Le meeting a débuté dans des conditions idéales pour le triple saut et le sprint, notamment en raison de la chaleur, mais aussi pour le lancer du disque car le vent soufflait dans le sens favorable[1] un peu en-dessous de la limite autorisée de 2m/s (hormis de temps en temps une petite pointe dans les 2,5m/s). Forcément, dans la ligne opposée, les coureurs de 400m et de demi-fond étaient gênés. Certains y ont laissé énormément d’énergie, parfois jusqu’à se cramer.

Pour le petit contingent français ayant fait le déplacement, la soirée a très bien commencé avec un record perso pour Jeanine Assani-Issouf au triple saut. Elle a sauté à 14m26 (+1,5m/s) à son 2e essai. Minima olympiques réalisés ! Son record était jusqu’ici de 14m24. Ce saut lui a permis de terminer 4e. Le podium était très loin, Caterine Ibarguen a sauté à 15m04 (+1,5), Yulimar Rojas[2] à 14m92 (+2,6) et Olga Rypakova à 14m61 (+1.1).

Depuis Pékin, je ne peux m’empêcher d’éprouver de gros doutes concernant Dafne Schippers. On la savait déjà très en forme, mais un départ médiocre de la Néerlandaise a permis à Tori Bowie de lui résister et dominer le 100m en 10"80 (+0,7m/s) malgré l’accélération de la championne en titre, tout de même 2e en 10"83 (10"91 pour Veronica Campbell-Brown). Ça reste assez flippant pour des perfs de début de saison.

Asbel Kiprop a logiquement dominé le 1500m masculin. Après avoir suivi seul les deux lièvres, il a parcouru le dernier tiers de la course loin devant le peloton, personne n’a jamais imaginer disputer la même course que lui. Victoire en 3’32"15 sans forcer. Trop facile pour lui !

Je n’avais jamais entendu parler d’Ameer Webb, un nouvel Américain. Déjà auteur d’un chrono sous les 20" lors d’une compétition universitaire, il a récidivé en faisant grosse impression : 19"85 (+1,9m/s). Outch. Ça va déjà très très vite sur 200m cette saison un peu partout dans le monde. Ceci dit, il est dans le rythme NCAA, dont beaucoup plus avancé dans sa saison.

Malgré le vent latéral, le concours du saut à la perche féminin est monté relativement haut, on a assisté à plusieurs records personnels (dont un record de Suisse) et du meeting. L’Américaine Sandi Morris a réussi un super concours, remporté à 4m83.

Ça s’est moins bien passé au saut en hauteur où le héros local, Mutaz Essa Barshim s’est loupé (2m26), contrairement à ce cinglé de Zhang Guowei (2m31), l’homme qui danse dès qu’il passe une barre. Toutefois la victoire est revenue à Erik Kynard (2m33).

Conseslus Kipruto s’est baladé, gagnant tranquillement le 3000m steeple en 8’05"13

Je vous passe d’autres résultats pour en arriver aux sujets qui nous concernent réellement.

J’aurais aimé ne pas revoir cette version de Caster Semenya disputer un 800m féminin. Pourquoi ? Parce qu’il s’agit d’un homme avec un appareil génital féminin. Biologiquement, génétiquement, c’est un homme. Sans traitement pour rectifier les effets de sa production de testostérone, dire qu’il s’agit d’un homme courant avec les femmes est une réalité. Le TAS a été totalement inconséquent en annulant le règlement de l’IAAF qui visait à rétablir l’équité sportive dans les cas d’individus de son… genre. On ne peut parler de dopage légal dans la mesure où l’athlète en cause ne prend pas de produit pour améliorer ses performances, néanmoins il s’agit très clairement d’un avantage complètement anormal qui ouvre la porte à toutes les dérives. Prenez un homme, transformez-le extérieurement en femme en l’opérant, vous aurez le même résultat. Normalement pour qu’un transsexuel puisse disputer des compétitions féminines, il lui faut suivre un traitement hormonal en plus de la transformation chirurgicale. Je me souviens d’un cas en judo, un Brésilien devenu Brésilienne qui avait disputé notamment les JO (où une Française lui avait mis une raclée). Avec Caster Semenya, on n’est pas dans un cas de transsexualisme mais d’hermaphrodisme. On peut nous sortir tout le chapitre du droit à la différence, du respect de la dignité et autres arguments grandiloquents du même "genre". Et le respect de l’équité ? Des femmes nées femmes avec un profil génétique XX, sans testicules internes ni production de testostérone s’entraînent hyper sérieusement pour… se faire détruire par des adversaires qui ne se battent pas avec les mêmes armes. Voir Caster Semenya effectuer 700m de footing en courant à l’extérieur au milieu du peloton, une mine à l’abord de la dernière ligne droite pour remonter tout le monde et prendre le large, une victoire en 1’58"26 et aucune fatigue à l’arrivée, c’est aussi gerbant que quand un cycliste a un moteur électrique dans le cadre de son vélo. Seulement, là, tout le monde connaît l’existence du "moteur" caché. En cyclisme, on en reste généralement au stade des doutes.

