le groupe de chasse. Dans ces conditions, seul du tir de très haute volée pouvait permettre à la France d’espérer finir sur le podium. Au couché, la Tchèque a pris des risques, sa 4e balle a loupé sa cible… comme celle de l’Italienne. Il y a de nouveau eu pas mal de déchet, Semerenko, Hojnisz et Sanfilippo ont pioché 2 fois. En assurant un 5/5 assez lent, Marine est ressortie 4e à 17", devancée par Charvatova, Högberg (surprenante Suédoise) et Hinz (aussi ancienne fondeuse). La marge par rapport aux autres équipes restait très limitée, en effet la Biélorussie, l’Italie, l’Ukraine et la Pologne sont aussi sorties dans la même demi-minute que Charvatova.

Sur la piste, la Tchèque a doucement pris le large, un duo de chasse s’est formé, la Française perdait du temps, se retrouvant donc à la lutte avec plusieurs concurrentes. Le tir allait sans doute commence à décanter la situation. La Tchèque a craqué faute d’expérience, au lieu d’assurer elle a pris des risques au point de se condamner à aller tourner ! La Suédoise a loupé d’entrée, l’Allemande a manqué le sans-faute (le coup de la dernière). Marine avait beaucoup à gagner, malheureusement elle a commencé par un raté, puis a bien enchaîné et mis sa pioche. Seule la Biélorusse (Hanna Sola) a tout mis dedans sans balle supplémentaire, ce qui lui a permis de sortir 2e à 7" avec Marine dans ses skis. Toutes les cartes ont donc été redistribuées, Semerenko (4e à 15"), Charvatova (5e à 28"), Sanfilippo, Högberg et Hojnisz (groupe à 34") devaient se battre sur la dernière boucle pour ne pas compromettre les chances des leurs.

Désormais leader, Hinz a augmenté son avance par rapport à sa dauphine, pas ou très peu par rapport aux autres. Certaines ont même pu se rapprocher. Ainsi, Franziska Preuß a pu s’élancer en tête avec 11" d’avance sur Anaïs Bescond, 12 sur Olena Pidhrushna, 15 sur Darya Yurkevich (la Biélorusse), 22 sur Dorothea Wierer, 24 sur la Suédoise (trop faible en principe), 27 sur Veronika Vitkova, 38 sur Weronika Nowakowska, et à peine moins d’une minute sur Tiril Eckhoff, au 9e rang (Solemdal a redressé la barre).

  • Quatrième relais.

Tout semblait possible, y compris une victoire française si "Nanas" tirait bien. Ses coéquipières ont remarquablement fait le job. Sur 6km, elle ne devrait en principe pas perdre trop gros en ski. D’ailleurs, sans totalement faire jeu égale avec l’Allemande, elle lui a concédé très peu de secondes dans un premier temps. En revanche, derrière, un regroupement s’est opéré. A la fin de la boucle, elles étaient 6 ou 7 ensemble sur le pas de tir.

Au couché, Preuß a péché par précipitation. Anaïs n’a su en profiter. Ayant déjà pris son temps pour débuter son tir, elle a commencé par 2 loupés, l’apparition du vent n’aidant pas. Wierer a pioché une seule fois, la plupart des autres filles 2 fois, et même 3 pour Vitkova. Chose insensée, à ce stade de la course la Biélorussie avait seulement eu besoin de 37 balles pour faire tomber les 35 cibles, d’où sa 2e place à 7" de l’Allemagne. L’Italie a été la grande gagnante dans l’affaire (3e à 11"), la France la grande perdante (5e à 32") avec la République Tchèque (7e à 46"). L’Ukraine (4e à 25") et la Pologne (6e à 36") restaient dans le jeu. La Norvège (à 52") et la Russie de Podchufarova (9e à 1’08) continuaient leur opération sauvetage de meubles.

Sans surprise, la Biélorusse a commencé à couiner sur les skis. Anaïs se battait bien, elle grattait quelques secondes, est même revenue sur l’Ukrainienne. Au debout, on a assisté à un duel italo-allemand. Preuß a bêtement manqué le dernier tir, Wierer le 3e à cause de la pression mise par l’Allemande. Elles sont reparties en même temps. A 5/5, "Nanas" sortait 3e, en piochant une fois (encore le coup de la dernière), c’était foutu. La Biélorusse et l’Ukrainienne ont chacune eu recours à une balle supplémentaire mais sont reparties 10" avant la Française, comme la Polonaise avec son sans-faute.

