Ce succès collectif est beaucoup de choses, mais certainement pas d’une surprise. Ne pas avoir au moins 1 Français sur ce podium aurait été ressenti comme un échec cuisant. En particulier pour Alexis Pinturault, double tenant du titre et 2e l’année avant de connaître son premier succès à Kitzbühel. Pour lui, échouer ce vendredi n’était pas une option.

En effet, le vendredi, à Kitzbühel, c’est 2 en 1 : une manche de slalom s’ajoute au super-G pour former un super-combiné – désormais on doit parler de «combiné alpin» – héritier de l’ancien combiné qui consistait à ajouter les temps de la descente à ceux du slalom (en 2 manches). Je dois l’avouer, la formule actuelle me convient bien mieux. Au moins, il s’agit d’une vraie course avec de nombreux concurrents engagés, par d’une sorte de fiction ou d’excroissance ne concernant que 10 à 15 garçons comme souvent par le passé. Pour un slalomeur, prendre le départ de la véritable descente complète était beaucoup trop dangereux, le jeu n’en valait pas la chandelle. Il s’agit en effet de l’épreuve la plus périlleuse de la saison. Pourquoi risquer d’aller se blesser ou se fatiguer avant le véritable slalom ? A moins d’être très sûr de soi à l’image d’Ivica Kostelic, vainqueur 4 ans de suite du combiné. Quant aux descendeurs bien placés après leur épreuve de prédilection qui décidaient ensuite de s’aligner en slalom, ils partaient entre les piquets avec de gros dossards, il leur fallait terminer les 2 manches sur une piste défoncée… En résumé, pour être vraiment motivé, il fallait être soit un super slalomeur téméraire, soit un descendeur monstrueux capable d’un exploit en slalom, soit un skieur incapable de monter sur un podium dans l’une ou l’autre des spécialités mais susceptible de profiter de la concurrence limitée en combiné en ne prenant pas trop cher 2 jours de suite. Peu de candidats, donc. Et fatalement, un intérêt moindre.

Le format actuel est bien meilleur car il met réellement en valeur la polyvalence. OK, elle favorise les techniciens… mais uniquement ceux assez c*uillus pour s’aventurer sur la Streif, ceux qui se préparent aussi en vitesse. Il s’agit d’un état d’esprit, d’un engagement volontaire et presque militant. Les véritables polyvalents qui font l’effort de s’aligner à la fois en technique et en vitesse sont rares, ils méritent d’être récompensés par ce genre d’épreuves. Thomas Mermillod-Blondin est à ma connaissance le seul skieur de tout le circuit masculin capable de prendre des points en descente, en super-G, en combiné et en slalom ! Il en a d’ailleurs pris dans toutes ces disciplines en l’espace d’une semaine entre Wengen et Kitzbühel. Avec un bon dossard, il en serait sans aucun doute aussi capable en géant[1].

Avoir un super-G au lieu d’une descente ouvre la porte à beaucoup plus de monde, notamment des géantistes. Mais du coup, on avait près de 90 gars au départ de cette première manche qui comptait individuellement avec 100 points à la clé pour le vainqueur. Avec 2 fois 100 points à prendre au cours de la journée, le combat entre Marcel Hirscher et Aksel Lund Svindal s’annonçait très intéressant.

Ce super-G était court, avec des vitesses élevées, les meilleurs l’ont bouclé en 1’12. Néanmoins, il était très difficile car disputé sur une piste injectée très gelée qui tapait beaucoup sous les skis. Surtout, elle regorgeait de pièges. Beaucoup ont d’ailleurs été victime de ces pièges, à commencer par les 2 premiers partants, auteur d’une faute identique après 10 grosses secondes de course. Adrien Théaux (19) était prévenu, pourtant il a aussi été éliminé à cet endroit en voulant être très direct. Ambitieux, il espérait jouer la gagne et rester dans la course au petit globe de cristal. Il aime cette piste, il aime ces conditions de neige proches de celle de Santa Caterina où il a remporté la descente de mutant fin décembre. Il a donc emmagasiné beaucoup de frustration à utiliser pour rectifier le tir samedi lors de la descente.

