Lors des quarts de finale retour, on a eu droit à un 4-0, un 4-2, un 4-3 magique et un 2-1 conclu par des tirs au but. J’avais FC Séville-Athletic Bilbao sur un écran et, comme toutes les personnes bien inspirées, Liverpool-Dortmund en HD sur la télé. Avant le coup d’envoi, j’avais déjà pris plus de plaisir que lors de la double confrontation entre le PSG et Manchester City. L’aller était déjà un super match avec une ambiance magique.

Le retour a été encore plus fantastique. Le match de l’année… et sans doute plus ! Avant l’anesthésie générale et l’ablation des ultras, l’ambiance du Parc des Princes était aussi puissante. En écoutant ces chants, principalement le mythe You’ll never walk alone, repris par tout le stade debout écharpes tendues, comment ne pas avoir la chair de (Liver)-pool ? On aurait certainement entendu plus de bruit dans un stade vide que pendant la minute de silence.

Il s’agissait uniquement d’un préliminaire à match ébouriffant… A l’aller Liverpool a obtenu un bon résultat à l’extérieur (1-1) en choisissant volontairement de défendre bas pour empêcher les attaquants de Dortmund d’exploiter leur vitesse. Mamadou Sakho avait réussi une performance stratosphérique, bien assisté par Dejan Lovren.

Petit rappel en images (j’aurais aimé un résumé plus complet).

La perte de Jordan Henderson sur blessure lors du match aller a donné lieu à un choix erroné de Jürgen Klopp au retour, il a trop joué l’attaque en mettant un milieu offensif de plus, exposant son équipe aux contres fulgurants de l’escouade la plus prolifique d’Allemagne. Au bout de 4 minutes, premier contre, 0-1, douche froide sur Anfield. Au bout de 9 minutes, nouveau contre, 0-2. Stupeur et consternation. Cette ouverture du score de Mkhitaryan faisait suite à une reprise d’Aubameyang repoussée moyennement par Simon Mignolet, cette frappent concluant elle-même une attaque rapide très bien construite. Le Gabonais n’a pas tardé à convertir une autre occasion qui, de fait, obligeait désormais Liverpool à remporter la rencontre. En principe, l’affaire était entendue, les Allemands allaient passer. Pourtant les Reds ont vite réagi, commençant à multiplier les actions dangereuses, certaines aboutissaient sur d’incroyables occasions… loupées. La vitesse des attaquants du Borussia faisait planer un risque permanent de 3e but rédhibitoire, l’incapacité les locaux à envoyer ce p*tain de ballon dans les filets semblait elle-même rédhibitoire. A défaut de suspense – a priori – on avait du spectacle. Le rythme fou de cette rencontre rarement interrompue par l’arbitre turc, M. Çakir, le rendait très plaisant. On était juste en droit d’espérer un but anglais pour entretenir la flamme. A ce moment de la partie, Liverpool devait marquer 3 fois pour se qualifier. A la mi-temps, après de grosses frayeurs subies dans les 2 camps, le score était toujours identique, 0-2.

2 grosses minutes après le retour des vestiaires, Divock Origi a inscrit ce but tant espéré (lancé en profondeur par Emre Can, un pointu pour finir). Une dizaine de minutes plus tard, Marco Reus douchait de nouveau Anfield : 1-3 (57e). Plus qu’une grosse demi-heure à jouer et de nouveau 3 buts à inscrire. Le double changement de Klopp à la 62e s’est avéré particulièrement inspiré et décisif. Sturridge et Allen ont remplacé Firmino et Lallana. Déjà énorme à Dortmund quand il a suppléé Henderson, Allen a encore fait un chantier colossal au milieu. Probablement les Allemands commençaient-ils un peu à coincer physiquement, on ne les voyait plus trop, ça n’a fait qu’empirer suite à la nouvelle réduction de l’écart, cette fois par Coutinho d’une frappe enroulée presque à la De Bruyne (arf…) pour récompenser une combinaison magnifique avec Moreno puis Milner (66e).

Dès lors, pourquoi pas un 3e but ? Liverpool poussait sans trouver la faille jusqu’au corner de la 78e minute, un rebond au premier poteau, Sakho surgit en ayant lâché son défenseur grâce à un très bon déplacement, il met la tête, but. Folie dans le stade, on sent que la tendance s’est totalement inversée, qu’il va se passer un truc improbable… qui, inévitablement, finit par se produire : le but de la tête de Lovren à la 91e suite à un énième corner joué en combinaison, le centre de Milner était parfait, le Croate a sauté au 2nd poteau, coup de casque, scène de transe collective, crise de tétanie collective pour les Allemands… Ce dénouement est d’autant plus mythique qu’entre le but de Sakho et celui de Lovren, on a plusieurs fois cru le coche manqué, notamment quand… Lovren a envoyé le ballon en tribunes en tentant une volée impossible à la réception d’un CF. Eliminés, les hommes de Thomas Tuchel – le successeur de Klopp – auront des regrets à cause du scénario. Ils sont juste tombés contre des mecs encore plus morts de faim qui ont puisé dans leurs ressources pour se battre jusqu’au bout.

