Mais avant de penser à l’étape de Soldeu, intéressons-nous à ce super-G inédit en Coupe du monde. S’il ventait pas mal sur les pentes de la petite station italienne du Val d’Aoste, le principal souci était la chaleur. La température, positive, était encore plus élevée sur le haut que sur le bas de la piste. On s’attendait à la voir se dégrader rapidement car la neige avait déjà beaucoup ramollie malgré le travail intense des organisateurs pour la durcir. Humide donc collante, cette neige allait sans doute vite être rendue encore plus lente et difficile à skier par les traces creusées au fur et à mesure des passages. Les petits dossards semblaient avantagés. Coup de chance, on trouvait 3 des 4 Françaises parmi les 6 premiers dossards.

Les filles s’élançaient directement dans le mur très pentu au bas duquel les portes étaient empilées. Il s’agissait donc d’un parcours très tournant, excellent favorable aux géantistes. D’autres secteurs comme celui de la traverse étaient nettement plus droits, ils nécessitaient d’autres qualités. Les cadors capables de gagner dans les 3 disciplines (hors slalom) allaient probablement finir devant.

Jennifer Piot (2) a été la première à franchir la ligne, mais ayant commis des fautes dont une très coûteuse en vitesse, son classement s’annonçait modeste. Fabienne Suter (4) a rapidement établi un premier gros chrono de référence malgré une première section très moyenne. Elle avait beaucoup plus de vitesse dans la traverse puis a mieux taillé les courbes dans le 2e mur pour finir à fond. Nettement meilleure que la Suisse sur le haut, Tessa Worley (5) a payé une vitesse bien moindre dans la traverse, puis elle a limité la casse sur la 3e section, un peu moins en bas puisqu’elle a été 53 centièmes plus lente que Suter. Elle semblait dubitative après son arrivée. Encore meilleure sur dans le mur initial grâce à une agressivité poussée à l’extrême, Romane Miradoli (6) a su aller relativement vite dans la traverse, ce qui lui a permis de s’approcher à 12 centièmes du meilleur temps provisoire. Elle a même repris 1 centième à Suter en bas. Après ses très bons entraînements de descente non confirmés en course, elle se devait de réussir ce super-G. Sur ce terrain, ses grandes qualités ont pu s’exprimer à plein. Le plus grand espoir de l’équipe de France féminine a jusqu’ici elle a trop sporadiquement su les exploiter les jours où ça comptait. A sa décharge, elle a rarement de bons dossards et même jamais en descente. C’est d’ailleurs en partie la raison pour laquelle elle s’exprime le mieux en super-G, ses bons résultats (5 fois dans les points lors des 6 derniers auxquels elle a pris part avec au mieux une 17e place à Garmish-Partenkirchen au printemps dernier) lui permettent d’être déjà installée dans les 30. En outre, cet exercice correspond sans doute mieux à ses capacités actuelles, elle demande moins d’expérience que la descente où la connaissance des pistes compte beaucoup.

Après le passage des Françaises, la 4e place a changé 2 fois de suite de titulaire, Laurenne Ross (8) parvenant seulement à s’approcher à 0"17 de Tessa. La championne du monde 2013 de géant a été ensuite été battue par 2 des très nombreuses Italiennes en lice, à savoir Elena Curtoni (9), déjà 7e et 9e lors des descentes, qui lui est passée devant pour seulement 2 petits centièmes grâce notamment à une excellente vitesse dans la traverse, ainsi que Federica Brignone (13), plus proche (0"12) de la jeune skieuse de Flaine… mais pas devant. Son avance à la sortie du mur était très importante (-0"39), elle a été moins efficace ensuite.

Si les Italiennes ont fait reculer Tessa de 2 rangs, en revanche, Romane n’était pas inquiétée. Avant le passage du groupe des cadors, elle pointait toujours à la 2e place provisoire. Pourtant Tamara Tippler (10) était partie pour exploser le meilleur temps : 0"54 d’avance au 2e inter grâce à la meilleure vitesse instantanée sur cette fameuse partie plate entre les 2 murs. Malheureusement pour elle une grosse faute peut-être causée d’une rafale de vent lui a coûté extrêmement cher, peut-être même la victoire.

En réalité, pas mal de filles auront allumé vert au premier intermédiaire, parfois aussi au 2e, la difficulté était de conserver cette avance dans le 2nd mur très tournant, sur la partie terminale plus plate et le saut de l’aire d’arrivée. Avoir des qualités de géantiste n’était pas seulement un atout, il s’agissait d’une nécessité. Il était tout aussi impératif de savoir générer de la vitesse dans les sections le permettant et de la conserver dans les parties où on a tendance à la perdre. Et tout ça, les 3 filles qui ouvraient le groupe des cadors savent parfaitement le faire. Tina Weirather (16), Lindsey Vonn (17) et Lara Gut (18) sont tour à tour venues se placer sur le podium, preuve que la dégradation de la piste était un facteur très relatif. Le niveau de la skieuse importait beaucoup plus.

