ChE_natation_2016.jpg Samedi, le programme de la session de l’après-midi a débuté par le 1500m féminin, l’épreuve la plus longue de la natation en bassin. Dimanche, autre délire, le 50m NL ouvrait le bal, autrement dit l’épreuve la plus courte qui soit. D’abord les femmes, puis les hommes.

Malheureusement, Anna Santamans a fini 4e en 24"81, exactement comme il y a 2 ans. Son départ n’est pas assez bon pour viser mieux actuellement. Déjà sacrée aux JO – dans cette piscine – et aux ChM, Ranomi Kromowidjojo n’avait encore jamais été championne d’Europe de la spécialité, elle a pulvérisé la concurrence (24"07). Francesca Halsall a pris la 2e en en 24"44, Jeanette Ottesen la 3e en 24"61, soit 2 dixièmes de mieux que la championne de France… sacrée à Montpellier en 24"59. Il lui aurait donc fallu être au top de ses capacités 5 grosses semaines après son premier pic de forme de la saison.

Quelques minutes plus tard, Florent Manaudou s’est raté… mais a gagné. N’était-ce pas le plus important ? Le concernant, 21"73 mérite indéniablement la qualification de mauvaise performance. Il était bien parti, il s’est fait peur. Crispation ? Impossible d’être satisfait de sa course, il a d’ailleurs tiré à peu près la même tronche que s’il avait été battu. Il ne faudrait pas donner espoir à ses concurrents à quelques semaines des JO, une MPM aurait envoyé un message, calmé l’appétit de tout le monde. En se montrant moins souverain, le champion de tout peut renforcer involontairement la motivation de ses adversaires. Je préfèrerais les voir plonger en se croyant battus d’avance.

Surtout, en étant "si lent" – tout est relatif – il s’expose à se faire botter les fesses. Andriy Govorov a échoué à seulement 6 centièmes (21"79), Benjamin Proud obtenant quant à lui le bronze en 21"85. Kristian Gkolomeev, le Bulgare devenu Grec, a échoué tout près du podium (4e en 21"89).

Et voici le podium.

Sur 50m brasse, une bataille nordique opposait 2 Suédoises, 2 Finlandaises et une Islandaise s’est soldée par la victoire de Jennie Johansson (la championne du monde en titre) devant Hrafnhildu Luthersdottir et Jenna Laukkanen. Une course serrée (normal sur 50m).

L’épilogue de la finale du 200m papillon a été dingue, Franziska Hentke a gagné à la touche en grillant la Hongroise Liliana Szilagyi qui semblait avoir course gagnée. 1 centième les sépare. Judit Ignacio a obtenu la médaille de bronze. Ce titre est le seul de l’Allemagne.

A Londres, la Hongrie aura dominé la natation européenne avec un total de 10 titres remportés. David Verraszto a décroché le 9e en finale du 400m 4 nages. Parti en dos, il a creusé son avance en brasse. Derrière, 4 hommes se battaient pour les médailles. Le champion en titre a eu du mal à finir, il s’est tout de même imposé sans souci devant Richard Nagy, seul Slovaque médaillé, qui a surpris son monde en explosant son record. Federico Turrini complète le podium.

Qui a remporté le 10e titre hongroise ? La plus grande contributrice à cette moisson magyare[1], Boglarka Kapas. Vainqueur du 1500m, du 800m et du relais 4x200m, elle a confirmé son état de forme en dominant le 400m NL. Partie seule en tête, elle n’a été embêtée par personne. Jazmin Carlin s’est aussi détachée du paquet, tentant de se rapprocher lors des 100 derniers mètres. La Hongroise l’a emporté dans un super temps de 4’03"47 (2e meilleure performance de l’année). N’est-elle pas en forme trop tôt ?

Avec une Jazmin Carlin 2e en 4’04"85 et Mireia Belmonte 3e en presque 4’07, on comprend que Coralie Balmy aurait eu sans problème sa place sur le podium, même sans une préparation spécifique.

Pour finir, les relais 4x100m 4 nages.

