Beaucoup ont eu le sentiment d’y jouer leur vie, ou du moins leur carrière. A juste titre. La qualification directe pour Rio est restée un événement très rare, d’où très peu d’effusions de joie. Comment voulez-vous créer une dynamique positive quand le premier jour Lara Grangeon, la seule finaliste aux Mondiaux de Kazan, explose son record de France du 400m 4 nages… mais ne gagne que le droit de s’inscrire sur la liste d’attente pour les repêchages ?

Marquée par de nombreuses polémiques qui ont noyé les réussites dans des flots de buzz négatif et de confusion, cette édition 2016 des Championnats de France aboutira peut-être dans quelques mois à une grande réussite olympique. En attendant, elle a fortement entaché l’image de ce sport.

Ayant constaté l’essor du tourisme à Kazan l’été dernier, j’étais le premier à mettre en exergue la nécessité dire de relever les minima. Seulement, tout ce qui est excessif est insignifiant. Talleyrand le disait à raison. Passer soudain d’une exigence assez faible à une exigence de performances dignes d’une finale mondiale – équivalentes à une 4e ou 5e place à Kazan dans certains cas – sans respecter par le moindre palier de compression est excessif, beaucoup trop brutal. C’est un coup à se noyer. Ainsi, pour ne citer que quelques exemples éloquents, entre les sélection 2015 et 2016 on est passé chez les hommes de 48"90 à 48"13 sur 100m NL, de 1’48"37 à 1’46"06 sur 200m NL, de 15’13"98 à 14’57"19 sur 1500m NL, et chez les femmes de 1’01"25 à 59"44 sur 100m dos, ou encore de 4’44"50 à 4’35"40 sur 400m 4 nages. Ça n’a pas de sens, les athlètes ne peuvent le comprendre, ils y voient forcément une injustice, une menace, pour ne pas dire une attaque. Rien qu’en apprenant cette nouvelle à l’automne dernier, pas mal de nageurs expérimentés ont pris un coup au moral. On exigeait soudain d’eux qu’ils soient plus forts – voire beaucoup plus forts – fin mars/début avril que l’été dernier. Imaginez un peu comment les jeunes en pleine progression ont dû encaisser le choc avec ce mur infranchissable dressé soudain devant eux par la DTN ! En 2013, année post-olympique, on a allégé les minima pour ouvrir l’équipe à de nouveaux éléments et leur permettre de se familiariser avec le niveau international. Seulement, ensuite, au lieu d’augmenter progressivement le niveau d’exigences afin de tirer tout le monde vers l’excellence, on a continué à voir très large. Vouloir tout rattraper d’un coup en fixant des standards monstrueux était suicidaire. La DTN le savait, était obligée de se laisser une porte de sortie en plus de celle offerte par le règlement de la FINA. Ces portes sont si grandes que la sévérité pourrait être une simple façade.

De fait, la DTN – en concertation avec les entraîneurs nationaux référents – a tellement exagéré concernant les performances demandées qu’elle a dû créer une sorte de minima B assez troubles permettant de glisser un ticket olympique dans le maillot de certains. Les conditions : avoir approché le temps annoncé (selon un pourcentage savamment calculé) et être champion ou vice-champion de France. Ceci dans la limite de 6 hommes et 6 femmes repêchés au total. Par conséquent, les minima A de la FFN – bien plus difficiles à réaliser que ceux de la FINA – instauraient plus un principe qu’une réalité. Talleyrand disait aussi «appuyons-nous bien sur les principes, ils finiront bien par céder». L’extrême sévérité affichée a terrorisé les nageurs, leur a mis au-dessus de la tête une épée de Damoclès retenue par un fil moins fragile qu’en apparence. Compte tenu de tout un tas de paramètres omis au moment de l’instauration de leurs critères, les sélectionneurs – car en réalité on va en arriver à un comité de sélection, le principe du championnat de France couperet est de l’histoire ancienne – vont être contraints de revoir leur copie. Ils annonceront une première liste mercredi pour ensuite probablement la compléter après les Championnats d’Europe en mai, au moins en ce qui concerne la composition des relais (à cause d’une nouvelle règle FINA obligeant les nations à aligner leurs remplaçants lors des relais s’ils en sélectionnent, ceci sous peine de disqualification… il faut donc être sûr de soi lors des inscriptions).

