Sans surprise, André Myhrer, Frida Hansdotter et Maria Pietilae-Holmner ont brillé, Hargin est le seul Suédois engagé à avoir manqué le podium. Côté français, avec aussi 4 représentants (dont 3 hommes), on a connu moins de réussite : une élimination précoce et 3 lors des quarts de finale. C’est presque anecdotique pour les tricolores dans la mesure où l’impact de cette compétition sur leur classement Coupe du monde est à peu près nul, les points comptent pour la CdM de slalom ainsi que pour le général, joué par aucun d’eux, pas pour la WCSL. D’ailleurs ce city event n’aura probablement aucune répercussion décisive concernant les petits globes du slalom (chez les hommes comme chez les femmes), il pouvait difficilement en avoir tant l’avance du leader était importante à 2 épreuves de la fin. Même en s’étant loupé et en ayant vu son dauphin s’imposer, Henrik Kristoffersen garde 131pts d’avance. Quant à Frida Hansdotter, sa marge est passée de 99 à 139 unités grâce à l’élimination de Veronika Velez-Zuzulova en quart de finale.

Commençons par expliquer le fonctionnement de ce slalom parallèle.
Il s’agit d’un tournoi avec 2 tableaux de 16, un masculin et un féminin, on alterner la série des manches masculine et des manches féminines comme lors d’une épreuve de skicross ou de snowboardcross, ce qui permet à la fois de remonter les concurrents au sommet entre les manches et de leurs offrir un temps de récupération/préparation, le tout en gardant beaucoup de rythme. Le but est en effet d’avoir un spectacle sans temps mort. On souhaite aussi préserver le suspense mais également une certaine équité, c’est pourquoi les concurrents se départagent lors des duels en 2 manches, une disputée sur chaque parcours – qui se veulent être les semblables dans la mesure du possible, en pratique il y a toujours de petites différences, ne serait-ce que concernant la dégradation de la piste – avec un écart maximal de 0"50 à l’issue de la première. On utilise des portes automatiques réglées au départ de la 2nde manche en fonction de l’écart enregistré à l’issue de la première. Ainsi, celui qui franchit la ligne en tête à la fin de la 2nde manche remporte le duel[1].

La constitution des tableaux est assez simple : les 12 premiers au classement WCSL du slalom obtiennent les dossards 1 à 12 dans l’ordre du classement, les 4 autres sont qualifiés grâce au slalom général et classés en fonction de leur classement en slalom et à défaut d’être classés dans la discipline, de leur place au général. C’est ainsi que Kjetil Jansrud a hérité du dossard 16 et a dû affronter Henrik Kristoffersen dès le premier tour. Chez les femmes Lindsey Vonn a hérité du 14, Lara Gut du 15. Quand un concurrent qualifié est absent, il se faire remplacer par un compatriote s’il en a un classé dans le top 30 à la WCSL. Ainsi, Michaela Shiffrin ou encore Viktoria Rebensburg ont cédé leur place à Resi Stiegler et à Maren Wiesler. En revanche, blessée, Sarka Strachova a été remplacée par la 13e à la WCSL (Michelle Gisin) faute de Tchèque susceptible de prendre sa place.

Dernier élément, et non des moindres, la piste. Pas très pentue, avec un petit tremplin pour ajouter un saut et de l’incertitude tout en cassant quelque peu le rythme très élevé de ce véritable sprint entre des portes très proches les unes des autres et toutes placées dans l’axe, à tel point que Myrher a eu tendance à foncer tout droit en écartant les portes sur son passage plutôt que de chercher à les contourner ! Les clés étaient le départ, la puissance, l’explosivité, la gestion du petit saut et à partir des quarts la capacité à skier dans les trous.

  • Le tableau féminin.

C’est simple, il n’y a strictement eu AUCUNE surprise avant le dernier duel des quarts de finale. Lors des huitièmes aller, la fille ayant le plus petit dossard (qui partait sur le rouge) a systématiquement obtenu l’avance max en dominant largement… sauf Velez-Zuzulova, qui a seulement dominé Gut de 17 centièmes. Lors de la manche retour, pas plus de surprise, certaines ont géré tranquillement, d’autres ont été un peu moins impressionnantes sans réellement se faire peur. Dans le détail, voici le tableau.

