ChE_natation_2016.jpg Une de ces étapes est l’obtention des premières médailles internationales. Pour ces jeunes, plus qu’une récompense, c’est un bel encouragement. En général, ça vient d’abord avec les relais, puis dans les courses individuelles. Depuis le début de la semaine, plusieurs ont franchi ces étapes. Vendredi Clément Mignon a décroché le bronze sur 100m NL, samedi c’était au tour de Mehdy Metella sur 100m papillon puis Charlotte Bonnet sur 200m NL. En relais Camille Gheorgiu et Margaux Fabre (dans un rôle de remplaçantes utilisées en séries) ont gagné une breloque sur 4x100m mixte. Il s’agit à chaque fois de bronze, mais il faut bien commencer par quelque chose !

Quand les organisateurs d’une compétition établissent la programmation des épreuves, ils se disent la même chose concernant l’ordre des courses pendant une session : il faut bien commencer par quelque chose. Aujourd’hui, il s’agissait de la finale du 1500m NL, histoire d’évacuer le problème. Ça dure 16 à 17’, plus la présentation, la sortie de l’eau, dont 20’ en tout pendant lesquelles le spectateurs/téléspectateur peut facilement s’ennuyer. Il faut une chasse au record où une baston improbable pour le passionner. On n’y a pas eu droit. Du coup, seule la fin de la course a été diffusée sur France 2.

Boglarka Kapas qui a fait un cavalier seul, établissant au bout du compte un record des championnats (15’50"22), qui est aussi la MPM (mais cette épreuve n’est pas olympique, Ledecky n’a donc pas dû en nager cette saison, du moins pour le moment). Aucune autre fille n’a bouclé ses 30 longueurs en moins de 16’. Elle devance les 2 Espagnoles, Mireia Belmonte et Maria Vidal.

Les demi-finales du 50m brasse féminin ? Non diffusées. 2 Suédoises, 2 Finlandaise et une Islandaise dans le top 6… Est-ce à cause de l’eau froide à laquelle elles sont habituées ?

On a eu besoin d’un barrage pour déterminer le nom de la dernière qualifiée.

Premier grand moment, la finale du 100m papillon masculin de Mehdy Metella. Si Laszlo Cseh semblait être le mieux placé pour l’emporter, on attendait le Français sur le podium. Il lui fallait rester au contact à l’aller pour faire parler sa qualité de retour.

Si Konrad Czerniak est parti comme une balle, Piero Codia a viré premier. Mehdy a pris un peu en retard, il était 5e. Sa remontée a débuté avec sa grosse coulée. Revenu au niveau des Italiens, il a envoyé du très lourd pour finir 3e devant les Italiens. Son temps, 51"70, est intéressant en période de travail. Pour rappel, son record de France établi à Kazan est de 51"24.

Bien sûr, par rapport à Cseh, il n’y a pas eu photo, le Hongrois a manifestement préparé ces championnats, ses 50"86 (record des championnats et MPM) sont impressionnants, il est le premier cette saison à passer sous les 51". Czerniak est bien aussi avec ses 51"22, seulement on dit les Polonais en forme car ils ont des sélections à jouer. Pour info, Cseh a remporté son 14e titre européen (34 avec le petit bassin) et sa 68e médaille internationale… Pour Mehdy, ça en fait une individuelle (2 avec le petit bassin) mais il compte déjà plusieurs titres et podiums avec les différents relais.

Et là, pas de vidéo de la course. Pourquoi ? Parce que je n’ai pas voulu la dissocier de la finale suivante. En effet, il n’y a pas eu de temps mort, on a enchaîné avec la finale du 200m NL féminin de Charlotte Bonnet. Lors de ces championnats en année olympique, les présents ne sont pas responsables des absences. Tant pis pour ceux qui déclarent forfait ou ne font pas le déplacement. Au palmarès d’un nageur, les médailles continentales obtenues les années bissextiles valent autant que les autres. Sarah Sjöström a préféré d’autres épreuves, il fallait en profiter. Déjà médaillée au sein du relais 4x200m NL lors des JO de Londres puis des ChM à Barcelone, médaillées aussi lors des ChE en petit bassin à Chartres en 2012 (y compris individuellement), elle a su saisir l’opportunité de concrétiser ses progrès en montant sur la boîte là où a triomphé Camille Muffat, qui faisait office pour elle de grande sœur et de meilleure amie. Cette 3e place est hautement symbolique.

