David Haye a fait son retour samedi soir à Londres après 3 ans ½ de retraite (dont 2 ans de blessure). Il semble s’être épaissi, pour ne pas dire alourdi, ce qui lui aura peut-être fait perdre de la vitesse. Difficile à dire car il a seulement affronté un sac de frappe australien et l’a mis KO en 2’10. Ce Mark De Mori ne valait absolument rien, il était invaincu depuis longtemps mais en n’ayant affronté aucun lourd de qualité.

Vous avez le droit d’avancer jusqu’au combat afin de passer au suivant dans moins de 3 minutes…

Samedi, au cours de la nuit, on avait non pas 1 mais 2 championnats du monde poids lourds lors de la même soirée organisée au Barclays Center de Brooklyn (New York), et diffusée sur Showtime à l’occasion des 30 ans de la chaîne. Le premier était pour le titre IBF vacant, il opposait l’Américain "Prince" Charles Martin (23-0-1, 20 victoires avant la limite mais sans aucune référence) à l’Ukrainien Vyacheslav Glazkov, ancien vice-champion du monde amateur et médaillé olympique qui en principe devait affronter Fury… avant que le Britannique ne soit déchu du titre par l’IBF car il a signé une revanche contre Klitschko au lieu d’accepter le combat face à son challenger officiel. On lui a donc trouvé un autre adversaire, ce Charles Martin. OK, ils étaient tous les 2 invaincus, mais quand tu vois ça, la première idée qui te viens est «n’importe qui peut être champion du monde poids lourds en fait !», et tu penses que Johann Duhaupas aurait aussi bien pu être là… et leur mettre la misère à chacun. Ces 2 boxeurs arrivés invaincus ne sont pas des géants, même si Martin a un gabarit de poids lourd moderne (1m96, envergure de plus de 2 mètres), l’Ukrainien est taillé pour la catégorie inférieure (1m88, seulement 1m92 d’envergure).

Alors que l’avant-match très tendu nous laissait espérer de la violence sauvage, pendant 2 rounds ils nous ont fait de la boxe très tactique, très prudente, sans prise d’initiative, les coups se comptaient sur les doigts d’une main. Ils cherchaient probablement à endormir le public et les téléspectateurs. Martin – qui est gaucher – a commencé à s’activer lors de la 3e reprise… et a alors gagné très rapidement. Sans aucun mérite. Il est en effet devenu champion du monde par accident. Oui, par accident. L’expression est se justifie totalement. L’Ukrainien s’est en fait battu tout seul sur blessure. Il avait déjà glissé quelques secondes auparavant, finissant une première fois au sol sans être compté. C’est en descendant sur ses appuis pour mettre un coup au corps que Glazkov s’est fait le genou droit. Du coup il a été arrêté par l’arbitre dès le 3e round. Martin était vraiment supérieur physiquement, Glazkov (qui était le favori) ne semblait pas trouver de solution, il lui restait beaucoup de temps pour. On ralenti on voit clairement le genou, c’est moche ! Ligament latéral externe ? On dirait.

Que c’est glorieux de devenir champion du monde IBF – pas la fédé la plus prestigieuse, tant s’en faut – en récupérant le titre vacant (car abandonné par manque d’intérêt du tenant du titre)… sur blessure de son adversaire ! En plus en tant que combat d’encadrement autre championnat du monde poids lourds beaucoup plus attendu ! Ce n’est pas très valorisant pour ce Charles Martin, qui a vraiment tout d’un quidam, même le nom (plus de 630 réponses en cherchant ce nom sur les pages blanches en France^^).

Tyson Fury a fait le déplacement à New York, avec Deontay Wilder ça se chauffe déjà via Twitter, mais le Britannique doit d’abord donner sa revanche à Klitschko, il y avait une clause de revanche dans le contrat. Espérons tout de même que ça se fasse avant la fin de l’année. Juste histoire de voir ce que ça peut donner. Serait-ce beau ? Aucune idée. En revanche, il y aurait du spectacle avant le match, probablement aussi après. Ce sont 2 grands provocateurs, ils aiment presque plus le show que la bagarre.