Jusqu’au bout, l’Allemagne et l’Italie ont bataillé pour la victoire. Wierer a tout de suite attaqué sans parvenir à décrocher son adversaire qui lui a même marché sur le ski dans la montée. Plus tard, Preuß a essayé à son tour dans une autre côte, elle a doublé puis… a été battue au sprint pour 2 dixièmes ! Les Allemandes sont passées tout près du carton plein à Hochfilzen.

Derrière, Pidhrushna a doublé assez facilement pour porter l’Ukraine sur le podium. Anaïs a pu rejoindre et attaquer la Polonaise et la Biélorusse, elle a été battue au sprint par Nowakowska pour la 4e place. La République Tchèque a terminé 6e devant la Biélorussie, la Norvège et la Russie.

  • Bilan.

Dompter l’Allemagne semblait très difficile, avec leurs 8 pioches – contre 7 pour l’Allemagne, 10 pour l’Ukraine et la Pologne – les Italiennes ont réussi ce petit exploit au terme d’une course pleine de rebondissements, donc passionnante. Elles n’avaient encore jamais remporté de relais féminin en Coupe du monde.

La France n’a utilisé que 46 balles, malheureusement c’est une de trop, la dernière était de trop, car les filles ont toutes été quasi irréprochables. En faisant tomber l’ultime cible du premier coup, Anaïs aurait joué la 3e place contre l’Ukrainienne. Probablement est-ce à cause de la pression de ses adversaires ou de la situation… On ne peut pas lui jeter la pierre, ça peut arriver à n’importe qui. Et à vrai dire, le temps de tir de la plupart des filles – dont celui d’Anaïs au couché hors fautes, et à l’exception de celui de Coline qui a tiré assez vite – a fait perdre plus de secondes que cette dernière pioche. Malgré la 5e place, il y a beaucoup de positif à tirer de ce relais. Sans Marie Dorin, et donc avec des filles peu expérimentées comme relayeuses n°1, 2 et 3, rester dans le coup si longtemps (respectivement 3e à 3", 4e à 14" et 2e à 11" aux 3 passages de relais) est une belle performance, pleine de promesses.

Bien sûr, l’Allemagne peut mettre une encore meilleure équipe, la République Tchèque a payé le manque d’expérience de Charvatova, la Norvège ne tournera pas toujours 2 fois, la Russie connaîtra des jours meilleurs, mais si la France peut compter sur Marie en plus d’Anaïs, Justine et de la plus en forme des nombreuses autres prétendantes, elle n’a rien à envier à personne.

La Norvège (sans Bjørndalen, remplacé par Henrik L’Abée-Lund), la France (au complet), la Russie (après le réveil de ses gars cette semaine) et l’Allemagne partaient favoris. L’Autriche semblait susceptible de surprendre, les Tchèques nettement moins. S’agissant de la 3e course en 3 jours pour la plupart des membres des grosses nations, le facteur fatigue pouvait influencer le déroulement de la course sans toutefois être déterminant… La fatigue, tout le monde la ressentait. Il faisait chaud (7°C), la piste restait péniblement à 0°C, mais là aussi, c’était pout tout le monde pareil.

Côté français, on a choisi les hommes les plus en formes et les plus fiables en ce moment – donc pas Jean-Guillaume Béatrix, trop instable au tir debout – en commençant par Simon Fourcade dans son rôle habituel de lanceur, puis Quentin Fillon-Maillet, Simon Desthieux et bien sûr Martin Fourcade pour finir.

  • Premier relais.

Simon Fourcade a bien géré son premier tour en se plaçant en début de peloton afin d’éviter les soucis. Puis il s’est montré attentif, notamment quand Jakov Fak a décidé d’attaquer. Le Français est alors tranquillement allé le chercher sans se cramer. Au couché, Erik Lesser a complètement craqué. Simon aurait pu faire de même après avoir loupé la première, il a surtout connu un souci avec sa balle de pioche, éjectée bêtement, ce qui lui a fait perdre quelques secondes, le temps de la remettre. C’est pourquoi il est sorti après tout le monde ou presque (18e à 22"), d’autant que ça a bien tiré dans l’ensemble. Devant lui, le peloton était très dense, la première place de la Russie (Sergey Semenov) et la 3e de la Norvège (à 3") étaient anecdotiques, d’autant que comme d’habitude dans ces situations personne n’a très envie de mener. On permet ainsi aux attardés de se rapprocher. Simon a donc pu recoller à l’arrière du peloton avant le debout. Cette fois, les fautes ont été nombreuses. Andrejs Rastorgujevs a claqué un super 5/5 grâce auquel il est reparti en tête. Simon a gagné pas mal de places en faisant de même, il est a fait son retour aux portes du top 10 (11e à 19" avec le Norvégien, c’est dire la densité). Le plus remarquable est qu’à l’issue des tirs du premier relais l’Allemagne comptait déjà 4 pioches (seulement à 27" de la tête) et l’Autriche un tour de pénalité.