Sans faire particulièrement bonne impression, Weirather a collé une demi-seconde à Fabienne Suter rien que sur la première partie. Elle a encore gratté quelques centièmes grâce à une assez bonne vitesse dans la traverse (-0"57), puis s’est battue dans le 2nd mur où quelques appuis pas très nets lui ont fait perdre une partie de son avance (-0"21). Son ski très fluide lui a permis de creuser un nouvel écart assez considérable sur le bas : -0"67 ! Même en regardant plusieurs fois la manche, je ne parviens pas à identifier les clés de sa réussite.

Dans la foulée du passage de la Liechtensteinoise, on enchaînait avec le duel pour le général et pour le globe de la discipline. L’Américaine précédait la Suissesse. L’option choisie par Vonn était de prendre plus de marge pour tailler des courbes censées lui permettre de créer une vitesse beaucoup plus élevée. Ses prises d’angles impressionnants auraient pu la pousser à la faute. Le risque n’en valait pas la chandelle, il n’a même pas payé. Elle n’a en effet réalisé que le 9e temps sur la section initiale, y concédant déjà 0"32 à Weirather. Malgré une des vitesses instantanées les plus élevées et la marge laissée par la dernière Tina valide du circuit en commettant de petites fautes, Vonn n’a rien repris dans les 2 parties médianes… car les mêmes causes produisent les mêmes effets. Elle a reproduit les erreurs commises par Weirather. En bas, son retard a doublé, peut-être car elle a été très – trop ? – directe, peut-être à cause d’un manque de vitesse à la sortie du 2nd mur. Ce retard de 0"64 était le maximum pour prendre la 2e place, C’est seulement 3 centièmes de moins que Fabienne Suter, 15 de moins que Miradoli. En outre, ça laissait beaucoup de place à Lara Gut pour la devancer.

Passée à côté samedi, la lauréate de la descente de vendredi, n’a pas lésiné sur l’engagement. Assez bonne en haut (+0"20, 3e temps), elle a aussi fait jeu égal dans la traverse sans pourtant affoler le radar. A la différence de sa rivale, Lara a repris un peu de temps dans la 3e portion du tracé, 8 centièmes seulement mais 8 centièmes très importants car à l’arrivée, l’écart entre les 2 premières du général s’élève à 7 centièmes. Sur le bas, la Suissesse s’est également montrée incapable de tenir le rythme de la Liechtensteinoise, absolument phénoménale dans la partie finale. Si elle a pu terminer aussi fort avec le dossard 16, d’autres auraient pu le faire avant ou après.

La suite de la course ? J’ai presque envie de dire qu’on s’en fout. Après le dossard 18, PERSONNE n’est entré dans le top 16. Victorieuse samedi, Nadia Fanchini (19) est tombée, Elisabeth Görgl (20) s’est complètement ratée, Viktoria Rebensburg (21) était à l’ouest et a mis la flèche, Cornelia Hütter (22) a pris du vent, a commis des fautes, 2"43 dans la face.

Notons tout de même que Margot Bailet (24) est entrée de justesse dans le top 30… 30e à 4"38. Le tir groupé des 3 jeunes Françaises qui partaient avec de gros dossards n’a rien de fabuleux. Laura Gauché (39) 34e, Tiffany Gauthier (53) 35e, Noémie Larrouy (42) 36e… sur 42 classées. Elles ont fini à environ 5 secondes de Weirather. Anouk Bessy (37) est dernière alors que Coralie Frasse-Sombet (34) a chuté. Elles auraient pu faire mieux puisque Sabrina Maier (47) et le phénomène Ester Ledecka (45) ont décroché des points (respectivement 23 et 24e).

Weirather a explosé la concurrence pour décrocher son 25e podium mais seulement sa 5e victoire en Coupe du monde. Reléguée à 0"54, Gut devance la 6e de 34 centièmes. Derrière la Suissesse, ça s’empile, Vonn, F. Suter, Miradoli (5e est son meilleur résultat en carrière, le précédant était une 9e place au combiné de Bansko) et Brignone se tiennent dans un mouchoir de poche. E. Curtoni, Worley (8e, jusqu’ici elle avait 3 top 10 dans la discipline), Ross et Marsaglia, qui complètent le top 10, sont plus loin. Piot est 19e (son meilleur résultat depuis une 13e place à Lake Louise), Bailet 30e, ça lui fait 1 point, son premier depuis le 10 janvier après une série de 6 courses sans rien ramener.

La passionnante bataille pour le gros globe continue, Lara reprend 20pts à Vonn, qui la devance toujours de 23 unités. Au classement de la discipline, l’écart est de 79 points, Weirather est 3e à 154 points.



Et pendant ce temps, pour son retour en Russie où il a été sacré champion olympique (mais très loin de Stochi, à Sunny Valley), Pierre Vaultier a remporté une nouvelle épreuve de la Coupe du monde de snowboard cross.




Les vidéos sont aussi sur Vimeo :
-super-G partie 1, partie 2 et partie 3 ;
-snowboard cross.