Le DTN et les responsables des équipes de France n’ont même pas cherché à masquer leurs intentions, ils entendent composer la meilleure équipe possible afin de briller à Rio. Logique ? Généralement, l’équipe se compose elle-même en fonction des résultats et des règles édictées en amont. Pas cette fois. Je vais citer Talleyrand une 3e et dernière fois… «N’expliquez jamais les raisons pour lesquelles vous prenez une décision : la décision peut être bonne et les raisons mauvaises.» Repêcher un concurrent qui n’a pas réalisé les minima de la fédé peut être une bonne décision, en qualifier un qui entre dans les critères peut être une erreur. En réalité, il faudrait faire du cas par cas en prenant en compte un tas de facteurs comme la progression, l’âge, le potentiel (élément éminemment subjectif à plusieurs facettes), l’implication, l’importance dans le groupe (je pense par exemple à Fabien Gilot), voire même les services rendus (Fred Bousquet mériterait d’être retenu sur 50m NL), la capacité à enchaîner les courses (sous-entendu le calendrier de la compétition)… Il ne s’agit pas réellement de faire du sentiment, mais de savoir faire les bons paris à la fois à court et à moyen terme, quitte à sacrifier certains principes si ça peut avoir des répercussions positives. Il ne faut pas avoir peur d’aller à contrecourant si on juge que c’est pour le bien de l’équipe de France. Seulement, dans cette hypothèse, mieux vaut avoir raison…

Ne nous voilons pas la face, trouver le système idéal restera ad vitam æternam un fantasme de DTN voué à rester inassouvi. Surtout pour une nation de natation comme la France qui n’a jamais eu et n’est pas voué à disposer d’un réservoir important en raison de l’extrême diversité caractéristique du sport français et de notre population relativement limitée (par rapport à la Chine ou aux Etats-Unis). Les autres pays ont les mêmes interrogations, ils fixent aussi leurs minima en fonction de facteurs qui leurs sont propres, on peut difficilement comparer. Chez nous, depuis 3 olympiades, les résultats sont sensiblement les mêmes : 6 médailles à Athènes, 6 à Pékin, 7 à Londres. S’il y a eu un pic en 2012 (4 titres au lieu d’un), le nombre de nageurs médaillés dans les épreuves individuelles est resté stable, 3 à chaque fois. Je ne suis pas convaincu que le système de sélections instauré pour Rio y change grand-chose. Pour être honnête, je doute que ça ait un impact direct. Les conséquences pourraient se faire ressentir à l’avenir, il ne faudrait pas avoir dégoûté les nageurs censés constituer l’équipe de France de 2020 et 2024.

A vrai dire, on peut envisager la sélection de 2 façons différentes. Soit on se contente de critères purement objectifs avec des temps fixes sans bouée de sauvetage possible (dura lex, sed lex), ce qui a existé par le passé avec un certain succès puisque la natation française était bidon avant d’oser opter pour cette extrémité, soit on choisit l’option opposée avec un véritable comité de sélection qui compose de façon assumée l’équipe de France en ayant pour seule contrainte de respecter les règles de la FINA. Avec un choix clair, tout le monde aurait su à quoi s’en tenir. Dans le premier cas, chacun aurait connu son sort dès la fin de sa course, avec parfois des accidents possibles[1]. On y aura gagné en clarté ce qu’on aurait perdu en flexibilité. Dans le second cas, chacun aurait eu pour mission de faire de son mieux, de donner un maximum de raisons aux décideurs de le prendre, en ayant – éventuellement – pour contrainte la place (top 2 ou top 6 sur 100 et 200m NL) et en sachant les minima FINA indispensables sans être suffisants. Ce système présente aussi de gros avantages et de gros défauts. La DTN a choisi un système bâtard aux conséquences assez détestables. De super performances qui en pratique donneront lieu à qualification ont été vécue comme des échecs, mettant leur auteur dans le doute, renforçant pour les autres l’impression de faire face à un mur infranchissable. Le sentiment, même chez les meilleurs, était d’être en grand danger.

On leur demandait de réaliser en milieu de saison des performances d’un niveau presque identique à celles à effectuer avec 4 gros mois de préparation supplémentaires, ceci dans des conditions beaucoup moins favorables.