Lors de cette course, Femke Heemskerk et Federica Pellegrini devaient en principe se disputer la victoire en adoptant des stratégies opposées. La Néerlandaise devait partir vite, l’Italienne devait revenir très fort sur le 2nd aller-retour. Charlotte devait faire ce qu’elle sait faire sans s’enflammer ni s’endormir. Heemskerk – qui s’entraîne avec Philippe Lucas – a craqué sa combinaison quelques minutes avant la course. Manifestement, elle n’a pas été trop déstabilisée, on l’a vu partir fort, suivie puis rejointe par la Française. On imaginait des temps de passage plus proches de ceux du record d’Europe, mais à mi-course, l’écart était très réduit entre les 3 filles détachées des 5 autres (Heemskerk avait 1 gros dixième de marge sur Bonnet et moins de 5 sur Pellegrini). Quand l’Italienne a commencé à accélérer, la Batave a tenté d’en remettre une couche. On sentait moins de répondant. Toujours 2e au dernier virage, Charlotte n’a pu résister à Pellegrini, laquelle a fini par remonter au niveau d’Heemskerk pour la battre à la touche. On a donc assisté à une magnifique finale remportée en 1’55"93 par la désormais quadruple championne d’Europe en titre de l’épreuve. Heemskerk a confirmé ses difficultés à gagner. Je doute que le remède pour soigner sa faiblesse psychologique dans ce genre de situations soit de se faire battre pour 4 centièmes lors d’une finale non seulement gagnable mais qu’elle devait remporter en ayant creusé une telle avance.

Le chrono de la Niçoise est bon en cette période : 1’56"51 (à 35 centièmes de son record). Les 5 autres finalistes ont pris un éclat.

En intro, j’évoquais les phénomènes. On en tient peut-être un nouveau. Ajna Kesely, une Hongroise de… 14 ans ½, a nagé en 1’58"24 (6e)… Truc de fou !

Et voici donc la vidéo des 2 finales, celle du 100m papillon et celle du 200m NL. Vous comprendrez en regardant pourquoi je n’ai pas fait de découpage.

Et en bonus, les podiums avec à la fin l’interview interactive de Pellegrini… qui aura seulement 28 ans en août. Elle est au plus haut niveau depuis 2004 !

Demi-finales du 50m NL masculin. Florent Manaudou au départ. 21"64 en relâchant après avoir respiré à environ 15m de l’arrivée. J’appelle ça une boucherie. Il a fait ce qu’il a voulu. Benjamin Proud a remporté la seconde demie en 21"84, mais en poussant jusqu’au bout. Demain, on espère la MPM (moins de 21"37).

Le duel entre Mie Nielsen et Francesca Halsall (tenante du titre) en finale du 50m dos a tourné court car la Danoise a raté son départ, ou plutôt sa coulée, trop profonde, à l’issue de laquelle elle accusait un retard quasiment irrémédiable. Malgré sa supériorité dans la nage, elle a dû se contenter de l’argent, prise en sandwich entre les 2 Britanniques (Georgia Davies a pris la 3e place). En bonus Halsall a battu le record des championnats (27"57).