Wilder défendait une nouvelle fois son titre WBC pile 1 an après l’avoir obtenu. Son adversaire était un Polonais, Artur Szpilka, 26 ans. Comme je l’écris à chaque fois, Wilder, c’est Charles Kahudi qui aurait mangé Florent Manaudou, physiquement c’est une bête, il est très difficile de lui résister (35 combats[1], 35 victoires, 34 avant la limite), ce qu’a fait admirablement Duhaupas fin septembre. Jamais "The Bronze Bomber" n’était ressorti aussi marqué d’un de ses combats, celui-ci ayant pris fin à la 11e reprise par arrêt de l’arbitre. Mais le Français est très grand, très solide, personne ne l’a jamais envoyé au tapis. Le Polonais ne présente pas du tout les mêmes caractéristiques, notamment physiques. Il avait déjà plusieurs fois été compté depuis le début de sa jeune carrière. Le gaucher polonais mesure seulement 1m91 pour 1m96 d’allonge, contre 2m01 et 2m11 pour le champion en titre, un peu plus léger que son adversaire.

A 26 ans, Szpilka comptait une seule défaite (pour 20 victoires, 15 avant la limite)… par TKO à la 10e reprise contre un ancien challenger de Klitschko, le vaillant mais limité Bryant Jennings, lui-même battu en fin d’année 2015 par le Cubain Luis Ortiz (dit "The Real King Kong"). Ortiz l’a envoyé à terre au bout d’un combat bien violent. Pour le coup, c’était vraiment de la boxe de poids lourds qui mérite d’être regardée ! Jennings avait mieux résisté à Wladimir Klitschko. Le Cubain – déjà âgé de 36 ans et qui il y a une grosse année a été suspendu pour dopage à la nandrolone est champion du monde par intérim de la WBA, laquelle reconnait 3 champions du monde dans cette catégorie[2], le ridicule ne tuant pas – est un des plus techniques de la catégorie, il est passé pro tardivement après avoir longtemps boxé dans les rangs amateurs. Il n’en est pas moins massif et puissant, doté de très longs bras. Son surnom n’est absolument pas usurpé. Ça lui fait 24 victoires (21 avant la limite) et 2 no-contest (dont le combat facilement gagné suite auquel il a été contrôlé positif).

Sincèrement, avant le combat, je pensais que si on avait mis le "Polish Hammer" (Marcin Gortat, le pivot des Washington Wizards) à la place de ce garçon aux attitudes de voyou (à peine arrivé, il a déclenché une bagarre générale lors d’une séance photo… il a commencé sa carrière en tant que… hooligan). Mais c’est vrai, il faut toujours donner sa chance au produit. Ses compatriotes croient en lui, ils sont venus l’encourager bruyamment. Wilder ne pouvait a priori pas compter sur le public de New York, qui a sifflé à peu près tout le monde au cours de cette soirée.

L’entrée du Ricain est bien mise en scène, il essaie de mélanger classe et hip-hop. Il y met beaucoup plus de style avec son masque. Restait à l’emporter avec la manière pour se mettre en poche les fans de boxe. Habitué à combattre dans un Alabama natal, il doit désormais conquérir le grand public pour devenir une star qui rapporte en PPV. Il pourra alors devenir – très – riche.

Là aussi, la tension extrême entre les 2 hommes laissait espérer un déchaînement de violence. Au cours du premier round, pauvre en coups (essentiellement 2 ou 3 à la fin), on a pu constater que les 2 hommes étaient très vifs, remuants, ils pouvaient être difficiles à cadrer. L’Américain a commencé à prendre le dessus lors de la 2e reprise, notamment avec une énorme droite au bout d’1’. Il m’a donné le sentiment de vouloir faire preuve de beaucoup de patiente pour chercher l’ouverture sans trop se livrer. Sans doute a-t-il appris de son dernier combat au cours duquel il a pris cher. Néanmoins, lors des dernières secondes, le Polonais a pris l’initiative, il a envoyé un peu de pâté. Au cours des 3 minutes suivantes, encore assez équilibrées, le tenant a surtout cherché le contre, il aurait pu – ou dû ? – plus s’imposer, le Polonais était trop libre de faire sa boxe.

