En 2 jours, la donne a vraiment changé du tout au tout, changement de neige, de profil de piste, de difficulté du tracé… Etait-ce le même sport ? En regardant la première manche, on pouvait en douter. [ Felix Neureuther|tag: Felix Neureuther] (1) a sorti une très belle manche. Visuellement du moins. Mais on en a rapidement eu confirmation. Henrik Kristoffersen (2) a fait sensiblement jeu égal jusqu’au 2e intermédiaire mais a perdu une seconde dans le mur sans savoir ni comment, ni pourquoi, avant de faire de nouveau jeu égal en bas. 1"10 de retard. La blessure au pied qui le fait de plus en plus souffrir ne semble pas être en cause. Toujours est-il que ses chances de poursuivre sa série hallucinante de 5 victoires et 1 deuxième place en 6 slaloms cette saison en prenaient apparemment un coup. En réalité, pas du tout, car les suivant ont tous subi sur cette piste très vite détériorée.

En quête de confirmation après son podium à Kitzbühel, Fritz Dopfer (3) a lâché 1"49 à son compatriote. Marcel Hirscher (4), grand favori du public, devait profiter de la contreperformance de son rival norvégien, il a bien débuté avec un très gros rythme, il a néanmoins pris très cher, surtout dans le mur, et a fini à 2"59 ! Pas aussi précis que d’habitude, pas top sur la trajectoire, il s’est perdu. Son excuse ? De la buée dans le masque à cause d’une erreur idiote concernant son matériel (le verre monté à l’envers).

Stefano Gross (5) a prouvé qu’il était possible d’aller vite, d’abord sur le haut où il a été nettement plus rapide, puis sur le tracé de son entraîneur le Transalpin a su limiter les dégâts pour se placer 2e à 0"53. La crainte que la piste soit déjà défoncée n’était semble-t-il pas fondée. Mattias Hargin (6) apprécie plus la glace, il l’a montré à Kitz (4e). En finissant à 1"33 il restait placé. Alexander Khoroshilov (7), dernier membre du top 7, revenait sur la piste de sa première victoire en Coupe du monde, un succès obtenu l’an dernier avec une marge énorme. Cette fois, ça s’est plutôt mal passé, sauf en bas où il a repris du temps, près de 3 dixièmes, pour se placer en embuscade à 1"13. Après 2 abandons à Wengen et Kitzbühel, il avait besoin de se relancer.

Victor Muffat-Jeandet (8), sorti bêtement dimanche, a hérité d’un bon tirage. Il a pris trop de marge, n’a pas pu trouver le bon rythme. 2"40 de retard… ça pique. Jean-Baptiste Grange (9) a fait encore pire que son compatriote : 2"47. C’est dans le mur qu’ils ont pris très cher. Certes, ils étaient devant Hirscher… ça ne suffit pas à faire de leur manche une réussite. Alexis Pinturault (10) a mis une intensité folle, pourtant ça n’a pas vraiment payé, il a toutefois été moins mauvais dans le mur et s’est du coup placé à 1"54, soit encore dans le coup pour le podium. Sur le bas, il a presque fait jeu égal avec Neureuther. Julien Lizeroux (11) comptait déjà près de 9 dixièmes de retard au 2e intermédiaire, ce n’était pas super propre, il a donc été repoussé au fond du classement malgré un engagement indéniable. 2"07 à l’arrivée. On sentait que la piste était tout de même déjà dans un sale état, les appuis étaient difficiles, la neige semblait en effet fuyante sous les skis, d’où beaucoup de dérapages.

Sebastian Foss-Solevaag (9) est parti au milieu du quatuor de Français, il a bien résisté sur le bas, soit une performance correcte (1"72).

