A l’issue de toute la polémique, tout le monde – y compris les entraîneurs et les nageurs hormis ceux qui en profitent – se rend compte de la réalité : on s’est bien foutu de notre gueule.

En effet, l’équipe de France n’est absolument pas resserrée, au lieu de ne prendre que des médaillés potentiels comme annoncé dans un premier temps, ou même des finalistes potentiels, on se contentera de demi-finalistes éventuels. Certains n’ont même strictement AUCUNE chance de passer les séries. Pire, on a offert le billet d’avion et l’accréditation à des nageurs ou nageuses clairement pas au niveau. Est-ce pour satisfaire les clubs ou certains entraîneurs influents ? Est-ce par peur de louper un exploit improbable façon Florent Manaudou en 2012 ?

Je n’ai absolument rien contre Mélanie Henique, mais 25"13 sur 50m NL, ça valait une 14e place lors des séries l’an dernier à Kazan… Comme les 4’39"73 de Fantine Lesaffre sur 400m 4 nages. Elle a 21 ans, elle est jolie, est-ce que ça suffit ? Henique a une carrière et une histoire personnelle particulières, elle a tenté le coup sur 50m NL après s’être longtemps spécialisée sur 50m papillon (avec des médailles internationales à la clé et encore un record de France cette semaine), seulement à la fin, on aurait dû juger son niveau dans l’épreuve olympique qu’elle espérait disputer. Il n’est pas suffisant. Chez les hommes, ça me choque moins, le nageur retenu pour une épreuve individuelle qui était le plus éloigné des minima est Nicolas D’Oriano, ses chances de franchir les séries du 1500m avoisinent le zéro absolu, seulement il a 18 ans, ce qui en natation masculin est extrêmement jeune. La 4e sélection olympique de Fred Bousquet (50m NL) allait dans le sens de l’histoire.

L’autre gros souci se trouve au niveau des relais. 3 sont réellement susceptibles de monter sur le podium, pour un 4e il faudrait un miracle, un 5e méritait d’y aller, le dernier n’avait clairement pas sa place même si le quota FINA a été obtenu. Les cas tangents auraient pu être réglés à l’issue d’entretiens et de tests à l’occasion des Championnats d’Europe de Londres. Il n’en a rien été.

Pour ce qui est du 4x100m NL masculin, il fallait absolument retenir Fabien Gilot. William Meynard ayant réussi exactement le même temps, difficile de ne pas le prendre aussi. OK, ça passe. Le 4x200m NL masculin nécessitait aussi d’avoir un remplaçant pour les séries. En raison de soucis de programme, Clément Mignon n’en sera pas, Grégory Mallet est donc retenu. Comme je l’ai expliqué dans mon précédent article, le 4x200m féminin a une réelle chance. Ou plutôt, il en avait une. Je suis désormais pessimiste car le DTN a choisi de n’emmener que 4 filles et pas Camille Gheroghiu, qui a eu le malheur d’être battue de 26 centièmes par Cloé Hache en finale du 200m NL. 5e presque dans le même temps que la 4e, on la laisse sur le carreau. Elle a 20 ans, elle aurait pu s’entraîner spécifiquement en crawl (alors qu’elle fait du 200m dos d’habitude) pendant 4 mois pour être efficace en séries du relais et permettre à une autre relayeuse d’être fraiche lors de la finale… C’est l’unique recalée parmi tous les candidats au repêchage.

Le 4x100m 4 nages masculin sera du voyage, il serait candidat à la breloque avec un relayeur capable de nager sous la minute sur 100m brasse, on partira avec Théo Bussière, un Lyonnais de 21 ans membre du CNM dont le chrono de 1’01"35 n’est même pas suffisant pour participer aux Championnats d’Europe. Pour mémoire, Adam Peaty a nagé 57"74 lancé lors de la finale du relais l’été dernier… Les autres gros, c’était de l’ordre de 59", voire moins. Même avec un super Camille Lacourt et sauf progression hallucinante en 4 mois, c’est la 7 ou 8e place assurée avant le papillon. Donc c’est mort.

Le 4x100m NL féminin ira pour apprendre, il suffisait d’ajouter Mathilde Cini à l’équipe. Le 4x100m 4 nages n’a en revanche absolument pas sa place. Fanny Deberghes a été retenue pour la brasse suite à sa victoire en finale des ChF en 1’08"61, bien loin des minima, y compris ceux de la FINA. J’imagine que les 3 autres seront Charlotte Bonnet (crawl), Béryl Gastaldello (dos) et Marie Wattel (papillon), c’est-à-dire les 4 championnes de France du 100m dans les 4 nages. En dos et en brasse, les filles ont échoué à réaliser les minima A pour l’épreuve individuelle.

