Lors de la dernière étape de Coupe du monde organisée à Hinterstoder, Alexis avait déjà réalisé un gros coup en décrochant la 6e place du super-G malgré un dossard très élevé (le 62). Il y avait remporté ses premiers points CdM et gagné sa sélection pour les Championnats du monde de Garmisch-Partenkirchen (c’était en 2011). On le savait en grande forme après ses 3 succès lors de ses 8 derniers départs (en comptant le City Event de mardi), on savait la piste à son goût, on l’attendait donc naturellement sur le podium. Un beau résultat collectif de la formidable équipe de France de géant était également espéré, surtout avec 4 Bleus dans le premier groupe au tirage des dossards. De là à annoncer une telle démonstration et un nouveau doublé tricolore, il y a un pas que personne n’aurait osé franchir, de peur de donner l’impression de manquer d’humilité. Et pourtant…

Hormis Ted Ligety, blessé pour un bout de temps, tout le monde était présent, y compris des garçons comme Jansrud et Janka, engagés aussi pour se préparer en vue su super-G de vendredi. L’absence de l’Américain a permis à Thomas Fanara et Mathieu Faivre, ex-aequo au 8e rang à la WCSL, d’entrer dans le top 7 et de participer tous les 2 au tirage au sort des dossards 1 à 8. Tous déjà montés sur la boîte cette saison, les membres du carré d’as français ont tiré le 1 (Fanara), le 3 (Faivre), le 4 (Pinturault) et le 5 (Muffat-Jeandet). Ils ont été rejoints par le Joker, Steve Missillier, absent depuis sa blessure à Alta Badia, qui dans son malheur a eu la chance de voir 2 des 3 épreuves au programme pendant sa convalescence être annulées et reportées. S’il a manqué énormément de slaloms, un seul géant s’est déroulé au cours de ces 2 mois. A ce quintette s’ajoutaient l’ancien, Cyprien Richard (39) et le petit nouveau qui a pris ses premiers points la semaine passée lors du combiné de Chamonix, Cyprien Sarrazin (64).

La piste d’Hinterstoder, une piste naturelle taillée au milieu de la forêt, est assez longue et offre changements de pentes et autres mouvements de terrain. Desservis par des conditions météo problématiques, les organisateurs ont très bien bossée pour la préparer de façon idéale dans l’optique d’y disputer des épreuves de Coupe du monde. Le revêtement très gelé nécessitait d’avoir du bon matériel mais offrait à presque tous les concurrents des chances équivalentes. A vrai dire, la variation de la luminosité aura été le seule facteur d’iniquité. Seulement personne n’y peut rien, les nuages sont incontrôlables, ils vont et viennent au bon vouloir du vent. Malgré tout, les bons avaient vraiment l’opportunité de passer dans des 30. On a ainsi qualifié jusqu’au dossard 53. Sarrazin a ensuite touché du doigt l’exploit avec le 64 sur le ventre. Le jeune Français a terminé 34e à 2 dixièmes de la qualification (probablement en raison d’une grosse faute entre les 2 premiers intermédiaires car il était totalement dans le coup en haut et a perdu très peu de temps par rapport aux meilleurs après ce 2e point de chronométrage). C’est prometteur.

Parfois, le dossard offre un avantage considérable, c’est généralement le cas quand Fritz Dopfer en hérite, ce qui arrive très souvent. Cette fois, il aidait peu ou passe, et comme par hasard, les Français ont tiré les petits numéros. Fanara pouvait éventuellement bénéficier d’un poil plus d’accroche que les suivants, en revanche il ne disposait d’aucune info supplémentaire à propos des pièges éventuels. Obligé de prendre de gros points pour ne pas dégringoler à la WCSL suite à sa mauvaise série de résultats après sa 2e place à Sölden, il a réussi une belle manche avant de se faire piéger par une porte en aveugle derrière l’ultime mouvement de terrain. Ce changement de pente faisait sauter les skieurs, en prenant la mauvaise ligne ils se retrouvaient très loin de la porte, obligés de redresser pour passer la suivante, ce qui leur faisait perdre beaucoup de vitesse. Cette faute a été commise par énormément de monde. Elle a même éliminé Muffat-Jeandet, sorti si large qu’il a enfourché la porte extérieure dont il a explosé le piquet (il aurait fini à plus de 2"). Un sale coup pour le dauphin d’Hirscher au classement de la discipline. Ses espoirs de remporter le petit globe en ont pris un sacré coup.