Hansdotter (1) facile contre Weirather (16).
Thalmann (8) très largement devant Gagnon (9), auteur d’un très mauvais départ en 1ère manche.
Noens (5) sans souci contre Stiegler (12), malgré un micro-blocage en 2nde manche.
Løseth (4) en balade contre Wiesler (13), invitée surprise, qui a chuté en 2nde manche.

Holdener (3) très supérieure à Vonn (14), notamment au départ. L’Américaine a aussi été plombée par une faute alors qu’elle revenait bien en première manche.
Vhlova (6) a éliminé Gisin (11) suite à un duel longtemps serré, la Slovaque a pris le large sur le bas, aucun souci en 2nde manche.
Pietilae-Holmner (7) nettement devant Kirchgasser (10)… qui a réduit l’écart en 2nde manche.
Velez-Zuzulova (2) vainqueur de Gut (15) en gagnant les 2 manches de 0"17.

Manifestement, chez les femmes, la hiérarchie du slalom reflète parfaitement le niveau réel des filles. Vonn, éliminée par une Suissesse (Holdener), n’a ni gagné, ni perdu de point par rapport à une autre Suissesse (Gut) dans la lutte à 2 pour le gros globe. Chacune repart avec 15 unités.

Dans le tracé bleu, le saut et sa réception ont rapidement donné des signes de dégradation. Ils ont été confirmés par les premiers quarts féminine. Thalman est sortie en se ratant sur le tremplin, puis Nastasia a concédé le retard plafond en raison d’une grosse faute à la réception. Sa manche a été retardée assez longtemps à cause d’un souci avec le départ automatique. Notons qu’avant de se faire piéger, l’Autrichienne et la Française étaient soit devant, soit à hauteur de leur adversaire. Hansdotter et Løseth en ont profité. Si la Norvégienne a su gérer la 2nde manche en évitant toute faute, la Suédoise s’est endormie, elle a perdu le rythme, le danger s’est rapproché à grande vitesse… sans conséquence.

Les 2 Slovaques ont perdu leur quart aller, Vlhova de très peu car Holdener a été ralentie par les traces (elle dominait nettement). Velez-Zuzulova en enfourchant juste avant l’arrivée alors qu’elle était en train de combler le retard dû à un mauvais départ. Finalement, Holdener est passée largement grâce à l’erreur de son adversaire qui, à l’instar de sa compatriote, a enfourché tout en bas du parcours en tentant de revenir pour gagner à l’arrache. La Suissesse allait l’emporter d’une poignée de centièmes. Forte de sa demi-seconde de marge, la 2nde Suédoise n’a jamais tremblé. Qui plus est, Velez-Zuzulova est encore tombée. Enfin une victoire du plus gros dossard des 2 !

Lors du dernier City Event il y a 3 ans, le premier – et jusqu’ici seul – de sa carrière, elle avait pris la 4e place. Si Pietilae-Holmner en a gagné un à Munich il y a 5 ans, les 2 autres n’avaient encore jamais réellement brillé dans l’exercice, du moins pas individuellement. Ceci dit, elles en ont probablement disputé plus par équipes qu’en solo. Bref, 2 Suédoises qualifiées, c’est toujours bien d’être chez soi pour ce genre d’épreuves, le public galvanise.

On aurait aimé voir Nastasia se qualifier, Løseth ne lui a jamais ouvert la porte après cette réception malheureuse.

En demi-finale, Hansdotter a fait comme d’habitude, une bonne première manche puis une seconde en jouant avec le feu. Ses 0"27 de marge ont fondu pour devenir 4 centièmes ! Etait-elle totalement sure d’elle ou en difficultés ? Toujours est-elle qu’elle a envoyé Løseth en petite finale. Rien à voir avec Holdener, très bonne au départ comme sur le bas, Pietilae-Holmner est restée impuissante.

