Par rapport au premier géant organisé vendredi sur cette même piste d’Hinterstoder, presque tout a changé. Pas seulement le tracé, plus tournant et donc plus lent, sur lequel il était aisé de tomber dans un faux rythme, mais surtout les conditions de course. Notamment la visibilité car l’alternance de soleil et de nuages a laissé place au jour blanc (a priori le même pour tout le monde). Le revêtement s’est complètement transformé. Adieu la glace, sauf dans certaines parties où il restait des plaques. Les organisateurs ont dû saler pour essayer de sauver le coup car le neige était devenue beaucoup plus humide, elle roulait sous les skis, l’accroche n’avait plus rien à voir. Des rails et des trous allaient forcément se former et rendre la vie très difficile aux porteurs de gros dossards. Les 3 à 5 derniers qualifiés allaient ensuite avoir l’opportunité d’effectuer une grosse remontée en seconde manche en profitant de la dégradation attendue. Mathieu Faivre avait intégré le top 7 à la WCSL pour le premier géant, il en est sorti en sortant et a bien sûr hérité d’un tirage au sort dégueulasse : dossard 14 (il tirait au sort de 8 à 15). Les 3 Français toujours parmi les 7 premiers ont hérité du 1 (Victor Muffat-Jeandet), du 3 (Alexis Pinturault) et du 5 (Thomas Fanara).

Sorti vendredi, VMJ n’a pas réussi une très bonne manche, il commence à être dans le dur physiquement et sur cette manche très longue (une 1’20 pour les meilleurs), ça s’est ressenti. Roberto Nani (2) allait d’ailleurs beaucoup plus vite que lui aux 2 premiers intermédiaires – malgré plusieurs fautes – avant de prendre son envol de façon non contrôlée. Belle gamelle qui va le faire ressortir du top 7 à la WCSL ! Dans la foulée, Pintu a rappelé à tous ce qu’il est depuis quelques temps : le patron. 1"33 de moins que son coéquipier. Pourtant, il a mis un peu de temps à trouver son rythme puis à faire la différence. Preuve en est qu’il n’a réalisé que le 5e temps au 1er inter et était encore devancé par Henrik Kristoffersen (4) au 2e. En réalité le Norvégien a pris un peu d’avance en bas puis a perdu du temps tout du long pour fini à 55 centièmes. Ensuite, ça s’est empilé entre la demi-seconde et la seconde de retard. D’abord Thomas Fanara (5), le plus rapide en haut mais à 0"82 à l’arrivée, puis Felix Neureuther (6) qui a fait un peu mieux que jeu égal sur les 45 dernières secondes (de 0"50 à 0"47). On pouvait imaginer une grosse manche de Marcel Hirscher (7) devant son public, il a encore été en-dessous, 4e à 0"56. Bien sûr, il n’y avait pas péril en la demeure, mais Pintu n’a même pas eu besoin de réussir une perf stratosphérique pour lui mettre cet éclat, il lui a suffi d’être solide. L’Autrichien a concédé près de 9 dixièmes par rapport à la manche idéale[1]. Il s’agissait de sa 4e épreuve de la semaine, on est en fin de saison, les jambes ne répondent plus aussi bien.

Après ce groupe des cadors, Stephan Luitz (8) a trouvé le moyen d’être une nouvelle fois performant malgré la dégradation de la piste qui commençait à se ressentir. L’Allemand s’est classé dans le bon paquet, 5e à 0"77. A partir du dossard 9, le tarif minimum est devenu 1"82, exception faire de Mathieu Faivre (14), probablement énervé par son raté de vendredi car il a fait jeu égal en haut avec le leader, puis a continué à mettre beaucoup d’activité. Malheureusement pour lui l’état de la piste rendait sa tâche très difficile, garder son rythme était impossible. Se classer 8e à seulement 1"51 équivalait sans doute à accrocher un top 3 quelques minutes plus tôt.

Résumons : après VMJ, auteur d’une manche très moyenne malgré le 1, les dossards 2 à 8 ont fini en 82 centièmes – quand ils ont fini – avec Pintu comme chef de file. Auteur d’une manche solide bien qu’en-dessous de ses capacités, le boss a relégué le 2e à 0"47, la victoire lui était déjà promise, les 5 autres, seulement candidats au podium, se tenaient en 35 centièmes. Ensuite le 9 s’est raté avant une nouvelle série, les dossards 10 à 15 ont terminé entre 1" ½ et 2" (le meilleur étant Faivre). A partir du 16, le retard de 2" est devenu le minimum syndical… pour ceux qui terminaient.

Parmi les concurrents à suite, Luca De Aliprandini (24) a terminé à 2"69, s’offrant probablement l’opportunité de tenter une nouvelle remontée fantastique comme celle de vendredi. Riccardo Tonetti (25) a presque réalisé un exploit en se classant 15e à seulement 2"22.

