Pendant ce temps, de l’autre côté de la frontière franco-italienne, une nouvelle piste intégrait le circuit féminin. Lara Gut s’est régalée, La Thuile lui a beaucoup plu. Pour Linsey Vonn, on peut le dire, c’est la tuile ! Une chute lui a valu de prendre un sacré éclat au classement général, l’ardoise s’élève à 100 points, elle se retrouve de nouveau devancée par la Suissesse.

  • Combiné alpin masculin de Chamonix.

On le craignait en raison des prévisions météo, les organisateurs avaient annoncé cette éventualité, il a fallu y recourir : devant l’impossibilité de disputer la descente au cours de la matinée, les manches ont été inversées. Le slalom a été organisé en premier, de quoi donner du temps aux organisateurs pour déblayer les 30cm de neige fraîche tombés sur la piste de descente… et au brouillard de se lever.

S’ils l’ont déjà vécu, parfois avec succès, les Français se retrouvaient en position difficile. En principe, quand la descente ouvre un combiné, les techniciens ont surtout pour mission de se classer dans les 30 pour s’élancer ensuite sur une piste de slalom en bon état où il leur sera possible de creuser des écarts par rapport aux descendeurs appelés à pratiquer leur discipline faible sur un terrain dégradé. Généralement, les trous creusés par les passages servent à éliminer pas mal de spécialistes de la vitesse. Cette fois il ne fallait pas y compter. Tout semblait fait pour avantager les descendeurs, au grand damne d’Alexis Pinturault, de Thomas Mermillod-Blondin et de Victor Muffat-Jeandet, les 3 héros du triplé de Kitzbühel, tous placés pour remporter le petit globe, dont le premier adversaire dans cette quête était Kjetil Jansrud, co-leader du classement avec Pinturault. Le Norvégien a gagné à Wengen en profitant d’un slalom tracé très droit sur une piste hyper facile, idéale pour un profil comme le sien. Or on se retrouvait sensiblement dans la même situation : le slalom, très court (42"), tracé dans l’axe par l’entraîneur autrichien (le frère de Benny Raich était désireux de favoriser Romed Baumann et Vincent Kriechmayr) sur une piste manquant de pente, mettait les slalomeurs dans une équation impossible à résoudre. Comment creuser des écarts suffisants pour compenser le temps perdu sur une descente d’environ 110 secondes très favorable aux glisseurs ?

A peine revenus en France après leur séjour en Asie – où ils ont connu des fortunes diverses, victoire en géant pour l’un, place d’honneur pour un autre, violente chute à l’entraînement pour l’aîné – ils se faisaient une joie de concourir à domicile lors d’une épreuve taillée pour eux. Comme si le décalage horaire n’était pas déjà assez violent à encaisser, ils ont dû prendre cette mauvaise nouvelle sur le coin de la figure. Une seule option se présentait désormais à eux, celle de faire de leur mieux en espérant une bonne surprise ou un exploit.

