On pourrait être tenté de dire que la qualification a été perdue à l’aller en concédant un nul 2-2 à domicile. Ce serait une erreur de le penser : cette qualification a échappé au PSG car sur 4 périodes de 45 minutes, il n’en a pas fait une seule de bonne, mais 4 allant du médiocre au cataclysmique. Au Parc des Princes, l’arbitre a été bidon (je pense notamment au péno et rouge qu’aurait dû prendre Mangala rapidement, au jaune immérité qui a suspendu Matuidi pour le retour, à celui que méritait Otamendi qui aurait dû être absent pour la seconde manche)… mais ce sont surtout les Parisiens qui ont gâché, notamment en manquant le penalty de l’ouverture du score, aussi en offrant l’égalisation à 2-2. Bref, c’était n’importe quoi, n’y revenons pas.

L’important à l’issue du match aller disputé mercredi était que n’importe quelle victoire à Manchester assurait la qualification au PSG. Il n’y avait pas lieu de s’affoler, surtout avec Mangala, Sagna et Clichy en face. Normalement, cette défense allait prendre au moins un but. Et bien non. Le PSG aura finalement réalisé un exploit lors de cette Ligue des Champions, celui de perdre à l’Etihad Stadium, où City ne parvient quasiment jamais à conserver sa cage vierge et où cette saison à peu près toutes les équipes un peu cotées ont gagné.

Laurent Blanc ne pouvait compter sur David Luiz et Matuidi, suspendus, il était aussi privé de Marco Verratti, à propos duquel tout un cinéma a été fait, une espèce d’intox grotesque censée brouiller les pistes. Beaucoup y ont cru, imaginant l’Italien titulaire. En réalité, il était incapable de s’entraîner normalement, alors disputer un quart de finale européen après une longue absence… Kevin Trapp étant médiocre et ayant été victime d’un gros choc à Lorient, j’aurais aimé voir Sirigu (je vous rassure, je n’y croyais pas une seconde). La réelle surprise était la disponibilité de Javier Pastore. Que fallait-il faire avec l’effectif à disposition ? La logique était d’adapter le sempiternel 4-3-3 en mettant Marquinhos en défense centrale, accompagné par Serge Aurier, Thiago Silva et Maxwell. L’identité du 3e homme du milieu avec Thiago Motta et Adrien Rabiot restait le point d’interrogation principal. Angel Di Maria était le favori, Benjamin Stambouli la grosse cote, "El Flaco" le coup de poker inattendu auquel je croyais de plus en plus à mesure qu’approchait l’heure du match. En le faisant débuter, Blanc lui aurait permis d’avoir un plus long échauffement, puis pouvait le sortir une fois cramé ou en cas de nouvelle rechute. Si Di Maria était retenu au milieu, Edinson Cavani, Lucas et Zlatan Ibrahimovic allaient nécessairement composer le trio d’attaque. Dans ce cas, Blanc n’aurait pu eu grand monde sur le banc. D’où l’idée de débuter avec Pastore, seul véritable meneur de jeu de l’effectif (avec Ongenda et Nkunku, impossibles à lancer dans un tel match).

A la stupeur générale, Blanc a troqué ses habits d’ayatollah du 4-3-3, l’organisation utilisée lors d’environ 95% des rencontres depuis septembre 2013, pour endosser une tenue de bricoleur. Plutôt le genre de bricoleur qui ne sait pas différencier une pince et une clé mais se décide un dimanche après-midi à démonter la moitié de la plomberie de la maison pour retrouver la bague de sa petite nièce tombée dans le lavabo 6 semaines auparavant. Désastre en perspective. Non content d’inventer un 3-5-2 sans queue ni tête contre une équipe de City en rien modifiée par rapport à celle de l’aller, il a en plus décidé de mettre plusieurs joueurs à des postes inhabituels… sans rien avoir fait travailler (ou peut-être une demi-séance avec une partie de l’effectif, aucune trace de 3-5-2 lors de la mise en place de veille de match). Résultat des courses, pas de Lucas, pas de Pastore, pas de Stambouli, mais… Van der Wiel sur le terrain ! Aurier stoppeur droit, Marquinhos stoppeur gauche, Di Maria on ne sait trop où…

Si vous souhaitez vous contenter d’un court résumé de la rencontre, je vous propose celui de beIN. Sinon, poursuivez la lecture et regardez mes vidéos.