D’une part, quand vous être en demi-finale ou en finale aux JO, vous avez tout à gagner, pas tout à perdre. En principe, vous ressentez une excitation positive. A l’opposé, quand vous jouez votre peau, il est extrêmement difficile d’exprimer 100% de vos capacités car le relâchement musculaire nécessaire fait défaut. Pour rappel, Florent Manaudou a été sacré champion olympique du 50m NL essentiellement grâce à cette absence de pression.

D’autre part, le facteur adversité est primordial pour des raisons psychologiques et parce que les lois de la physique s’appliquent dans l’eau. Or aux Championnats de France, hormis dans de rares épreuves, cette adversité manque cruellement. Son importance a été mise en évidence sur le 100m et le 200m NL. Sur 200m, on a eu un cas d’opposition qui pousse à assurer (en l’occurrence Stravius a pensé à gagner avant de chercher absolument le chrono car en se cramant il aurait pu terminer 3e et dire adieu à la qualification), mais aussi qui crispe et oblige à modifier sa stratégie (Agnel a dû partir très vite et a été impacté psychologiquement par le retour de ses adversaires)… et en porte certains (Pothain s’est servi des locomotives qu’étaient Stravius et Agnel pour aller plus vite). Sur 100m on a vu sensiblement la même chose avec Manaudou obligé de partir très vite mais incapable de tenir jusqu’au bout en sentant Stravius et Mignon s’accrocher puis le rattraper… en profitant de sa vague. La finale du 100m papillon me semble être un autre bon exemple avec une victoire d’un Stravius venu pour se faire plaisir et donc sans pression face à Metella très attendu, clairement capable de réussir les minima… Le Guyanais a échoué en finale en se crispant à cause de la présence de son adversaire inattendu.

Concernant les effets de l’adversité et la crispation due aux temps exigés, le ton a été donné dès le premier jour avec le 1500m NL de Damien Joly. Son temps de 14’59"42 est à 2 grosses secondes des exigences de la DTN, il a déjà nagé une fois sous les minima en décembre dernier et a réussi à les approcher début mars à Marseille. Il ne fait aucun doute qu’avec de véritables adversaires, avec des vagues et surtout avec un peu moins de ce stress paralysant, son record personnel aurait explosé. On parle là d’un gros bosseur très conscient de ses lacunes, de ce qu’il doit travailler, il progresse. J’en suis convaincu, il sera repêché… malgré son incapacité à viser mieux qu’une finale olympique. Ce garçon mérite totalement sa place en équipe de France, la lui refuser serait contreproductif au possible, le message envoyé aux jeunes serait terrible si on le laissait à la maison.

A titre personnel, bien que non exempt de critiques, le système des Championnats de France calqués sur des véritables championnats ou JO avec séries, demi-finales et finale au cours desquels des minimas sont exigés à chaque étape me plaisait plus. Notamment parce que ça nous faisait des sessions plus remplies. Pendant 6 jours on avait seulement droit à 4 ou 5 finales A par jour, on intercalait des finales B au milieu de tout ça, ce qui cassait terriblement le rythme, l’ambiance ne pouvait pas monter, la morosité était donc d’autant plus prégnante, l’atmosphère n’avait jamais l’occasion de s’alléger. Surtout, ce système – en place en 2012 – correspondait mieux aux réalités d’une compétition internationale. L’important est alors de bien calculer les minima de chaque étape en prenant en compte toutes les données évoquées précédemment.

Les 6 jours de compétitions.

Le premier jour, Joly et Grangeon ont été très bons avec notamment ce record de France explosé par la Néo-Calédonienne mais pas assez pour lancer positivement ces championnats. D’où cette dynamique négative, cette chape de plomb très pesante. Après cette journée sans qualification directe, difficile de ne pas prendre conscience de la difficulté de la tâche. Qui plus est Marie Wattel a remporté le titre sur 100m papillon dans un temps proche de son record, satisfaisant aux demandes de la FINA mais insuffisant pour la DTN (pas forcément assez bon dans l’optique d’un relais 4 nages).

Le 2e jour, nouvelles galères ! Si Coralie Balmy a arraché de justesse la première qualification directe de la semaine sur 400m NL (en 4’05"38, soit moins de 3 dixièmes sous les minima), provoquant au passage des sueurs froides et des palpitations un peu partout dans les tribunes, le reste du programme a donné lieu à un carnage.