A l’issue de cette manche, que pouvait-on leur reprocher ? Rien. Ils ont fait le job en profitant de leurs bons dossards (mérités, on a attribué les dossards comme lors d’un slalom normal en utilisant la WCSL du combiné, ils sont bien sûr dans le top 7). Ainsi, on retrouvait notre trio aux 3 premières places : Pinturault (2) occupait la tête, Mermillod-Blondin (3) la 2e place à 0"36, Muffat-Jeandet (6) la 3e à 0"37. Le leader naturel de l’équipe aurait pu gratter 1 ou 2 dixièmes supplémentaires sur le bas, ça restait une bonne manche. Ivica Kostelic (8), disparu des radars depuis sa dégringolade à la WCSL du slalom, s’est classé 4e à 1"18. Le souci était l’avance par rapport aux descendeurs… Dominik Paris (1) a concédé seulement 1"27 malgré un gros blocage. Sur une piste défoncée, d’une longueur normale, sur un tracé ressemblant plus à du slalom, il aurait perdu entre le double et le quadruple. Ou serait sorti. Sur une piste en parfait été, il a pu se glisser dans la tenue du favori. Toutefois, Carlo Janka (5) l’accompagnait, il était 6e à 1 centième de l’Italien. Jansrud (4) a fait moins bien, 9e à 1"67, c’était bien le seul petit motif d’espoir, une très grosse manche de descente pouvait permettre à Pinturault ou à TMB de rester sur la boîte. Dans le top 10 on trouvait aussi Justin Murisier (19) et Riccardo Tonetti (20), ils déploraient déjà un retard très important pour des techniciens, il leur était impossible de jouer devant. Par conséquent, personne d’autre ne semblait en mesure de bouleverser la hiérarchie, sauf peut-être Adrien Théaux (12). Malheureusement pour lui, les trous commençaient déjà à rendre la vie difficile aux concurrents. Il s’est classé 10e à 2"04 en se faisant prendre sur l’arrière à plusieurs reprises. Restait Valentin Giraud-Moine (28), 22e à 3"46, Cyprien Sarrazin (48), 30e à 3"54, et Blaise Giezendanner (53), 39e à 4"28.

A partir du dossard 30, les DNS et DNF ont commencé à se multiplier. Quelques maladroits sont sortis et ceux qui pensaient s’offrir une manche d’entraînement supplémentaire ont renoncé pour s’éviter le slalom et la fatigue liée à l’attente entre les 2 manches. Ils ont bien fait car cette attente a été longue…

Alexis avait la rage il se sentait floué par ce tracé «tout droit». Mère Nature a été juste et généreuse en rétablissant l’équilibre.

Il neigeait toujours. Le brouillard restait présent. Une décision a fini par s’imposer, celle d’abaisser le départ en plus de retarder le début de la manche de descente pour permettre de déblayer la piste. 14h30 au lieu de 14h, puis 15h, et même 15h20 à cause d’un accident cardiaque au bord de la piste ayant nécessité l’intervention de l’hélicoptère. A force de repousser les choses, on risquait de manquer de lumière pour lancer tout le monde. Surtout que le brouillard, en grande partie dissipé, pouvait se réinviter à la fête.

La Verte des Houches est jugée facile pour une épreuve de Coupe du monde masculine. Amputée de tout le haut et grosso modo de toutes les parties techniques, elle devenait hyper favorable aux gros glisseurs. Il est difficile de prendre de la vitesse et de la maintenir sur du plat. Le matériel aussi devenait prépondérant. De 1’50, la descente passait à 1’30. Ils allaient peut-être reprendre plus de temps que prévu sur les parties de glisse défavorables au techniciens, seulement 20 secondes de moins, c’est 20 secondes de moins au cours desquelles ils allaient pouvoir gratter des dixièmes et combler leur retard. Ce que descendeurs gagnaient d’un côté, ils le perdaient de l’autre. Cette incertitude a donné du sel aux passages avant la grande bagarre car tout le monde essayait de faire ses calculs du type «si untel reprend tant à untel, Jansrud devrait reprendre tant aux Français». La possible évolution des conditions ajoutait une pointe de piment.

Les premiers à s’élancer étaient condamnés à faire le chasse-neige. Intervalles de départ réduits, lisseurs envoyés juste derrière les concurrents, les organisateurs ont fait de leur mieux pour limiter les soucis liés à la neige fraîche qui continuait à tomber (la visibilité restait très correcte malgré tout).

Sarrazin a fait ce qu’il a pu, Giraud-Moine a réussi à prendre plus de vitesse, il a largement pris la tête, mais Fill a amélioré le meilleur temps de près d’une seconde. Il était donc vraisemblablement possible de creuser des écarts malgré le raccourcissement de la descente. L’avantage net offert aux glisseurs se confirmait. Le retour du brouillard dans le goulet (pas un brouillard très dense) a compliqué la tâche de certains, dont Baumann, qui faisait jeu égal jusqu’au 2e inter avant de lâcher gros et de finir à 6 dixièmes de l’Italien. Marc Gisin a beaucoup mieux résisté mais est passé derrière pour 8 centièmes. Grâce à ses 71 centièmes de marge au départ, Kilde (16e après le slalom) est parvenu à s’emparer de la tête en conservant 0"09 sur la ligne d’arrivée.