Pour réussir une très bonne manche les clés étaient l’intensité, savoir garder le rythme, conserver sa vitesse sur le plat et découper la glace, en plus, bien sûr, de bien négocier le piège, ce qui permettait de reprendre entre 2 et 5 dixièmes aux meilleurs. Il a fallu attendre Stefan Luitz (10) pour en voir un négocier idéalement la porte à problèmes (en amortissant fabuleusement au lieu de sauter, ce qui lui a permis de passer beaucoup plus près de la porte sans avoir besoin de rectifier sa trajectoire). Effet immédiat, l’Allemand amateur de glace est revenu de 0"91 à 0"51 (2e) sans avoir été bon en haut. La lumière était très présente lors de son passage, moins pour les premiers partants. Leur niveau supérieur à celui de la meute leur a évité d’en souffrir outre mesure. Sans la prestation improbable de Pinturault, on aurait eu une dizaine d’hommes en 8 dixièmes pour se disputer la victoire.

Pas de chance pour lui, Pinturault s’est pointé au départ. Il a été stratosphérique. C’est le chrono qui le dit. En réalité, on n’a rien vu, hormis ses fautes assez considérables, montrées au ralenti. Le réalisateur, nullissime, s’est fait plaisir, il a voulu nous montrer sa manche filmée en intégralité depuis l’hélicoptère. Uniquement parce que la vue depuis un satellite n’était pas disponible. En Autriche, ils nous font régulièrement le coup. C’est filmé de super loin, on n’a aucune idée du relief, donc des mouvements de terrain, des changements de pente, des trous éventuels, du dévers, des fautes de carre susceptibles de survenir. C’est juste un tout petit homme qui bouge sur un fond blanc et bleu… quand il n’y a aucun arbre entre le skieur et la caméra ! Tu filmes de l’hélico, débrouilles-toi au moins pour que avoir un angle permettant de voir toute la piste ! Pendant une partie décisive, on a seulement vu la forêt. En plus, ce réalisateur est tellement intelligent qu’il nous a fait ça avec l’homme en forme, le gars qui allait claquer une perf. Dans un cas comme celui-ci, 3 options valables s’offraient à lui : soit enregistrer sa vue d’hélico et nous la passer plus tard pour les analyses de trajectoires, soit s’en servir pour un mec beaucoup moins fort dont on se fout à moitié (ou totalement), soit l’utiliser avant la course pour la reconnaissance, histoire de changer de la caméra POV de l’ouvreur de luxe. Rassurez-vous, d’autres ont aussi été frustrés, notamment quand il préférait nous montrer un Autrichien en train de se préparer ou déjà arrivé depuis un moment plutôt que le concurrent en course… Bref… Reprenons.

Le fait est que malgré une faute au niveau du 2e intermédiaire, une mauvaise trajectoire sur le dernier mouvement de terrain et un autre petit travers, il a relégué ses adversaires habituels à plus de 7 dixièmes. Outre Luitz (10) à 0"51 et Fanara (1) à 0"78, il a collé 0"87 à Hirscher (6), dont on attendait beaucoup mieux chez lui sur de la glace. Kristoffersen (2) avait mieux fini que Fanara, il pensait être en embuscade pour la victoire à 16 centièmes de ce dernier, il s’est retrouvé 5e à 0"94, devant Neureuther (8), 6e à 0"98, Faivre (3), 7e à 1"11 pour sa première dans les 7 (peu à l’aise sur le mur glacé et globalement jusqu’au 2e inter mais bien meilleur ensuite puisqu’il a réduit son retard d’environ 7 dixièmes par rapport à Fanara et de 3 centièmes par rapport au leader), et Dopfer, 8e à 1"13.