Chez les femmes, la France n’a pu présenter de relais en séries, d’où son absence en finale. Difficile de pronostiquer les résultats de la finale car il manquait pas mal de monde, notamment Sjöström et Pellegrini, et si certaines équipes possédaient jusqu’à 2 médaillées dans les 100m de spécialités, aucune ne semblait solide dans toutes les nages. Toutefois, la Grande-Bretagne avait un gros avantage, celui de pouvoir changer toutes ses nageuses entre les séries et la finale. En outre, elle débutait avec 2 éléments forts, Kathleen Dawson et Chloe Tutton, bronzées en dos et en brasse. Par conséquent, elle a pu largement prendre la tête au terme d’une bataille avec la Finlandaise sur le premier parcours. La brasseuse scandinave est repassée en tête, l’Islandaise s’est quant à elle replacée, néanmoins la Britannique a lancé Siobhan-Marie O'Connor en première position. Profitant de la faiblesse de ses adversaires, la spécialiste de 4 nages a pris le large. La Finlandaise a résisté assez longtemps pour finalement craquer sur la fin. Francesca Halsall n’a plus eu qu’à finir le travail.

Plus de 2 secondes sépare les nouvelles championnes d’Europe de leurs dauphines… italiennes, dont la crawleuse a bien fait le travail pour doubler Hanna-Maria Seppälä, probablement heureuse médaillée de bronze… 13 ans après son titre mondial sur 100m NL.

Traditionnellement, la dernière course des championnats est le relais 4 nages masculin. Depuis quelques années, il sourit à la France. Cette fois, il ne fallait en principe pas s’attendre à un miracle. Les 4 garçons choisis pour disputer la finale ont tous terminé 2e ou 3e lors des sélections à Montpellier (même si 3 des 4 étaient annoncés vainqueurs). Dans des championnats normaux, le champion d’Europe du 100m dos aurait pris le départ (Camille Lacourt), le médaillé de bronze du 100m papillon (Mehdy Metella) et le médaillé de bronze du 100m NL (Clément Mignon) ou le 4e de cette finale (Jérémy Stravius) aurait conclu. Seul Metella était toujours présent, les autres sont rentrés en France. D’où un quatuor formé de Benjamin Stasiulis et de Giacomo Perez-Dortona, censés disputer leur dernière course internationale, puis de Mehdy Metella et de Florent Manaudou (le seul entrant après les sériesYannick Agnel a nagé assez lentement).

L’objectif pour Stasiulis et Perez-Dortona ? Donner une chance à Metella et à Manaudou d’accrocher le top 3. Autrement dit, ils ne devaient pas sombrer, car avec les "frères de" pour conclure, le relais français allait certainement doubler du monde après la mi-course. Pour espérer battre la Grande-Bretagne, il fallait espérer une disqualification. Adam Peaty la rendait totalement hors de portée. En forme, les Italiens paraissaient en mesure de résister un moment.

Fort heureusement, Stasiulis a sauvé ses championnats en réussissant un très bon parcours en dos, bouclé en 54"73, un temps très moyen dans l’absolu, mais sa meilleure perf de la semaine. 8e, la France restait complètement dans le coup, à seulement quelques dixièmes de la tête.

Sans surprise, Peaty a écrasé la course en brasse (58"08) mais un seul autre concurrent est passé sous la minute (le Suédois). Par conséquent, même en semblant avoir un peu de mal à finir, Perez-Dortona a parfaitement rempli sa mission. 1’00"23 est aussi une performance très correcte, on serait même tenté de la qualifié de très bonne compte tenu du niveau affiché ces derniers temps par le titulaire habituel du relais (pour rappel, il a fait 59"88 en finale lors des derniers Mondiaux).