Lors de la boucle pour aller jusqu’à la ligne d’arrivée et lancer la 2e vague de relayeurs, le Letton et le Suédois étaient détachés, on trouvait ensuite un trio Semenov/Fak/Volkov. Simon a lâché le Norvégien, a doublé d’autres concurrents et fait en sorte de lancer Quentin devant la plupart des adversaires désignés de la France pour le podium. Il aurait pu faire mieux si Christian De Lorenzi ne lui avait fermé la porte volontairement dans le dernier tour en profitant de l’étroitesse de la piste. Pas super fair-play comme attitude…

  • Deuxième relais.

En tête, la Lettonie allait vite rentrer dans le rang, comme la plupart des équipes inattendues présentes à l’avant. L’Ukraine – éventuellement – et la Russie, respectivement 4e et 5e à 8 ou 9 secondes des Baltes, étaient à peu près les seules à pouvoir rester en haut de classement dans la durée. La France, 8e à 21", l’Italie (à 25") ou encore la Norvège et l’Allemagne (à 27/28") allaient obligatoirement retrouver leurs places naturelles.

Johannes Boe a d’ailleurs fait l’effort, réduisant les écarts jusqu’à – presque – ramener le 2e peloton avant le couché. Le Slovène a craqué, l’Ukrainien aussi, Andreas Birnbacher a plombé l’Allemagne en devant utiliser toutes ses balles de pioche. Pendant ce temps Quentin a super bien tiré, le Norvégien assez bien, Julian Eberhard a aussi fait un sans-faute pour l’Autriche. Du coup les Etats-Unis sont sortis devant la Russie et la Suède (sans pioche), le traditionnel duo franco-norvégien pointait à moins de 10 secondes, tout comme l’Italien (Lukas Hofer). L’Ukraine restait dans le coup (à 22" de la tête), le Canada aussi (à 26"). L’Autriche (à 29") et l’Allemagne (11e à 35") avaient déjà grillé beaucoup de jokers, ils n’avaient plus vraiment de droit à l’erreur. D’autant que sur la piste un peloton s’est formé avec les 6 premiers, les 4 chasseurs ne gagnaient pas de temps, ils en perdaient même un peu. Le Français a même accéléré dans la côte, sans doute pour en mettre certains dans le rouge, voire pour en lâcher un (le Suédois par exemple).

Cette tactique n’a pas réussi à Quentin, car au tapis 1, il a manqué 3 de ses 4 premiers tirs, d’où une énorme pression. Il devait absolument tout faire tomber en utilisant ses 3 balles de pioches sans quoi il partait tourner et gâchait la journée de tout le monde. Le grand espoir du biathlon français a logiquement assuré le coup… tout en connaissant un problème avec une balle au moment de piocher la 2e fois. Le stress devait être assez terrible, il y avait de quoi paniquer ! Heureusement que ça s’est produit dans un simple relais de Coupe du monde et non aux Mondiaux, ou pire, aux JO. Dans son malheur, il a eu la chance de voir le Norvégien louper 2 fois d’entrer, seul Evgeniy Garanichev ayant tout mis dedans. Le Suédois a manqué une fois, les autres au minimum 2, souvent 3 (Birnbacher encore !) ou plus. Tim Burke et Julian Eberhard ont dû tourner. Ce carnage est difficilement explicable, le vent semblait très léger.

Que Quentin ressorte 5e à 24" avec pour premier poursuivant Nathan Smith (à 49", Zhyrnyi et Burke le talonnaient) ressemblait presque à un miracle compte tenu de ses soucis. En tête, Garanichev possédait peu de marge par rapport à J. Boe et au Suédois, Hofer avaient quant à lui l’Italien en point de mire. L’Autriche et l’Allemagne étaient larguées, respectivement 13e et 14e à 1’08 et 1’09. Ça pique !

En résumé, on a eu du grand Garanichev au tir… Et un Fillon-Maillet aux nerfs d’acier pour ne pas sombrer suite à son erreur tactique dans l’attaque du tir debout. Evidemment, sur la piste le Norvégien est revenu et a doublé. Ça avançait vite. Le nouveau duo a creusé l’écart, le Français a couiné, sans doute en partie à cause de l’influx laissé sur le pas de tir. On peut donc difficilement parler de relais réussi pour la plaisante confirmation de ce début de saison.