Pour rappel, ça donnait 1 contre 3 en finale et 4 contre 7 en petite finale. Pour le coup, la hiérarchie n’a absolument pas été respectée puisqu’Holdener et Pietilae-Holmner ont gagné. La Suédoise facilement malgré un blocage en première manche, la Suissesse au terme de 2 manches folles. Hansdotter a gagné la première de 0"15, un coude à coude permanent, chacune passant en tête tout à tour, Holdener a renversé la vapeur pour l’emporter d’1 dixième. Elle l’a bien mérité, tant sur sa journée que sur sa saison (toujours dans le top 10 en slalom sauf lors du n°2 à Aspen). Il s’agit de son premier succès en Coupe du monde (4e podium dont une 2e place à Lienz cette saison). Gagner pour la première fois à 22 ans n’a plus rien de précoce dans une ère où Shiffrin et Vlhova la font presque passer pour une ancienne…

Holdener devant 2 Suédoises… Hansdotter monte pour la 7e fois de la saison sur un podium, elle a gagné une seule fois (à Liens, devant Holdener justement). Sa réputation d’éternelle 2e s’en trouve renforcée : 16 fois 2e en CdM (dont ses 8 premiers podiums) pour 3 places de 3e, et seulement 3 victoires… sans oublier de l’argent (et du bronze) aux Mondiaux. Quant à Pietilae-Holmner, elle attendait un podium depuis une victoire à Äre en décembre 2014. Il s’agit d’ailleurs de son 3e podium consécutif en Suède, pour en chercher un obtenu ailleurs il faut remonter à janvier 2014 à Flachau.

  • Le tableau masculin.

3 Français ont obtenu leur place : Julien Lizeroux (10), Alexis Pinturault (12) et Victor Muffat-Jeandet (13), appelé de dernière minute, peut-être bien pour remplacer Dominik Paris.

Les huitièmes de finale n’ont en rien ressemblé à ceux des filles. On a eu droit à des surprises, des renversements de situation, des écarts ridiculement faibles, beaucoup de suspense, et donc du spectacle.

Kristoffersen (1) a été surpris par Jansrud (16), vainqueur du géant parallèle d’Alta Badia, d’abord à cause d’une faute monstrueuse au départ qui a failli l’envoyer au tapis… avant un énorme retour (défaite pour 3 centièmes), puis à cause d’une capacité inférieure à gérer le plat et le tremplin. Le gabarit de Jansrud a dû aider.
Thaler (8) s’est fait manger par Myhrer (9), lourd, puissant, très fort en parallèle (sur le podium à Alta Badia) et surmotivé chez lui. L’Italien a bien fini la première manche, s’inclinant seulement de 0"15, écart doublé ensuite.
Khoroshilov (5) est venu à bout de Pinturault (12) de très peu, un dixième. Dominateur en première manche (0"14 d’avance), le Français était très bien avant de perdre de la vitesse sur 2 portes, ce qui a permis au Russe de le doubler de justesse (1 dixième d’écart). Premier retournement de situation. Très frustrant.
Dopfer (4) s’est fait retourner par Muffat-Jeandet (13), qui semblait foutu à l’issue de sa prestation sur le parcours bleu (défaite de 0"27). Dopfer a connu sensiblement la même mésaventure que Pinturault, la perte de vitesse, il a été battu de 7 centièmes.

Neureuther (3) s’est défait de Moelgg (14) en creusant l’écart en fin de première manche (0"40), l’Italien est sorti en seconde. L’Allemand a souvent en de bons résultats en parallèle.
Gross (6) s’est fait peur contre Foss-Solevaag (11), il dominait largement avant de partir en sucette en bas (0"11 de marge). A la lutte jusqu’au bout malgré un blocage chacun, ils ont été départagés pour 8 centièmes.
Hargin (7) a été vaincu par Lizeroux (10), déjà monté sur un podium dans cet exercice du temps de sa splendeur. On a assisté à 2 très belles manches bourrées de suspense : le Français menait de 6 centièmes, il est passé pour 9 !
Hirscher (2) facile contre Nordbotten (15), remplaçant de Svindal, 0"41 en première manche, puis gestion en seconde.