Les maillons "faibles" ayant bien limité la casse, la médaille ne pouvait échapper à la France. Le retour impressionnant de Metella lui a permis de remonter en 2e position, toujours loin derrière la Grande-Bretagne de… James Guy, utilisé en papillon (51"69). Plus préparé, le Guyanais ira beaucoup plus vite que ses 51"38 départ lancé, il a quasiment 1 seconde de marge par rapport à ses capacités… et à la démonstration incroyable de Laszlo Cseh : 50"33 (0"15 de temps de réaction) ! C’est phénoménal, il a été plus rapide que Metella l’an dernier aux ChM. A l’époque j’avais effectué quelques recherches, j’avais trouvé très peu de relayeurs plus rapides en papillon, même à l’époque des combinaisons.

Toujours est-il que Manaudou a plongé 3e à 2"34 du Britannique, il est parti vite, a commencé à remonter, sans doute galvanisé par le fait de nager en relais et par l’envie de remettre les pendules à l’heure après sa perf décevante lors de sa victoire sur 50m. Ce 100m s’est bien terminé : médaille d’argent et 47"55, un petit dixième de moins que lors du 4x100m NL en début de semaine avec un temps de réaction à peine moins bon.

Victoire de la Grande-Bretagne devant la France et la Hongrie. Comme à Berlin il y a 2 ans, mais avec des compositions d’équipes et un scénario très différents.
Notons que l’Italie, arrivée 4e, a été disqualifiée à cause de la prise de relais anticipée de Luca Dotto.

La question à l’issue de cette course est la suivante : Perez-Dortona sera-t-il repêché pour Rio ? Avoir déjà choisi Théo Bussière – qui n’a jamais montré qu’il serait capable de nager en 1’00"23 ou moins – pourrait s’avérer être une grave erreur, car en principe si un relayeur est inscrit, son équipe a l’obligation de le faire nager. Or je vois mal la délégation emmener 2 brasseurs dont un qui risque de plomber soit la série, soit la finale. Et si l’équipe se qualifie pour la finale, difficile de changer un élément pour un qui n’aurait pas encore goûté à l’eau de la piscine olympique. Pour le coup, ça n’incite guère à l’optimisme.

16 Français rentrent – ou sont déjà rentrés – au pays avec au moins une médaille[2]''. Ces médailles européennes ne prendront une véritable valeur qu’avec le temps, quand on regardera les palmarès, car le contexte ne comptera plus, on retiendra uniquement le résultat, pas les noms des adversaires. Les absents de Londres finiront donc par avoir trot de ne pas être venus, même si en réalité les résultats de Rio leur auront peut-être donné d’ici là d’avoir fait l’impasse. Les vérités d’un jour ne sont pas toujours celles du lendemain. Dans certains cas il est possible d’avoir à la fois tort et raison.

Ne nous y trompons pas, ceux qui iront à Rio (en principe 13 sur 16) sans répondre aux attentes placées en eux auront raté leur saison car ils garderont de 2016 les mauvais souvenirs brésilien plutôt que les bons souvenirs londoniens. En revanche, ceux pour qui ces championnats étaient les derniers pourront se satisfaire d’avoir vécu une fin de carrière heureuse en vivant pour la dernière fois les joies d’un podium.



En bonus, voici la vidéo de la partie du Stade 2 diffusé juste après la fin des épreuves. Au menu : bilan, retour sur les meilleurs moments et perspectives en vue des JO.




Les vidéos sont aussi sur Vimeo : finales 50m NL F et H, podium 50m NL H, finale 50m brasse F, finale 200m papillon F, finale 400m 4 nages H, finale 400m NL F, finale 4x100m 4 nages F, finale 4x100m 4 nages H et retour sur les ChE 2016 natation dans Stade 2 (22/05/16)

Notes

[1] A égalité avec Katinka Hosszu en nombre de médailles d’or.

[2] Manaudou (2 titres et 1 médaille d’argent), Lacourt (2 titres), Metella (or, argent et bronze), Mignon et Bourelly (or et 2 médailles de bronze), Bonnet (bronze x2, et 2 fois 4e), Meynard et Gilot (1 titre), Stasiulis, Perez-Dortona, Agnel, Santamans, Stravius, Bousquet, Gheorghiu et Fabre (1 médaille de bronze).