Surprise sur 200m brasse avec la noyade du favori (Thomas Dahlia[2]), surprise au 100m brasse féminin avec défaite de Charlotte Bonnet et un temps trop faible de Fanny Deberghes pour envoyer un 4x100m 4 nages à Rio, surtout que sur 100m dos Béryl Gasteldello a gagné en 1’00"26, 1 centième de plus que le minima FINA… donc loin du minima français. Autrement dit, bien que qualifié de justesse grâce à sa place à Kazan, le relais 4 nages féminin n’ira pas à Rio sauf reniement total de la DTN. Surtout, les 3 bonnes nouvelles du jour ont été masquées par un invraisemblable cas d’amateurisme fédéral. La finale du 200m NL masculin était une des courses les plus attendues de ces championnats, elle s’est achevée sur une victoire de Jérémy Stravius, victoire assez attendue à vrai dire. Il a loupé le billet direct pour 12 centièmes en enregistrant un chrono de 1’46"18. Derrière lui, Yannick Agnel a clairement touché 2e en un peu moins d’1’46"5, pourtant il a été classé 3e derrière Jordan Pothain, le jeune qui monte (1’46"81). Lorys Bourelly (1’47"83) sera aussi de la fête pour un 4x200m prometteur. Reste à savoir si Clément Mignon (1’48"00 en loupant sa finale), voire Grégory Mallet (1’48"45) seront aussi retenus, sachant qu’il faudra forcément aligner les remplaçants en séries et que les séries et demi-finales sur 100m NL sont programmées le jour de ce relais. Toujours est-il que les qualifications officielles de Balmy et du relais plus celle, officieuse, de Stravius, étaient 3 bonnes nouvelles. L’imbroglio né de ce classement à l’évidence faussé par le matériel a jeté le doute quant à la véracité des chronos et aux compétences des officiels, qui après plusieurs heures de suspense ont décidé d’entériner un classement qu’ils savent inexact, la vidéo étant on ne peut plus claire. Pour Agnel et Pothain, mêlés à leur corps défendant à cette affaire improbable, mais aussi pour Stravius, le vainqueur dont on a presque oublié de parler du triomphe, ainsi que pour les nageurs déjà peu rassurés ayant à plonger lors des sessions suivantes, cette histoire grotesque a ajouté un poids supplémentaire, comme si l’atmosphère n’était pas déjà assez lourde.

Le 3e jour, Anna Santamans aurait dû pouvoir fêter sa qualification grâce à son 50m NL conclu en 24"59. Elle a échoué à 1 centième du record de France et à 2 des minima (il fallait donc pulvériser le RF pour taper les minima^^). Elle a dû se contenter de la première place sur la liste d’attente pour les repêchages. Ça empêche la fête plus que ça ne la gâche… Malheureusement, il n’y a rien eu à fêter avec le 200m papillon – même si Lara Grangeon (2’07"87, à 1"25 du temps demandé) et Jordan Coelho 1’56"49, à 1"22 des minima nationaux) ont bien nagé, leurs temps suffisaient largement à la FINA. Benjamin Stasiulis a peut-être même enterré sa carrière internationale – même s’il devrait disputer les ChE à Londres – en se noyant en finale du 200m dos. Sa victoire s’accompagne d’un temps correspondant à ses difficultés de la saison, le niveau demandé semble lui avoir cassé le moral.

Le 4e jour était surtout intéressant en raison du 100m brasse masculin, du 200m NL féminin et du 100m NL masculin, la course la plus disputée des championnats. Le point commun de ces épreuves était de compter aussi pour qualifier les relais. On a ainsi vu l’enterrement de première classe du relais 4 nages masculin en raison de la très désagréable surprise en brasse. Je n’ai rien contre Théo Bussière, vainqueur très inattendu, seulement 1’01"35, même en tenant compte du départ lancé, c’est rédhibitoire pour le relais. La France a un potentiel médaillé individuel sur 100m dans 3 nages sur 4, en brasse c’est le néant. Giacomo Perez-Drotona avait atteint un niveau suffisant pour bien limiter la casse lors des dernières grandes échéances, il s’est torpillé. 3e en 1’01"50, c’est abominable… Ça s’est nettement mieux passé lors du 200m NL féminin avec victoire et minimas pour Charlotte Bonnet (1’56"32, soit 46 centièmes de marge), une très bonne perf de Coralie Balmy, et 3 filles assez proches entre 1’59"36 et 1’59"96). Il faut emmener ce 4x200m à Rio ! Le 4x100m NL masculin est certain d’y aller, il sera forcément favori en tant que tenant du titre et double champion du monde en titre, mais aussi parce que les perfs réalisées lors de ces ChF sont impressionnantes. Les séries annonçaient une grosse bataille, on y a eu droit.