4 victoires du moins bien classé, des succès sur les 2 parcours, une énorme claque pour Kristoffersen, sûr de ne prendre que 15 points et de faire une mauvaise opération au classement général de la Coupe du monde… L’équipe de France a manqué de très peu le plein. On aurait alors eu un quart 100% Français et la certitude d’avoir au moins un représentant jusqu’aux finales.

Sur une piste de plus en plus dégradée, d’autre surprises semblaient possibles.

Lors des quarts aller, Myhrer n’a laissé aucune chance à Jansrud (écart max), Khoroshilov a nettement dominé Muffat-Jeandet (0"32) suite à un très mauvais départ de ce dernier, Gross a creusé l’écart par rapport à Neureuther qui a complètement perdu le rythme après être resté longtemps à la lutte (0"31), et pour finir Hirscher a beaucoup mieux skié que Lizeroux (0"49), moins explosif. Tout a été confirmé ensuite, malgré une grosse faute de Myhrer (encore 0"14 sur la ligne au terme d’une manche de bourrins), une résistance honorable de VMJ (battu de 0"39), un gros retour de Neureuther (bonne gestion de Gross, auteur d’une manche propre, 0"11 en bas) et un allègement qui m’a fait espérer un instant la catastrophe pour Hirscher… qui s’est bien repris, finalement Lizeroux est sorti.

Les demi-finales opposaient le 5 eu 9 et le 1 au 6. Imprévisible ? Pas vraiment… Lors du dernier City Event, Hirscher avait battu Myhrer en finale. Ils ont réussi à se retrouver en finale 3 ans plus tard à Stockholm. Et pourtant, le Suédois a perdu sa demi-finale aller par cadeau en commettant une énorme faute à la réception du tremplin. Par cadeau et non par K.O. car il lui restait une petite chance de s’en remettre, 5 dixièmes sur un parcours comme celui-ci, c’est énorme, sauf si l’autre se rate. Khoroshilov a manqué la dernière porte de la 2nde manche à cause de l’énorme pression mise par Myhrer, auteur d’un retour stratosphérique en allant tout droit dans les portes. Hirscher a eu moins de mal, il a su gratter quelques centièmes en fin de première manche en terminant très fort. Avec 0"21 de marge, rien n’était fait, il s’est montré hyper solide pour l’emporter de 0"32.

La petite finale surprise opposant Khoroshilov à Gross a tourné en faveur de l’Italien. MA-GNI-FIQUE ! Le plus beau duel de la compétition. De la baston du début à la fin, chacun est passé devant l’autre un nombre de fois hallucinant en si peu de portes, Gross a remporté la 1ère manche pour 1 malheureux centième, il a seulement pris le dessus après le tremplin de la 2nde manche (0"18).

Je croyais en Myrher, il me semblait capable de vaincre Hirscher. Surtout, je le souhaitais. Myhrer s’était vautré lors des entraînements dans les portes de départ, il n’a pas retenu la leçon. Anticipant l’ouverture de la porte, il s’est bloqué, a concédé 0"26 et n’a pu combler l’intégralité de ce retard en 2nde manche. Le héros local a été battu pour 6 centièmes. Arf. Manifestement, il était le plus fort sur la piste. Pourtant, l’issue est une 2e place entre Hirscher et Gross.

Il s’agit de la 37e victoire d’Hirscher, sa 2e en parallèle après Moscou il y a 3 ans… Surtout, en prenant 100 points, il a fait un très grand pas vers un nouveau gros globe. Kristoffersen aurait dû s’arranger avec Jansrud pour au moins limiter les dégâts en arrangeant le coup en 8e de finale… 100pts pour Hirscher, énorme opération pour le général, Kristoffersen en fait une très mauvaise, que 15pts, il aurait dû soudoyer Jansrud… Désormais, il y a 173pts d’écart au général entre l’Autrichien et son dauphin. C’est cuit, sauf si Hirscher se déchire totalement en géant ce week-end, chose improbable.



Les vidéos sont aussi sur Vimeo :
-tableau féminin partie 1, partie 2 et partie 3 ;
-tableau masculin partie 2, partie 1 et partie 3.

Note

[1] En cas d’égalité lors d’une manche éliminatoire, le plus petit dossard passe, en finale en revanche on ne départage pas.