A partir du dossard 9, il y a eu de tout, tu très mauvais au très bon, voire à l’excellent (Luitz). En fonction de la lumière dont ils disposaient, de leur habileté sur la glace et de l’intensité qu’ils parvenaient à mettre dans leur ski, les performances variaient énormément. Ainsi, Roberto Nani (13) s’est placé à l’arrière du groupe des candidats crédibles au podium (11e à 1"33), puis Manfred Moelgg (23) et Filip Zubcic (22) sont venus s’intercaler juste devant lui (9 et 10e à 1"21 et 1"31). Le vétéran italien est un de ceux qui ont le plus repris de temps à Pinturault en adoptant la bonne ligne sur le dernier mouvement de terrain. Quant au Croate, il aime juste la glace. D’autres ont aussi réussi à passer sons les 2 secondes, notamment le tenant du titre, Schörghofer (15), mais aussi Janka (16), Jansrud (17) – qui a gratté plus d’une demi-seconde sur le bas – et des garçons qui s’élançaient beaucoup plus tardivement à l’image de l’Allemand Benedikt Staubitzer (42), 12e à 1"50 (aussi 5 dixièmes en bas), du Norvégien Axel William Patricksson (47) débutant en CdM grâce à ses bons résultats en Coupe d’Europe, 18e à 1"84, mais aussi Cyprien Richard (39), beau 17e à 1"77. Au bout du compte, on se retrouvait avec un homme nettement en tête, un poursuivant esseulé puis un groupe de 9 hommes débutant avec Fanara (3e à 0"78) et finissant avec Nani (11e à 1"33), dont 4 classés en seulement 2 dixièmes à moins d’une seconde du leader. Il restait du suspense, néanmoins on imaginait mal Pinturault ne pas l’emporter tant sa supériorité sautait aux yeux. Sans faute, il aura collé entre 1" et 1"½ au 2e. Je pense même être en-dessous de la vérité. Son avance s’est forgée essentiellement entre les 2 premiers intermédiaires, dans le mur et la transition.

Malgré la sortie de V.M.J., difficile de ne pas se réjouir du résultat d’ensemble de l’équipe de France : Pinturault 1er avec une grosse marge, Fanara 3e, Faivre 7e en embuscade, Richard 17e, et Missillier 30e. Le vice-champion olympique de la discipline a connu des frayeurs, il arrivait avec seulement 3 jours d’entraînement, ceci explique peut-être sa difficulté à se relancer après avoir commis la faute classique à l’entrée de la dernière section. Affamé, il a profité d’une excellente visibilité pour très bien débuter puis superbement limiter les dégâts malgré un gros décrochage dans le mur. A 1"49 au 2e inter, il partait pour un top 20, une super impression se dégageait de lui, l’intensité était au rendez-vous. Après une nouvelle frayeur, le chrono restait bon, moins de 2 secondes de retard au dernier inter. D’autres ont adopté une ligne bien pire que la sienne sur le mouvement de terrain vicieux, son défaut a été de ne pouvoir en remettre une couche à ce moment, ce qui l’a fait finir au ralenti. Déjà 25e à 2"65 après 30 passages sur 74, il était condamné à serrer les fesses. Quand Hirschbühl (53) s’est classé 29e pour 1 centième et l’a repoussé au 30e rang alors qu’il en restait une vingtaine au départ, je n’y croyais plus ! Heureusement, il est passé.

On a retrouvé en seconde manche des conditions quasi identiques à celle de la première avec une piste encore plus lustrée et une visibilité toujours très changeante. Le tracé de l’entraîneur allemand offrait toujours du virage mais aussi des parties avec pas mal de vitesse, avec beaucoup de rythme, il a placé quelques pièges dont 2 principaux, le 2nd sur l’ultime mouvement de terrain déjà décisif en première manche.