Steve Missillier (30) avait besoin d’une nouvelle qualification pour commencer à remonter dans la liste de départ. Il a fait du propre, skiant dans les chronos des gars avant lui. Le relâchement c’est bien, mais il s’est endormi sur le bas, 3"20 de retard à l’arrivée, 25e provisoire et de nouvelles frayeurs à la clé. 30e vendredi, il risquait encore de flirter avec la non-qualification. La perte de temps sur le bas est le point commun de ces 2 premières manches. Il est probable que son manque d’entrainement en soit la cause. De retour sur les pistes depuis seulement quelques jours suite à sa blessure, il manquait d’explosivité et de caisse, surtout pour un géant de 1’23 avec si peu de rythme. Finalement, pas de souci, après le dossard 27 personne n’a fini sous les 3 secondes. Seul Loïc Meillard lui a fait perdre une place (le prodige suisse annoncé a obtenu sa première qualification pour une 2nde manche en 8 départs). 26e, c’est plutôt correct. Après les 30 on a vu Vincent Kriechmayr, Aleksander Aamodt Kilde (qui se serait qualifié sans frayeur en évitant une faute sur le bas, il a fini à 3"38… finalement suffisant pour passer) et même Paris !

Très bien qualifié vendredi, Cyprien Richard (42) a cette fois échoué à 4"26, la piste glacée lui convenait beaucoup mieux. Cyprien Sarrazin (66) est sorti. Et encore une fois, Hirschbühl est parvenu à décrocher une qualification avec un dossard impossible (57), il a pris la 30e place à 3"47.

A l’issue de cette première manche, "Pinturbo" trônait largement en tête, Fanara, Muffat-Jeandet et Faivre se suivaient au classement (6, 7 et 8e), seul le 3e de vendredi étant réellement en embuscade à la dernière position du quintette de candidats au podium. 26e, Missillier pouvait espérer une belle remontée en réussissant une grosse seconde manche sur une piste en bien meilleur état.

La 2nde manche, tracée par l’entraîneur français, était très tournante, très piégeuse. Elle promettait d’être longue et très lente. Dans ces conditions printanières il a fallu énormément saler et arroser pour essayer de compacter cette neige censée encore plus se dégrader qu’en première manche. Les premiers avaient un vrai coup à jouer pour une remontée.

Vainqueur du super-G sur cette piste samedi, Kilde a passé la ligne, ses premiers points en géant. C’était interminable, le physique des concurrents était hyper sollicité, pour espérer briller, il fallait avoir beaucoup de caisse et ne pas se laisser endormir par le rythme presque lénifiant. Ceux qui disputaient leur 5e manche en 3 jours pouvaient souffrir. Hirscher ayant semblé très fatigué après le super-G et après avoir bouclé le premier tracé, peut-être pouvait-il craquer. OK, là, je rêvais.

Steve Missillier partait avec seulement 18 centièmes de marge, et pour le coup, la caisse, il ne l’a pas trop en ce moment. En prenant trop de marge, il a eu tendance à perdre du temps, l’énergie manquait pour rivaliser avec le Norvégien, il a pris la dernière place des classés à 0"88 de Kilde, qui sera resté en tête un moment.

Si Feller avait pris la 2e place à 0"15 juste après le passage de Kilde, le suivant à s’en approcher a été Zubcic, nouveau 2e à 0"05. De Aliprandini espérait refait le coup de la remontée de vendredi, il a certes pris la tête, mais pour seulement 3 centièmes. Il en avait 69 de marge au départ et 89 au 2e inter. 21e de la première manche, l’Italien n’allait pas gagner beaucoup de places. Dans la foulée, Leif Kristian Haugen a largement pris la tête en s’étant pourtant manqué dans le mur, il y a perdu beaucoup de temps, passant à plus d’une demi-seconde au 2e inter avant de finir très sort là où De Aliprandini a couiné. Il lui a repris 85 centièmes sur les 2 dernières sections, ce qui a fait de lui le 3e leader depuis le début de la manche (-0"33).

Pendant toute cette partie de la course les écarts au départ étaient très limités, favorisant ainsi la remontée du trio Haugen-De Aliprandini-Kilde. En revanche le retard par rapport aux candidats au podium était considérable.

Un nouveau changement de leader s’est produit au retour du premier TV break, Riccardo Tonetti (-0"39) n’a toutefois pas tenu en tête bien longtemps, Carlo Janka (-0"34) l’ayant fait rétrograder sans lui laisser le temps de poser ses affaires dans le kiss and cry. Le Suisse a réalisé le 2e temps – provisoire – de la manche, preuve que finalement la piste tenait plutôt bien. Florian Eisath a ensuite échoué à 6 centièmes malgré une perf très correcte. Les suivants, Jitloff et Dopfer ont complètement craqué. Schörghofer, vainqueur en 2011, concluait le groupe des garçons trop loin pour espérer, il a terminé à une demi-seconde de Janka.