Il a ensuite fallu attendre Théaux pour voir un concurrent jouer les premiers rôles. Son avance au départ (0"44) a presque doublé malgré 3 dixièmes perdus entre les 2 premiers intermédiaires par rapport au Norvégien. Le Français a fini comme une balle (-0"81) avec le 2e meilleur temps provisoire de la descente à un quart de seconde de Fill. Si Théaux avait du bon matos, ses coéquipiers en étaient probablement aussi dotés. Le trio magique pouvait peut-être bien s’en sortir finalement… A moins que Théaux ne reste sur le podium. L’optimisme redevenait de mise, même si Jansrud n’a pas tardé à l’amoindrir. En établissant la nouvelle performance de référence de la manche le principal concurrent des tricolores pour le petit globe s’est installé largement en tête (-0"63). Dès lors, on pouvait imaginer qu’un exploit de Mermillod-Blondin ou de Pinturault devenait impératif, sans quoi le trophée allait revenir au Scandinave.

La perf de Tonetti a donné une nouvelle indication positive. L’Italien est tout sauf un descendeur, pourtant il a lâché seulement 1"09 à Jansrud lors de cette seconde manche. En principe meilleurs en vitesse que Tonetti, les Français étaient en mesure de faire aussi bien, et comme leur marge de départ dépassait largement la seconde, l’affaire sentait désormais très bon.

Il fallait toutefois se méfier. Si Murisier a pris un éclat, Janka et Paris présentaient un danger réel. Le Suisse s’est raté entre les 2 premiers chronos, il y a concédé une demi-seconde. Il a repris un peu de temps sur le bas grâce à une excellente vitesse mais a échoué à 0"17 de Jansrud. L’Italien s’est montré beaucoup plus performant, il partait avec une marge de 4 dixièmes, laquelle s’est réduite sur le haut puis a de nouveau augmenté pour atteindre 0"45. Soit le meilleur temps de la manche pour 5 centièmes. Kostelic n’a évidemment pu rivaliser, il a été relégué à 1"75 de leader.

Le Les moments de vérité arrivaient… Dame Nature s’est montrée clémente, elle avait beaucoup à se faire pardonner, elle s’y est employée en offrant aux Français une bonne visibilité. Il ne neigeait plus, sans être idéales, les conditions étaient devenues très convenables, propices à une très bien résister.

Muffat-Jeandet a réussi une descente au-delà de ses espérances. A fortiori sur ce profil de descente car pas du tout technique. Pour un géantiste (et slalomeur) qui ne s’aventure en vitesse qu’à l’occasion des combinés[1], la 2e place provisoire à 0"42 de Paris revêtait des allures de victoire. Synonyme de podium pour au moins 1 des 3 Français, elle a ravi le public.

Sans surprise, Mermillod-Blondin s’en est encore mieux sorti : 91 centièmes d’avance au départ, plus rapide que Paris en début de course, et seulement 3 dixièmes de retard à l’arrivée (2e). Non seulement l’ancien du groupe a assuré sa présence sur le podium, mais aussi un doublé tricolore avec comme gros bonus la certitude que l’un d’eux allait décrocher le globe. Pinturault pouvait se contenter d’une 2e place pour s’en emparer, il visait nettement plus haut.