Par la suite, Patrick Thaler (15) s’en est bien sorti malgré plusieurs petites fautes, il avait déjà quasiment le même retard au 3e inter et à l’arrivée (1"77). On pouvait encore se débrouiller sur le bas, c’est avant que les trous et le rail empêchaient de jouer les premiers rôles. David Chodounsky (16) a accroché la 5e place à 1"27 en bénéficiant du lissage de la piste pendant la pause publicitaire. Il a eu de la chance. On peut parler d’un cas isolé même si Manfred Moelgg (18) est aussi venu se placer sous les 2 secondes (1"85). Les autres étaient relégués encore plus loin, néanmoins Hirscher continuait à perdre des places, il n’avait aucun certitude de se qualifier pour la seconde manche, d’autant qu’absolument personne ne se faisait éliminer. Rien à voir avec Kitzbühel où un tiers du top 30 est passé à la trappe sans franchir la ligne d’arrivée de la première manche. Pour l’alors – très – probable futur leader du classement général c’était soit l’élimination, soit… l’opportunité de partir très tôt en 2nde manche pour réussir une remontée fantastique. Chez eux, les Autrichiens passaient tous à côté. On en trouvait 4 entre les dossards 19 et 28, ils ont tous fait pire que leur leader.

Le 31e partant s’est fait disqualifier, le 34e est sorti. Ils ont ouvert la poubelle, on a alors eu beaucoup de déchet. Robin Buffet (38) allait devoir être très bon pour accrocher les 30. Il s’est loupé, contrairement à Dominik Stehle (39), qui s’est élancé juste après et s’est placé 21e. L’Allemand est le dernier à s’être qualifié (un des 3 seuls après le dossard 30).

Si Neureuther a parfaitement profité de s’élancer sur une piste vierge pour dominer très largement la manche, si Gross a sans doute été intrinsèquement le meilleur malgré sa demi-seconde de retard, le suspense restait entier dans la mesure où entre Kristoffersen (3e à 1"10) et Pinturault (8e à 1"54) l’écart était limité. Surtout, la piste allant aussi se dégrader en 2nde manche, les mieux classés de la première manche allaient devoir se débrouiller dans les trous. Lizeroux (12e), Muffat-Jeandet (17e), Grange (19e) mais surtout Hirscher (22e, meilleur des 3 Autrichiens encore en lice) pouvaient espérer effectuer un beau retour au 1er plan, de même que Daniel Yule, 30e et dernier qualifié (à 3"15).

L’entraîneur russe tiré au sort pour piqueter la seconde manche a tracé plus large, très tournant par endroits. L’ambiance était toujours aussi impressionnante malgré les mauvais résultats autrichiens.

Sans surprise, Daniel Yule a profité de s’élancer le premier pour gagner des places. Il s’est ensuite fait subtiliser son siège de leader par Marc Digruber (25e de la 1ère manche), le premier des 3 locaux encore en lice. Le 2e, Manuel Feller, est sorti, tout comme le Suisse Luca Aerni. Puis le dernier Autrichien s’élançait déjà. Poussé par un public aussi chaud que la flamme de ses fumigènes, Marcel Hirscher a été impressionnant jusqu’à la moitié du tracé, faisant passer son avance de 0"18 à 1"10. C’était moins bien ensuite, peut-être un peu plus heurté, même s’il a amélioré le temps de révérence de 96 centièmes. Suffisant pour remonter jusqu’au podium ? Compte tenu de la violence de la claque et de sa 2nde moitié de parcours très moyenne, j’en doutais fortement. A fortiori en voyant que Dominik Stehle lui avait repris de l’ordre de 4 dixièmes sur les 2 dernières sections pour se classer 2e provisoire à une demi-seconde.

Jean-Baptiste Grange avait tout à gagner après une première manche médiocre. Le problème était bien sûr de bénéficier d’une marge très faible par rapport à Hirscher (0"12). Elle a vite disparu, le champion du monde en titre n’ayant jamais pu trouver le bon rythme et remettre de l’intensité. Il a même perdu 2 nouveaux dixièmes là où il était humainement possible d’en reprendre 4. D’où 1"18 de retard en bas et une 5e place provisoire très décevante. Victor Muffat-Jeandet a fait pire dans la mesure où il a enfourché, est remonté et a donc fini hors délai. Il était à 0 "79 au 2e inter, soit quasiment 1 seconde plus lent qu’Hirscher sur la première moitié de la manche. J’imagine que son désir de finir correspondait à un besoin de retrouver le rythme du slalom ou un une volonté de ne pas enchaîner 2 DNF en slalom en l’espace de 2 jours (même si ça revient au même). Quelle qu’en soit la raison, elle est purement psychologique. Il n’avait rien à y gagner hormis une éventuelle amende.