J’ai pris la peine de faire moi-même un condensé de cette rencontre (avec l’entrée l’ambiance d’avant-match, la minute de silence, mais aussi la communion entre les joueurs et le public après le match).

Dans le cœur des Scousers, ce quart de finale d’Europa League ne remplacera pas la finale d’Istanbul, ce 3-3 terminé par des TAB après le 3-0 encaissé en première période. Il s’agissait d’une finale de Ligue des Champions contre le grand Milan. Ce 4-3 complètement dingue restera néanmoins inoubliable. Et pour causes. A Liverpool, la coupe d’Europe signifie beaucoup, c’est dans les gênes du club, son histoire est jalonnée de rencontres épiques. Cet exploit s’inscrit dans la légende du club. A lui-seul, ce scénario fou au dénouement renversant suffit à donner une dimension particulière à la soirée. En plus du scénario brut, des tas d’ingrédients sont entrés dans la recette pour donner naissance à ce chef d’œuvre du football. Ça a débuté par l’ambiance folle agrémentée d’un respect remarquable entre les entraîneurs, joueurs et supporters des 2 camps, l’arbitre a fait son travail assez proprement sans faire parler de lui. Sur le terrain, quel état d’esprit ! Quel rythme hallucinant ! Quelle intensité ! Par rapport à City-PSG, on aurait dit un autre sport ou alors le même mais regardé en avance rapide ! Bien sûr, tout n’était pas parfait, mais on pardonne beaucoup plus facilement le déchet technique quand ça va à 100 à l’heure avec des intentions offensives que quand on voit beaucoup de gestes simples être loupés par des joueurs statiques ne prenant aucun risque. A vrai dire, j’ai le sentiment d’avoir vu plus de déchet mardi. Parmi les épices qui relèvent encore le goût de cette soirée, on se doit de relever l’identité des buteurs, à savoir les 2 défenseurs centraux dont Lovren, qui comme Origi était catastrophique avant d’être ressuscités par Klopp, des joueurs adorés par les supporters (Coutinho et Sakho). La célébration des buts et de la victoire resteront aussi mythiques. En réalité, cette équipe dégage quelque chose de particulier totalement à l’image de son entraîneur. Passion, envie, détermination, jamais de renoncement… Klopp en a fait un collectif. Des entraîneurs entraînants qui ont des résultats en poussant leurs joueurs à se battre pour eux, qui sont proches d’eux, qui vivent les matchs dans leur zone technique comme s’ils étaient sur le terrain, c’est… exactement ce qui manque au PSG. Cette semaine Klopp mais aussi Simeone ont renversé le favori de leur coupe d’Europe (respectivement Dortmund et le Barça) grâce à ces valeurs de combat collectif. Ils l’ont fait chacun dans son style, l’un très offensif, en proposant un football frénétique, très créatif, l’autre en insistant sur la solidarité, la discipline.

La communion entre joueurs et supporters après le match… Wahou ! Ça m’Anfield des frissons

Je vais tout de même continuer un peu sur le sujet afin de parler de l’homme clé de ces quarts (qui l’était déjà contre Manchester United au tour précédent) : Mamadou Sakho. En France, le dénigrer est presque un sport national. On devrait plutôt pousser pour qu’il soit capitaine des Bleus. Un meneur d’hommes de cette qualité, à la fois leader vocal et par son comportement. Il montre l’exemple, c’est un véritable guerrier comme un en fait peu de nos jours. Il apporte l’engagement physique qui manque à des garçons comme Varane. La dureté dans les duels est nécessaire pour calmer les attaquants adverses. Son seul véritable défaut est sa pointe de vitesse limitée. Seuls les gens qui ne l’ont pas observé sont foutus de le dévaluer à propos de sa technique et de sa qualité de relance car en réalité il est très technique, même Thiago Silva vous le dira. En outre, ce n’est pas un hasard si ses entraîneurs successifs choisissent systématiquement de faire passer les relances par lui. Il fait preuve d’un sang-froid remarquable, ne s’affole jamais, cherche – et trouve – ses coéquipiers entre les lignes, c’est super propre. Pour dire le contraire, il faut s’arrêter au superficiel : il n’a pas une gestuelle très gracieuse car son morphotype assez musculeux ne s’y prête pas. En sport, la beauté du geste est souvent indépendante de sa qualité. Regardez Joakim Noah tirez un lancer franc, c’est horrible à voir, pourtant il a enchaîné 5 saisons entre 73,7% et 75,1% de réussite dans l’exercice. Regardez des courses de Michael Johnson, c’était n’importe quoi visuellement, les épaules en arrière, le torse en avant, hyper cambré, pourtant il allait hyper vite. Le fait est que Mamadou Sakho commet très peu d’erreurs, en particulier dans les matchs importants [1].