Favori logique de la finale du 200m dos en raison de son palmarès, Radoslaw Kawecki a tenu son rang. Le Lituanien aux allures de bon candidat pour créer la surprise n’a jamais fait illusion et a terminé 3e derrière un Israélien. Le Polonais a surtout réussi à faire la différence grâce à ses coulées stratosphériques. Parti seul devant, il n’a jamais été revu. Sa fréquence de bras semble lente, ses mouvements sont redoutablement efficaces. En mettant 50cm à 1m à ses concurrents à chaque virage, il n’avait pas besoin d’en faire plus. Résultat, il a mis une bran-bran à tout le monde, décrochant un 3e titre consécutif en 1’55"98, très loin devant Yakov Toumarkin et Danas Rapsys. Les 2 médaillés ont limité la casse (1" et 1"2 de retard, les autres à 2"7 et plus).

Les demi-finales du 200m papillon féminin, ça vous intéresse ? Une Italienne a nettement dominé, reste à confirmer, notamment face aux Hongroises.

Intouchable, Adam Peaty a évidemment remporté le 50m brasse, son 3e titre lors de ces championnats. Pourtant, il a encore fait un départ désastreux. 26"66, comme en demi-finale, avec un départ moisi qui le fait sortir une demi-longueur derrière tout le monde, c’est fort ! Peter John Stevan, un grand Slovène, lui a longtemps tenu tête en partant magistralement. La Grande-Bretagne a décroché une seconde médaille grâce à Ross Murdoch, vainqueur du 200m il y a quelques jours.

Avec un départ très moyen sur 50m NL, on peut vite avoir des regrets. Celui d’Anna Santamans était très perfectible, elle a dû envoyer pour revenir à la nage et toucher 3e en 24"83, une performance très satisfaisante. C’est presque le niveau requis pour se qualifier en finale aux JO, et elle n’a pas fait ça en étant au meilleur de sa forme. En principe, elle doit prendre la 4e place de la finale, mais qui sait ? Sa progression régulière depuis plusieurs années mériterait une récompense métallique. C’est la même génération que Mignon, Metella et Bonnet. Pourquoi pas du bronze ?

Le clou du spectacle devait être la finale du relais 4x200m NL masculin avec un duel entre la Grande-Bretagne, championne du monde en titre, et la France, vice-championne olympique dans ce bassin il y a presque 4 ans. Le spectacle n’a pas manqué. Pour le duel UK-France, on repassera !

La France a conservé la même équipe – dont les membres n’ont pas poussé les machines à fond lors des séries – en changeant l’ordre alors que d’autres ont apporté du sang neuf, parfois de façon étrange, à l’image de l’Italie, qui a décidé de faire nager Gabriele Detti (nageur de demi-fond) et Luca Dotto (sprinteur de distance plus courtes).

Lorys Bourelly, déjà beaucoup sollicité depuis le début des Europ’, en particulier pour disputer des relais, s’est… raté. Le rythme "mesuré" qu’il a adopté l’a vite éloigné de la tête de la course, d’autant que ça partait fort de l’autre côté du bassin. Dernier au 3e virage, il a subi la course et les remous. 1’49"38 pour un 200m, c’est nul, il est le premier à le reconnaître. A sa décharge, ce rôle de premier relayeur est difficile, surtout quand on n’a pas l’habitude de cette pression. Son record, battu aux ChF il y a 6 semaines, est 1"5 inférieur. Avec de la fraîcheur – pour rappel il nagera uniquement les séries et en principe la finale lors des JO – et encore quelques semaines de travail, il est capable de passer sous les 1’47 départ lancé, j’en suis convaincu.

Yannick Agnel a dû partir vite pour tenter de recoller sans attendre. Il a opéré un rapproché alors que devant, 5 équipes étaient sur la même ligne. Malgré ce premier 50m rapide, il a conservé de l’énergie pour envoyer dans le dernier 50m. 1’46"25 lancé dans son état actuel (retour d’un long stage en altitude), c’est encourageant, le chrono baissera forcément avec plus de fraîcheur, on a revu le Agnel perdu. Ça peut lui faire beaucoup de bien mentalement. A vrai dire, le simple fait d’avoir replongé dans cette pissine d’eau bénite dans laquelle il a écrit sa légende en 2016 lui a fait énormément de bien.

