Comme d’habitude, le premier titre attribué a été celui du 400m NL masculin. Impressionnant lors des séries, Velemir Stjepanovic faisait figure de favori, surtout en l’absence de certains cadors non préparés pour ces championnats. Le Serbe a vite pris les devants, puis a contrôlé pour conserver une demi-longueur d’avance. ChE_natation_2016.jpg L’Italienne Gabriele Detti a commencé à attaquer lors de la 3e longueur et est même passé d’un rien en tête à mi-course, alors que Stjepanovic, habituellement rapide sur 200m, n’avait plus le jus pour suivre. Avant le dernier aller-retour, l’Italien était bien trop loin pour être rattrapé. Sa victoire très nette a été obtenue avec à la clé un très bon chrono de 3’44"01, soit la 4e meilleure perf mondiale de l’année (il détient la 3e). Il y a eu baston pour les autres médailles, un jeune Norvégien, Henrik Christiansen, a pris la 2e place devant le Hongrois Peter Bernek. Sjepanovic a échoué au 6e rang.

On espérait une bonne performance de Mélanie Henique en demi-finale du 50m papillon. Son départ et sa reprise de nage semblaient très corrects, elle est sortie dans le coup, c’est ensuite que ça a un peu coincé, même si elle s’est battue jusqu’au bout. Toucher seulement 5e en 26"14 – à cause d’une mauvaise touche me semble-t-il – la condamnait à croiser les doigts et à stresser pendant 2 ou 3 minutes, les temps de connaître les chronos de l’autre demie. La seconde course a été très rapide, néanmoins les 3 premières ont lâché leurs adversaires, ce qui a permis à la Française de passer 8e et dernière. Pour espérer une médaille, il faudrait à la fois réussir la course parfaite et un concours de circonstances.

Pas rapide lors des séries, Camille Lacourt a pu constater que la concurrence est forte sur 100m dos, à l’image d’Apostolos Christou, un Grec né en 1999, auteur d’un chrono de 53"36 lors de la première course. Caché au couloir 7, le Français n’avait pas particulièrement besoin de répondre, il lui fallait surtout se qualifier, ce qui nécessitait d’améliorer nettement la performance réalisée le matin. Au final, il aura bien géré son affaire, touchant 2e en 54"09, ce qui le qualifie 4e. De nombreux détails peuvent lui permettre d’aller plus vite demain. Par exemple se raser la barbe… Mais surtout se mettre à fond.

A l’approche de la finale du 400m 4 nages féminin, 2 questions se posaient :
-Katinka Hosszu allait-elle battre le record du monde ?
-Qui derrière Hosszu ?

Un mauvais départ a plombé ses chances de battre un record, elle avait 8 dixièmes de retard par rapport aux temps de passage de sa meilleure marque mais a mieux nagé en dos que lors de son record d’Europe (réalisé à Marseille il y a peu). En brasse, elle a encore tout mis dans le retour, ce qui semblait être sa stratégie dans toutes les nages. A l’issue des longueurs en crawl, elle a "seulement" battu un record des championnats en 4’30"90, il lui a manqué 1 seconde pour le record d’Europe. Les écarts étaient faits depuis déjà bien longtemps, Hannah Miley a pris la 2e place, Zsuzsanna Jakabos la 3e.

Pour Giacomo Perez-Dortona, le deal était clair : en nageant 1’00"57 en demi-finale du 100m brasse, il gagnait sa place pour Rio. Dur ! Passé 3e au virage, il a eu beaucoup de mal à finir. 1’01"56, ça signifie adieu Rio, adieu la médaille pour le relais 4 nages… Je ne vois pas comment Théo Bussière pourrait passer de 1’01"35 à un temps très proche ou inférieur à 1’00 d’ici le mois d’août. Quand on voit un Adam Peaty gagner facilement en 58"74 sans préparation spécifique, on se dit que les 3 grosses secondes qu’il mettrait au Français sur ce relais seraient impossibles à combler. Comme l’Australie et les Etats-Unis sont très complets, ce serait cuit pour nous.

Katinka Hosszu a fait son retour dans le bassin pour la seconde demi-finale du 200m dos. Daryna Zevina a fait belle impression lors de la première course, la Hongroise est allée nettement moins vite, elle a accéléré assez tard. Aucun souci toutefois. Aurait-elle décidé de changer ses habitudes en s’économisant lors des courses qu’elle peut gagner sans s’employer outre mesure ? L’accumulation des courses est souvent ce qui plombe ses résultats lors des grands championnats.

Il nous fallait un 3e qualifié pour les finales de mardi. Fred Bousquet était le seul à pouvoir l’offrir à l’équipe de France. Le 50m papillon, il connaît. Plutôt bien parti totalement à l’extérieur, il s’est qualifié sans problème au terme d’une très bonne course effectuée sans respirer. 2e en 23"69 – devant 3 garçons à 4 centièmes et moins – avec une marge de progression, c’est très bien. En finale, il aura tout à gagner. Etre tout à l’extérieur comme lors de cette demi-finale lui aurait sans doute plu, ce ne sera pas le cas, néanmoins il sera excentré car qualifié 6e, très loin du futur vainqueur. Andriy Govorov sera en effet l’immense favori, l’or lui est réservé, il a mis presque une longueur à tout le monde lors de la seconde course, ses 22"73 sont un nouveau record des championnats. Ça s’annonce très ouvert pour les 2 autres places sur le podium.