Les médias français et les haters qui commentent sur les réseaux sociaux ont voulu répandre l’idée selon laquelle il serait responsable des 3 buts encaissés, essayant par la même occasion de faire oublier qu’il a éteint l’attaque allemande à Dortmund puis en seconde période (en ayant déjà sauvé la maison quelques fois en première), mais aussi qu’il a sonné la révolte et fait basculer la rencontre par son attitude (celle-ci étant récompensée par le but). Est-ce trop leur demander que d’analyser la rencontre un peu plus qu’en surface ? L’image arrêtée où on voit un défenseur couvrir l’attaquant suffit-elle à lui mettre sur le dos la responsabilité d’un but ? Non. En début de match, le gros souci était le manque de repli défensif des Refs, dépourvus de véritable n°6 pour casser les contre-attaques. Par conséquent, le quatuor de derrière se trouvait très exposé aux vagues successives. Tactiquement, certains choix ont été faits. Il faut le comprendre, Liverpool n’a cherché à jouer le HJ au cours de cette rencontre (Dortmund a été sanctionné seulement 2 fois), parler du mauvais alignement de Sakho est une contre-vérité. Il couvre l’attaquant sur les 3 buts, pourtant il n’est pas fautif, seulement en partie responsable à l’image de chacun de ses partenaires car Liverpool est une EQUIPE. Une observation un tant soit peu poussée des images permet de le comprendre.
-L’action de l’ouverture du score part d’une perte de balle dans le camp jaune, le Borussia remonte le terrain plein axe, c’est du 5 contre 5, les milieux n’ont rien freiné. Du coup Lovren doit monter sur Kagawa, lequel transmet à Castro sur sa droite. Milner et Moreno sont à leur tour contraints de monter sur le porteur de balle, laissant Sakho seul derrière… car Clyne a complètement lâché le marquage au 2nd poteau où se trouvaient Aubameyang et Reus. Il ne s’agit clairement pas d’un mauvais alignement : personne n’a cherché à s’aligner. Sakho était bien placé pour intercepter une passe conventionnelle pour un des 2 attaquants. Seulement, Castro l’a éliminé avec sa passe lobée parfaitement dosée, offrant ainsi un caviar au Gabonais. Vous connaissez la suite. Milner a coupé sa course et manqué de réactivité pour dégager suite au tir repoussé. Mkhitaryan en a profité.
-Le 2e but a aussi été inscrit en contre, cette fois il s’agissait d’un 2 contre 5. La différence a été faite à la fois par l’appel en profondeur d’Aubameyang côté droit et par la passe magistrale de Reus, auteur d’une belle percée et beaucoup trop seul dans l’axe pour ajuster son offrande. N’étant pas pressé, l’Allemand avait tout loisir de répondre à l’appel de son avant-centre. Si Sakho était monté ou s’était arrêté pour tenter de mettre l’ancien Stéphanois en position de HJ, il lui aurait ouvert une autoroute vers le but. La seule option était de se placer de façon à réduire au maximum l’angle de passe, le problème étant toujours le même, Reus était libre d’ajuster sa transmission. Normalement un milieu défensif aurait dû le bloquer ou a minima le ralentir. A la fin de l’action, Sakho revient pour tenter de contrer Aubameyang qui, très excentré, marque en glissant. Le ballon termine en lucarne avec beaucoup de réussite.
-Le 3e but est fou : Mats Hummels monte balle au pied jusqu’à se retrouver en position de milieu gauche. Trop peu agressifs et pas réactifs pour un sous, les Reds le laissent faire une passe en profondeur magique qui en élimine 4 d’un coup, dont Clyne, qui s’est encore oublié au marquage de Reus, parti dans son dos. Un enroulé du pied droit au ras du poteau opposé, c’était réglé. Là encore, Sakho couvrait un éventuel HJ, seulement il faisait juste son taf (surveiller Aubameyang), on ne peut en dire autant des autres, particulièrement laxistes, notamment Milner qui a laissé passer le ballon à 50cm de lui. Là encore, personne ne jouait le HJ.