A leur décharge, à peu près tout le monde avait droit à une belle claque. Quand Julien Lizeroux a dû y aller à son tour, l’optimisme n’était guère de mise. Il était impossible de faire le match sur le haut compte tenu de l’état de la piste, il fallait parvenir à y limiter la casse et à reprendre du temps en bas. Beaucoup plus facile à dire qu’à faire. Les 52 centièmes d’avance du vétéran français ont fondu d’entrée, il était déjà à 9 dixièmes au 2e inter pour une raison à peu près impossible à déterminer à l’œil nu. Il a ensuite gratté 5 centièmes… puis en a encore perdu en donnant cette fois l’impression de marquer sous les portes, devenant le nouveau 5e provisoire à 1"09.

Pour espérer embêter Hirscher il fallait disposer d’une avance bien supérieure. Moelgg semblait en être capable, il a d’abord préservé plus des 2/3 de ses 75 centièmes d’avance, puis a lâché beaucoup de temps mais en passant la 2e cellule de chronométrage à 0"25 il avait une chance de prendre la tête. Seulement, il est alors parti à la faute, finissant symboliquement pour… être ensuite disqualifié. Thaler s’en est mieux sorti, 3e à 0"74 malgré une demi-seconde concédée à Hirscher dès la première section, ce qui aura été le cas de beaucoup de concurrents. Pas de chance, il a tout de suite été dégagé du podium provisoire par Foss-Solevaag, 7 centièmes plus rapide que lui en première manche, à la rue sur la première moitié du parcours, mais au niveau de l’Autrichien sur le bas. Il s’est classé 4 centièmes devant Thaler.

L’avance de départ de chacun des 8 derniers à s’élancer était supérieure à la seconde, néanmoins le déjà presque certainement nouveau leader du classement général de la Coupe du monde pouvait se sentir de plus en plus à l’aise. Le déloger de la première place allait devenir de plus en plus difficile, le sortir du podium presque impossible. Un podium lui assurait de doubler Svindal 2 jours après la blessure de son rival n°1 pour le gros globe.

Alexis Pinturault est parti juste après le TV break, ce qui avait bénéficié à Chodounsky en première manche, car les lisseurs avaient en partie rebouché les trous. Pas sûr qu’ils aient fait de même avec Hirscher en tête et en quête de remontée fantastique… Le Français avait 1"05 d’avance, il a fait bonne impression, pourtant il a lâché la demi-seconde presque forfaitaire sur le haut, puis a marqué un peu trop fort certains appuis après un bon passage de la banane. A seulement 2 dixièmes au 2e inter, il avait encore ses chances, il fallait remettre du rythme, il n’a pas pu. Au contraire, il s’est fait secouer de partout, franchissant la ligne à une 10e place (à 1"38) très en-deçà de ses ambitions. Il s’est raté à l’image de toute l’équipe de France, mais très franchement, malgré ce résultat d’ensemble très décevant (Lizeroux 12e, Grange 14e et Pinturault 15e) très loin du rebond attendu après le slalom raté à Kitzbühel, ce n’est pas bien grâce. Un triplé en combiné alpin, ça se savoure pendant plusieurs jours ! Perso, je suis encore dans l’euphorie, et comme en fin de semaine il y a descente et géant à Garmisch-Partenkirchen (où les Français ont de bons souvenirs), je ne m’en fais pas.