Lors de cette descente, VMJ a concédé 1"32 par rapport à Paris, TMB 1"21. Avec 1"27 de marge, Pintu n’était assuré de rien, le suspense régnait donc à plein. Plus rapide que Paris dans la mise en action (-1"33), le Français a ensuite lâché 4 dixièmes entre les 2 premiers intermédiaires (-0"92), la marge restait confortable, et ceci d’autant plus après avoir fait jeu égal lors de la section suivante (-0"89). S’il a encore perdu 3 dixièmes lors de chacune des 2 dernières portions chronométrées, "Pintu" n’a jamais été en danger. 1"00, c’est ce qu’il aura concédé à Paris lors de cette – courte – descente. Et donc forcément moins par rapport aux autres cadors de la vitesse. C’est remarquable ! Il a réalisé le 16e temps d’une descente à laquelle ont participé les Jansrud, Théaux, Paris, Kilde, Janka, Fill, Innerhofer… A peu près la moitié des 30 premiers de la CdM de descente (dans l’autre moitié, beaucoup sont blessés). Le jour où il décidera à se lancer pour de bon dans la discipline, ça va faire mal !

En parlant de faire mal… TMB était dans un triste état après sa chute à à Jeongseon. A la rue à l’entraînement, souffrant terriblement d’un peu partout, il aurait pu déclarer forfait, l’option la plus raisonnable. Il en était pourtant hors de question car le 19 février était coché depuis cet été. Il avait pour objectif de monter sur le podium à Chamonix pour y demander sa compagne (et mère de son fils) en mariage. Alors il a serré les dents et a en été récompensé.

Cette très longue journée valait vraiment le coup ! Le nom du vainqueur a été connu à 16h05, il restait encore du monde dans l’ère de départ, Blaise Giezendanner a d’ailleurs fait sensation en pulvérisant le meilleur temps de la manche de 1"20 – et oui, 1"20 !!!!! – en profitant à la fois de sa connaissance de la piste (il est Chamoniard) et de meilleures conditions. Il est ainsi remonté du 39e au 10e rang, ce qui nous donne un classement final jouissif. On a presque envie de l’imprimer et de l’encadrer pour l’accrocher au mur : Pinturault vainqueur, Paris 2e, Mermillod-Blondin 3e, Muffat-Jeandet 4e, Théaux 7e, Giezendanner 10e, plus Giraud-Moine 18e et Sarrazin 29e (premiers points en CdM pour son 1er départ). 7 Français dans les points dont 5 dans le top 10 (les autres étant Paris 2e, Jansrud 5e, Janka 6e, Tonetti 8e, Kostelic 9e), on ne voit pas ça tous les jours !

Chose rarissime lors d’un combiné, les dossards 1 à 6 ont terminé aux 6 premières places (dans le désordre). Logique dans la mesure où bénéficier d’un petit dossard aidait lors du slalom et où les 6 hommes en questions sont les plus polyvalents (ils ont gagné leur dossard lors des précédents combinés, il n’y a pas de hasard).

Statistiquement, cette saison est pour le moment la pire d’Alexis Pinturault depuis 2010-2011, celle de ses premiers points en CdM, points pris à Hinterstoder (6e du super-G avec le dossard 62, ça faisait suite à 14 non-qualifications dans les disciplines techniques). Mais en réalité, c’est sa meilleure. Pourquoi ? C’est simple. Il a joué de malchance en début de saison, le point d’orgue étant son énorme boîte à Beaver Creek, elle lui a pourri la vie, puis il a commencé à revenir tant bien que mal en janvier en cherchant de la régularité, rien ne voulait lui sourire, notamment à Wengen avec le combiné attrape-c*uillons. L’embellie connue en slalom en janvier ne s’est pas confirmée, néanmoins, en gagnant à Kitzbühel (combiné), à Yuzawa Naeba (géant) et cette fois à la maison, soit 3 succès lors de ses 6 derniers départs, il a fait basculer son bilan dans le positif, voire le très positif. Le calendrier de la fin de saison lui est très favorable, d’ailleurs la semaine prochaine il y a un city event à Stochholm puis retour à Hinterstoder avec 2 géants et un super-G… On enchaînera à Kranjska Gora avec 2 géants et un slalom. Il y a de quoi faire sur des pistes où il a déjà brillé.