Malgré des minima correspondant à la médaille de bronze aux Mondiaux de Kazan, ils sont 3 à avoir répondu à l’exigence chronométrique de la DTN. Jérémy Stravius a fait jouer toute son expérience acquise notamment lors des relais pour profiter du hors-bord Manaudou et conserver son titre en touchant juste devant Clément Mignon, lui aussi auteur d’un super retour. Le vainqueur et son dauphin ont explosé leur record personnel en respectivement 47"97 et 48"01. Grand favori de la course, Florent Manaudou annonçait même vouloir nager en 47"4, il est parti trop vite, s’est crispé, finit en 48"10 mais 3e donc non-qualifié. Ça ressemble tout de même beaucoup à un acte manqué, sa volonté de tenter le doublé mythique 50-100m se heurtant à ses doutes concernant sa réelle capacité à être fort sur 100m tout en restant le maître de SA discipline, l’aller simple, dont il est champion de tout. Finalement, il vit plutôt bien cet échec. On l’aura très remonté pour le relais et bouillant pour le 50m, ce qui à l’évidence est une très mauvaise pour ses adversaires ! Ça nous a fait beaucoup de bonnes nouvelles et en principe une pression en moins pour Mehdy Metella, 4e de la finale en 48"42 donc qualifié pour Rio dans le relais. Déjà sûr de partir au Brésil, il aurait dû avoir moins de pression pour son 100m papillon. En revanche, le sort de Fabien Gilot – capitaine indispensable – et du revenant William Meynard, ex-aequo à la 5e place en 49"01 reste à déterminer.

L’enjeu majeur du 5e jour était la qualification de Camille Lacourt. Embêté par de nombreux soucis sportifs et extra-sportifs, handicapé par une perte de poids contre laquelle il a dû se battre avec pour arme de la junk food, il avait le moral au plus bas, on se faisait de gros soucis, mais rassuré par une bonne série, le dernier dossiste de haut niveau de l’équipe de France a répondu présent. 52"97 à cette période, c’est très bien (ça valait du bronze à Londres en 2012), il lui reste plusieurs mois pour gagner quelques dixièmes afin de s’attaquer à Larkin et Grevers. Outre Lacourt, on a vu Lara Grangeon (200m 4 nages) et Coralie Balmy (800m NL) décrocher des titres sans chercher les minima hors d’atteinte. Jordan Pothain a officieusement fait le nécessaire pour participer au 400m NL en plus du relais pour lequel il était déjà retenu. Ses 3’47"77 constituent un nouveau record personnel (explosé), il n’est qu’à 1"11 du temps demandé donc dans le pourcentage pour être repêché.

Reste le 6e et dernier jour avec pas mal de vedettes dans l’eau. La très jolie Camille Gheorghiu était très déçue de son temps en finale du 200m dos, elle l’a remporté très nettement. On attendait peu de cette course, contrairement au 100m papillon masculin, au 100m NL féminin et bien sûr au 50m de Manaudou. Le temps imposé au 100m NL était de 53"72… Dur ! A Kazan, la 6e était 2 dixièmes moins rapide, nageant en 53"93, soit exactement le chrono de Charlotte Bonnet, vainqueur devant Béryl Gastaldello (54"10) et Mathilde Cini (54"44). Mais comme Anna Santamans en est restée à 55"11, le 4x100m NL féminin risque de ne pas être de la partie. Il s’est pourtant qualifié l’été dernier et est en pleine reconstruction. Peut-on réellement s’en priver ? Ses 4 membres ont 21 ou 22 ans… Pour Mehdy Metella, 51"61 sur 100 pap’ était en principe presque une formalité même si ça correspondait à la 4e place à Londres. Pour rappel, à Kazan, il a explosé le record de France (désormais établi à 51"24) en prenant la 5e place de la finale, puis a été stratosphérique lors du relais 4 nages. Seulement, il a très peu amélioré son temps des séries lors d’une finale encore dominée par Jérémy Stravius, déjà champion de France en 2013, venu en détente pour hacher menu son record personnel (51"66 au lieu de 52"04). Probablement stressé par les circonstances, Metella – que je vois toujours sur le podium à Rio – a eu du mal à encaisser son chrono de 51"84 (1 dixième de plus que l’an dernier aux ChF).