Je reprends. Dopfer était à peu près dans la position de Pinturault au 2e inter, il a accroché la 3e place provisoire à 0"58 avant d’exprimer sa colère. Furieux d’être battu par Stehle ? Hargin a enfourché après le 2e inter où il était aussi passé à environ 2 dixièmes. Chodounsky a gaspillé sa grosse marge (1"32), il a dégringolé au classement jusqu’en bas. 2"36 plus lent qu’Hirscher sur la manche…

Il en restait 4, tous très sérieux. Khoroshilov a fait l’impasse sur la première partie de la recette à suivre pour battre Hirscher (limiter la casse jusqu’au 2e inter), il s’est contenté de la 2nde partie (reprendre du temps en bas). Il a même été un des pires sur le haut, lâchant 7 dixièmes puis encore une seconde. Il est passé à -1"46 à +0"31… Outch. Et pourtant, il a ensuite su faire jeu égal, a mieux fini qu’Hirscher, d’où la 2e place provisoire à 18 centièmes et une chance – mesurée – de rester sur le podium. Une chose était déjà sûre, il savait où sa chance de l’emporter s’est envolée.

Si un homme pouvait battre Hirscher, c’est bien Kristoffersen. Il l’a fait lors de 5 des 6 slaloms disputés cette saison avant Schladming. 1"49 plus rapide en 1ère manche, il avait de quoi voir venir. On a vu l’exacte mise en œuvre de la recette expliquée plus tôt : il a limité la perte de temps sur le sommet (un quart de seconde), puis entre les 2 premiers intermédiaires, soit la section la plus marquée par les passages, et a ensuite fait fructifier les 38 centièmes d’avance encore à son crédit. Le Norvégien a pris la tête pour 0"61, soit 2 gros dixièmes repris à Hirscher sur le bas et le 5e temps de la manche. Il aurait probablement apprécié que Gross et Neureuther viennent s’intercalent successivement au 2e rang afin de maximiser l’écart de points pris entre le favori pour le gros globe de cristal et son nouveau challenger qui est quant à lui le grand favori pour le petit globe de cristal du slalom.

Pas dans le rythme, Gross a perdu du temps tout du long, particulièrement dans la seconde partie. Ça lui fait une 6e place à 1"24. Pas dément après une première manche si glorieuse. Neureuther a du mal à retrouver son ski cette saison, les sensations ne sont pas bonnes. Néanmoins, avec 1"10 de marge par rapport à Krsitoffersen et 2"59 par rapport à Hirscher, il semblait difficile pour lui de manquer le podium. Il lui restait 61 centièmes d’avance au 2e inter, la 2e place était pour lui… à condition de fini. Il a enfourché.

Avec 6 victoires et une 2e place en slalom, Kristoffersen est incontestablement le meilleur du monde dans la discipline, il a relégué Hirscher – 2e pour la 5e fois de la saison – à 180 points dans la chasse au petit globe et est revenu à 98 unités au général où c’est fait Svindal n’est plus leader. Avec Khoroshilov 3e, ça rappelle furieusement le slalom déplacé à Santa Caterina, le podium était identique. Ensuite, à Adelboden, le tiercé était le même mais dans le désordre (victoire de l’Autrichien).

Stehle réussit l’exploit du jour, 4e avec le dossard 39, Dopfer confirme son podium à Kitzbühel avec un nouveau top 5, Gross, Foss-Solevaag et Thaler suivent de près. Un 3e Norvégien (Nordbotten) complète un top 10 intégré par Digruber, le seul autre Autrichien classé.

(Pour rappel : Lizeroux 12e, JB 14e, Pinpin 15e, VMJ 24e mais hors délais.)

Fayed et Théaux sont dans le coup pour remporter la Coupe du monde de descente, Théaux a encore une chance pour celle de super-G (extrêmement ouverte sans Svindal), Muffat-Jeandet est en embuscade pour celle de géant si Hirscher devait se louper une ou deux fois, et il reste 1 combiné à Pinturault et Mermillod-Blondin pour décrocher le globe des polyvalents… si la FIS en met un en jeu[1]. La seconde partie de la saison s’annonce passionnante !



Les vidéos sont aussi sur Vimeo :
-1ère manche partie 1, partie 2 et partie 3 ;
-2nde manche partie 1, partie 2 et partie 3.

Note

[1] Ce que je n’arrive pas à savoir.