Avec ses 3 victoires, il a déjà égalé son record sur une saison. Il lui reste 11 épreuves pour le battre et/ou ajouter quelques podiums (ces 4 dernières années le minimum était de 6 podiums, 8 au mieux), ce qui lui permettrait de retrouver son habituelle 3e place au classement général. De mon point de vue il s’agit déjà de sa meilleure saison pour 2 raisons :
-il y a un petit globe, le premier pour le ski alpin français depuis 2009 (Grange en slalom) ;
-il a su vaincre le doute, se relever et sortir du fond du trou dans lequel il était tombé, même si rien ne voulait aller dans son sens.

Pour ces 2 raisons, je vois cette saison comme celle du déclic pour franchir la dernière marche qui le sépare du gros globe et des titres. Psychologiquement, ça doit faire beaucoup de bien de concrétiser… 13 départs en combiné (en CdM), 8 podiums dont 5 victoires, 2 fois n°1 de la saison, il est enfin récompensé la 3e fois.

J’ai même l’impression que tout le ski alpin masculin est en train de changer de dimension. Cette saison est en effet historique. A 3 descentes de la fin de saison, 2 Français peuvent encore jouer le petit globe. A 5 géants de la fin, ils sont 3 dans le coup pour essayer de le prendre à Hirscher. Celui du combiné a été remporté par Pinturault (220pts) devant TMB (170), Jansrud, Paris, VMJ (5e avec 130 unités) et Théaux. 4 Français dans le top 6 de la discipline. Dès samedi, un 3e Français devrait obtenir les 500 points au général qui autorisent à s’inscrire dans toutes les disciplines lors des finales. C’est du jamais-vu.

En 2016, on a déjà eu droit au premier triplé tricolore en 45 ans, les 3 autres victoires étant toutes des doublés. Au total, nos skieurs ont déjà décroché 16 podiums, égalant le record de 2010-2011 (au terme de la saison, avec une victoire de plus et 2 médailles individuelles aux Mondiaux). Grace à Grange et Pinturault, les années de disette (1 à 3 podiums pendant plusieurs années) sont oubliées, on compte entre 10 et 16 podiums masculin chaque saison depuis 2009-2010. Cette saison, ils sont déjà 8 à avoir connu le joie de monter sur la caisse (Fanara, VMJ, Fayed, Théaux, TMB, Pinturault, Faivre et Poisson). On devrait dépasser les 20 lors du dernier mois de compétitions. Imaginez un peu sans les blessures (Missillier, Roger, maintenant Muzaton) et les chutes violentes subies par certains (TMB, Pinturault, etc.).

Ne boudons pas notre plaisir, c’est un festival ! Sauf chez les filles. Même on a pu fêter lundi un premier podium féminin depuis 2 ans.

  • Descente féminine n°1 de La Thuile.

La Thuile est une petite station italienne située dans le Val d’Aoste à quelques kilomètres de la France. Connue par les hommes (quelques épreuves de Coupe d’Europe, des Championnats d’Italie, des courses FIS), elle est entrée dans le calendrier de la Coupe du monde féminine ce week-end. Quelle entrée ! 2 descentes (dont une reprise[2]) et un super-G pour faire ses preuves et donner envie à la FIS d’y revenir, il n’y a rien de tel.

La première impression est excellente, on parle d’un petit Kitzbühel. En effet, c’est spectaculaire, car très technique, hyper pentu, avec pas mal de virages, trop au goût de certaines. Les filles techniques sont avantagées, ça plait à celles capables de bien s’exprimer en géant et en super-G. Autre particularité, la piste était en très grande partie à l’ombre. Découvrir une nouvelle piste est déjà compliqué en soi, la visibilité limitée rend la chose encore plus ardue. Les Américaines et les Italiennes ont eu des entraînements supplémentaires en janvier, ceci explique leur domination lors des entraînements officiels de mercredi et jeudi. L’apparition progressive du soleil grâce au lancement de la course à midi a limité l’avantage italo-américain. La descente de samedi est programmée avec un départ à 10h45, donc dans l’ombre.