Déplacements, mouvement du corps, esquives, voici à quoi on peut résumer ce que faisait le Polonais pendant le 4e round. De temps en temps il s’est un peu jeté, d’autres fois il s’est fait cueillir, notamment à une trentaine de secondes de la fin en se mangeant un gauche-droite magnifique… et bien encaissé. D’entrée de 5e reprise, le Polonais a beaucoup plus essayé d’attaquer, il avançait, envoyait des coups, Wilder n’attendait que ça pour le contrer, même si cette fois il a encaissé quelques coups au passage. En bon bagarreur, Szpilka y a mis du cœur, il a mérité de remporter le round malgré un bon gauche-droite puis pour finir un très bel uppercut de l’Américain (qui a aussi réussi quelques belles esquives). Le challenger a tenté d’avancé lors des 20 ou 30 premières secondes de la reprise suivante (la 6e si vous suivez) avant de se mettre de plus en plus dans une position assez défensive avec une garde haute (régulièrement abandonnée auparavant dans le combat). Wilder en a mis quelques belles, la fiancée du Polonais en pleurait… Et ça risquait bien d’empirer, car le champion a accéléré lors de la 7e reprise, ses coups étaient de plus en plus précis et puissants, il a commencé à envoyer quelques parpaings. Néanmoins le Polonais ne disait pas son dernier mot, il continuait à balancer des coups dès que possible. Wilder a parfois eu tendance à retomber dans une certaine passivité et à accepter d’encaisser les coups au lieu d’imposer son propre rythme, ceci au point de s’en manger une belle à quelques secondes de la cloche. Il a failli être ébranlé.

Au début du 8e round, la marge du champion en titre ne semblait pas si énorme[3]. On attendait qu’il impose beaucoup plus sa vitesse et sa puissance, qu’il enchaîne des séries, fasse reculer son adversaire. Il ne le faisait pas, préférant laisser l’initiative à son adversaire. Plutôt décevant pour le public (et pas très vendeur s’il espérait gagner en popularité pour ensuite vendre des PPV). En adoptant cette stratégie, l’Américain a reçu les coups plus qu’il ne les a mis et a même mis un genou au sol… en glissant à l’occasion d’une tentative de droite partie de très loin… parfaitement esquivée par Szpilka, qui avait les bras en bas dans une attitude aussi provocatrice que dangereuse. Si c’était passé, c’était fini pour lui ! Il ne faisait que retarder l’échéance.

La 9e reprise est tranquillement montée en intensité jusqu’à un énooooooooorme KO ! On sentait les coups de l’Américain passer de plus en plus souvent. Profitant d’une erreur de son adversaire, il lui a éteint la lumière. J’ai rarement vu ça. Szpilka est resté inconscient pendant très longtemps, il a juste semblé ouvrir les yeux et la bouche quand ça fiancée est venue le voir, mais est tout de même resté au sol, allongé sur le dos sans bouger, entouré par le service médical. Il a fini par retrouver ses esprits. Néanmoins, même s’il ne voulait pas sortir de la salle ainsi, le Polonais a été évacué sur civière avec la tête pour des examens à l’hôpital. Ce crochet droit au menton en cadrant avec la main gauche sur la tête de son adversaire… monstrueux ! Szpilka s’est baissé pour attaquer, il s’est vraiment livré en pâture à la bête qui ne pouvait rêver plus belle opportunité. Cette erreur, Wilder l’attendait depuis le début. Ça donne un combat moins spectaculaire, en revanche la tactique est efficace.

On tient déjà le KO de l’année… à près de 350 jours de la fin de l’année !

Après le match, Fury est monté sur le ring pour provoquer Wilder pendant l’interview traditionnelle. Il cherche vraiment à faire monter la sauce façon WWE… Ce combat n’aura pas lieu dans un futur proche mais la stratégie est claire, il faut s’y prendre très longtemps à l’avance pour créer une véritable attente, pour faire remonter l’intérêt du public pour la catégorie, quitte à en faire des tonnes pour se construire une image médiatique aussi outrancière soit-elle.

Si ce combat a lieu, il pourrait définitivement signer la renaissance des poids lourds. Ou alors tuer la catégorie, la remettant en sommeil avant l’arrivée d’une nouvelle génération, celle de… Tony Yoka.



Les vidéos sont aussi sur Vimeo avec comme mot de passe boxe :
-Haye-De Mori ;
-Martin-Glazkov ;
-Ortiz-Jennings partie 1 et partie 2 ;
-Wilder-Szpilka partie 1 et partie 2.

Notes

[1] Avant cette soirée.

[2] Fury comme super champion, Chagaev comme champion régulier et Ortiz comme champion par intérim.

[3] Au moment de l’arrêt du combat, Wilder avait 2 ou 4 points d’avance selon les juges.