Je recherche la finale du 100 pap…

Pour finir, Florent Manaudou a calmé tout le monde avec un bon petit 21"42 sur 50m, il pourrait nager sous les 21"82 demandés en survêtement. Fred Bousquet est son dauphin. Ses 22"09 suffisent largement pour la FINA, pas pour la FFN.

La grande star de la semaine est donc Jérémy Stravius, le champion français le moins médiatique, le plus modeste… et probablement le plus admirable. Techniquement, il fait partie de la crème de la crème au niveau mondial. Sa polyvalence est impressionnante. Son choix d’abandonner le dos pour oser se frotter aux gros bras de la nage libre et sa capacité à les battre a changé la donne. Pendant trop longtemps, une sorte de barrière psychologique l’empêchait d’exprimer tout son potentiel, une lassitude s’était installée au point de vouloir tout arrêter. Il avait besoin de retrouver le plaisir de s’entraîner, mais sans doute aussi le besoin de se prouver à lui-même sa véritable valeur. Cette trajectoire fait penser à celle de Camille Muffat, longtemps cantonnée dans le 4 nages, mais dont le talent connu depuis longtemps est resté étouffé avant ce choix de se consacrer au crawl. Une sorte de seconde carrière a débuté avec beaucoup plus de plaisir et de succès, même si on connait la suite, la retraite après avoir atteint ses objectifs et la fin dramatique. Cette réorientation entamée la saison passée en grillant tout le monde sur 100m NL n’a pas fait perdre à Jérémy ses qualités dans les autres nages, preuve en est sa perf sur 100m papillon où il a battu Metella, un cador mondial. Il l’a fait après avoir vaincu Agnel et Manaudou sur 200 et 100m NL, soit de véritables grosses pointures particulièrement exposées. L’Amiénois fait son chemin dans l’ombre et va pouvoir continuer ainsi car si son palmarès est déjà énorme, il lui faudrait un titre olympique individuel pour devenir une cible aux yeux de tous. Ne nous y trompons pas, il n’est pas en quête de gloire, mais d’affirmation et d’épanouissement personnel.

Son programme à Rio s’annonce monstrueux. Je ne suis pas totalement sûr de la fiabilité des infos trouvées à ce sujet, pour le moment rien n’est clair sur le site des JO. En principe, il aura le 4x100m le premier jour, les séries et demi-finales du 200m le 2e jour, la finale du 200m le 3e jour, les séries et demi-finales du 100m plus finale du relais 4x200m le 4e jour, potentiellement la finale du 100m le 5e jour, il pourrait même disputer le 100m papillon[3] le 6e puis le 7e jour et finir avec un relais le 8e jour…

Qu’en est-il des qualifications ?

Ils sont 6 à être assurés de pouvoir disputer une épreuve individuelle : Coralie Balmy (sur 400m NL) et Charlotte Bonnet (sur 200m NL), Florent Manaudou (sur 50m NL), Camille Lacourt (sur 100m dos), Jérémy Stravius et Clément Mignon (sur 100m NL). Il faut y ajouter les relais 4x100m NL et 4x200m NL masculins, ce qui envoie automatiquement Mehdy Metella, Yannick Agnel, Jordan Pothain et Lorys Bourelly à Rio.

Mais ce n’est pas tout, car comme expliqué précédemment, 2 portes restent ouvertes pour augmenter la représentation française. Celle de la DTN qui devra choisir qui elle repêche dans la limite de 6 hommes et 6 femmes (ça peut être moins) et quels relais elle envoie, ceux-ci ayant tous obtenu leur quota de la part de la FINA. La seconde est la possibilité offerte à toute nation d’aligner ses qualifiés dans des épreuves complémentaires pour lesquels ils ont tapé les minima A de la FINA s’il reste de la place pour le pays (comme toujours, c’est 2 éléments maximum par nation dans chaque épreuve). Il ne fait donc aucun doute que Stravius disputera le 200m NL en plus du 100m, il pourrait aussi prétendre au 100m papillon (qui est après ses épreuves principales, peut-être le nagera-t-il s’il n’y a pas de relais 4 nages) auquel prendra part Metella. Pothain sera aligné sur 400m NL, la seconde place sur 200m pouvant revenir à Angel – une fois qu’il aura été reclassé 2e car ça finira par arriver – ou Pothain. Mais serait-il bien raisonnable de les envoyer disputer les séries et au moins les demi-finales, voire aussi la finale de l’épreuve individuelle s’ils n’ont aucune chance de médaille alors qu’ils auront besoin d’un maximum d’énergie pour briguer le titre lors du relais 4x200m ? Il y a une réflexion à avoir.