Une des données importantes de ce super-G est la visibilité. L’heure de départ est assez tardive, du coup si le soleil éclairait parfaitement la piste en début de course, il est progressivement passé derrière la montagne. Le groupe des 7 meilleurs avait déjà nettement moins de lumière que les premiers, ensuite c’est presque devenu la nuit. On comprend aisément pourquoi très peu de titulaires de dossards supérieurs au 38 sont entrés dans les points (sachant qu’il y avait déjà 8 éliminés après 38 concurrents). Il devenait très difficile d’arriver en bas, alors parvenir en plus à bien se classer malgré des écarts très limités relevait de l’exploit. Après les Slovènes Bostjan Kline (35) 15e à 1"45 et Klemen Kosi (38) 22e à 1"67, seuls 2 Américains Wiley Maple (45) et Steven Nyman (47), puis l’Autrichien Klaus Kröll (61), ont réussi à entrer dans les 30 (respectivement 25, 26 et 27e à grosso modo 2" du vainqueur)… Ils ont ainsi fait reculer Victor Muffat-Jeandet (32) au 30e rang à 2"12 du vainqueur. Le meilleur géantiste français de la saison a pris le premier point de sa carrière en super-G pour son 3e départ dans la discipline en Coupe du monde. Lors de la première manche du combiné de Wengen, ce classement lui aurait permis de s’élancer le premier sur la piste de slalom, il avait manqué les 30 et était parti après tout le monde. Cette fois, c’était différent, je vais y revenir.

J’ai déjà évoqué l’élimination de Théaux et le classement de Muffat-Jeandet (pénalisé par l’ombre, qui a perdu du temps tout du long, notamment en étant un peu trop bas sur la trajectoire). Ils étaient 10 Français au départ. Vous l’avez compris, ceux partis avec un gros dossard ont tous échoué. Giezendanner (50) et Poisson (67) ont fini respectivement à 2"40 et 2"32 sans avoir jamais été dans le coup. Muzaton (55) était déjà très en retard quand il est sorti, Giraud-Moine (66) a été rapidement éliminé. Pour Fayed (28), enfin dans les 30 en super-G malgré son classement très modeste à la WCSL (les multiples absences de garçons mieux classés que lui expliquent son dossard… 11 absences pour être précis). Il n’en a pas profité du tout, n’a pris aucun plaisir. On le sentait à l’attaque, seulement ça ne payait pas du tout, il prenait cher avant de sortir. Une course à oublier, il va forcément être meilleur samedi en descente. Clarey (27) s’en est mieux sorti, même si sa perf est très moyenne. Impossible de dire ce qu’il a bien et mal fait, hormis les chronos, on n’a rien vu. Quelle idée à la c*n de nous montrer toute sa manche avec la vue depuis l’hélicoptère ! Ils devraient filmer depuis la station spatiale internationale tant qu’à faire… Filmé de si loin, c’est juste un point que se déplace sur du blanc, c’est de la 2D sans élément de perspective, la pente et les mouvements de terrain sont imperceptibles, c’est bidon. En complément pour observer les trajectoires lors d’une descente avec de grandes parties de glisse, OK. Mais pas là ! Il a fini 17e à 1"64.

Les meilleures cartouches tricolores étaient bien sûr Pinturault (10) et Mermillod-Blondin (25). On comptait surtout sur eux pour le combiné. Avec respectivement 3 et 1 podiums à Kitzbühel dans cette épreuve, compte tenu de la grande forme de T.M.B. (4e du combiné de Wengen) et du retour en forme de Pinpin en slalom, ils ne pouvaient pas se cacher. L’important était de bien se placer. Le job a parfaitement été réussi. L’homme à tout faire du ski français aurait même pu espérer mieux, il a concédé 1"65 (18e ex-aequo avec Kilde). Sur le haut, il semblait manquer d’engagement (déjà à 1"39 du patron au 3e) mais a beaucoup mieux fini. Heureusement car parti comme il l’était, ses espoirs de podium en combiné se seraient évaporés.