  • Troisième relais.

Tarjei Boe et Dmitry Malyshko ont pris le relais en même temps, Fredrik Lindström 18" plus tard, l’Italien Bormolini – qui ? – était en 4e position à 22", puis on trouvait Desthieux à 32" de la tête, le trio austro-américain à environ 49". Les autres étaient trop loin pour espérer revenir, notamment Benedikt Doll pour l’Allemagne. Notons que parmi les 4 premières équipes, 3 avaient pioché une seule fois.

Le duo de tête est resté uni jusqu’au couché, ses poursuivants ont gratté quelques secondes, mais pas le Français. Derrière, Simon Eder se débattait pour revenir au contact, il était suivi Nordgren et Gow. On a donc assisté à un gros duel à la carabine, le Russe a loupé la première cible en tirant très vite, le Norvégien a été impérial, ce qui lui a permis de repartir seul, d’autant que Malyshko a loupé sa pioche et perdu du temps. Le Suédois est resté dans le jeu avec son 5/5, il est même sorti 2e à 18". L’Italien s’est en revanche tiré une balle dans le pied – au sens figuré – en se condamnant à effectuer 2 tours de pénalité. Simon avait besoin d’un super sans-faute pour continuer à y croire. Il l’a réussi ! Du coup il a gagné une place (4e à 35"), encore devancé par le Russe (3e à 23"). Suivaient Eder (à 47"), Gow (à 49"), Nordgren (à 53"), Pryma (à 1’13). Doll n’était que 10e à 1’24 avec 3 pioches supplémentaires. L’Allemagne en était à 13 pioches pour faire tomber 25 cibles (qui sont effectivement toutes tombées) ! A ce niveau, c’est fou !

Sur la piste, Boe et Malyshko faisaient à peu près jeu égal, ils reprenaient du temps aux autres, notamment à Simon qui en lâchait pas mal par rapport à ses concurrents pour le podium. Arrivé seul au debout, le Norvégien a choisi d’attaquer plutôt que d’assurer, il a pris des risques, a eu beaucoup de chance sur le premier tir, a manqué le 3e, peut-être en sentant que le Suédois et le Russe venaient de s’installer à leur tour. Néanmoins, il a vite pu les quitter pour débuter sa dernière boucle. Lindström a commis 2 erreurs (3e et 5e), Malyshko une (4e), Simon a fait comme le Russe, ne profitant donc pas de la situation.

Déplorant un retard de 41" par rapport à Boe à la sortie du pas de tir, soit à 2,5km de l’arrivée, Simon Desthieux devait fait de son mieux pour ne pas lancer Martin Fourcade dans de trop mauvaises conditions. Il ne fallait plus songer à gagner, la 2e place des Russes semblait un peu trop loin, en revanche combler les 13 secondes séparant l’équipe de France de celle de Suède était tout à fait envisageable. Surtout compte tenu du gigantesque écart de niveau entre les finisseurs. Au final, on peut qualifier son relais de réussi, car s’il n’a pu se rapprocher des meilleurs en temps, il a gagné des places et a même offert à Martin un bon challenge en plus d’une marge sur ses poursuivants (à qui il a pris une dizaine de secondes supplémentaires avant le passage de relais, Eder et Gow ayant coincé). On pouvait même de nouveau espérer mieux que le 3e rang car Malyshko était à sec sur la fin.

  • Quatrième relais.

Si Emil Hegle Svendsen s’est élancé dans le confort plus de 30 secondes avant ses adversaires, les autres s’apprêtaient à batailler. En effet, Anton Shipulin et le Suédois Nelin – qui ? – étaient poursuivi par Martin (à 44" du Norvégien, à 13" du Russe), Dominik Landertinger et Brendan Green restaient en embuscade (les derniers sous la minute de retard). Le quatuor Ukraine-Suisse-USA-Allemagne était à 1’21 du leader, donc condamner à se disputer les places d’honneur. En résumé, il restait 6 candidats crédibles au podium.

Svendsen pouvait en principe contrôler. Martin a profité d’un moment d’observation entre Shipulin et Nelin pour recoller dans la grande côte en envoyant la purée. On ne pouvait alors s’attendre à la suite, et a fortiori à la fin d’épreuve à laquelle on a assisté.