Reste les qualifiés selon les seconds critères de la DTN. Damien Joly (1500m NL) est une évidence, Jordan Coelho (200m papillon) a ses chances. Reste à savoir si le très jeune (18 ans) Nicolas D’Oriano (sur 1500m) et Fred Bousquet (sur 50m NL) seront du voyage, ils ont nagé un peu plus d’1% moins vite que le minima A national. Bousquet était là en 2000, 2004 et 2008, il s’agirait d’une belle dernière pour lui après de grosses galères physiques et la déception de 2012.

Côté féminin, Bonnet disputera aussi le 100m NL, Balmy pourrait aussi se lancer sur 200m NL et/ou le 800m mais je doute qu’elle ait cette ambition (elle n’aurait aucune chance de jouer les premiers rôles). Il ne fait aucun doute que Santamans (50m NL) et Grangeon (400m 4 nages, probablement aussi 200m papillon) seront dans l’avion. Reste à traiter une série de cas épineux. En principe Gastaldello (100m NL) devrait être repêchée. Quid de Wattel ? Avoir un bon relais 4 nages lui aurait assuré sa place, malheureusement pour elle il ne faut pas y compter.

D’autres pourraient intégrer l’équipe selon les choix effectués concernant les relais. Les remplaçants devront impérativement être utilisés sous peine de disqualification. Il faut donc en prendre des performants là où on espère une médaille. Que faire avec Gilot et Meynard sur 100m et avec Mallet – plus Mignon – sur 200m ? En tant que capitaine et taulier du relais depuis des temps immémoriaux, Gilot DOIT être retenu. Pour le relais 4 nages masculin, Lacourt, Metella et Stravius (qui pourrait faire 3 des 4 relais^^) sont déjà là ainsi que d’autres remplaçants possibles. Gros problème en brasse… Faut-il donner une autre chance à Perez-Dortona en allant contre tous les principes affichés ?

Les relais féminins n’iront pas tous à Rio, pour le 4 nages c’est mort, il serait extrêmement dommage de ne pas envoyer les autres. Si les filles progressent un peu, un exploit est possible sur 4x200m où la France a pris le bronze en 7’47"5 en 2012 (avec 3 secondes d’avance sur la 4e équipe), puis en 7’48"4 l’année suivante. Pour info, il fallait nager 7’49 pour monter sur le podium à Kazan. Si mon calcul est bon, en additionnant les temps des 4 premières des ChF, on est 7’52"5, soit à 1"5 de la même somme aux ChF il y a 4 ans avec un record de France de Camille Muffat (Balmy, Bonnet et Etienne complétant le quatuor) et à 2" si on compare avec 2013 (avec Lazare à la place d’Etienne). Pour avoir une idée du chrono que vaut le relais, on doit enlever pas mal de temps avec le départ lancé et l’aide des vagues (si on s’en sert bien), plus la progression naturelle avec 4 mois de travail supplémentaires. Conclusions, il y a vraiment moyen de décrocher une médaille, seules les Américaines semblent intouchables. Si le relais part, ce sera avec Margaux Fabre (23 ans), Cloé Hache (18 ans) et certainement Camille Gheorghiu (20 ans). Le 4x100m n’aurait en revanche aucune chance de podium, néanmoins si Bonnet, Santamans et Gastaldello sont déjà retenues individuellement, il suffirait d’ajouter Mathilde Cini à la sélection.

Le comité de sélection devra se poser en permanence la même question fondamentale : ne risque-t-on pas d’avoir des regrets si on le laisse à la maison ? Il faudra se souvenir du cas de Florent Manaudou en 2012. Qualifié pour quelques centimètres en prenant la 2e place de la finale du 50m aux ChF, il a explosé quelques semaines plus tard. Aurait-il vu Londres en appliquant des critères hyper sévères ?