Bien que malade ces derniers jours, le leader de l’équipe a réussi une bonne manche, terminant meilleur Français (13e à 1"22). Quand il s’est élancé, Peter Fill (8) occupait la tête du classement, Pintu est resté dans ses temps jusqu’au 3e inter, est passé devant au dernier puis a dû freiner pour éviter de manquer l’avant-dernière porte très piégeuse, une porte en aveugle placée derrière un mouvement de terrain à amortir impérativement car avec la vitesse s’envoler et sortir était chose aisée. En terminant à 39 centièmes de l’Italien, il savait déjà avoir réussi son coup et être favori du combiné. Il en a eu confirmation peu après en voyant Hirscher (12) se rater complètement sur le bas (gros freinage+mauvaise trajectoire) et lui concéder près de 7 dixièmes. L’Autrichien était très bon sur le haut, près de 2 dixièmes d’avance sur Fill au 3e inter, le chrono affichait +1"07 au passage de la ligne. Il a été repoussé au 23e rang ex-aequo à 1"90 du patron… son adversaire direct pour le gros globe, Svindal (20).

Le Norvégien a ENCORE gagné. J’ai arrêté de comptabiliser les victoires norvégiennes cette saison, j’en suis gavé. Le concernant, il s’agit de la 7e en 9 épreuves de vitesse cette saison, plus 2 podiums juste derrière… Kjetil Jansrud lors des 2 épreuves présumées techniques qui étaient en réalité favorables aux descendeurs (le géant parallèle d’Alta Badia et le combiné de Wengen). Il n’a même pas réussi la manche parfaite ! Le plus démoralisant pour la concurrence est là : il tape tout le monde en commettant des erreurs. Ceci dit, il était impossible de n’en faire aucune lors de ce super-G. regarder les passages des autres grâce aux télés placées au niveau de la cabane de départ ne suffisait pas à appréhender correctement tous les pièges, mouvements de terrains et autres difficultés.

Assez attendus, Mattia Casse (6) puis Peter Fill avaient ainsi successivement pris la tête du classement en laissant clairement une marge de progression pour les suivants. Ted Ligety (7) aurait dû être un des candidats au podium en combiné (2e en 2014), il est sorti à 2 portes de l’arrivée en se faisant avoir par le fameux mouvement de terrain. De toute façon, pas du tout en confiance, il avait pris un gros éclat.

Régulièrement à la fête en combiné, Romed Baumann (13) et Carlo Janka (14) sont venus se placer... avec là aussi des petites fautes qui leur ont coûté la première place provisoire. Le danger représenté par le Suisse aurait été bien plus important s’il n’avait perdu une demi-seconde par rapport à Fill après le 3e inter où il disposait d’une belle avance. Dominik Paris (16) a délogé son compatriote de la position de leader en lui ayant pourtant offert près de 6 dixièmes d’avance d’entrée à cause d’un dérapage fou. Il a carrément mis les skis en travers. Après un tel freinage, réussir à revenir au contact, à passer devant et rester en tête malgré une dernière erreur en bas… Bravo ! Ceci dit, en regardant les intermédiaires à la fin de la course on se rend compte qu’il a lâché 77 centièmes à Svindal au 1er inter en raison de ce travers… et qu’il a fini 5e à 0"72. Il a repris 43 centièmes au Norvégien après le 3e inter. Ça pique, non ? Paris a fait un gros cadeau à ses adversaires, Andrew Weibrecht (17) en a profité, il s’est montré hyper agressif dès le haut, est passé avec 0"75 d’avance au 1er inter, a moins bien fini mais s’est tout de même offert la tête du classement pour plus de 4 dixièmes. On pouvait manifestement aller encore plus vite. Seul Svindal l’a fait, retranchant encore 0"31 au temps de référence de l’Américain… sans être meilleur sur le bas. Weibrecht a donc fini 2e de ce super-G. Hannes Reichelt (21) et Kjetil Jansrud (22) pouvaient sérieusement espérer gagner. L’Autrichien l’aurait peut-être fait s’il n’avait accroché une porte et évité miraculeusement la disqualification. Son ski droit est passé au-dessus du piquet penché sur le côté, son ski gauche était au ras de la rotule. Oui, on peut le dire, sa trajectoire était trop direct ! Néanmoins il s’en est sorti avec une 3e place à 0"42. Jansrud est bien revenu sur la fin après une course un peu brouillonne, ce qui l’a placé au 4e rang à 0"53.

