La première journée a débuté par des problèmes de chronométrage lors de la série initiale du 400m NL masculin. Les concurrents de la série suivante ont dû attendre un temps incroyable derrière les plots avant de pouvoir plonger. Joris Bouchaut participait à la 3e des 5 séries. Classé 3e ex-aequo de sa course en 3’52"25, il ne pouvait se qualifier. La performance est correcte si on considère qu’il est surtout venu pour le 800m et le 1500m. On attendait beaucoup plus Jordan Pothain, la révélation française de l’année, qualifié pour Rio sur cette distance. Il n’a pas eu peur de partir vite mais s’est un peu calmé à partir de la 3e longueur, puis a coincé progressivement, terminant seulement 7e en 3’51"76. C’est 4 secondes de plus qu’en finale des championnats de France. Les 4 Britanniques disputaient tous la dernière série. Rappelons qu’aux ChE chaque pays peut engager jusqu’à 4 concurrents par épreuve, seuls les 2 meilleurs étant qualifiables pour le tour suivant. En l’occurrence, un seul Britannique s’est qualifié, James Guy n’avait même pas enfilé son maillot de compétition, c’est dire s’il était motivé… Velimir Stjepanovic, le champion d’Europe en titre, a nagé en 3’46"72…

Anna Santamans et Mélanie Henique devaient disputer la 3e série du 50m papillon. La première ne s’est pas présentée, la 2e a pris la 2e place de la course en 26"38 après un bon départ. Elle a fait le travail. Marie Wattel s’est testée sur cette distance qui n’est pas la sienne. Une coulée pas très efficace lui a fait d’entrée perdre du terrain, 6e en 26"90, ce n’est pas dément. Sans surprise, Sarah Sjöström a claqué un gros temps, 25"59. Henique est passée en finale (8e chrono), Wattel a échoué aux portes des demi-finales, 17e.

Camille Lacourt garde un assez mauvais souvenir de ce bassin depuis sa 4e place en finale du 100m dos aux JO. Ces ChE n’effaceront pas cet échec, il doivent en revanche lui permettre de conserver la dynamique positive recréée aux ChM l’été dernier puis en finale des ChF où, arrivé en plein doute, il a su trouver les ressources nécessaires au moment M. Comme Benjamin Stasiulis, non-qualifié pour Rio et qui dispute sa dernière compétition internationale, il était engagé dans la 6e et dernière série. Assez nettement dominé au départ, Lacourt a assuré le strict minimum : 3e en 55"04, 11e des séries (à un gros dixième du dernier qualifié). Stasiulis a été trop lent, 55"52. A noter qu’un Roumain surexcité, Robert Glinta a tout donné et sorti un joli 53"42. Mais dans quel but ?

Le 400m 4 nages féminin a logiquement été dominé par Katinka Hosszu avec une facilité déconcertante. Les autres filles qui nagent en même temps qu’elle peuvent difficilement être qualifiée de concurrentes. Elle est dans un autre monde. Ça sent le record du monde. Finaliste de cette épreuve aux ChM de Kazan l’été dernier, Lara Grangeon a pris la 4e place de sa série en 4’42"92, soit le 9e temps. Avec 4 Italiennes et 4 Britanniques engagées dans ces séries, ça promettait de nager à fond, mais ça pouvait aussi libérer des places… Cette éventualité ne s’est pas transformée en réalité. 2 Hongroises, 2 Italiennes et 2 Britanniques participeront à la finale, pas la Néo-Calédonienne, clairement en manque de fraîcheur après 3 semaines de repos – dont un voyage chez elle à l’autre bout du monde – et 2 semaines d’entraînement lourd depuis les ChF.

Théo Bussière, le champion de France surprise, a été retenu pour disputer le relais 4 nages à Rio. Compte tenu de son niveau, le relais n’a aucune chance. Du coup, il a été décidé de donner une seconde chance à Giacomo Perez-Dortona en l’emmenant pour disputer le 100m brasse de ces ChE. Il nageait à côté d’Adam Peaty… et a tenté de bien s’accrocher lors de la première longueur puis s’est battu pour finir 3e en 1’01"29. Suffisant pour se qualifier pour les demi-finales (11e temps), contrairement à Bussière 6e de sa série en 1’01"85, éliminé. Perez-Dortona s’est forcément préparé spécifiquement pour Londres, je ne sais pas ce qu’il en est de son jeune coéquipier.
J’allais presque oublier de signaler que sur une autre planète, Peaty a gagné en 58"94, 1 seconde de moins que le 2e…