Sur le papier, ça donnait ceci : Trapp – Aurier, Thiago Silva (C), Marquinhos – Van der Wiel, Motta, Di Maria, Rabiot, Maxwell – Ibra, Cavani. (Avec 4 gauchers au milieu…)
En pratique, ça donnait… le néant. Particulièrement en première période. Les latéraux ne montaient jamais sans pour autant défendre. Du coup le placement des 3 centraux était carnavalesque, Aurier avait tendance à se laisser attirer par la ligne de touche (réflexes de latéral) et s’écartant beaucoup trop, Marquinhos se centrait trop (réflexes de défenseur central), d’où une permutation pendant une partie de la première période (Aurier est passé à gauche, Marquinhos à droite, puis après quelques minutes, retour aux positions précédentes), Thiago Silva passait son temps à appeler le staff médical pour obtenir de l’aspirine et des antidépresseurs car ces c*nneries lui filaient un terrible mal de crâne… Pendant ce temps Motta perdait des ballons comme il sait si bien le faire, Di Maria était au mieux invisible, au pire mauvais, Cavani digne de sa – mauvaise – réputation dont totalement inutile, et Ibra totalement effacé. Le Suédois est toutefois le seul à avoir eu une occasion, un CF assez lointain tiré en force détourné par Joe Hart. Le PSG a largement dominé la stat préférée de Blanc, à savoir la possession de balle. En revanche, le PSG a été largement dominé dans le domaine qui m’importe le plus, la dangerosité. Les multiples pertes de balle notamment d’Aurier (complètement perdu), de Motta et compagnie ont permis à City de développer ses attaques rapides très dangereuses malgré l’absence de tir cadré en première période. Un Kevin De Bruyne très inspiré et un Kun Agüero combatif – ce qui lui a valu de prendre quelques coups – ont suffi à mettre les Parisiens en panique. L’Argentin a même obtenu un penalty… qu’il a manqué lamentablement en tirant à côté. Trapp a eu beaucoup de chance de recevoir un simple carton jaune (M. Velasco Carballo a été sympa) et de ne pas encaisser ce premier but à la 30e minute.

Offensivement, c’est bien simple, le PSG n’existait pas, le ballon tournait derrière, certaines fois pendant 60 à 90 secondes, soit des phases de passe à 5 ou 6 interminables, surtout quand personne n’ose tenter la passe en avant… faute de mouvement entre les lignes, d’appels en profondeur ou de prise d’initiative. Les défenseurs n’osaient jamais monter pour apporter un surnombre, les attaquants se cachaient. Un joueur manquait cruellement, celui capable de faire passer le ballon de la ligne arrière jusqu’aux 30 derniers mètres adverses par une passe, une accélération, un dribble. Rabiot est un des seuls, si ce n’est le seul, à avoir tenté des percées. C’est aussi un des seuls à avoir répondu au niveau de l’agressivité, de l’envie… Suffisant pour faire de lui un des 3 meilleurs Parisiens de la rencontre. En quart de finale de Ligue des Champions se bouger le c*l sur le terrain et être présent dans les duel devrait est en principe la norme. Pas au PSG. Depuis 4 ans, on nous l’affirme régulièrement, cette équipe est conçue pour briller sur la scène européenne, les joueurs n’ont que ça en tête, d’où les prestations en demi-teinte – quand elles ne sont pas totalement délavées – en Ligue 1. On nous répète que tout le monde sera au taquet au printemps pour les grands matchs de Ligue des Champions. Au final, un garçon d’à peine 21 ans se retrouve esseulé dans la catégorie des mecs qui ont su élever leur niveau lors des soirées européennes… Je décèle comme un souci au royaume enchanté du Paris Saint-Germain.

Même en étant un des plus en vue, Rabiot a commis de nombreuses erreurs. Comme ses partenaires. Gestes techniques absolument dégueulasses, incompréhensions aboutissant sur une passe dans le vide (normal dans ce système tenté à l’aveugle, sans aucune préparation), manques de concentration manifestes… le tout avec un faux rythme si faux qu’il n’aurait jamais dû passer la douane, ça sentait la contrefaçon chinoise à des kilomètres. Dans de tels moments, j’aurais rêvé d’être un téléspectateur neutre. Je me serais marré devant un spectacle si ridicule (offert aussi par City, dont l’ambition pouvait difficilement générer le moindre enthousiasme, son plan étant d’une part de tout bloquer en alternant pressing haut/défense bien organisé dans sa moitié de terrain, d’autre part de se projeter rapidement vers l’avant sans franchement insister). En tant que supporter du PSG, j’étais dépité. Défait. Affligé. Enervé ? Pas tant que ça… Sans doute à cause de l’habitude.

