Le chrono de référence de Josef Ferstl (2) a tenu quelques minutes malgré des fautes, dont une grosse sur la première section de glisse pure. Oui, sur cette piste, les glisseurs avaient un très gros avantage même s’il y a aussi des parties très techniques. Le premier Français, Maxence Muzaton (5), n’avait encore jamais pu partir dans les 30, ça peut lui changer la vie… à l’avenir. Pour cette fois, ça ne l’a pas aidé, ce n’était pas trop mal au début, il allumait vert, avait une belle attitude, malheureusement il a pris trop de risques, est sorti de la ligne, a du coup perdu pas mal de temps et l’occasion de prendre la tête du classement (ce qui lui aurait permis de finir dans le top 10 au lieu d’échouer au 31e rang à 82 centièmes de Ferstl, 10e aujourd’hui). Un autre Français suivait, David Poisson (6). Absolument pas dans son élément, notamment à cause de cette neige qu’il n’apprécie pas, il était pourtant bien jusqu’au 4e inter et une énorme faute extrêmement coûteuse en vitesse car il a dû mettre un grand coup de volant pour éviter de sortir du tracé. Probablement a-t-il été surpris d’arriver si vite – plus qu’aux entraînements – sur ce mouvement de terrain à l’entrée du Ciaslat, ça l’a descendu très bas sur la ligne, il lui a fallu 2 portes pour se remettre dessus. Mentionner son classement est inutile… Il a pris autant de points qu’Ondrej Bank (7), piégé au même endroit sans pouvoir redresser.

Les choses très sérieuses ont débuté avec Peter Fill (8), un des hommes en forme en ce début de saison, qui plus est un local. Très bon en haut, il est resté devant jusqu’en bas en augmentant sa marge (-0"69 à l’arrivée). Le secret ? Etre passé correctement là où les autres ont été piégés, puis finit très fort. Je dis «correctement» car il était tout de même un peu bas sur la ligne par moments.

Les concurrents commençaient à bénéficier de l’arrivée du soleil dans le Ciaslat, partie très technique car faite d’une succession de mouvements de terrain. Bien voir la piste y est un net avantage.

Steven Nyman (11) a gagné 3 fois à Val Gardena (dont une victoire météo), on l’attendait devant, il a déçu. Correct en haut, il a lâché un peu de temps section après section, il parvenait difficilement à tenir certains appuis, les nombreux déséquilibres et freinages lui ont valu d’être 2e provisoire à 0"66 puis de reculer au 9e rang du classement définitif, doublé notamment par Max Franz (14), le premier à jouer avec Fill (seulement 5 centièmes de retard au 2e inter, 28 au dernier chronométrage après avoir bien négocié le piège et rebondi sur les mouvement de terrain). L’Autrichien a manqué de vitesse sur la dernière partie de glisse, il est devenu le nouveau 2e provisoire à 0"64 (pour terminer 8e au final). Si Fill avait creusé l’écart, les suivants s’empilaient en une fraction de seconde. On trouvait par exemple Travis Ganong (13) à 1 dixième de Franz alors qu’on l’attendait devant suite aux entraînements (dont il a pris la 4e place les 2 fois).

On en arrivait aux 7 meilleurs. Matthias Mayer (16) ouvrait le bal. Il nous a fait un peu de saut à skis entre le 2e et le 3e inter, une frayeur qui ne lui a presque rien coûté… mais ensuite… Le carton de l’année. Une chute effroyable ! Outch ! Il s’est fait alléger sur un des innombrables mouvements de terrain, avait beaucoup de vitesse est retombé sur le dos/côté, peut-être les fesses, la tête semble aussi avoir tapé assez fort… On voit moins d’accidents de ce genre depuis quelques années et à vrai dire, on s’en passerait bien. Il avait le nouveau système d’airbag dorsal déjà utilisé dans d’autres discipline, difficile de dire quel effet ça a produit mais il semble bien amoché, on a dû longuement interrompre la course pour l’évacuer en hélico. Ceci a aussi eu des conséquences concernant la visibilité pour les suivants.

Après avoir lancé un ouvreur, la course a pu reprendre avec Kjetil Jansrud (17). Très bon en haut, il est passé derrière Fill au 2e inter (0"05) avant de reprendre le large grâce à un ski super propre mais néanmoins rapide. Surpris comme Mayer, il a pu se reprendre et passer le piège sans dommage car il a su conserver sa vitesse. Il avait plus d’une demi-seconde de marge puis plus que 26 centièmes d’avance à l’arrivée. En résumé, il restait une marge de progression évidente pour améliorer le chrono de référence, on pouvait aller beaucoup plus vite entre les 2 premiers intermédiaires et dans la dernière section.