Avec Lloris et Varane qui sont des gars plutôt placides, Evra et Sagna que je qualifierais de latéraux très moyens voire médiocres (même si Evra a de la gouaille, défensivement c’est faible), seul Sakho est capable d’apporter le caractère dont a besoin la ligne défensive des Bleus. D’ailleurs sa part active au renversement de situation face à Dortmund rappelle le fameux France-Ukraine. Le supplément d’âme grâce auquel ces équipes ont réalisé l’impossible…. C’est lui. On n’est pas capitaine partout[2]

Intéressons-nous rapidement aux autres matchs de la soirée. J’ai seulement suivi Séville-Bilbao. Gameiro a encore marqué, à l’aller il avait offert une passe décisive magique. C’est une machine. Quand je pense que le PSG l’a vendu 10 millions, ce qui a permis de payer une petite partie du transfert de Cavani… Oui, ça pique. Aussi fort qu’un escadron de frelons asiatiques surexcités. Les Basques ont arraché une prolongation, Gameiro avait des crampes juste à la 120e minute, il a tout de même conclu la série de tirs au but, réussissant celui de la qualification (lucarne). Il taille patron en Liga et en Europa League. Comme il venait de Lorient, le crédit dont il bénéficiait au PSG était équivalent à celui d’un Stambouli. Son rôle ? Bouche-trous. Malgré une efficacité redoutable. A Paris, le statut compte plus que le niveau réel.

En demi-finales, Liverpool et Séville retrouveront le Villarreal d’Alphonse Aréola et de Cédric Bakambu, qui y font chacun des étincelles cette saison. Depuis des années je ne pense que du bien du futur gardien titulaire du PSG, il DOIT revenir la saison prochaine. L’ancien Sochalien m’a fait bonne impression avec les EdF de jeunes (avant d’opter pour la RDC) et avec les Lionceaux, son départ en Turquie où il a passé une saison n’aura pas été un frein pour sa carrière.

Enfin, le Chakhtior Donetskqui a posé de gros soucis dans le jeu au PSG en phase de pour de la LdC – a explosé Braga 4-0. Ce résultat aurait permis à la France de repasser en 5e position au coefficient UEFA… si les Parisiens avaient été bons à Manchester. Ça se joue à rien entre la France et le Portugal. La différence est de 0,166 pts, elle sera effacée dès le début de la saison prochaine, le Portugal ayant 1,333pts de plus sur l’exercice qui ne comptera plus (égalité sur l’année suivante, et encore une avance du Portugal qui disparaîtra). En principe, la France repassera 5e, ce qui permettra au 2e dauphin du PSG d’entrer en barrage de la LdC plutôt qu’au 3e tour préliminaire… sauf si la Russie double, sachant qu’elle n’est pas loin derrière et que notre avance est maigre.

Pas de vidéo pour ce dernier match car OSEF… En revanche, difficile de faire l’impasse sur un constat : depuis qu’ils ont quitté le PSG, Gameiro, Sakho et Aréola cumulent 5 demi-finales européennes de plus que leur ancien club. Certes, il s’agit d’Europa League et non de Ligue des Champions. Honnêtement, entre se faire sortir piteusement en quarts de la LdC et atteindre le dernier carré de l’EL, voire la finale, voire la gagner comme Gameiro l’a fait 2 fois et au moins un des 3 anciens Parisiens va le faire dans quelques semaines, que choisiriez-vous ? En ce qui me concerne, c’est vite vu.



Les vidéos sont aussi sur Vimeo : l’ambiance à Dortmund, résumé Dortmund-Liverpool, Liverpool-Dortmun version courte, condensé de la 1ère période, condensé de la 2nde période, Séville-Bilbao et Prague-Villarreal.

Notes

[1] Il lui est arrivé après son dernier retour de blessure d’avoir du mal lors de certaines rencontres de championnat, sans doute à cause d’un manque de rythme et du besoin de reprendre ses repères avec ses partenaires. L’association avec Lovren est assez récente, il était plus habitué à Skrtel (très mauvais lors de son retour, ses énormes boulettes ont chez nous été transformées en erreurs de Sakho…). Plus récemment, lors du match contre Tottenham, le dernier match avant la double confrontation avec Dortmund il a foiré le dernier quart d’heure de la première mi-temps… sans être responsable du but encaissé. Quel défenseur est toujours au taquet, de la première à la dernière minute de chaque rencontre à laquelle il prend part ? Même pas Thiago Silva.

[2] Il a porté le brassard dans toutes les sélections chez les jeunes mais aussi en A, dans les différentes catégories au PSG jusqu’à l’équipe première, et déjà au moins une fois à Liverpool.