Il en restait 8 à commencer par 3 Français, ceux-ci disposant tous d’une belle marge pour s’installer en tête du classement. Le tracé de leur entraîneur devait en principe les aider à claquer une perf.

Mathieu Faivre (-0.54) a repris beaucoup de temps sur le haut, il est passé avec 8 dixièmes d’avance à la sortie du mur. Moins fort que Janka sur le plat, il a tout de même pris la tête pour 32 centièmes. Une très bonne nouvelle, notamment en vue de Kranjska Gora où il sera de nouveau dans groupe des meilleurs au tirage au sort des dossards. Victor Muffat-Jeandet (-0"18) devait se racheter de cette première manche médiocre. Beaucoup trop large, pas assez agressif, il a vite perdu du temps, en particulier dans le mur. Il y a commis une erreur et en est sorti à 1"01. Finissant à 1"28 de son coéquipier, il s’est classé seulement 7e, donc certainement hors top 10 au bout du compte. On enchaînait avec Thomas Fanara (-0"69), le premier du groupe des garçons pouvant réellement espérer le podium. Il rêvait d’y remonter après y avoir goûté vendredi. Bon en haut, il a été nettement moins efficace dans le mur, ça tapait pas mal. -0.24 au 2e inter, passé 2e à 0"15 au 3e, il a fait jeu égal en bas. Toujours 2e, toujours à 0"15. Ça reste un résultat très positif, l’attitude était bonne, l’attaque n’a pas totalement payé.

2 Français dans les 7, peut-être 3, le bilan allait être une nouvelle fois satisfaisant, mais on espérait mieux, au moins un podium et pour être franc, on attendait une victoire. Luitz n’est pas venu contrarier les plans français, -0.74 au départ, +0.59 à l’arrivée, il n’a jamais été dans le coup. Sur le papier Hirscher (-0.95) avait sans doute trop d’avance pour ne pas faire reculer les Français d’un rang. Restait à le prouver en pratique. Un dixième gagné en haut, 3 perdus dans le mur, 42 centièmes repris ensuite, une fin de manche un peu moins bonne… il a relégué Faivre à 0"97. En réalité, il n’a repris que 2 centièmes au Niçois, la manche de l’Autrichien n’était vraiment pas parfaite, corroborant la théorie du manque de fraîcheur physique. Kristoffersen (-0.01) a d’ailleurs fait jeu égal ou été meilleur sur toutes les sections, sauf dans la 3e, ce qui lui a coûté la première place : 2e à 0"12…

Il en restait 2, Neureuther et Pinturault. L’Allemand disposait d’une maigre avance de 9 centièmes, elle a complètement disparu avec une mise en action trop molle. Rapidement relégué à 6 dixièmes, il lui fallait absolument en remettre pour espérer au moins le podium provisoire, mais non, il a continué à perdre du temps. Résultat, 5e à 1"20. Par conséquent, la série de podiums français en géant allait forcément se poursuivre, mais on espérait surtout qu’une autre série s’allonge, celles des succès dans la discipline du leader du ski alpin français. Ses 56 centièmes de marge au départ ont perdu 6 des leurs sur le haut malgré un engagement déjà très élevé. Le petit décrochage dans le mur était probablement une faute de vitesse car il en est sorti avec de plus en plus d’avance (-0"64). Sincèrement, si quelqu’un s’imaginait à ce moment qu’il ne remporte pas la course, présentez-moi cette personne ! Perso, je ne me faisais aucun souci, la sérénité était de mise tant il contrôlait son sujet. C’était de mieux en mieux, 0"77 d’avance au dernier inter. Kristoffersen avait repris un peu de temps à Hirscher en bas, Pintu lui a mis une énorme claque, il a détruit la concurrence en envoyant un message : -1"14 ! Meilleur temps des 2 manches malgré la dégradation de la piste… En gros, ça signifie «je suis le patron, si vous voulez me battre, il faudra vous sortir les tripes !» Il a réalisé le doublé à Hinterstoder dans des conditions totalement différentes, c’est comme s’il avait enchaîné 3 succès sur 3 sites différents, peu importent la qualité de la neige, la visibilité, il est bon partout et en toutes circonstances. On dirait Ligety il y a 2 ou 3 saisons. Hirscher a trouvé son maître !

Le classement est donc le suivant : Alexski Pinturbo très large de vainqueur devant Hirscher et Kristoffersen qui se tiennent en 12 centièmes, suivent Faivre 4e et Fanara 5e à respectivement 0"85 et 1"00 du podium donc sans regret, Neureuther 6e, Janka 7e, Eisath 8e, Luitz 9e, Tonetti 10e, Muffat-Jeandet 13e, De Aliprandini 15e, Kilde 16e (ses premiers points en géant), Missillier 26e.