Les premiers partants ont eu beaucoup de lumière. Missillier n’en a pas profité, il a perdu énormément de temps en commettant plusieurs fautes. Son unique satisfaction du jour est d’avoir terminé dans les points pour son retour. 28e, ça rapporte très peu de points, néanmoins c’est toujours mieux que rien. Les suivants ont largement amélioré le temps de référence. 26e de la première manche à 2"28 de Pinturault, Luca De Aliprandini pouvait difficilement espérer réussir une remontée fantastique sur cette piste appelée à peu se dégrader. Pourtant, au prix d’un «gran’ gran’ numéro», il s’est installé en tête pendant une éternité. Le haut était visuellement monstrueux, le chrono l’a confirmé. Sur le bas, il a perdu un peu de temps en négociant mal le saut, il en avait gagné en première manche, peut-être y avait-il moyen de gratter une place supplémentaire. Il a tout de même fini 7e avec le meilleur temps sur le 2nd tracé. Une remontée de 19 places.

L’Italien a mis tellement d’intensité et des angles si dingues que le moindre manque d’engagement se traduisait par un éclat de 2 secondes. Ceux qui en plus ont été pénalisé par le retour des nuages ont dû assez peu apprécier leur journée ! Les chronos intermédiaires m’ont fait penser à ceux de la première manche après le passage du grand dominateur du jour, on pouvait faire mieux sur certaines le haut et en bas mais après au passage du 2e intermédiaire ça chiffrait immanquablement, comme si on avait ajouté 2 portes après le slalom géantissime d’Aliprandini. André Myhrer est le premier à avoir limité la casse, il a pris la 2e place provisoire à 0"58, ce qui lui a permis de remonter 13 places pour entrer dans le top 10. Plutôt bon en première manche sauf sur la fin, il a su cette fois tirer profit de son poids et faire parler sa puissance. Après ses podiums en slalom au Japon et au City Event, il a plutôt bien enchaîné.

Avant d’en arriver aux candidats au podium, j’étais curieux de savoir si les surprises de la première manche allaient confirmer. Patricksson (18) n’y est pas parvenu (20e), Staubitzer a fait beaucoup mieux dans la mesure où il a terminé 11e… en concédant 1"37 à De Aliprandini sur la manche. En constatant les écarts hallucinants à l’arrivée, le surprenant leader italien a dû se prendre à rêver au podium. Il ne fallait pas abuser, la crème de la discipline se trouvait encore au sommet avec une jolie marge. Sans leur faire injure, les gars à qui il mettait une bran-bran ne sont pas des foudres de guerre. Par exemple les grandes heures de Cyprien Richard sont derrière lui, et l’ancien vice-champion du monde a repris du temps en haut puis limité la casse pour passer au 2e inter avec 44 centièmes de retard (un peu moins d’une seconde perdue dans le mur), la vitesse lui manquait sur le bas, il a reculé au classement (21e). Les Schörghofer (tenant du titre) et autres Jansrud ne pouvaient rivaliser, en revanche, fort de près d’une seconde d’avance, Nani avait toutes ses chances, sa marque de fabrique étant son engagement total. Moins propre dans le mur, il a perdu beaucoup de temps mais a été le premier depuis des lustres à allumer vert au 2e intermédiaire. Etrangement, c’est ensuite qu’il a eu du mal, peut-être à cause du manque de lumière. En négociant très bien le dernier mouvement de terrain, il a pris la 2e place à 0"36 de son compatriote. Les choses sérieuses avaient enfin débuté.

Zubcic a terminé à 1"00, ils étaient 8 entassés dans cette seconde, puis 9 avec Moelgg, excellent en haut, un peu bas sous la ligne ensuite, toujours bien devant au 2e inter, 3e à 0"42 en bas. Mine de rien, avant le top 8, les Italiens occupaient les 3 premiers rangs du classement. Le podium était a priori accessible à n’importe lequel des 8 derniers à s’élancer, mais en pratique Dopfer s’est complètement raté puis Faibre est sorti en ayant galéré dès le début et particulièrement sur la glace du mur. Il avait déjà lâché 2 secondes à De Aliprandini avant de quitter le tracé. Ce zéro pointé va le renvoyer dans le 2e groupe au tirage des dossards. Dommage.