Certains auront les Championnats d’Europe de Londres en mai pour s’éviter une fin de carrière dans l’anonymat le plus total. Ces Europ’ serviront-ils aussi à déterminer la composition des relais ? Je ne sais pas si l’idée serait si bonne, sauf exception, car si on en pousse à faire la course aux minima en mai après avoir manqué leur coup début avril, comment pourraient-ils avoir un nouveau pic de forme en août ? Peut-être serait-il plus efficace de prendre les décisions rapidement et de les assumer, même si certaines peuvent prêter à discussion, voire à polémique. Instaurer un contrat moral avec les éléments pour qui la sélection ne tombait pas sous le sens me semble nécessaire afin d’enrayer le tourisme. Le nageur (ou la nageuse) serait convoqué histoire qu’on lui fasse comprendre la réalité de la situation : ce n’est pas un cadeau, la DTN attend quelque chose en retour. En l’occurrence, l’engagement de tout faire pour justifier la confiance qui lui a été accordée. Ainsi, ne pas répondre aux attentes aurait pour conséquence une forte perte de crédit en vue des prochaines échéances. Un nageur ne s’en sentant pas capable devrait avoir l’honnêteté de le dire.

Mes prévisions.

  • Sélection masculine.

Stravius (100m NL, 200m NL, 100m papillon[4], 4x100m NL, 4x200m NL, 4x100m 4 nages).
Manaudou (50m NL, 4x100m NL)
Mignon (100m NL, 4x100m NL, voire 4x200m NL)
Metella (100m papillon, 4x100m NL, 4x100m 4 nages)
Lacourt (100m dos, 4x100m 4 nages)
Pothain (400m NL, 4x200m NL)
Joly (1500m NL)
Bousquet (50m NL)
Agnel (200m NL[5], 4x200m NL)
Coelho (200m papillon)
Gilot (4x100m NL)
Bourelly (4x200m NL)

J’ai un doute concernant Meynard pour les séries du 4x100m NL et Mallet pour celles du 4x200m NL, car dans les 2 cas il faudra protéger Stravius, mais peut-être aussi un second nageur (sachant que Mignon devrait être le 1er remplaçant sur 4x200m mais ça tombe le jour de sa seule épreuve individuelle). Pour le relais en brasse, j’hésiterais entre donner sa chance à Bussière et repêcher Perez-Dortona, la condition étant d’avoir la certitude qu’il soit capable de retrouver un niveau correct en 4 mois. Quant à D’Oriano, sachant qu’il a 18 ans, c’est tentant. Mais ça commencerait à faire beaucoup de monde et son seul objectif serait de battre son record personnel en séries.

  • Sélection féminine

Bonnet (100m NL, 200m NL, 4x100m NL, 4x200m NL)
Balmy (400m NL, 4x200m NL)
Santamans (50m NL, 4x100m NL)
Grangeon (400m 4 nages, 200m papillon)
Gastaldello (100m NL, 4x100m NL)
Wattel (100m papillon)
Fabre (4x200m NL)
Hache (4x200m NL)
Gheroghiu (4x200m NL) Cini (4x100m NL)

Mes pronostiques pour Rio ?
Le 4x100m et le 4x200m masculins pour la France. Manaudou vainqueur du 50m NL, Lacourt 2e du 100m dos, Stravius sur le podium sur 100 ou 200m (avec possibilité de titre sur 200m), Metella en bronze sur 100m papillon, médaille de bronze pour le 4x200m féminin.

Soit un total de 9 médailles dont 4 à 5 titres… en comptant l’eau libre où Aurélie Muller est n°1 et Marc-Antoine Olivier capable de jouer les premiers rôles.

Optimiste, moi ? Oui. Est-ce un crime ? Je ne crois pas. Mes pronos sont optimistes, pas fantaisistes.



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400m 4 nages F, 100m papillon F, 400m NL F, 200m NL H, 50m NL F, 100m NL H (séries), 100m NL H, 100m dos H, 50m NL H, 100m papillon H

Notes

[1] Demandez à Roxana Maracineanu…

[2] Même s’il ne pouvait réussir le temps demandé.

[3] Il est fort peu probable qu’il le dispute.

[4] Même s’il se désiste.

[5] Possibilité de se désister.