Le premier tracé a été piqueté par l’entraîneur norvégien. Etrangement, il a plus fait du super-G que du véritable géant. Pourtant Nina Løseth est une technicienne, pas une spécialiste de la vitesse. Avec un tracé pareil sur une neige très travaillée et donc très dure – il n’y avait de neige que sur la piste, absolument pas autour, ça a très bien tenu malgré la chaleur – les favorites n’étaient pas les slalomeuses (spéciales et géantistes), il fallait bien glisser, mais aussi avoir été performant lors de la reconnaissance, ceci en raison de très nombreux mouvements de terrain avec des portes plus ou moins cachées. Il fallait aussi pouvoir s’adapter aux changements de luminosité (pendant la première manche, on passait sans arrêt de l’ombre à la lumière, en seconde le soleil n’illuminait quasiment plus la piste) et de pente.

La seconde manche, tracée par l’entraîneur slovène, était plus tournante, donc un peu moins courte (Ana Drev a remporté la première en 1’01"72, Elena Curtoni la seconde en 1’04"08).

Tina Weirather (1) était plutôt dans son élément, on avait donc un premier chrono de référence faible. Tessa Worley (2) a tout de suite su qu’elle était passée à côté en finissant à 1"35. Elle n’a jamais trouvé le bon rythme. Elle estime ne pas avoir skié avec suffisamment d’engagement, j’ai au contraire eu l’impression qu’elle était trop agressive et skiait trop sur les carres, qu’elle ne glissait pas assez entre les portes. Les espoirs de podium ont très vite disparu car Lara Gut (3) a pris la tête pour quelques centièmes grâce à un super haut de parcours, puis Eva-Maria Brem (4) a approché de très près le temps de la Suissesse (à 0"04), Viktoria Rebensburg (6) à 2 dixièmes. Même en commettant pas mal d’erreurs ou en n’étant pas dans le rythme, Federica Brignone (5) et Nina Løseth (7) ont lâché un peu moins et un peu plus de 7 dixièmes.

A chaque passage, Tessa reculait d’un rang, sauf après celui de Lindsey Vonn (9), venue uniquement dans l’optique du général. Sa sortie en tournant trop large après avoir pris beaucoup de vitesse – d’où l’impossibilité de redresser pour passer la porte – promettait déjà d’avoir de lourdes conséquences au classement de la Coupe du monde. Cette manche aurait pu lui convenir beaucoup plus qu’aux géantistes comme Michaela Kirchgasser qui comme pas mal de techniciennes n’a pas su laisser glisser (la clé pour aller vite aujourd’hui). On a ensuite eu une surprise avec Ana Drev (11), finalement vainqueur de la manche pour 2 centièmes devant Lara Gut. Le jour où l’entraîneur slovène devait tracer la seconde manche lors de cette année sans Tina Maze (année sabbatique), une autre Slovène s’est révélée (elle n’est pourtant pas toute jeune).

Les concurrentes ont continué à s’empiler devant Tessa, certaines juste devant, d’autre bien devant. Il a fallu attendre le dossard 15 (Nadia Fanchini) pour en voir une finir la course avec un temps pire que celui de la championne du monde 2013. Les 8 Françaises attendaient encore au départ. Pour Adeline Baud-Mugnier (16) et Anne-Sophie Barthet (25) ça s’est mal passé avec respectivement une grosse faute (bras qui se prend dans une porte en étant trop directe) suivie d’un abandon et une sortie à la Vonn. Pour Taïna Barioz (20), montée sur le podium à Lienz en 2009, ça a beaucoup ressemblé à la manche de Tessa avec 1"92 de retard à l’arrivée. Anémone Marmottan (22) était beaucoup trop basse sur la ligne, elle tournait sous les portes, son activité ne compensait pas, d’où un éclat (1"97). Il y avait toujours moyen de faire mieux puisque certaines continuaient à se placer dans le top 15, voire même le top 10 à l’image de Francesca Marsaglia (29), 10e à 1"11. Heureusement, de bonnes nouvelles sont venues des gros dossards avec les qualifications de Coralie Frasse-Sombet (à 2"07 avec le 43), de Clara Direz (à 1"65 avec le 50) et d’Estelle Alphand (à 2"02 avec le 57). En revanche, Marie Massios (53) est sortie. Ceci nous donnait un tir groupé français : 18e (Worley), 19e (Direz), 23e (Barioz), 24e (Marmottan), 25e (Alphand), 26e (Frasse-Sombet). 6 qualifiées c’est bien, la meilleure 18e à 1"53, c’est très décevant.