A la décharge de Faivre, les passages ont encore continué à lustrer la piste, l’accroche manquait terriblement, la visibilité en berne constituant un handicap supplémentaire. On arrivait à des garçons de top niveau disposant d’une marge d’au moins 1"30 au départ, il était temps pour la remontée fantastique du jour de prendre fin. Les 6 derniers lui sont tous passés devant. Neureuther grâce à une course plus tactique qu’engagée. L’impression d’un manque de rythme était réelle mais il a su faire jeu égal après le 2e inter, notamment en négociant bien le mouvement de terrain vicieux. En tête pour 0"21, il est rapidement passé 2e à 0"35 car Kristoffersen a su faire à peu près la même manche avec l’engagement en plus. L’avance à l’arrivée correspond exactement à ce qu’il avait repris tout en haut de la piste. Ça a fait toute la différence. Le Norvégien n’a pas pour autant été stratosphérique. A son tour, il a été relégué au 2e rang, cette fois suite à une manche réellement impressionnante, celle d’Hirscher.

Certains osent prétendre que l’Autrichien n’a pas tout donné, préférant assurer le coup pour le général. Croyez-vous vraiment qu’Hirscher, chez lui, 4e de la première manche, est susceptible de ne pas se donner à fond sur une piste glacée alors que son adversaire direct pour le gros globe vient de prendre la tête du classement, ceci sans avoir de marge au départ ? Bien sûr que non ! Hirscher avait juste envie de bouffer du Norvégien, de gagner chez lui, d’autant qu’il s’en savait capable. Les 7 centièmes d’écart à l’arrivée sont devenus 53 centièmes à l’arrivée. Enorme en haut, il a fait une démonstration d’intensité après le 2e intermédiaire, reprenant du temps grâce à une justesse extrême sur la ligne. Qui plus est, à défaut de lumière, il avait de l’accroche (en d’autres termes du super matos). Il a donné absolument tout ce qu’il pouvait donner, prenant tous les risques pour réussir le 2e temps de la manche et obtenir son corolaire, une grosse opération au général.

La mission de Fanara devenait difficile. Disposant d’une avance de départ famélique, devait-il à son tour se mettre à fond pour tenter à tout prix de battre Hirscher ou en garder juste assez pour s’assurer de prendre les gros points nécessaires pour rester dans le premier groupe à la WCSL ? Tactiquement, les 2 options méritaient d’être envisagées, il a semble-t-il rapidement fait son choix. Nettement inférieur à l’Autrichien sur le haut (28 centièmes perdus), il a repris 2 dixièmes dans le mur pour de nouveau allumer vert (-0"01). Tout s’est donc joué ensuite. Pourtant bien relâché, il n’a pu faire jeu égal avec Hirscher. Reprendre 1 dixième en bas ne suffisait pas, il a pris la 2e place à 0"13. La pérennité de la série de podiums français en géant était déjà préservée, restait à préserver celle des doublés tricolores. En effet, cette saison, quand un Français a gagné en ski alpin, il a toujours été accompagné sur la boîte par au moins un compatriote. C’est arrivé 4 fois, pourquoi pas une 5e ?

Pour être honnête, j’étais absolument persuadé de la chose, j’imaginais un craquage ou a minima une contre-performance de Luitz suivie d’un triomphe de Pinturault. L’Allemand a relativement bien limité les dégâts dans la mesure où il avait déjà tout perdu avant d’entrer dans le mur et y a commis une erreur. En perdant du temps dans chaque section il a trouvé le moyen de rester dans le top 5 (4e à 0"62 en attendant le patron).