Je suis assez content d’avoir entendu Philippe Lucas critiquer la décision de la DTN d’avoir laissé Camille Gheorghiu de côté malgré son statut de n°5 Française sur 200m NL et ses très bons ChF. Elle méritait d’être qualifiée pour le relais 4x200m, un relais qui avait besoin d’elle pour gagner en fraîcheur en vue de la finale à Rio. Il s’agit de notre seule réelle chance de médaille féminine en natation course cet été (hors eau libre). La jeune – et très jolie – nageuse qui s'entraîne avec Franck Esposito disputait les séries du 200m dos, ça s’est très mal passé car la motivation n’y est plus, cette décision débile de la DTN a peut-être tué la carrière d’une fille prometteuse. Cette injustice extrêmement difficile à encaisser lui a détruit le moral. Jacques Favre et ses acolytes ont peut-être fait beaucoup plus de mal à la natation féminine qu’il n’y paraît pour le moment.
Katinka Hosszu a encore largement dominé, moins d’une demi-heure après le 400m 4 nages… Normal.

Florent Manaudou a fait l’impasse sur le 50m papillon, dont il est champion d’Europe en titre – jusqu’à demain – et champion du monde. Mehdy Metella, le champion de France, a aussi fait ce choix. Fred Bousquet et Paul Lemaire (3e des ChF sur 100m papillon) ont été retenus. Ils participaient à la même série, la 5e. Bousquet n’a fait ni un très bon départ, ni une bonne touche, suffisant néanmoins pour finir 3e à l’économie en 24"14 et se qualifier 14e ex-aequo (passé pour 4 centièmes). Lemaire a eu beaucoup plus de mal : 9e de la course en 24"69, il est resté à quai. Par la suite Andriy Govorov a claqué un énorme 23"00 lors de la 2e série. C’est un temps pour remporter une finale, pas un temps de séries !

La France a qualifié ses 6 relais pour Rio… et a décidé de tous les envoyer malgré des performances inquiétantes aux ChF sur les 100m de spécialités. D’autres pays doivent arracher leur ticket olympique lors de ces championnats, d’où une préparation différente et en principe une meilleure forme. Toutefois, les Français devaient clairement passer en finales chez les femmes comme chez les hommes. Ceci s’est produit.

Dans la 2nde série, Mathilde Cini est bien restée au contact et a passé 3e (55"18), Cloé Hache a fait de même en s’accrochant au Danemark et à l’Italie avant de doubler pour passer 2e (54"95), Anna Santamans est partie vite – elle est spécialiste du 50m – et a même pris la tête avant de coincer un peu sur la fin (55"17), puis Marie Wattel a conclu (55"96), je ne sais pas si elle a eu du mal à finir ou si elle a relâché volontairement, ça s’est terminé avec une 3e place en 3’41"26.

La Suède s’est classée 8e mais jouera le podium, si ce n’est la gagne. La France a une petite chance de podium dans la mesure où Charlotte Bonnet a été préservée (Béryl Gastaldello est absente). Pour réellement pouvoir jouer le podium, il faudrait sans doute gagner au moins 3 secondes.

A chaque fois que le 4x100m NL masculin prend le départ, on s’attend à le voir gagner – d’autant plus en l’absence des Russes (et des Allemands) – même sans Stravius, Metella et Manaudou, 3 titulaires en puissance. Il s’agissait donc d’une équipe B par rapport à celle attendue aux JO. Choisi pour lancer le relais, Clément Mignon a réussi un bon retour pour donner 2e en 48"88, il n’était clairement pas à fond. William Meynard a ensuite bien géré, il est remonté progressivement sur l’Italien mais a été doublé par le Lituanien (49"59, c’est très moyen). Les 3 étaient nettement devant le reste du paquet, presque sur la même ligne. Fabien Gilot a alors pris un super relais avec un excellent temps de réaction, il est passé en tête et a pris le large (48"37). Lorys Bourelly avait 4 dixièmes d’avance, il s’est fait doubler par l’Italien qui jouait probablement sa place pour la finale… mais il est revenu et a gagné à la touche (49"38). L’équipe de France pourra compter sur Florent Manaudou pour remporter un 3e titre européen consécutif. L’Italie devrait être un adversaire coriace.

Résumons : les 2 relais sont passés sans souci, Lacourt et Bousquet sont passés à l’expérience, Henique a bien fait le job, Perez-Dortona a retrouvé quelques couleurs et peut-être un peu d’espoir, Grangeon et Pothain ont manqué de fraîcheur, ça s’est mal passé pour eux comme pour les autres français engagés. Dans les épreuves individuelles, c’est du 4/12.

Un premier titre ce soir lancerait bien la semaine. A contrario, si la série d’invincibilité du 4x100m NL masculin prenait fin, même avec une équipe largement remaniée, attention au bad trip.



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