Ce PPV – dans le calendrier de la boxe, le premier week-end de mai est traditionnellement celui du PPV le plus attendu de l’année, ces dernières années il a souvent été réservé à Mayweather – avait besoin d’être sauvé par un super main event car les combats d’encadrement ont laissé à désirer, même s’il y a eu du KO ou du TKO, à l’image de celui qui a précédé l’affiche principale de la soirée : Glen Tapia, déjà battu lors de son précédent combat par Michel Soro, a été arrêté par son coin après avoir subi un knock-down – le premier de sa carrière malgré 2 défaites avant la limite – contre David Lemieux. Il pouvait clairement continuer, son staff a jeté l’éponge de façon super étrange, sans rien lui demander, sans attendre la fin du 4e round. Il était d’ailleurs très mécontent (c’est sa 3e défaite en 26 combats), ça sent le changement d’entraîneur cette affaire ! Je suspecterais même une histoire de paris truqués s’il n’avait Freddie Roach comme entraîneur (l’arrêt a été demandé par son assistant qui bossait déjà avec Tapia chez les amateurs). Bref, ça s’est terminé en queue de poisson avec un succès facile pour le Québécois (35-3, 0, 32KO), nouveau champion NABO (champion d’Amérique du Nord).

Auparavant, on a vu Curtis Stevens assommer le Brésilien Patrick Teixeira en un rien de temps. Moins de 4’. Ce dernier, beaucoup plus grand mais aussi nettement plus léger (après la pesée, il a repris beaucoup de poids), arrivait invaincu en 26 combats (26-0-0, 22KO). La série est terminée.

Sans surprise, le jeune Frankie Gomez (désormais 21-0-0, 13KO) a battu Mauricio Herrera (22-6-0, 7), ancien champion du monde, plus vieux de 11 ans. L’affaire a été réglée à la décision au terme des 10 rounds : 100-90 pour les 3 juges. Contrairement aux 3 autres combats du PPV, il ne s’agissait pas de poids moyens mais de poids welters.

On en arrive au main event. L’adversaire de "Canelo" n’était ni un faire-valoir, ni un énorme cador. Amir Khan attendait depuis un moment l’opportunité de disputer un grand combat. Mayweather et Pacquiao lui ont mis des vents. Si personne ne voulait lui donner sa chance, c’est parce que… tout le monde s’en fout. Rien à voir avec Gennady Golovkin, qui tout le monde veut éviter… par peur d’en ressortir très amoché (et battu).

Si Oscar De La Hoya a accepté cet adversaire pour sa poule aux œufs d’or, c’est qu’il était sûr de son coup. Il a monté tout le programme de la réunion à sa sauce, comme toujours. On y a même vu combattre un membre de sa famille (un petit cousin je crois) dans la carte préliminaire. Le "Goldenboy" ne veut plus prendre aucun risque avec ses vedettes depuis que Lemieux s’est fait détruire par Golovkin l’an dernier.

A vrai dire, personne ne donnait le Britannique favori. Il a dû monter de 2 catégories pour boxer chez les poids moyens, au risque de perdre en vitesse. Aucun combat pendant plus de 11 mois, des défaites à son actif (il a été champion du monde chez les super-légers, ça commence à remonter, a perdu 2 fois dont une par KO avant de se relancer en enchaînant 5 victoires)… Il était là pour tenter de redonner une véritable dimension à sa carrière. Une tentative désespérée ? Alvarez était nettement plus lourd et puissant, il a perdu un peu de poids avant la pesée et en a repris ensuite, alors que Khan a dû en prendre pour être prêt à affronter un boxeur habitué à cette catégorie. Notons tout de même qu’un poids intermédiaire de 155 livres a été fixé, c’est assez proche de la limite des super-welters. Néanmoins, la donne restait la même : vitesse contre puissance… "Canelo" a plus de mal contre ce type de boxeurs remuants. Allait-il pouvoir le choper ? Si Khan se faisait attraper, il allait exploser en vol.

Première reprise d’observation, quelques bonnes initiatives de Khan. Rien de bien fameux hormis un joli gauche-droite très rapide de l’Anglais au début.
Le 2e round a débuté sur un autre rythme, avec plus d’intensité et de hargne. Khan s’est bien déplacé, il a touché à quelques reprises. Alvarez semblait déjà agacé.
Lors des 3’ suivantes, "Canelo" a cherché à cadrer son adversaire, à le bloquer, mais les déplacements de l’Anglais le contrariaient énormément, il n’y arrivait pas et se prenait des contres ou attaques hyper rapides.
Même chose lors de la 4e reprise. Du coup, arrivant très rarement à toucher, Alvarez essayait systématiquement de frapper très fort pour compenser le petit nombre de coups portés. Sans résultat.
Après un tiers des 12 reprises, j’avais 4 points d’avance pour le challenger. A mon très grand étonnement. Il lui fallait réagir sans attendre… Il en allait plus de sa crédibilité que de la conservation de son titre car on le sait, avec la WBC, la carotte s’enfile facilement. Par cageots entiers (Cotto l’a appris à ses dépens contre "Canelo"). Néanmoins, au 5e round, malgré une attitude plus agressive et offensive, Alvarez se heurtait toujours au problème de distance à cause des déplacements de Khan.

Au cours de la 2e minute de la 6e reprise, le Mexicain a enfin commencé à montrer ce dont il est capable. Khan a montré du répondant… avant de se faire coucher à 30 secondes de la fin. Un KO net en 1 coup. Le Britannique est tombé sur le dos, lumière éteinte à tous les étages. Il aura donc suffit d’un coup – une droite monumentale – à Alvarez pour remporter un combat dont il avait jusqu’alors perdu tous les rounds au décompte des gens n’ayant aucun parti-pris. Khan a commis l’erreur de baisser les mains en s’approchant trop de son adversaire. BOUM ! La droite est partie de très loin, à une vitesse dingue. Khan a eu énormément de mal à s’en remettre.

Comme quoi, un seul coup peut sauver un PPV et vous faire passer l’envie de regretter d’avoir veillé jusqu’à 6h du matin… Ensuite, comment s’endormir après avoir entendu "Canelo" se dire prêt à affronter Golovkin ? On n’a pas eu droit à un combat aussi excitant entre 2 boxeurs au meilleur de leur forme depuis de très longues années.

Attention toutefois à Alvarez, il s’est fait plaisir en allant au casse-Khan, mais contre "Triple G" il pourrait bien aller au casse-pipe. Sa propre pipe.



Les vidéos sont aussi sur Vimeo avec le mot de passe habituel, à savoir « boxe » :
-Lemieux-Tapia ;
-Teixeira-Stevens ;
-Gomez-Herrera partie 1 et partie 2 ;
-Alvarez-Khan partie 1 (présentations/hymnes/entrées), partie 2 et partie 3.