Le facteur surprise de cette course est le froid qui a compacté le revêtement pendant la nuit. Les températures restaient négatives, le soleil est arrivé tardivement et peut-être légèrement réchauffer la surface, contribuant encore à l’accéléré. Dans tout état de cause, c’était assez différent par rapport aux conditions des entraînements, et surtout beaucoup plus rapide. Certaines filles ont été très surprises par la vitesse. Le meilleur temps aux entraînements (1’37"65) a été pulvérisé de 2 secondes en course.

Malgré une énorme frayeur, Elena Curtoni (4) a frappé un très grand coup en améliorant le chrono de référence provisoire de 2"38. Normalement, cette faute aurait dû l’envoyer à l’hôpital, on a longtemps cru que sa performance allait finalement l’envoyer sur le podium. Les suivantes ont pris d’énormes éclats, hormis Edit Miklos (8), qui a milieu limité la casse et même fait jeu égal sur certaines section : 2e à 0"81. Un seul élément laissait imaginer possible un changement de leader, je fais bien sûr référence à l’amélioration constante de la visibilité. Ça n’a pas tardé. Une autre Italienne a en mis une nouvelle couche. Une couche épaisse. 0"88 de moins ! L’impression de vitesse ne trompait pas, elle était bien posée sur ses skis avec un engagement total. Pourtant, une marge d’amélioration subsistait, on pouvait gratter quelques centièmes en haut et reprendre pas mal de temps. Laurenne Ross (13) y est parvenue, elle a repris 4 dixièmes entre le 2e inter et l’arrivée. L’attitude était bonne, la vitesse aussi, néanmoins elle se faisait beaucoup secouer. 2e à 0"26 à l’arrivée. Et les meilleures n’étaient pas encore parties.

Sortie du groupe des 7 meilleures, Elisabeth Görgl (14) a eu du mal à confirmer son bon niveau à l’entraînement. Ça partait un peu dans tous les sens, elle a pris cher sur le haut puis a repris du temps pour se placer au pied du podium. A l’arrivée, ça lui fait un top 10 (10e).

Première favorite à s’élancer, Cornelia Hütter (16) a tenu son rang. Malgré 0"28 de retard au 2e inter, elle a pu prendre la tête à l’arrivée, mais pour 1 seul centième. C’était très juste, elle a longtemps navigué à moins d’1 dixième des chronos de Curtoni, Ross et Görgl ont été plus performantes après la 2e section. Très secouée, Larisa Yurkiw (17) avait bien limité les dégâts malgré des fautes, mais n’a jamais su inverser la tendance faute d’une vitesse suffisante. Elle a terminé juste devant Görgl.

Passons aux choses sérieuses. Lara Gut (18) se plaignait du caractère trop tournant de cette descente, elle avait eu du mal à bien l’appréhender. Ayant impérativement besoin de gros points, elle ne devait pas se sentir très en confiance. Peut-être est-ce lié au fait de se sentir en infériorité par rapport à Vonn, qui a eu droit à des entraînements supplémentaires sur cette piste alors qu’a Crans Montana (en Suisse) elle aurait bénéficié de cet avantage. L’annulation à Crans Montana et la reprise à La Thuile lui causaient en quelque sorte un double préjudice. Sur le haut, la Suissesse a coupé très direct sur une des portes et est pas conséquent sortie a priori trop large sur la suivante. Ça ressemblait à une faute coûteuse, ça lui a permis d’avoir déjà 0"37 d’avance au 2e inter (2e meilleur chrono) et surtout d’emmagasiner énormément de vitesse (la meilleure). Coup de génie ou coup de bol ? C’est ce qui lui a permis d’accroître sa marge encore et encore pour fesser toute la concurrence : -1"02 ! Cette fois on tenait réellement l’énorme manche qu’on avait déjà cru voir à 2 reprises depuis le début de l’épreuve. Attaque à fond, prise de risques, capacité à conserver sa vitesse malgré de toutes petites fautes… Lara a été zehr Gut.