Je résume : Svindal devant Weibrecht et Reichelt, puis Jansrud au pied du podium, le trio italien Paris-Fill-Casse dans le top 7, Baumann et Janka ensuite. Pinturault 13e et idéalement placé à 1"22 avant une manche de véritable slalom sur une piste pour spécialistes, Clarey 17e, Mermillod-Blondin 18e à 1"65, Hirscher 23e à 1"90 (8 points alors que Svindal en a pris 100), Muffat-Jeandet 30e à 2"12, les autres Français hors de points ou éliminés, Ligety sorti, les quelques techniciens engagés assez loin au classement… La menace la plus crédible pour les Français était bien autrichienne…

S’il n’y avait eu le combiné, on aurait presque parlé d’un super-G raté. Aucun Français dans le top 10 dans cette discipline, c’est une première cette saison. Au bout du compte, OSEF.

Si l’ordre de départ du super-G était déterminé par la WCSL du super-G, celui de la manche de slalom était composé à partir des résultats du super-G… en rayant de la liste les noms de tous les coureurs non-inscrits pour le combiné[2]. On rayait les noms AVANT d'établir la liste de départ. Autrement dit, ça sentait quand même bien la carotte pour Victor, qui au lieu de partir premier de la manche se retrouvait précédé par tout un tas de gars. Le 49e de la 1ère manche héritait du privilège de prendre le départ du slalom sur une piste vierge (même s’il ne s’est pas présenté). Quel cadeau pour des garçons comme Natko Zrncic-Dim ou encore Riccardo Tonetti, respectivement 46e et 44e du super-G !

Avec ce règlement on perd le suspense du «restera-t-il dans les 30 ?» au cours de la manche de vitesse et on ne récompense pas ceux qui y sont parvenus. D’un autre côté on s’évite de tuer le suspense concernant le podium final en préservant les chances de plus de concurrents, notamment celles d’un très bon slalomeur qui aurait fini juste derrière les 30 à cause de garçons n’ayant pas prévu de participer à la 2nde manche. Autrement dit, il y a du positif et du négatif. Sans doute devrait-on adopter un règlement unique, à savoir contraindre systématiquement les participants à la manche de vitesse à indiquer auparavant s’ils comptent disputer le slalom afin de ne pas les prendre en compte pour établir la liste de départ du slalom. Ceux inscrits seraient alors obligés de remplir leur engagement sous peine de sanction (amende, suspension pour la prochaine épreuve de vitesse…). On éviterait ainsi les magouilles d’équipes qui envoient des descendeurs et leur font ou non déclarer forfait de façon à favoriser un slalomeur en fonction de son classement à l’issue de la 1ère manche (magouilles déjà observées régulièrement par le passé). Il n’y aurait plus de souci[3] et tout serait plus clair aux yeux du public.

Si le combiné de Wengen a tourné à l’explication entre descendeurs en raison du profil de la piste utilisée pour le slalom (le bas de celle de descente, très peu pentue, avec de surcroît un piquetage favorable aux non-techniciens), cette fois c’était tout l’inverse : piste très difficile, neige très dure (qui a cassé par endroits), des mouvements de terrain et des pièges, le tout en nocturne… Il fallait être fin technicien pour s’en sortir à bon compte.

Tonetti a pris la tête avec une belle avance mais des fautes, Murisier n’a pu en profiter à cause d’un gros stop dans un dévers, Caviezel allait s’installer sur le siège de leader mais a bêtement enfourché, puis Bryce Bennett a créé la surprise en battant Tonetti grâce à un super bas de parcours (le gars est descendeur…). Fort logiquement, Adam Zampa lui a alors mis une claque (1"42) et s’est assuré une belle remontée après s’être fait une frayeur en évitant de peu l’enfourchement.

On en arrivait à Victor Muffat-Jeandet, remonté du 30e au 19e rang grâce aux forfaits. Il lui fallait réussir une grosse manche car son avance au départ était de seulement 15 centièmes. Semblant un peu manquer d’intensité, il a tout perdu puis a repris environ son avance de départ, est ensuite passé dans le rouge pour 1 petit centième à cause des trous en train de se creuser dans la piste (il s’est fait bloquer les pieds, il lui a fallu se reprendre magnifiquement)… et a bien terminé pour se porter en tête avec 19 centièmes de marge. On peut imaginer qu’en s’élançant sur une piste impeccable il serait allé encore plus vite, car le revêtement était déjà terriblement détérioré.