En outre, à la mi-temps tout restait possible, un but suffisait pour décrocher la qualification. La blessure de Motta a ravivé l’espoir car Blanc a été contraint de faire marche arrière pour transformer son 3-5-2 désastreux en un 4-3-3 un peu moins farfelu – pour rappel, City jouait avec un seul avant-centre, mettre un défenseur central de plus servait uniquement à avoir un élément supplémentaire pour faire tourner le ballon derrière, le corolaire étant d’en avoir un de moins pour proposer des solutions devant – malgré, là encore, des choix improbables. Aurier s’est retrouvé défenseur central, Marquinhos n°6, Di Maria milieu relayeur. Pourquoi Blanc a-t-il fait entrer Lucas – absolument pas prêt, il n’avait même pas ses crampons, autant vous dire que son échauffement se limitait à se lever du banc – au lieu de Stambouli ? Pour rectifier une grossière erreur de sa part ? Par défiance pour sa propre recrue ? On se demande pourquoi Stambouli a été recruté à la place de Cabaye. Toujours est-il que la compo était désormais celle-ci : Trapp – Van der Wiel, Aurier, Thiago Silva, Maxwell – Rabiot, Marquinhos, Di Maria – Lucas, Ibra, Cavani. Même si ne j’aime pas trop voir Rabiot devant la défense, j’aurais plutôt préféré un Aurier latéral droit, un Marquinhos défenseur central et Van der Wiel relayeur droit.

A la mi-temps, voici ce qui se disait sur beIN Sports. C’était bien vu.

Selon Blanc, son organisation de départ avait pour but de solidifier l’axe, elle a fonctionné car City n’a pas marqué, la suivante était déséquilibrée, l’équipe a été plus mise en danger et a encaissé ce but de Kevin De Bruyne à un quart d’heure de la fin (une belle frappe enroulée). Manque de lucidité ou malhonnêteté intellectuelle ? La réalité des faits est toute autre : le PSG a été bien meilleur en 4-3-3, s’il a fini par céder, c’est suite à une succession d’actions, 5 défenseurs se trouvaient dans la surface, 3 autres Parisiens juste devant. 3, 4 ou 5 derrière, ça n’aurait rien changé, le problème est plus le manque d’agressivité, le retard pour monter sur le Belge. De Bruyne nous a fait l’amour avant de nous dire adieu. Le mieux placé pour tenter de le contrer était… Cavani, en position de 6. Ce tir cadré est le seul de City lors de cette rencontre.

Dès le début de la seconde, un début de réaction s’était fait sentir. Le jeu parisien se mettait enfin en place, quelques actions offensives plus poussées ont donné lieu à des opportunités intéressantes, notamment un puissant CF de Zlatan repoussé par Hart (48e) et un but refusé à Lucas pour un HJ de Maxwell sur son débordement (54e). Si les Citizens connaissaient leurs temps forts, provoquant même quelques frayeurs à leurs adversaires, on s’ennuyait beaucoup moins. Puis Aurier est sorti, cédant sa place à Pastore. D’où, désormais, cette composition d’équipe : Trapp – Van der Wiel, Marquinhos, Thiago Silva, Maxwell – Pastore, Rabiot, Di Maria – Lucas, Ibra, Cavani. Pour le coup, on peut parler d’équipe hyper offensive.

Avec Pastore, le PSG a changé. Plus gestion de faire tourner le ballon jusqu’à le perdre, désormais il s’agissait presque systématiquement d’essayer d’en faire quelque chose quitte à finir par le perdre. Le mot d’ordre était devenu «Get a goal or die tryin’» pour paraphraser un célèbre rappeur américain[1] j’ai envie Enfin du jeu vers l’avant, des transversales, des décalages, de la profondeur, des accélérations balle au pied, des actions menées jusqu’à la surface adverse ! Enfin du football ! Alléluia ! Trop tard… En le voyant entrer à 30 minutes de la fin dans un match où une prolongation restait possible (même si peu probable, après une heure nulle, on n’imaginait pas finir sur un 2-2), on se dit qu’il pouvait tenir plus que ça, au moins 50 minutes. Pourquoi avoir attendu si longtemps pour le lancer ? Pourquoi ne pas l’avoir titularisé pour tenter d’en profiter le plus longtemps possible avant de devoir le sortir ? Un regret de plus…