Je suis le ski alpin depuis déjà quelques années, j’arrive assez régulièrement à comprendre ou du moins à voir quand un gars va vite ou pas. Là, je l’avoue humblement, je ne sais absolument pas comment Alexis a pu faire pour gagner la course si largement. Parti avec 0"87 de marge, il a concédé 2 dixièmes à Hirscher sur le haut. Normal dans la mesure où l’Autrichien a été exceptionnel dans cette section. Dans le mur, le Français a donné l’impression de prendre plus de marge, de faire plus de chemin. Pourtant, il est sorti avec 1"31 d’avance avant de commettre une faute rédhibitoire… Sauf pour un mutant. Il a défoncé une porte en la prenant de plein fouet, la mentonnière de son casque y est restée, il a fini avec son casque posé sur la tête mais plus accroché. Conséquence directe de cette faute, son avance était descendue à 0"38 et il risquait de manquer de vitesse pour finir. En fait, non… 79 centièmes à l’arrivée, soit encore 4 dixièmes repris à Hirscher et le 3e temps de la manche juste devant celui de Fanara, juste derrière celui d’Hirscher.

Remporter un slalom géant en Coupe du monde avec 8 dixièmes de marge malgré une énorme série de fautes qui ont coûté au moins 2 secondes au total, c’est inhumain ! Depuis le temps que je vous le dis, vous devriez le savoir, c’est un MUTANT !!!

Quelques chiffres me semblent pertinents pour mettre en relief ce résultat.
-Il s’agit de sa 4e victoire de la saison, record personnel battu.
-Ce succès est son 4e sur ses 8 derniers départs.
-Aucun Français n’avait remporté 2 géants de suite en Coupe du monde depuis 1969.
-Avec 13 victoires en Coupe du monde (32 podiums) il a dépassé Alphand (12 victoires sur 23 podiums) et s’approche de Killy (18… bon, en 2 saisons, mais avec moins de concurrence à l’époque, moins de courses aussi, et en comptant les 3 titres olympiques, donc la comparaison est farfelue, je le reconnais).
-Le ski alpin masculin français en est à 18 podiums cette saison, un record depuis des temps trop lointains pour que mes recherches aillent trouver mieux.
-L’équipe de France en est à 5 doublés (dont un triplé cette saison), autant que lors des 5 dernières saisons réunies.

Je reprends les classements.
Celui de la course : Pinturault vainqueur, Hirscher à 0"79, Fanara à 0"92 (qui a ainsi sauvé sa place dans le top 7 à la WCSL), Kristoffersen 4e à 1"32, puis Luitz et Neureuther à 1"41 et 1"67, puis le trio Italien De Aliprandini, Nani et Moelgg entre 1"88 et 2"30, Myhrer 10e à 2"46, Richard 21e, Missillier 28e.
Celui de la discipline : Hirscher a Alexis comme nouveau dauphin, il a 151pts d’avance à 4 courses de la fin, et compte tenu de la forme de son premier poursuivant, mieux vaudrait pour lui rester systématiquement sur le podium, s’il devait sortir ne serait-ce qu’une fois, tout pourrait être relancé. Victor est 3e à 184pts, Kristoffersen 4e à 190, pour eux la dynamique est nettement moins bonne, c’est a priori cuit.
Le général : Hirscher a désormais 203pts d’avance sur Kristoffersen, il aura sans doute plus de marge à l’issue du super-G, le Norvégien n’y participant pas. Pintu est 5e à un peu moins de 300pts de ce dernier, à 102pts de Jansrud et à moins de 200pts de Svindal, qu’il va certainement doubler. Autrement dit, il peut clairement jouer la 3e place, un exploit après son mois de décembre cauchemardesque.

Vivement dimanche pour remettre ça ! Mais comme entre vendredi et dimanche il y a une belle course samedi, vivement samedi !



Les vidéos sont aussi sur Vimeo :
-première manche partie 1, partie 2 et partie 3 ;
-seconde manche partie 1, partie 2 et partie 3.