Grâce à l’entrée de Charlotte Bonnet à la place de Marie Wattel, une médaille de bronze ne semblait pas totalement hors de portée du 4x100m NL féminin français. Avec Cloé Hache, Anna Santamans et Mathilde Cini, elle formait un relais 75% niçois. Cini est très bien partie, néanmoins Sarah Sjöström a vite mis la Suède sur orbite au couloir extérieur dû à la 8e place des Scandinaves lors des séries. Les 54"82 de la première Française constituent une performance satisfaisante à cette période.

Comme prévu, Femke Heemskerk s’est portée en tête dès la 3e longueur. Les Pays-Bas ont alors progressivement et inexorablement pris le large. La France se battait pour revenir dans la bataille pour le podium, elle pointait au 5e rang à mi-course à l’issue de l’aller-retour de Hache (55"08), un peu plus lente qu’en séries. Santamans a bien nagé (54"66), grâce à elle les Bleues occupaient la 4e place (un peu devant l’Espagne et pas très loin de l’Italie) au moment où Bonnet a plongé. Il lui fallait tout tenter en sachant que Federica Pellegrini allait lui faire mal sur le retour mais que la concurrente Suédoise pouvait craquer. Elle a donc envoyé du lourd, doublé l’Italienne, opéré un beau rapproché par rapport à la Scandinave… sans pouvoir ni la rejoindre, ni résister au finish de Pellegrini. 53"73 lancée est un très bon chrono pour Bonnet, même si Heemskerk (52"80), Kromowidjojo (52"50), Pellegrini (53"46) et surtout Sjöström (53"48 mais départ au start) ont été encore nettement plus rapides. La France échoue à la 4e place à 45 centièmes de la Suède, 3e, à plus de 6 dixièmes de l’Italie, et à 4" ½ des Pays-Bas, largement supérieurs. Avec Béryl Gastaldello, ça aurait pu le faire. Ce relais est jeune, en pleine construction, espérons une finale et un bon chrono à Rio puis une confirmation dans 2 ans aux ChE.

On imaginait les Italiens faire entrer 2 hommes en finale du relais masculin. Finalement, leur meilleur élément a fait l’impasse, seul Filippo Magnini est entré. Du coup même sans Stravius ni Metella, l’équipe de France, qui récupérait Florent Manaudou (à la place de Lorys Bourelly, valeureux lors des séries), disposait d’une marge importante lui permettant de conserver son titre. Du moins sur le papier. Après le premier relais, quelques certitudes ont disparu.

En effet, le choix de William Meynard pour le départ aurait pu coûter cher, ce n’était pas un cadeau de le faire affronter Luca Dotto, lequel lui a mis une longueur dès l’aller et a touché en 48"09. La France accusait un gros retard d’entrée car Meynard s’est manqué : 49"57. Outch ! Heureusement, Florent Manaudou a tout de suite rectifié le tir grâce à son gros départ et à ses qualités de coureur de 50m. Très vite de retour en 2e position, il s’est rapproché jusqu’à 71 centièmes de l’Italien. Le voir nager en 47"64 lancé (2e temps de tous les relayeurs) est très rassurant, surtout après avoir après qu’en plus de son souci au genou il a été victime il y a peu d’un malaise avec chute et plaie à la tête (en bonus, une blessure à un doigt s’est ajoutée au tableau). Fabien Gilot a assuré sa prise de relais, l’Italien a pris une petite leçon, Un Gilot frais lui aurait mis une fessée, en pleine période de préparation ça a donné un 48"26 et "seulement" 24 centièmes d’avance avant le dernier relais, celui de Clément Mignon. Il l’a donné l’impression de regarder l’Italien pour la jouer tactique plutôt que de tout envoyer. Du coup, l’improbable Grec en a profité pour débouler et prendre la tête au dernier virage. Mignon a fait la différence grâce à une grosse accélération lors du retour (48"01). L’Italien s’est retrouvé relégué à 8 dixièmes, la médaille d’argent n’a tenu qu’à une phalange : 0"81 de retard contre 0"82 pour la Belgique, remontée par un excellent Pieter Timmers (47"37). Elle aura fait la différence grâce à ses prises de relais comprises entre 6 et 11 centièmes. A la lutte jusqu’au bout, la Grèce a échoué au 4e rang.

3’13"48 sans Stravius ni Metella ni affûtage, c’est pas mal du tout ! La marge de progression est énorme, il faudra être très solide pour battre les Bleus à Rio !

Le programme de mardi peut nous offrir quelques surprises. Espérons surtout que Lacourt fasse des miracles.



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