Des occasions, le PSG en a eu. Pas assez. Thiago Silva sur corner (65e), une sorte de centre-tir de Van der Wiel (70e), un duel perdu par Cavani lancé en profondeur par Lucas (80e), un nouveau but refusé cette fois à Zlatan en position de HJ du début à la fin de l’action (86e)… Surtout, il n’en a converti aucune. L’aventure sur termine donc ainsi, de façon très frustrante. Encore une fois.

Les prestations des joueurs ?
Trapp a prouvé son inutilité, c’est un usurpateur. Il aurait été recruté parce que son jeu au pied devait permettre d’améliorer la relance et parce que Sirigu était jugé pas assez décisif. Le jeu du PSG est dégueulasse, Trapp a concédé un péno et encaissé 3 buts sur 4 tirs cadrés en 180 minutes. Le seul à avoir réussi son pari concernant l’achat de ce gardien est le dirigeant de son ancien club, il avait parié une bière à un pote qu’il trouverait un pigeon pour le lui acheter 10 millions…
Aurier est passé complètement à côté mais je n’arrive même pas à lui en vouloir. Si Blanc avait voulu le flinguer, il s’y serait pris exactement de cette façon. A l’aller, il l’a jeté dans le grand bain sans préparation, sans repère, tout pour galérer. Au retour il a fait pire en le mettant à des postes qui ne sont pas le sien dans une configuration où tout le monde était perdu. S’il voulait faire payer Aurier pour son dérapage, ce n’était franchement pas le moment.
Marquinhos a été trimbalé à différents postes, il a été moyen, a perdu des ballons, a aussi réussi un super tacle pour casser une grosse occasion en fin de match (ce qui ne changeait rien finalement).
Thiago Silva a surnagé sans être parfait. Difficile de l’être.
Van der Wiel a dû tenter 4 centres en étant bien décalé ou en éliminant. Il en a raté 3, le dernier s’est transformé en une espèce de centre-tir dans les bras du gardien. Il ne savait pas lui-même ce qu’il faisait là. Pour de vrai.
Maxwell est très longtemps resté invisible. Un réveil trop tardif.
Motta ? A son niveau habituel. Un niveau indécent de nullité.
Rabiot a respecté le maillot et la compétition, du coup on oublie plus facilement le déchet. Son envie suffit à faire de lui un des meilleurs Parisiens du match. Pauvre PSG.
Di Maria a justifié… son départ de Manchester United. Totalement à côté de la plaque. Pour moi, Di Maria doit être ailier gauche dans un 4-4-2, un 4-2-3-1 ou un 4-3-3, ce n’est pas un meneur de jeu, pas un ailier droit. Trop libre, il se perd, en voulant être partout, il n’est nulle part.
Cavani, j’aimerais tellement le voir ailleurs. Le plus bel héritage qu’il pourrait laisser au PSG serait de servir à récupérer un vrai grand joueur grâce à son transfert.
Ibra a eu des occasions, il a multiplié les mauvais choix, il a tout fait pour alimenter les critiques concernant son incapacité à briller dans les grands moments. Ce qui m’a le plus saoulé ? Ne pas se replacer et rester HJ tout au long d’une action offensive, marquer un but logiquement refusé et se plaindre.

Les remplaçants ? Lucas a essayé 2 ou 3 trucs. Pastore a apporté de la lumière, de la créativité. Le 3e ? Il n’est jamais entré en jeu, il y avait sans doute trop de nuls sur le terrain pour que Blanc et Gasset choisissent lequel sortir…

Il y a tant à dire à propos de Blanc. Tant à dire à propos de la reconstruction qui doit suivre son licenciement (le plus tôt sera le mieux). Je vais le faire en 2 parties. Vous retrouverez le bilan de 3 ans de Laurent Blanc dans la première en cliquant ici, les grandes lignes de la reconstruction dans la seconde en cliquant ici.



Les vidéos sont aussi sur Vimeo : 1ère pérode, mi-temps, 2nde période et court résumé.

Note

[1] Get rich or die tryin’, célèbre album de 50 Cent.