En réalité, je suis incapable de vous dire clairement qui nagera quoi à Rio. Pour les 4 relais «repêchés», on nous indique seulement les noms des compléments retenus uniquement pour cette raison. Ils sont 8 (Gilot, Mallet, Meynard, Bussière, Fabre, Hache, Cini, Deberghes). Le communiqué de la FFN, c’est vraiment le carnaval. On nous indique ce pour quoi les nageurs ont été qualifiés… mais aussi les épreuves pour lesquelles ils ont réalisé le minima de la FINA. Autrement dit ce sur quoi ils ont théoriquement le droit de s’aligner, même si on sait ou devine qu’ils n’y participeront pas. C’est le flou le plus total. Par exemple, on nous annonce que Jordan Pothain a choisi le 400m et que la 2nde place sur 200m NL est réservée à Yannick Agnel s’il décide de participer aussi à l’épreuve individuelle, libre à lui de trancher en fonction de sa forme à l’approche des JO, le relais étant prioritaire. Néanmoins, sur le document publié, on nous indique bien 3 noms susceptibles de participer au 200m NL. C Mais du coup, si certains membres de la liste réalisent les minima A de la FINA un peu plus tard, auront-ils le droit de s’aligner dans des épreuves individuelles où il reste des places ? Difficile d’y comprendre quelque chose. A fortiori après avoir lu le message illuminé du DTN. Ça me renvoie à une de mes citations de Talleyrand : «N'expliquez jamais les raisons pour lesquelles vous prenez une décision : la décision peut être bonne et les raisons mauvaises.» Le gars débute son communiqué par « je crois au pouvoir des signes »… Et bah ! Nous v’là bien ! En somme, Jacques Favre est une sorte de chalutier, il repêche à peu près tout ce qui traine dans l’eau pourvu que ça ait fait en sorte de ne pas couler dans une fosse abyssale. Tout sauf Gheroghiu, qui aurait pu être très utile.

Complexité supplémentaire, les Championnats d’Europe en mai à Londres. Qui ira ? Les quelques non-qualifiés pour Rio qui ont décroché leur ticket. Leur cas ne pose aucun problème. On imagine que certains des plus grands espoirs de médaille olympique vont faire l’impasse ou ne s’y présenteront qu’avec un programme allégé au milieu d’une préparation très dure effectuée en vue des JO, donc en abordant ces Europ’ comme une simple compétition de travail. Les concernant, pas de souci. En revanche, pour les futurs olympiens dont les objectifs à Rio se limitent à faire le taf en série d’un relais ou à arracher une qualification pour les demi-finales, voire à approcher leur meilleur temps en séries, la tentation d’arriver au taquet à Londres peut être grande. Du coup, 2 mois plus tard, leur courbe de forme risque d’être descendante, si ce n’est déjà bien redescendue. Dans ce cas, désastre en vue. Chacun devra savoir reconnaître ses priorités sans se tromper. Si ça devait mal se passer, le DTN et le président de la FFN devront assumer.

Je résume.

En plus de Charlotte Bonnet, Coralie Balmy, Jérémy Stravius, Florent Manaudou, Camille Lacourt et Clément Mignon, qualifiés individuellement en réalisant les minima A fixés par la FFN, en plus de Medhy Metella, Yannick Agnel, Lorys Bourelly et Jordan Pothain, qualifiés directement en tant que relayeurs, la DTN a retenu Fred Bousquet, Nicolas D'Oriano, Damien Joly, Jordan Coelho, Beryl Gastaldello, Lara Grangeon, Mélanie Henique, Anna Santamans, Marie Wattel et Fantine Lesaffre pour disputer au moins une épreuve individuelle, mais aussi Fabien Gilot, William Meynard, Grégory Mallet, Théo Bussière, Mathilde Cini, Margaux Fabre, Cloé Hache et Fanny Deberghes afin d’aligner 6 relais. Ça fait 28 nageurs, un de moins qu’il y a 4 ans pour des ambitions moindres. Sauf si on ajoute la natation en eau libre avec Aurélie Muller et Marc-Antoine Olivier. J’espère sincèrement que le 4x200m féminin n’échouera pas à quelques dixièmes du podium à cause d’une performance très moyenne de la moins bonne relayeuse du matin car dans ce cas, la seule absence de la liste serait particulièrement difficile à avaler…

Ils partent tous à Rio. Pour nager quoi ? Beaucoup de séries, très peu de finales. Heureusement, une fois de plus, les têtes d’affiche vont sauver l’essentiel.