Dominik Paris (18) a probablement manqué d’engagement, il a pris un éclat d’une seconde. Erik Guay (19) m’a aussi donné l’impression d’être un peu trop prudent, ça semblait propre, peut-être trop car il concédait dixième après dixième. Néanmoins, le Canadien restait dans le coup, il a repris du temps en bas pour terminer 3e à 0"44… et futur 5e. Plus d’agressivité dans la partie où Jansrud a été médiocre lui aurait peut-être permis de monter sur la boîte. Hannes Reichelt (20) n’a en revanche jamais été dans le coup. Les véritables rivaux de Jansrud étaient sur le point de s’élancer.

Aksel Lund Svindal (21), quadruple vainqueur du super-G sur cette piste n’était encore jamais monté sur le podium de la descente. Il y a un début à tout, et manifestement, c’était pour aujourd’hui… Pas du tout bon en haut (0"19 au 1er inter), il a été énorme dans la partie où il fallait l’être, est alors passé nettement dans le vert (-0.22) puis a augmenté son avance (-0"36 au 4e inter) avant de passer le piège en étant légèrement trop bas sur la ligne en restant impressionnant. S’il y a laissé quelques centièmes, il a encore fait la différence à la glisse là où Jansrud avait coincé. Svindal a relégué son compatriote à près d’une demi-seconde (-0"46), il allait être super difficile à battre pour Guillermo Fayed (22). Pourtant, le meilleur Français avait une belle opportunité dans la mesure où Fill, désormais 3e, était à loin du nouveau leader. Ça laissait de la place pour monter sur le podium (72 centièmes pour être précis). 4e ici l’an dernier, 15e du super-G de vendredi avec un dossard énorme, il correspondait parfaitement au profil du gars capable d’aller chercher les Norvégiens. Et en effet, même mal parti (à 12 centièmes de Svindal à l’inter 1, les plus rapides ont fait beaucoup mieux), il a été excellent. La preuve, il était 2e à 2 centièmes de Svindal au 2e inter et lui a donc repris du temps dans cette partie. Ça glissait super bien. S’il a ensuite lâché 2 dixièmes, il a repris un peu, a très bien négocié le piège, puis quelques petites fautes d’agressivité lui ont coûté ses chances de jouer la gagne, le podium était en revanche toujours en vue (3e au dernier inter à une demi-seconde). Sur le bas, grâce à une super vitesse (aux 3 radars il était 1er, 5e et 2e en vitesse pure), il a encore pu gratter des centièmes pour battre Jansrud.

Svindal vainqueur, Fayed 2e à 43 centièmes, Jansrud 3e à 0"46. Etait-ce le podium final ? Il restait encore du monde, la dégradation de la piste pouvait être compensée par la luminosité, donc un autre concurrent pouvait éventuellement venir s’incruster sur la boîte, très certainement pas plus. En réalité, personne n’a ensuite pu se classer dans la même seconde que le vainqueur. Les belles performances ont néanmoins été nombreuses, à commencer par Vincent Kriechmayr (24), 7e à 1"30. Il était même 6e avant l’improbable résultat d’un Américain, un certain Bryce Bennett, 6e à 1"04 avec le dossard 57 !

Parmi les satisfactions du jour, plusieurs Français. Voici leur classement final : Fayed 2e, Johan Clarey 11e à 1"42 (dossard 25, 2 podiums à Val Gardena, pas bien cette saison, il était à 33 centièmes au 2e inter, à 61 au 3e et 83 au 4e, ce qui le plaçait dans le top 5, mais il a continué à perdre du temps jusqu’en bas), Valentin Giraud-Moine 15e (avec le dossard 34 et un départ vraiment mauvais), Brice Roger (45) 19e, Adrien Théaux seulement 25e (la déception du jour, même si les conditions n’étaient pas propice pour lui, il n’a jamais été dans le coup, sauf dans le Ciaslat je crois), Blaise Giezendanner (39) 27e, Maxence Muzaton 31e (à 2 centièmes du dernier point) et Poisson 50e.

A retrouver aussi sur Vimeo : partie 1 et partie 2.

Personne n’a jamais réussi le doublé super-G/descente à Val Gardena. C’est dire la performance de Svindal. Rajoutons-en une couche : personne n’avait remporté 3 descentes de suite en Coupe du monde – chez les hommes… parce qu’une certaine Lindsey Vonn vient de le faire chez les femmes – depuis Luc Alphand en 1995 (sur 2 saisons). Le gars est fort… surtout après une saison quasiment blanche à cause de sa blessure au tendon d’Achille. Au passage, il a pris la tête du classement général.

Les conditions étaient parfaites si ce n’est au niveau de la visibilité. Celle-ci allait forcément évoluer, l’ombre qui envahissait la piste allait progressivement laisser place au soleil sur de larges portions. Cette piste a pour particularité un dénivelé assez peu prononcé, il faut impérativement prendre beaucoup de vitesse en haut puis savoir la conserver car on peut difficilement en générer ensuite.