Le tracé de l’entraineur français n’a pas forcément favorisé ses athlètes, même si Pintu a réussi le meilleur temps (il l’aurait probablement claqué sur n’importe quel tracé) et si 2 de ses coéquipiers complètent le top 5, car sur la manche ils sont 9e (Faivre), 16e (Missillier), 18e (Fanara) et 28e (Muffat-Jeandet). Néanmoins, dès la semaine prochaine à Kranjska Gora, on retrouvera nos 4 mousquetaires du géant parmi les 7 premiers à s’élancer sur le tracé du matin car la perf de Faivre et la sortie de Nani nous remettent les 4 dans le top 7 à la WCSL (en réalité top 8 moins Ligety). Ils devraient y rester au moins pour les 3 dernières épreuves de la saison, de quoi poursuive cette magnifique série de podiums tricolores dans la discipline, elle a débuté en Slovénie la saison passée avec une victoire… d’Alexis Pinturault.

Ce qu’il a réussi est fort. Très fort. A fortiori lors d’une manche excessivement longue (1’23 est la durée de certains super-G) sur une piste défoncée. Ce succès est son 5e de la saison, le 3e consécutif en géant, le tout obtenu lors de ses 10 derniers départs en CdM. Pour la première fois, l’équipe de France ne réalise pas un doublé, Hirscher – qui n’a jamais gagné à Hinterstoder mais peut se consoler avec 3 podiums en 3 jours – et Kristoffersen nous ont privés de ce double plaisir. On ne pleurera pas. Surtout que la série de victoires pourrait bien se prolonger, je le verrais bien égaler Jean-Noël Augert avec 15 victoires en Coupe du monde dès vendredi. Il en est à 14, ce serait sympa d’égaler les 18 de Killy dès Sölden en octobre prochain… Ou avant s’il veut aussi remporter un slalom et/ou un super-G ! Il semble bien avoir trouvé le déclic et les bons réglages avec son matériel pour exploiter durablement et de façon constante tout son potentiel. Quand on le voit 2e au classement de la discipline à seulement 131pts d’Hirscher malgré l’accident à Beaver Creek et le forfait à Val d’Isère à cause de sa commotion cérébrale, quand on le voit au 5e rang au général à seulement 8 points de Jansrud et 56 de Svindal (en principe il finira 3e), on peut réellement regretter sa poisse du début de saison.

  • Combiné alpin féminin de Soldeu.

Persévérance. Ce mot résume la vertu grâce à laquelle Anne-Sophie Barthet est montée sur son premier podium de Coupe du monde quelques jours après son 28e anniversaire. Des galères, elle en a eu. Beaucoup de choses auraient pu la dégoûter du ski alpin, qu’il s’agisse de blessures, de soucis relationnels avec l’ancien staff, ou tout simplement du manque de résultats. Présente depuis fin 2005 sur le grand circuit, elle comptait seulement 6 top 10 dont 2 cette saison en slalom (10e à Aspen et 9e à Santa Carterina). 6e à 2 reprises (en 2009 et en 2013), elle ne parvenait pas à concrétiser ce qu’elle produisait à l’entraînement. Pour la voir obtenir la récompense de ses efforts, il aura fallu attendre ce 28 février et une des très rares étapes organisées dans les Pyrénées où la Toulousaine a découvert le ski avant de partir pour Courchevel en 2003.

On le savait, ce combiné pouvait sourire aux Françaises, elles étaient 4 au départ avec des profils différents. Anne-Sophie Barthet est une slalomeuse qui vise aussi très ouvertement les combinés et s’entraîne en conséquence. Romane Miradoli est une adepte de la discipline, elle est habituée aux podiums en Coupe d’Europe, est vice-championne du monde juniors en 2015, y a pris des premiers points en CdM et y a obtenu son premier top 10 à Bansko l’an dernier. Tessa Worley est une pure géantiste qui pendant des années tentait de se diversifier en pratiquant le slalom mais a décidé depuis de s’orienter vers la vitesse, ses résultats sont en progression. Enfin, Margot Bailet est une spécialiste de vitesse qui passe bien les piquets, elle a d’ailleurs plusieurs fois approché de la boîte récemment en combiné alpin.