Aussi sur Vimeo : partie 1 et partie 2

Globalement les Italiennes ont aussi connu pas mal de difficultés (malgré 7 représentantes sur 31 qualifiées), seule Marsaglia (10e) et Brignone (6e mais à 0"69) ont limité la casse. A la différence des Françaises, elles ont bien redressé la situation en seconde manche pour finir à 4 parmi le top 10.

Elena Curtoni (27 ex-aequo, partie 4e en 2nde manche) a réussi la première très grosse manche, prenant ainsi la tête avant le chapelet de Françaises. Personne n’a pu battre son temps, elle remporté la manche. Sachant que les écarts au départ était très réduits, il aurait fallu envoyer du très lourd pour s’accaparer le statut de leader provisoire.

Frasse-Sombet (-0"03 au départ) était très basse sur ses appuis, elle dérapait trop en entrée de courbes. 3e à 0"77 au passage de la ligne, elle allait forcément finir entre 20 et 30e. Prendre des points pour la 2e fois de sa carrière (après Äre) ne peut pas lui faire de mal, de ce point de vue c’est positif.
Idem concernant Alphand (-0"08), déjà dans passée en seconde manche à Aspen. Pour elle, ça s’est beaucoup plus mal passé en raison d’un ski pas très propre avec une grosse faute sur le haut, des tas de dérapages, des appuis très écartés… Elle a pris cher, 2"82, 6e et dernière, il lui fallait compter sur des sorties de piste pour prendre quelques points Coupe du monde.
Marmottan (-0"13) a aussi connu des soucis de trajectoire, elle ne tournait pas dans le bon timing, sortait de la ligne, manquait de vitesse, d’où 1"18 de retard à l’arrivée et nécessairement un maigre butin.
Barioz (-0"18) a infiniment mieux résisté grâce à beaucoup plus d’activité et de prise de risques. Elle a pris des angles impressionnants, à la limite de la faute, et, à défaut de pouvoir battre Elena Fanchini, elle s’est classée 2e à 23 centièmes (rejointe au 2e rang par Marta Bassino). Cette perf honorable lui a permis de gagner quelques places.

Direz et Worley avaient plus de marge au départ.
Direz (-0"45) a survécu à une manche assez chaotique, non sans dégât. Elle avait déjà rétrogradé en 10e position à 1"20. Pas sur la ligne, pas dans le bon timing, elle a souffert des mêmes maux que la plupart de ses compatriotes. Bien sûr, au bout du compte ça fait peu de points, pourtant elle peut être heureuse d’avoir enfin évité de rentrer bredouille. Il s’agissait de son 11e départ en Coupe du monde pour aucune qualification. On peut donc parler de soulagement.
Worley (-0"57) pouvait accrocher un top 7 supplémentaire cette saison à défaut de podium, il lui fallait sortir une grosse manche, elle en avait les moyens, surtout que ce tracé lui correspondait mieux. Plutôt bien partie en restant bien haut sur la ligne, elle a tout de même perdu du temps petit à petit, échouant à 7 centièmes d’Elena Curtoni. Il était possible de reprendre quelques centièmes sur le bas, elle en a lâché. Dommage. Dès lors, un top 15 semblait être le maximum à espérer.

Par la suite les Françaises ont été aidées par des abandons (Moelgg, Siebenhofer, Pietilae-Holmner et Drev), Tessa a eu un peu de réussite, plusieurs concurrentes (Mowinkel, Kling, Préfontaine, puis plus tard Løseth) sont venues s’empiler juste derrière elle au classement.