Jordan Pothain s’est élancé avec une longueur de retard par rapport à la tête de la course. Apparu très fatigué lors des courses des jours précédents, il a beaucoup mieux nagé cette fois, remontant progressivement et s’emparant de la 5e place aux 500m. Son dernier 50 lui a permis de revenir au contact, à moins d’une demi-seconde de la Belgique, alors première, mais pas de reprendre le contrôle de la couse (1’47"15 lancé n’est ni catastrophique, ni révélateur de ce dont il est capable). Pas moins de 6 équipes se tenaient en quelques dixièmes au moment de lancer les finisseurs.

Jérémy Stravius a comblé tout son retard grâce à sa coulée après le plongeon. Après la coulée du premier virage, il était en tête. Juste à côté de lui, Sebastiaan Verschuren – qu’on savait en forme – a mis la pression en accélérant. Il s’est même décalé dans sa ligne d’eau pour empêcher le Français de prendre sa vague. De l’autre côté du bassin, Detti commençait à remonter sur la Belgique et la Pologne, ça bataillait désormais à 3 car, manquant de fraîcheur, le champion de France ne pouvait suivre le rythme. Il vaudra beaucoup mieux au terme d’une préparation complète. Aux ChF, il n’a pas tout donné, préférant assurer la place avant de penser au temps, le chrono affichait 1’46"18 alors qu’il pouvait facilement passer en-dessous de 1’46. Là, il a fait 1’46"40 lancé.

Ça s’est terminé par une victoire néerlandaise en 7’07"82 devant la Belgique et l’Italie. C’est une énorme surprise. La France a fini 5e, la Grande-Bretagne seulement 6e. En réalité, le titre – a fortiori la médaille – a été perdu au départ.

Sur 32 relayeurs, Yannick Agnel a été le 7e plus rapide, James Guy (1’45"64) et le Belge Glenn Surgeloose (1’46"12) l’ont battu lors du 2e 200m, puis 4 finisseurs sont passés sous les 106 secondes (lancés), à savoir Sebastiaan Verschuren (1’45"47), Pieter Timmers (1’45"99), Gabriele Detti (1’45"39) – que je n’imaginais pas si rapide – et Kacper Majchrzak (1’45"60). Hormis le Britannique et peut-être le Néerlandais, ces garçons étaient préparés pour ces championnats, les Polonais et les Belges jouaient leur qualification olympique, les Italiens sont venus avec une très grosse délégation en misant sur la continuité après leurs sélections nationales. Ils ont très peu de marge de progression par rapport à la France.

Je suis très optimiste, notamment en raison des temps de réaction pour les prises de relais (11, 15 et 22 centièmes). Cet indice renforce mon impression concernant les membres de ce relais. Ils sont sur la même longueur d’ondes. On sent une réelle motivation collective, une cohésion. Agnel se mue en capitaine, preuve de son implication. Sérieux, humilité et ambition sont les 3 ingrédients qui porteront ces garçons jusqu’au podium à Rio. Je ne me fais aucun souci car le niveau, ils l’ont. Rien qu’avec un gain de fraîcheur physique, Bourelly peut gagner au 2 secondes, Agnel au moins une, Pothain aussi, de même pour Stravius, et encore quelques dixièmes supplémentaire s’il profite de la vague d’un concurrent. Sans parler de la progression grâce à l’entraînement et au retour de la confiance en soi dans le cas d’Agnel. Les 7’09"18 de cette finale européenne peuvent devenir moins de 7’05, donc une médaille olympique. Pour remporter l’or aux JO, il faudrait retrouver un Agnel et un Stravius en 1’45 bas sur 200m individuel et 2 autres relayeurs en 1’46 bas. Voire mieux. Mallet devrait participer aux séries, peut-être aussi Mignon, la place de Bourelly pour la finale dépendrait alors de sa perf le matin, il y a là aussi quelques dixièmes à gratter au niveau de la fraîcheur physique en vue de la finale.

On n’assiste pas à la compétition du siècle, mais elle laisse vraiment augurer de belles choses.



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