Il s’agissait cette fois d’un format super-G + slalom et non descente, la combinaison la plus favorable possible pour Romane et Tessa, la moins défavorable pour Anne-So. Margot Bailet aurait forcément préféré une descente, ne serait-ce que pour éliminer des slalomeuses, plus nombreuses que d’habitude à s’inscrire. Ceci dit, compte tenu de sa méforme actuelle, elle n’aurait probablement pu claquer un gros résultat, le format SG+SL était donc une excellente nouvelle pour l’équipe de France. Il est même devenu extrêmement avantageux pour la Toulousaine car le super-G a été raccourci comme la veille, ceci à cause de nouvelles chutes de neige au cours de la nuit. Il a fallu retarder le départ d’une heure puis d’une demi-heure supplémentaire. Il a débuté à midi, ce qui est très tard pour lancer un combiné.

Disputée dans des conditions très acceptables car le vent a chassé les nuages (la fenêtre météo de midi était la bonne), la première manche a repris grosso modo le tracé déjà assez technique du super-G tronqué de samedi (tracé de l’entraîneur slovène). On ne l’a pas allongé, d’où moins de 58" de course pour les plus rapides et à peine plus de 57" pour LA plus rapide (sans la neige fraiche qui colle sous les skis et ralentit la trace, ça va tout de suite plus vite). Avec une manche de vitesse si courte et si technique, l’avantage offert aux slalomeuses était considérable, elles devaient en profité. L’important pour ces dernières était d’entrer dans le top 30 et si possible en fin de top 30 pour s’élancer sur une piste de slalom en super état permettant de claquer la grosse perf susceptible de les porter jusqu’au podium.

A l’évidence, Anne-Sophie Barthet (3) avait un réel coup à jouer. Adoptant de très bonnes attitudes, elle a bien skié, faisant même mieux que limiter la casse par rapport à Cook et Puchner, des spécialistes de vitesse, partie avant elle (2e à 0"28 derrière Cook). Toutefois, la piste risquait de s’accélérer et on était encore loin des meilleurs temps de vendredi. Bonne dans des conditions improbables la veille, Tessa Worley (6) a confirmé en prenant la tête à la sortie de la portion technique puis à l’arrivée (-0"11) malgré un haut de parcours très perfectible où beaucoup lui ont mis 2 dixièmes. Il restait donc pas mal de marge pour les meilleures spécialistes. Excellente samedi avec un très gros dossard, sur le podium du slalom de Crans Montana il y a une dizaine de jours, Marie-Michèle Gagnon (8) faisait figure de favorite de l’épreuve, elle a pris la tête pour 1 centième. Comme prévu, il allait falloir compter sur elle sur le podium.

Etrangement, Cornelia Hütter (9) s’est complètement manquée (0"92). Wendy Holdener (10) s’en est beaucoup mieux tirée, seulement 26 centièmes plus lente que Gagnon avec un slalom derrière, ça sentait aussi très bon pour elle, particulièrement en forme cette saison dans cette discipline. Bien sûr, elle a reculé quand Johanna Schnarf (11) a retranché 4 gros dixièmes au meilleur chrono (elle allait toutefois vite les perdre entre les piquets). Laurenne Ross (12) est allée encore beaucoup plus vite, -0"29 (malgré une petite faute en bas)… Ça s’accélérait fortement peut-être grâce à la piste, sans doute surtout parce que Ross, 2e la veille, est actuellement en grande forme et en pleine confiance.

Après la perf assez décevant d’Elena Curtoni (13), seulement 6e à 0"83, c’était au tour de Romane Miradoli (15), qui restait sur 2 top 8 en super-G. Déjà à 0"23 au 1er inter puis à 0"87 au 2nd en ayant pris un virage un peu large, elle a confirmé ses dernières performances en finissant très fort, 3e à 0"68, soit un gros retour sur le bas, 2 dixièmes repris à Ross. Ça annonçait de belles choses en 2nde manche, même s’il restait du très beau monde dans l’aire de départ.

Si Marusa Ferk (16) a explosé en vol, Lara Gut (17) espérait exploser les chronos. Sachant qu’il lui serait presque impossible de résister au retour des slalomeuses, ce petit super-G technique ne permettant pas de leur mettre 2 secondes avant la 2nde manche, la Suissesse se devait au moins de rester au contact de Lindsey Vonn, son adversaire directe dans la quête du gros globe. Reléguée à 0"64 au 2nde inter, la Suissesse a terminé en boulet de canon, se classant 2e à seulement 0"17. Outch ! Première victime de la partie mascarade de la course de veille, elle s’est énervée, mais un peu tard, elle aurait pu faire beaucoup mieux, et même dû faire beaucoup mieux si elle ambitionnait un podium, déjà quasiment hors d’atteinte. Le caractère extrêmement serré du classement n’a cessé de se renforcer. Ragnhild Mowinkel (18) a fait à peu près comme Miradoli en perdant un peu moins au milieu, ce qui la plaçait à 0"56 de Ross. Francesca Marsaglia (19) s’est jointe à la fête 1 centième derrière la Norvégienne.