Il est urgent de rétablir un règlement permettant de sauvegarder l’intérêt général, celui des sportives, des compétitions et du sport est le même : s’il existe des épreuves masculines et féminines dans une discipline, ne doivent participer aux épreuves féminines que les femmes qui ont toutes les caractéristiques d’une femme. En réalité, on devrait faire une catégorie femmes et une catégorie open, car dès lors qu’il faut avoir un chromosome Y et des testicules pour remporter une course chez les femmes, dès lors que des concurrentes ayant une apparence – et une voix – masculine écrasent la concurrence sans forcer ni se fatiguer, la discipline perd toute crédibilité. Pour info, il y a peu, Semenya a enchaîné en quelques heures un 400m en 50"74, un 800m en 1’58"45, soit 2 MPM, et un 1500m en un peu moins de 4’11… qui pour le coup n’est pas fou) en quelques heures avec à chaque fois des temps impressionnants… pour une femme. Pour une femme normalement constituée, l’enchaînement n’est pas réalisable. Semenya n’a pas besoin de récupérer de ces efforts.

Bref, passons à un autre sujet.

A vrai dire, lors de ce meeting, je n’attendais qu’une chose : le triple saut masculin avec le retour de Teddy Tamgho sur le lieu de sa blessure au tendon d’Achille[3]. C’était l’an dernier. Il n’a pas fini son premier saut. Le 2e essai, parti trop loin de la planche, a aussi été empreint de retenue, donc pas abouti. Le 3e saut a commencé à ressembler à un saut, même s’il a encore fini debout. En réalité, à chaque essai, il s’approchait un peu plus d’un vrai triple saut. Il semblait construire son retour plus que son concours. On le sentait se lâcher progressivement. Malheureusement, le nouveau règlement débile de la Diamond League élimine les concurrents qui ne sont pas dans le top 4 après 3 sauts. Il en est donc resté à 16m54. Ce règlement est d’autant plus stupide que désormais les 6 premiers de chaque épreuve prennent des points pour la DL. Je peux comprendre la pertinence de ce règlement pour un championnat en salle, a fortiori s’il y a eu des qualifications. Et encore, en salle, il me semble bien qu’on élimine les derniers après 3 essais mais que l’écrémage pour en conserver seulement 4 concerne uniquement le dernier essai. Avec un cut si rapide et si violent, on se prive de la beaucoup des concours concernés, à savoir la possibilité d’avoir des renversements de situation. Sans parler du voyage. Je doute qu’on serve la cause de l’athlétisme en obligeant les concurrent à se coltiner de nombreuses heures d’avion pour sauter ou lancer seulement 3 fois. Auront-ils réellement envie d’aller disputer des épreuves de Diamond League alors que d’autres compétitions leur donneront 6 essais pour réaliser de grosses performances et se préparer pour l’échéance estivale de l’année ? Les lanceurs déjà peu exposés tout au long de l’année vont encore y perdre en visibilité. On ne respecte pas plus les spectateurs qui paient pour voir leurs athlètes favoris… et en sont rapidement privés. Bref, l’athlé part vraiment en sucette.

Teddy a fini 7e d’un concours qui plafonnait alors à 17m19 (Christian Taylor a gagné avec 17m23, rien à voir avec le niveau de l’an dernier sur le même sautoir). Il a besoin de retrouver ses repères et ses sensations, ce n’est pas en étant limité à 3 essais qu’il le pourra.

Dimitri Bascou a participé au 110m haies, l’épreuve la plus relevée du meeting (du moins sur le papier). Premier homme à avoir couru sous les 10" sur 100m et sous les 13" sur 110m haies Omar McLeod, déjà auteur de la MPM, a fait encore mieux : 13"05 (+1,4) malgré une grosse faute à la 9e haie. Il y a lâché au moins 1 dixième, peut-être plus. Flippant ! Bascou a pris la 5e place en 13"33, il était relativement bien parti, a eu un peu plus de mal ensuite, mais début mai, c’est bien, mieux vaut ne pas être prêt trop tôt. Avec ce chrono, il a déjà les minima en poche, seulement la densité française sur les haies hautes ne lui assure pas sa place à Rio.

La dernière épreuve du meeting était un relais 4x400m masculin avec une équipe de France. Malheureusement, elle n’a pas été diffusée. La France a pris la 4e place juste sous les 3’04 d’une course remportée par le Botswana en 3’02"29. Surtout, elle a été dominée d’un cheveu par… le Qatar. Avec tout le monde au top de sa forme, la France doit craquer la barrière des 3’. Espérons que ça se produise à Rio.

La semaine prochaine, la DL fait étape à Shanghai.



Les vidéos sont aussi sur Vimeo : triple sauf F, 100m F, 1500m H, 800m presque F, triple saut H et 110m haies.

Notes

[1] De dos pour le sprint et le saut, de face pour le disque.

[2] Une très jeune Vénézuélienne qui a auparavant explosé son record national.

[3] Il a déjà fait son retour à la compétition aux ChF en salle puis a disputé un petit concours aux Etats-Unis.