Un veau était en jeu, les candidates pour le remporter étaient peu nombreuses. Pas parce qu’on trouvait seulement une cinquantaine de filles au départ, mais parce que les filles capables de gagner en descente en ce moment se comptent sur les doigts d’une main. Attendue comme probable vainqueur, Lindsey Vonn a été smackée par un enfant qui participait au tirage au sort des dossards. Il avait fait un pari, il l’a gagné. Sans doute s’agit-il d’un petit Casanova des montagnes…

Margot Bailet ouvrait le portillon de départ. Suite à sa 5e place lors du combiné alpin de vendredi, la nouvelle tête d’affiche du groupe de vitesse avait plus de pression, elle espérait faire de belles choses à domicile. Malheureusement, elle a commis plusieurs erreurs dont une grosse à la réception d’un saut assez tôt dans la course. Cette frayeur lui a un peu coupé les jambes. Déjà fatiguée par les efforts fournis aux entraînements et lors des 2 manches de la veille, elle savait déjà que le résultat ne serait pas bon.

Sans surprise, son temps a été nettement amélioré par les suivantes. Jennifer Piot (5) avait, comme d’autres, décidé de se reposer vendredi en faisant l’impasse sur le combiné. Pour certaines, ça a payé, pas pour elle. Très agressive au début, elle a ensuite skié de façon beaucoup trop propre, a perdu beaucoup de vitesse et a pris un éclat.

Mirjam Puchner (6) a pris la tête du classement pour la céder de suite à Corinne Suter (7), excellente sur le haut grâce à une des vitesses les plus élevées dans cette partie. La première Suissesse a ensuite enchaîné les petites fautes, d’où une marge d’amélioration assez évidentes pour les suivantes qui commençaient à voir le soleil arriver en haut. On a d’ailleurs vu qu’Edit Miklos (9) lui reprenait du temps tout du long pour finir à 2 dixièmes, les meilleures allaient donc forcément la repousser hors du podium. C’est sans grande surprise que Larisa Yurkiw (12) est devenu leader, en grande partie grâce à la vitesse conservée avant la dernière partie.

Passons directement à Lindsey Vonn (17), 2e au 1er inter derrière Corine Suter mais plus rapide que tout le monde (la lumière aidant sans doute), puis largement au-dessus du lot dans la section suivante comme en témoigne le chrono intermédiaire (42 centièmes plus rapide que la future lauréate de la course). Très clairement, elle était en train de se balader… jusqu’à sa sortie. Une sortie en s’envolant littéralement. Elle ne ralentit jamais. Elle aurait pu se faire très mal au genou en partant presque en grand écart en l’air, heureusement elle a échappé à une nouvelle blessure.

Cet imprévu a ouvert des perspectives à plusieurs filles, Yurkiw a dû se mettre à y croire, a fortiori en voyant Tina Weirather (18) échouer à la 2e place à 0"16, mais surtout pour Lara Gut (20). Comme chez elle à Val d’Isère, la plus polyglotte des skieuses du circuit a dominé après un départ assez moyen. Elle a commencé à faire la différence après le 1er inter : -0"26 au 2e inter, -0"38 au dernier inter et -0"41 à l’arrivée. On imaginait mal la victoire lui échapper, elle allait certainement enchaîner sa 2e victoire en 2 jours (son 3e succès de la saison), reprendre 100 points d’un coup à Vonn et donc complètement relancer la Coupe du monde de descente, mais aussi probablement au général.

La course n’était pourtant pas encore gagnée, il restait du monde, et en particulier une autre Suissesse en forme, Fabienne Suter (21), qui lui a causé des frayeurs en restant dans le même dixième jusqu’à l’arrivée où le chrono a affiché +0"16, soit la 2e place. Il restait encore Cornelia Hütter (22). La meilleure autrichienne valide a échoué au 4e rang à 2 centièmes du podium (+0"41) sur lequel est restée Yurkiw.

Après le dossard 22, personne n’a pu accéder au top 10. Le classement est donc le suivant : Gut devant F. Suter et Yurkiw, puis Hütter, Weirather, C. Suter, Schmidhofer, Puchner, Miklos et Ross 10e. Coté français, c’est… très moyen : Bailet 22e, Piot 27e, Bessy 37e, Gauche 42e, Miradoli DSQ, Larrouy DNF. Dans le lot, il y a beaucoup de filles en apprentissage, il faut leur laisser du temps, on ne tombe pas souvent sur un phénomène capable de briller en Coupe du monde à 20 ans.

La vidéo est aussi sur Vimeo : partie 1 et partie 2.

On craignait le décès du suspense cette saison en Coupe du monde suite à la blessure de Shiffrin qui ouvrait grand la porte à Vonn, les 2 courses à Val d’Isère pourraient l’avoir sauvé : Lara revient à 2 pts de Vonn au général. Au classement de la descente Vonn et F. Suter ont 200pts, Hütter 190, Lara 172. Tout redevient possible !

Dimanche est jour du géant. Alta Badia pour les hommes, Courchevel pour les femmes. Ne serait-ce pas le jour idéal pour décrocher un premier succès tricolore cette saison en ski alpin ?