On attendait Lindsey Vonn (20), dont la présence au départ interpelait. Elle a décidé d’honorer son dossard de façon totalement inconscience. C’est stupide : quand tu as un trait de fracture dans le genou après une chute la veille, a fortiori si tu as un gros globe à jouer, pourquoi prendre le risque d’aller disputer une manche de slalom, discipline qui sollicite énormément les genoux et pour laquelle tu n’es même pas entraînée ? Quelques heures après un drainage du liquide qui lui gonflait le genou (dont elle a publié la vidéo sur les réseaux sociaux histoire de montrer qu’elle n’avait pas simulé samedi, certains l’accusaient d’avoir fait semblant d’être blessé afin de se dédouaner de sa faute et de dramatiser l’affaire), ce combiné alpin risquait de l’achever. Le forfait s’imposait, elle avait beaucoup trop à perdre et finalement très peu à gagner. Au mieux, compte tenu des circonstances, elle pouvait espérer au mieux un petit top 10, soit 20 à 30pts. Au pire, elle pouvait y laisser son genou et toutes ses chances de disputer jusqu’au bout le petit globe de super-G et surtout le classement général. En faisant l’impasse, elle risquait au pire de voir Lara Gut lui reprendre 30 à 40pts, ce qui n’aurait rien compromis.

La star américaine a donc pris le départ. Ça s’est très bien passé lors du super-G, elle était à en retard sur le haut (3e à 0"36 au 2nd inter) puis a fini encore plus fort que la Suissesse pour prendre la tête avec une marge assez conséquente sur une manche de 57"… mais très insuffisante avec un slalom à suivre. 0"26 de mieux que Ross, 0"43 devant Gut, entre 9 et 13 dixièmes par rapport à des filles comme Gagnon, Holdener ou Barthet, ça ne pouvait absolument pas passer. En revanche, par rapport à Michaela Kirchgasser (21), généralement sur le podium ou tout près en combiné, ça pouvait peut-être tenir. L’Autrichienne s’est plombée en lâchant 1"84. Le groupe se terminait avec la manche de Margot Bailet (22), auteur du meilleur temps sur la première partie (-0"22) mais qui n’a su tenir le rythme. 13e provisoire à 1"17, c’était foutu pour elle, le slalom allait seulement lui permettre de limiter la casse.

Il restait encore pas mal de spécialistes de la vitesse mais aussi de très bonnes slalomeuses, dont Michaela Shiffrin, capable remporter cette course à condition de ne pas être reléguée trop loin et d’avoir un slalom un peu plus sélectif que d’habitude en combiné.

Denise Feierabend (23) a limité la casse avant le slalom (1"13), puis Patrizia Dorsch (24) et Ikla Stuhec (25) sont entrées dans le top 10 en finissant à respectivement 0"94 et 0"41 de Vonn. La Slovène était même sur le podium provisoire avant les perfs de Kajsa Kling (30), 2e à 0"26, de Federica Brignone (31), vainqueur surprise et opportuniste la veille, cette fois à 0"55 (6e) dans des conditions régulières. Shiffrin (33) s’est élancée juste après la sortie de piste de Rebensburg (32). La jeune Américaine a lâché trop de temps pour espérer quelque-chose, à moins d’être réellement stratosphérique en slalom… ce dont elle est coutumière. L’écart (1"93) était moins un obstacle que le fait de sortir des 30 et de devoir s’élancer sur une piste dégradée. Rahel Kopp (35) a fait beaucoup mieux, 1"19, elle a remporté un combiné fin janvier en Coupe d’Europe en battant notamment Romane Miradoli. Brignone n’est la dernière à être passée sur la seconde, certaines ont d’abord pu s’en approcher à l’image de Rosina Schneeberger (36), une Autrichienne inconnue (14e à 1"05) ou encore de Sofia Goggia (17e à 1"09), puis Candace Crawford (0"91), une Canadienne très polyvalente, s’est installée au 10e rang.

Stéphanie Brunner (19e à 1"12) est la dernière fille être entrée dans le top 30. Cette jeune Autrichienne très performante en Coupe d’Europe portait le dossard 45 et disposait seulement de 90 minutes avant de prendre le départ du slalom si celui-ci était lancé à l’heure prévue.

Récapitulons : au final, Vonn a mis 0"26 à Ross et Kling, 41 centièmes à Stuhec, 43 à Gut, 55 à Birgnone et Schnarf, 82 à Mowinckel, 83 à Marsaglia, 91 à Crawford (en principe la première à avoir un vrai bon niveau en slalom), 94 à Dorsch et Miradoli (11e ex-aequo), 96 à Gagnon (favorite à condition d’avoir une manche de slalom suffisamment sélective), et 97 à Worley, 14e et dernière à moins d’une seconde de Vonn. Margot Bailet (22e à 1"17) étant derrière des filles comme Gagnon et Feierabend (20e à 1"13), juste devant Holdener (25e à 1"22) ou même Barthet (27e ex-aequo à 1"36), elle pouvait difficilement ambitionner le top 5 acquis lors de ses 2 derniers combinés alpins.