Confortablement assise sur son siège de leader, Elena Curtoni a fini par en être délogée par… Irene Curtoni, sa sœur, qui a conservé 2 centièmes de marge en bas. Mais Kirchgasser a immédiatement réveillé le public autrichien en se portant nettement en tête (-0"51) grâce à une super fin de parcours. Marsaglia a ensuite fêté sa 2e place provisoire comme si elle avait remporté la course (elle était déjà sûre d’améliorer le meilleur résultat de sa carrière en géant, c’était une 12e place). Hansdotter a limité la casse pour enchaîner une nouvelle perf très convenable dans cette discipline où elle galérait dans le passé. Løseth a commis 2 grosses fautes qui ont coûté, cher, Pietilae-Holmner réussissait au contraire une excellente manche… avant une faute d’intérieur sur une porte bleue dans le mur d’arrivée, un mur très pentu. Presque arrivée, elle aurait presque pu espérer le podium à condition de finir sur ses jambes. Brignone a confirmé la tendance italienne, celle d’une réaction collective, son 2e temps de manche lui a permis de se hisser tout en haut du classement avec une grosse marge (-0"73). Pourtant, elle est passée tout près de la cata dans le mur d’arrivée, elle a pris des risques avec un engagement maximal, c’est passé. Insuffisant pourtant pour gagner car Rebensburg a tout de suite repoussé la jolie brune au 2e rang (-0"34, 3e temps de la manche).

L’Allemande était la première des 5 prétendantes les plus sérieuses à la victoire. 22 centièmes séparaient Rebensburg de Brem, leur avance par rapport à Brignone était assez conséquente pour se disputer la victoire et le podium entre elles. Weirather a produit un ski très propre, très fluide, ce qui lui a permis de passer devant (-0"18). Pourtant la Liechtensteinoise avait concédé plus de 2 dixièmes avant d’en reprendre quasiment 4. Leader de la Coupe du monde de géant, Brem n’a pu rivaliser, il lui aurait fallu creuser l’écart sur le haut. 3e provisoire à 0"24, elle ne se faisait guère d’illusions. La femme la plus en forme de la planète ski a en effet continué à surfer sur la confiance phénoménale qu’elle tient depuis Val d’Isère. Assurer de gros points au général aurait pu être tentant, elle n’y a pas songé. Sur le fil du rasoir, elle a doublé son avance malgré un tas de petites fautes, puis a tenu. Ses 32 centièmes de marge au 2nd intermédiaire ont été réduits à 0"12 (4e temps de la manche), ce qui ne changeait pas grand-chose, 1 ou 12, ça revient au même. Vainqueur ou 2e ? Drev se trouvait pour la première fois de sa carrière dans cette situation. Fermer le portillon de départ rajoute énormément de pression. Si on a éclaté tout le monde en première manche, si les résultats des concurrentes directes sont médiocres, c’est plus facile. Là, elle partait dernière mais sans aucune marge, seul un 2nd exploit en quelques heures pouvait lui permettre de rester sur le podium. Une chute a très vite mis fin au suspense.

Aussi sur Vimeo : partie 1 et partie 2.

Encore une victoire de Lara Gut, Weirather 2e, Rebensburg 3e. Suivent Brem, Brignone, Kirchgasser, Marsaglia, Hansdotter (encore top 10 en géant), puis les sœurs Curtoni (Elena a gagné 17 places grâce au meilleur temps de la manche). L’équipe de France s’est globalement et/ou relativement ratée : Tessa 11e, Taïna 16e, Frasse-Sombet 21e, Marmottan 23e, Direz 24e, Alphand 26e.

Peut-on s’étonner de retrouver la Suissesse en tête du général avec 158 unités d’avance sur Vonn et 282 sur Hansdotter ? Oui et non. Non car en l’absence de Fenninger et de Maze puis grâce à la blessure de Shiffrin, les candidates sérieuses au gros globe se comptaient sur les barres d’un sachet de TWIX. Après Lake Louise et le géant d’Äre, je n’aurais pas misé sur elle car on l’attendait surtout en vitesse où elle a déçu alors que Vonn dominait, y compris sur un terrain où on ne l’attendait pas, profitant de la blessure de sa compatriote presque intouchable dans les épreuves techniques. La surprise – ou plutôt demi-surprise – vient du niveau qu’a retrouvé Lara en géant. Son changement de matériel et son entraînement intensif dans la discipline ainsi qu’un retour de la confiance dès l’épreuve d’ouverture de la saison (4e à Sölden) l’expliquent. L’absence des autres cadors aide aussi, la concurrence est moins féroce. Malgré tout, 4e, 1ère, 13e, 2e et 1ère lors des 5 géants de la saison, c’est très fort, elle a même pris le dossard rouge à Brem – pour 8pts – grâce à son succès (qui est son lors des 4 dernières épreuves de CdM, sa plus mauvaise place étant 2e à Chamonix).

Mardi, c’est slalom. Du coup, Lara Gut ne sera pas sur le podium mardi. Son année est terminée, on la retrouvera à Zauchensee pour le retour de la vitesse.