Le principal concurrent des Français était Hirscher, monté sur le podium ces 2 dernières années derrière Pinturault. Il pouvait prendre la tête et mettre la pression aux 2 derniers Français. Et en effet, il a claqué une manche d’extraterrestre malgré une petite faute d’entrée. Quand il s’est mis à skier proprement, il a éclaté le meilleur temps établi par Victor. Il lui a mis 1"11 sur ce slalom… Seulement, en voulant être trop précis, il a enfourché ! La spatule de son ski droit a mordu pour 1 ou 2 centimètres, pas plus, mais ça a suffi à le faire enfourcher. Il n’en était pas certain ou espérait s'en sortir en bluffant (il a déjà gagné de cette façon...), c’est pourquoi il a continué jusqu’à l’arrivée. Les images étaient claires, pourtant le jury a mis un certain temps avant de lancer l’enquête et de le disqualifier. L’Autrichien a été un peu idiot, de gros points étaient en jeu pour le classement général de la Coupe du monde, il s’est assuré de n’en prendre aucun. Parfois il est bon d'assurer.

Grâce à cette élimination, la donne a complètement changé, on pouvait désormais rêver au triplé, d’autant que Thomas et Alexis n’étaient plus obligés de prendre tous les risques et que Svindal avait tout intérêt à jouer la sécurité pour continuer sa moisson de points.

Kosi[4] (15), Innerhofer (14) et Kilde (12e ex-aequo) ont logiquement pris cher avant le passage de Mermillod-Blondin (12e ex-aequo), condamné à skier au milieu des trous. Son avance était intéressante, il a commencé par l’augmenter légèrement puis a décroché 2 fois de suite dans un mur, s’est bien repris, il lui restait 28 centièmes de marge au dernier intermédiaire, il restait très concentré, très appliqué… mais a été battu pour 3 centièmes. Il a donc perdu exactement une demi-seconde par rapport à Victor, notamment parce qu’un piquet a violemment tapé dans ses skis, l’obligeant à mettre la main sur la neige pour garder l’équilibre. L’essentiel était toutefois assuré, restait désormais à finir le travail. C’était à Pinturault de jouer.

Le dernier Français s’élançait après Kline (11), incapable de rivaliser. A vrai dire, si Alexis s’était manqué après avoir donné des signes de résurrection depuis quelques temps, je ne sais pas comment il aurait pu s’en relever psychologiquement. Il lui fallait absolument lancer une saison jusqu’ici catastrophique compte tenu des attentes placées en lui, de ses ambitions personnelle et de son talent. Il voulait jouer le gros globe, il s’est retrouvé largué partout, le sort semblait s’acharner sur lui, la réussite le fuyait, la seule fois où la chance lui a souri est le jour où il a subi un choc violent à Beaver Creek en première manche du géant… Il a juste eu de la chance de ne pas se faire beaucoup plus mal car son casque a explosé en tapant le sol.

Avec 9 dixièmes de marge par rapport à Victor, non seulement il était possible de gérer, mais il était même impératif de le faire. Hirscher l’aurait sans aucun doute largement battu sur cette manche… à condition de la finir sans enfourcher. Alexis aurait alors sans doute pris plus de risques, on ne le saura jamais. Dans les circonstances réellement rencontrées, il a parfaitement skié, faisant varier l’intensité selon les portions afin d’éviter les pièges. En résumé, il a été très bon tactiquement, ce qui lui a permis de s'emparer de la tête pour 89 centièmes, soit le 2e temps de la manche seulement 1 centième derrière son collègue. Il pouvait difficilement être battu par un descendeur sur une piste défoncée et un tracé pour spécialistes. Néanmoins, un Carlo Janka – voire un Kjetil Jansrud – pouvait venir s’intercaler.

Aucun danger avec Kriechmayr (à 2"31) et Sander. Janka est bien meilleur en slalom, il a plusieurs fois épaté la galerie lors de combinés. 27 centièmes de marge au départ, c’était trop peu. Il a bien limité sur le haut, mais est ensuite passé nettement derrière pour revenir un peu sur le bas et échouer au 4e rang à 1"00, soit à seulement 8 centièmes de Mermillod-Blondin ! Il s’en est donc fallu de peu. Baumann aussi a déjà remporté des combinés mais grâce à une grosse avance en descente. Il est entré dans le top 10, pas mieux. Casse a enfourché. Fill est parti sur l’arrière et est tombé juste avant le 2e inter. Paris a tout de suite galéré avec de gros dérapages, il s’est classé à 2"16.