Pour la plupart, les véritables slalomeuses ont terminé hors du top 30 et à plus de 1"80, je pense notamment à Préfontaine, Kirchgasser et Shiffrin. En principe, c’est rédhibitoire.

L’entraîneur italien a piqueté une véritable manche de slalom, pas hyper tournante, plutôt facile, mais avec quelques figures et changements de rythme. Ça pouvait éventuellement convenir aux filles comme Gut qui en s’y attelant réellement pourraient gratter des qualifications en slalom. La neige a commencé à tomber après les passages des 2 ou 3 premières filles.

Partie très tôt donc sur une piste en bon état, Anne-So Barthet a commis une faute très tôt, la pente lui a permis de ne pas perdre grand-chose et de quand même faire une très grosse différence : -1"79. Très soutenue dans les Pyrénées, la Toulousaine a su prendre sa chance. Elle n’était désormais plus maîtresse de son destin. Elle en devenait spectatrice. Vainqueur du slalom parallèle mardi dernier, Wendy Holdener partait avec 0"14 de marge, elle a repris peu de temps en haut, en a ensuite beaucoup perdu en restant dans le vert puis a très bien fini, -0"41. Tout sauf surprenant. Il se mettait à tomber des pizzas, pas encore en très grande quantité, néanmoins la visibilité en pâtissait et la piste risquait de se ralentir. La 2e Française, Margot Bailet, a enfourché au bout de quelques portes, probablement perturbée par cette neige humide qui tombait de plus en plus fort. D’autres qu’elle sont sorties. Denise Feierabend (-0.09) s’est préparée en vitesse pour être performante en slalom, sa spécialité naturelle, ça n’a pas fonctionné du tout. Bénéficiant de très peu de marge, les suivantes échouaient les unes après les autres. Et pas qu’un peu ! Il était toutefois beaucoup trop tôt pour réellement croire au podium.

Malgré la météo, on a envoyé le TV break, de quoi ralentir encore la piste. Tessa s’élançait avec seulement 25 centièmes de marge, elle ne fait plus tellement de slalom, et ça s’est vu, elle est vite passée derrière et a fini 6e provisoire à 1"92 d’Holdener. Marie-Michèle Gagnon pouvait espérer mieux. Elle a repris du temps en haut, faisant passer son avance de 26 à 48 centièmes, puis à 7 dixièmes. La Canadienne a pris la tête pour 0"20 (2e temps de la manche) malgré quelques blocages dans la dernière section. Déjà vainqueur d’un combiné (son seul succès en carrière), la Québécoise pouvait espérer l’emporter. Romane Miradoli (-0"02) n’avait aucune chance de rivaliser avec une pure slalomeuse, il lui fallait résister au mieux. Avec le neige et du vent de face, c’était difficile. Elle s’est bien battue, 5e à 1"46, top 10. Ne cherchez pas ailleurs l’avenir du ski alpin féminin français !

Anne-So Barthet était toujours sur la boîte avant le top 10 de la première manche. Pouvait-elle y rester ? Pas sûr. Crawford a fini à 1"77 à cause d’un gros blocage et Marsaglia a enfourché au bout de 5 secondes, puis, suite à la nouvelle pause publicitaire, Mowinckel a galéré. La donne avait pourtant totalement changé, il ne neigeait quasiment plus, un coin de ciel bleu est réapparu, offrant aux dernières concurrentes et probablement aux filles hors top 30 des conditions plus enviables. Schnarf n’a pas su en profiter, en revanche Brignone (-0.41) avait une véritable chance de monter au moins sur le podium. Fort heureusement, il lui en a manqué un peu, 18 centièmes, elle s’est en effet classée 4e à 0"79. Anne-So restait sur le podium. Elle avait plus que jamais le droit de rêver car ça ne coûte rien, la FIS ne met pas encore d’amende aux filles qui rêvent de voir des années de travail se concrétiser.