Le couché s’annonçait déjà décisif. Svendsen y a pris son temps puis a enchaîné rapidement pour ressortir avec un très bon sans-faute. Au sein du trio de chasse, chacun a connu un sort différent. Shipulin a attaqué comme un fou, son 5/5 hyper rapide avec de la réussite lui a permis de se réapproprier la 2e place à seulement 18" du Norvégien. Martin a manqué la 3e, a mis sa pioche, néanmoins il s’est retrouvé à 15 secondes du Russe. Avec 2 pioches, Nelin était hors-jeu (4e à 45"). Sauf grosse surprise, on connaissait le podium. Est-il nécessaire de signaler ce qu’on fait les autres ? Le Canadien est sorti 5e (à 1’07, 1 pioche), l’Autrichien 6e (à 1’12, 2 pioches), l’Ukrainien 7e (à 1’20, sans-faute), et malgré une nouvelle pioche, la 15e de l’Allemagne, Simon Schempp pointait au 8e rang à 1’29.

Sur le coup, difficile de comprendre pourquoi Shipulin reprenait du temps sur la piste alors que Martin en perdait. Le patron de la Coupe du monde avait donné l’impression de rencontrer de petits problèmes sur les skis, d’avoir failli tomber. En réalité, on a su ensuite qu’il avait bel et bien chuté, ce qui explique tout. Au lieu d’essayer de jouer la gagne, il a dû se contenter d’assurer la 3e place.

Au debout, faute de vent, il n’y avait aucun bouleversement à attendre. Pourtant, Svendsen a connu un instant norvégien digne des Robins des bois.

On n’a rien pas pigé. Pourtant sans pression, il a loupé son 1er tir, puis le 4e, Shipulin est alors arrivé, le mettant cette fois sous pression, mais le Russe a aussi loupé 2 fois ! A la sortie, il restait 10 secondes d’écart. Martin s’est trompé de tapis, il a perdu quelques secondes pour se replacer au bon et a claqué un 5/5 à la limite du stratosphérique pour entériner la 3e place française. Qui sait si sans cette chute il n’aurait pas pu revenir et doubler ? Là, il était à 41" et n’avait plus rien ni à gagner, ni à perdre, il a fini en récupération active. Les suivants ont plutôt bien tiré, le Suédois a manqué la première, le Canadien et l’Allemand la dernière, l’Autrichien en a profité pour les passer en faisant le plein. Ça restait très serré entre le 4e (Nelin) et le 7e (Schempp) : 9 secondes. Sur 2,5km, qui plus est sur un dernier tour, on les reprend vite pour peu que l’un soit plus frais que les autres.

La surprise est venue de Shipulin, revenu super vite à l’avant. Svendsen a fini par comprendre qu’il ne pouvait empêcher la jonction (opérée à 800m de la ligne d’arrivée), il a sans doute espéré l’emporter au sprint, un exercice dans lequel il excelle généralement. Le Russe avait tout compris, il a anticipé en attaquant dans une petite montée, Svendsen a ensuite failli tomber dans le virage dangereux… Le Russe a fini par l’emporter, faute pour le Scandinave de parvenir à prendre l’aspiration. Shipulin a donc apporté la victoire aux siens grâce à un relais impressionnant, surtout à partir du couché, et ceci malgré 2 pioches au debout. Restons néanmoins lucides, le Norvégien a au moins autant perdu que son adversaire n’a gagné. Avec plus de 30 secondes d’avance et pas de vent pour rebattre les cartes, se faire taper est une anomalie, un échec cuisant.

  • Bilan.

Déjà vainqueur du relais d’Hochfilzen l’an dernier, la Russie a récidivé devant la Norvège et la France. Il s’agissait du même trio en 2014, l’ordre a un peu changé. A domicile, les Autrichiens ont pris une honorable 4e place, Schempp a camouflé la bouse de Birnbacher en finissant 5e, le Canada fait un bon 6e.

Compte tenu des nombreuses galères rencontrées par Simon Fourcade (gêné par De Lorenzi, souci avec sa balle éjectée), par Quentin Fillon-Maillet (aussi un souci de balle quand il piochait), puis par Martin Fourcade avec sa chute (heureusement, sa carabine n’en a pas souffert), la 3e place n’est pas si décevante. Pour le leader de la Coupe du monde, il s’agit d’un 5e podium de suite à titre personnel.

La semaine prochaine, 3e étape à Poliuka. Non. Polklijuka. Non, Pokljiuka. Non. Pokljuka. J’ai bon ? Ce n’est pas l’étape préférée de Martin Fourcade, il n’y a jamais gagné. Ce n’est pas non plus mon étape préférée, vous avez probablement compris pourquoi…



Les vidéos sont aussi sur Vimeo :
-la course féminine partie 1, partie 2 et partie 3 ;
-la course masculine partie 1, partie 2 et partie 3.