Récent vainqueur du combiné de Wengen, à une époque pas si lointaine il était un très bon slalomeur, parfois surprenant dans les épreuves techniques, Jansrud pouvait envisager de nous priver du triplé, surtout avec une telle avance (7 dixièmes sur Alexis, donc bien plus sur les 2 autres Français). Vous l’avez compris, ça ne s’est pas produit, la piste était trop pentue pour lui, il a lâché gros, 3"13, et a donc terminé seulement 13e.

Restait Svindal. J’espérais le voir finir 4e pour décrocher 50 points et larguer Hirscher au général de la Coupe du monde. Bénéficiant d'une marge de seulement 1"22, il aurait dû bétonner faute de pouvoir gagner. Malheureusement il tapé un piquet, enfourché, perdu un ski et vu la neige de très près. Pas de point supplémentaire, Hirscher a donc limité la casse à ce niveau. Au passage, remarquons la présence de 3 Français dans le top 8 au général (VMJ 5e, Pinpin remonte au 6e rang, Théaux 8e). C’est moins bien que les Norvégiens (3 dans le top 4) mais mieux que les Autrichiens (1 dans le top 8, leur 3e est 12e).

Il est temps de reprendre mon introduction.

Récompense des efforts fournis à l’entraînement et d’avoir choisi la pluridisciplinarité à la spécialisation.
Soulagement pour Pinturault qui courait désespérément après un podium cette saison.
Délivrance car ce podium va faire beaucoup de bien psychologiquement, il va être moins crispé, se sentir moins sous pression, ce qui lui permettra de se lâcher.
Encouragement pour la suite de la saison, car ce combiné a montré à nos 3 Français ce qu’ils valent, mais aussi un encouragement à continuer sur cette voie de la pluridisciplinarité.
Confirmation du niveau de l’équipe de France dans les épreuves combinées.
Concrétisation des progrès effectués dernièrement par Pinturault et Muffat-Jeandet en slalom.
Aboutissement car ce triplé est une sorte de graal pour l’équipe de France, même sans avoir gagné V.M.J. et T.M.B. en garderont un souvenir impérissable.
Revanche après avoir été escroqués à Wengen.

Alexis obtient sa 10e victoire en CdM (29e podium), certainement la plus belle compte tenu des circonstances. Victor signe son 5e podium en carrière (le 2nd en combiné), son 4e de la saison. Pour Thomas, il s’agit aussi du 5e (4e fois 3e dans les épreuves combinées).

Au classement de la Coupe du monde de la discipline, Pinturault et Jansrud ont 120pts chacun, Mermillod-Blondin est 3e avec 110pts, Paris 4e, Muffat-Jeandet 5e. Dans la mesure où un 3e et dernier combiné est programmé à Chamonix dans un mois, je pense qu’il y a un globe de cristal à remporter (il y en a un chez les femmes). Dans ce cas, il faudra finir le travail. Avec un nouveau triplé ? A domicile, que ce serait beau !



Les vidéos sont aussi sur Vimeo :
-le super-G partie 1, partie 2 et partie 3 ;
-la manche de slalom partie 1, partie 2 et partie 3.

Notes

[1] Ses derniers points en géant datent de 2013, il était 11e à Sölden et 22e à Val d’Isère, il a ensuite eu beaucoup de DNQ et de DNF en 1ère manche mais était encore qualifié à Garmisch-Partenkirchen en mars dernier, il est sorti en 2nd manche. Cette saison, il n’a pris part à aucun géant.

[2] Je ne sais pas s’il fallait s’inscrire avant les courses ou si on pouvait annoncer sa décision après le super-G.

[3] OK, il y aurait toujours moyen de tricher en faisant lever le pied à 2 ou 3 gars si le leader à favoriser est à la limite des 30, mais qui accepterait de manquer des points en super-G pour aider un autre gars ou de disputer une descente d’entraînement à moitié ? Qui plus est lors de championnats le nombre de dossards par pays est limité, en pratique ça anéantirait les risques de gruge.

[4] Vainqueur surprise de la manche de slalom à Wengen sur un profil très différent.