Partie avec 53 centièmes d’avance, Lara Gut a très bien limité sur le haut, elle était à 0"29 au 2nd intermédiaire avant de se laisser embarquer et de sortir… Une très mauvaise opération au général, elle aurait sans doute dû bétonner, ne serait-ce que pour se rapprocher du petit globe de la spécialité. Stuhec m’inquiétait, avec 0"55 de marge elle semblait capable de chasser Anne-So du podium mais s’est manquée. Ça devenait intéressant… Ross (-0"70) ne pouvait pas tenir, elle y est allée uniquement à l’envie, elle n’a pas le niveau technique requis. Sans surprise, elle a fini par sortir. Kling (-0"70) a adopté sur une rythme de limace surgelée, elle a vite été reléguée en fond de classement. Que pouvait faire Vonn et son genou abîmé ? Gros point d’interrogation. Elle avait plutôt intérêt à bétonner, avec 96 centièmes de marge et suite à l’élimination de sa concurrente, c’était la meilleure chose à faire. Pas du tout à l’aise, elle a fait ce qu’elle a pu histoire d’arriver en bas. 12e provisoire à 1"93 mais pas complètement dégoûtée…

Anne-So n’était pas à l’abri d’une manche stratosphérique de Shiffrin, qu’elle devançait tout de même de quasiment 6 dixièmes. Présentée sur le podium provisoire après l’arrivée de Vonn, la Toulousaine de Courchevel ne parvenait pas à retenir ses larmes. Un retournement de situation aurait déchiré le cœur de toutes les filles de l’équipe. Le mien aussi. Elle a tellement galéré, n’a rien lâché pour en arriver là à 28 ans (depuis mardi). Elle réussit la meilleure saison de sa carrière en slalom et a déjà largement battu son record de points lors d’une saison de Coupe du monde. Il était hors de question qu’une fille vienne la priver de sa récompense ! Restait donc à attendre en serrant les fesses tout en croisant les doigts et en touchant du bois… Préfontaine a perdu beaucoup de temps tout en remontant des places, Kirchgasser aussi. En réalité seule Shiffrin m’inquiétait, même avec beaucoup de retard et une piste dégradée. Fort heureusement, elle a aussi perdu du temps, même si elle est remontée du 39e au 8e rang à 1"57. Dès lors, le classement était figé. Plus besoin de retenir sa joie.

Le combiné alpin est aussi appréciable parce qu’il apporte une certaine fraîcheur, on y voit briller des jeunes et des filles qui y trouvent l’opportunité de se révéler à l’image de Kopp, Miradoli, Brunner et Crawford (respectivement 5, 6, 7 et 9e), mais aussi celles choisissent la voie de la polyvalence plutôt que celle de la spécialisation. Ça demande du courage pour les pures techniciennes et un véritable effort pour les filles venues des disciplines de vitesse. Sans parler de son incidence sur le classement général, censé sacrer la meilleure skieuse de la saison. Dans cette optique, il devrait y avoir plus de combiné, on en annulé un des 4 au programme cette saison, ça en laisse seulement 3 pour attribuer un petit globe, c’est dommage. Mais du coup la baston s’annonce exceptionnelle à Lenzerheide : 13e, Vonn a pris 20 points, 20 de plus que Gut, ça lui en fait 28 d’avance au général, mais au classement de la discipline Vonn, Gut et Gagnon partagent la 1ère place avec 100 points chacune, Holdener en a 97, Kirchgasser 73 et Barthet 60. Avec de nouveau un format SG+SL, ça s’annonce de nouveau très ouvert et passionnant. A fortiori si nos Françaises s’invitent de nouveau à la fête.

Anne-So Barthet 3e derrière Marie-Michèle Gagnon et Wendy Holdener, c’est beau, très beau, c’est même carrément fabuleux ! Romane Miradoli 6e derrière Federica Brignone et la surprenante Rahel Kopp (premier vrai résultat en Coupe du monde), c’est magnifique. Ses 3 top 10 en une semaine marquent un tournant dans sa carrière ! Tessa Worley 14e, ce serait un peu décevant s’il n’y avait eu un bon super-G qui confirme ses progrès dans la discipline. Le seul point noir du jour est la sortie de Bailet. Quand ça ne veut pas… La fin de saison approche, elle aura bien besoin de vacances pour se vider la tête et repartir comme en 2015.

Il est sympa ce podium presque entièrement francophone[2] , non ? J’en redemande ! Peut-être un jour verra-t-on un podium 100% français, qui sait ? On a attendu un peu plus de 3 pour avoir le même jour un podium masculin et un féminin (16 décembre 2012, Fanara et Worley chacun 3e en géant, c’était une période où Tessa enchaînait les podiums, on n’avait d’ailleurs plus connu de mois avec 2 podiums chez les filles), environ 25 ans depuis le dernier podium en combiné féminin, alors ne soyons pas trop gourmands…



Les vidéos sont aussi sur Vimeo :
-slalom géant première manche partie 1, partie 2 et partie 3, seconde manche partie 1, partie 2 et partie 3 ;
-combiné alpin manche de super-G partie 1 et partie 2, manche de slalom partie 1, partie 2 et partie 3.

Notes

[1] En cumulant le meilleur chrono réalisé sur chaque section. Et peut-être même pouvait-on faire encore mieux.

[2] Holdener ne vient pas de Suisse francophone mais se débrouille de mieux en mieux en français, notamment parce qu’elle partage sa chambre avec Charlotte Chable.