Viktoria Rebensburg (19), Tina Weirather (20) et Fabienne Suter (21) ont ensuite successivement échoué sans être ridicules. Trop secouée, trop sur la défensive et manquant de vitesse, l’Allemande a lâché 1"93 (8e). Propre et rapide avant une mise en dérive très coûteuse en km/h, la Liechtensteinoise a décroché la 6e place à 1"43. Excellente lors des 28 premières secondes de course (-0"23), la 2e meilleure Suissesse a manqué le podium pour 14 centièmes. Les ingrédients étaient au rendez-vous, il a peut-être manqué un peu de physique pour rester bien solide quand ça tapait sous les skis, le verdict du radar s’est traduit au chrono, 1"17 de retard, 4e.

Vainqueur du premier entraînement, Lindsey Vonn (22) a foiré l’autre. On l’attendait devant, elle a fini dehors. Sur cette piste, il fallait de l’attaque mais aussi de la maîtrise, ce dont elle n’a pas su faire preuve. Allégée plusieurs fois, bringuebalée dans tous les sens, elle a fini par voir la fixation d’un de ses skis lâcher. Le matos a fonctionné normalement, avec de telles vibrations, si la fixation ne saute pas, c’est qu’elle a été mal réglée et met en danger le skieur (par contre le ski est mort). Vonn ne peut en vouloir qu’à elle-même, sa prise d’angle était exagérée, l’appui extérieur trop instable a provoqué ce souci. Le coup est rude, ça fait 100 points de perdus au général par rapport à Gut, comme lors de la dernière chute de Vonn en descente, la Suissesse ayant déjà su en profiter pour l’emporter (souvenez-vous, à Val d’Isère). C’est vraiment La Thuile pour Vonn car il lui fallait profiter de ces 2 descentes pour augmenter son avance au général, elle se trouve désormais 13 points derrière. Espérons que la bataille dure jusqu’à la fin des finales (qui se tiendront en Suisse). Je suis pro-Lara à fond dans cette affaire.

Après le groupe des meilleures, aucune concurrente n’a approché le top 10, la meilleure a fini à 2"50. Après le dossard 31, impossible de se classer mieux que 27e. Sans doute en partie en raison du vent et d’une visibilité dégradée (ça s’est couvert). Pas de chance, les Françaises avaient toutes de gros dossards. Toutes sauf Margot Bailet (3), hors du coup en ce moment, sur la défensive de bout en bout, sur une trajectoire loin d’être idéale, et 32e à 4"90.

Romane Miradoli (36) s’est battue, le haut était plutôt correct. 16e et 18e des entraînements, elle avait espoir de bien figurer. Elle a été reléguée à 4"53, au 29e rang. Il s’agit de la seule Française dans les points. Les conditions ne permettaient pas de prendre beaucoup de vitesse et donc d’aller vite.

Jennifer Piot (38), Noémie Larrouy (40) et Anouk Bessy (41) n’ont pas su profiter une éclaircie, la première s’est loupée et a abandonné, les autres ont terminé à plus de 6 secondes. Quant à Tessa Worley (47 et dernière) une faute sur le haut lui a fait perdre beaucoup de vitesse, ça a chiffré, 33e à 5"14.

Le week-end débute à peine et j’ai envie de le considérer comme déjà réussi alors que 2 descentes et un super-G nous attendent… Puisse-t-il devenir parfait !




Les vidéos sont aussi sur Vimeo :
-manche de slalom du combiné partie 1 et partie 2 ;
-manche de descente du combiné partie 1, partie 2 et partie 3 ;
-première descente de La Thuile partie 1, partie 2 et partie 3.

Notes

[1] Et bien sûr de temps en temps à l’entraînement.

[2] Celle annulée à Crans Montana la semaine passée